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- Piétons - Payant - Livraison

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la société de consommation, photographies Hervé Bernard 2010

Présentation

Dans cette série sur la transparence et le reflet, j’essaye de faire abstraction de la perspective et de son désir de montrer les choses, les évènements à travers un point de vue unique pour les présenter sous plusieurs angles simultanés, c’est-à-dire sous plusieurs points de vue. Cette unicité de point de vue du motif, j’essaye de le réduire pour en introduire de multiples, sous des angles divers, juxtaposés, enchevêtrés dans une même image. Ces points de vue multiples s’affranchissent de la perspective pour donner une importance prépondérante aux plans dans l’éclatement des volumes.

Ces images s’ancrent dans une durée simultanée où le mouvement est une donnée centrale. Cette photographie est la revendication d’une géométrie pure et de la simultanéité. Position paradoxale, car construite avec une camera obscura : l’outil de création du point de vue unique. Pour reprendre les propos de Braque, je tente de « créer une nouvelle sorte de beauté, la beauté qui m’apparaît en termes de volume, de ligne, de masse, de poids et, à travers cette beauté, j’interprète mon impression subjective. » Ici, la lumière ne modèle plus la forme, elle est éventuellement suggérée par la couleur qui éclaire le sujet. Au cours de ce travail, l’objet est déconstruit et toutes ses facettes sont représentées en fragments, sans aucun égard pour la perspective. Cette déconstruction ne donne que plus de présence aux éléments de la réalité directement identifiables.

Dans ce travail, je suis aussi à la recherche d’un nouvel espace qui se construit à travers la lumière et la couleur, d’où, simultanément, ce travail sur la teinte et la saturation. Mes photos illustrent un autre propos de Georges Braque à Dora Vallier. Dans ces images, « La lumière et l’espace sont deux choses qui se touchent (…). La fragmentation me servait à établir l’espace et le mouvement de l’espace et je n’ai pu introduire l’objet qu’après avoir créé l’espace. (…). Les Fauves, c’était la lumière, le Cubisme l’espace. »

Ce travail sur le reflet et la transparence s’apparente à une tentative de prolonger notamment le cubisme et le futurisme à travers la photographie tout en illustrant la multiplicité des repères de notre société. Je travaille sur la constitution d’une seule image à partir d’une multitude de petites perceptions. La photographie se transforme d’un outil pour construire la perspective et donc l’espace individuel en un outil pour analyser la perception du réel. Cette transmutation, à la fois déconstruction et reconstruction se bâtit autour d’un refus de réaliser une photographie sans lien avec la réalité tout en affirmant cette impossibilité de la fidélité à la réalité. Cette série, pour partie, est à l’origine de « Regard sur l’image », un essai illustré sur la perception visuelle et culturelle de l’image. Elle a aussi trouvé son prolongement dans une série intitulée : « les faits du réel, formes improbables » où je pousse cette dynamique vers une stylisation abstraite qui nous amène paradoxalement à reconstruire une figuration. « Piétons-payant-livraison » est aussi une interrogation sur la place de l’Homme dans la ville, sur notre relation au monde commercial, publicitaire. C’est aussi une analyse de la construction de l’image que nous avons de nous-mêmes par le monde commercial et publicitaire. Le rôle de la lumière, dans cette recherche, n’est plus seulement de modeler la forme ou d’éclairer le sujet. Ici, le rôle de la lumière est de générer la couleur. Cependant, sa place reste tout aussi importante car elle se répartit sur chaque fragment.

Hervé Bernard 2009

Promenade sur les quais de la Seine, photographie (c) Hervé Bernard 2012

Piétons -payant - livraisons (c) Hervé Bernard 2011

Piétons -Payant - Livraisons 2011, (c) Hervé Bernard

piétons-payant-livraisons, (c) Herve Bernard 2011

Passage ? clouté

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