- Des origines de la couleur

,  par Hervé BERNARD dit RVB

La piste de la pensée symbolique remontait jusqu’ici en Afrique du Sud au Paléolithique moyen (il y a entre 200 000 ans et 30 000 ans en Afrique) et tout particulièrement au site de Blombos Cave, où des blocs d’ocre rayés de traits, des coquillages percés imprégnés d’ocre et des pointes bifaciales foliacées retouchées par pression témoignent de l’existence de techniques élaborées et d’activités artistiques, donc symboliques, dès 75 000 ans chez Homo sapiens. Par ailleurs, d’autres coquillages ocrés et percés datant de 82 500 ans ont aussi été retrouvés dans la grotte des Pigeons, près du village marocain de Taforalt. D’où l’idée que la pensée symbolique est apparue chez Homo sapiens alors qu’il vivait encore dans le berceau de l’humanité, c’est-à-dire en Afrique.

La piste de la pensée symbolique remontait jusqu’ici en Afrique du Sud au Paléolithique moyen (il y a entre 200 000 ans et 30 000 ans en Afrique) et tout particulièrement au site de Blombos Cave, où des blocs d’ocre rayés de traits, des coquillages percés imprégnés d’ocre et des pointes bifaciales foliacées retouchées par pression témoignent de l’existence de techniques élaborées et d’activités artistiques, donc symboliques, dès 75 000 ans chez Homo sapiens. Par ailleurs, d’autres coquillages ocrés et percés datant de 82 500 ans ont aussi été retrouvés dans la grotte des Pigeons, près du village marocain de Taforalt. D’où l’idée que la pensée symbolique est apparue chez Homo sapiens alors qu’il vivait encore dans le berceau de l’humanité, c’est-à-dire en Afrique.

Or Wil Roebroeks, de l’Université de Leyde, et des confrères viennent d’étudier de près une curieuse trouvaille faite par les fouilleurs des sites C et F du Belvédère à Maastricht. Sur le site C, il s’agit d’une série de 15 minuscules taches rouges tranchant clairement sur le sédiment limoneux déposé par la Meuse, il y a environ 250 000 ans (à 20 000 ans près, d’après les datations par thermoluminescence et d’autres techniques). Une découverte similaire, quoique plus discrète, a été faite sur le site F, à quelque 300 mètres du site C. D’une part, l’analyse réalisée par les chercheurs prouve qu’il s’agit d’un matériau rougeâtre riche en hématite (oxyde de fer), bref d’ocre, qui n’a pu être apporté sur place que depuis un site distant (les gisements les plus proches sont à environ 40 kilomètres). D’autre part, les reconstitutions suggèrent que c’est lors du versement d’une certaine quantité de liquide ocré que les taches rouges sont entrées dans le sédiment. Des observations d’autres matériaux rougeâtres avaient déjà été faites ailleurs en Europe (à Ambrona en Espagne, Terra Amata en France ou Becov en République Tchèque) sur des sites très anciens, mais sans qu’il soit possible de certifier leur origine humaine ou leurs âges. Sur le site C du Belvédère, en revanche, il est clair qu’il y a environ 2 500 siècles, un Néandertalien a versé au-dessus du sédiment limoneux un liquide ocré, préparé avec un minéral apporté de loin. Sur quoi ? Peut-être sur lui-même, au vu des gouttelettes qui éclaboussent le sédiment.

Dès lors, peut-on penser que ce Néandertalien était en train d’orner son corps d’un pigment rouge symbolique ? Sommes-nous confrontés à la plus ancienne trace de pensée symbolique ? Il est tentant de le penser, mais rien ne le prouve. Une chose en tout cas est plus certaine : réserver la primeur de la pensée moderne à Homo sapiens revient à préjuger !

François Savatier

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