- Image et religion (nouvelle version)

,  par Hervé BERNARD dit RVB

Un des apports de la Révolution française est la suppression de toutes contraintes vestimentaires à l’exception du respect des règles de décence. Certes la définition de cette règle est en perpétuelle évolution. Cependant, à condition de la respecter, en matière vestimentaire, tout est accepté. Aujourd’hui, même le vêtement religieux et le travestissement sont laissés au libre choix de l’individu. De plus, dans la majorité des pays occidentaux, le travestissement n’est plus un délit. On peut donc s’interroger sur la légitimité d’une loi interdisant le port de la burqa. Celle-ci ne renierait-elle pas avant tout les valeurs républicaines ?

La burqa, tout comme la croix portée de manière ostentatoire, comme tous les vêtements religieux reposent à leur manière la question du respect de l’autre. Respecter l’autre, c’est notamment lui permettre de s’exprimer tant que cette libre expression n’atteint pas à ma vie au sens large de ce dernier mot. C’est-à-dire tant que la libre expression de l’autre ne met en danger ni mon intégrité physique et/ou psychologique ni celle des autres.

À la vue de cette définition, le port de la burqa est problématique. En effet, nous sommes exceptionnellement certain que la personne qui la porte le fait de son plein gré. De fait, ce vêtement est un uniforme et concernant la liberté de la femme qui le porte, ce mot contient déjà une part de la réponse. En effet, le rôle de la burqa, comme celui de tous les uniformes, est de faire disparaître une partie, voire toutes les marques d’individualité. Cet usage est déjà un motif pour douter du libre arbitre de son porteur. De plus, deux motifs font de la burqa un uniforme puissance mille :
- la différence entre deux porteurs de cet uniforme n’est pas seulement réduite, elle est totalement expulsée aux yeux d’autrui, même des éléments comme la démarche ou la vivacité du regard disparaissent ;
- son port est imposé quasiment dès la plus tendre enfance, son port ne repose donc pas sur un choix. En effet, pour choisir, il faut au minimum une alternative et donc avoir fait ou avoir la possibilité d’une ou plusieurs autre(s) expérience(s).

Au début de cet article, nous invoquions la question de la décence, cet argument est utilisé par certains défenseurs de la burqa. Certes, la décence, comme le montre l’histoire de l’Europe, a vu sa définition évoluer. Même en France, pas plus tard que sous la présidence de Monsieur Valéry Giscard d’Estaing, nous avons eu, à Paris, nos problèmes de voiles du côté de Saint-Honoré d’Eylau, c’est-à-dire du côté catholique. Cependant, pour répondre à cet argument de la décence. En Europe, si quelque chose paraît aujourd’hui indécent, c’est justement cette négation de l’individu.

Donc, que ce soit au nom de la décence publique, comme au nom du respect de l’individu, il nous faut, ad minimum, au niveau européen ériger une loi interdisant le port de la burqa car à la différence du fascisme, la burqa ne nous appartient pas, nous ne pouvons donc pas la combattre par le raisonnement. elle nous est imposée de l’extérieur. Il se pourrait alors que la seule réponse soit l’érection de cette frontière. En effet, aux yeux des défenseurs de la burqa, nous n’avons pas une légitimité suffisante pour trouver dans le Coran les preuves de l’excès de cet uniforme.

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L’avis d’Elisabeth Badinter sur la question

Certains rétorqueront que cette loi n’aidera pas toutes ces femmes qui se voient condamnée à porter cet uniforme. Mais, dans quelle mesure, le fait de les autoriser à venir chez nous tout en le portant les soulage-t-il ou les aide-t-il ?

D’autres affirmeront que cette loi révélerait, une fois de plus, la victoire des extrémismes. En effet, tout comme pour le fascisme, en la matière, il n’est pas certain pour la démocratie que les lois soient le meilleur moyen de vaincre ces dérives. Peut-être que la burqa comme le FN ne peuvent pas être combattus par la loi cependant, d’une part, il est important de nous respecter nous-mêmes si nous voulons être respecté par les autres.

D’autre part, une des vertus cardinales de la tolérance est la réciprocité. Si cette réciprocité n’existe pas, cette tolérance devient un reniement. Or, les intégristes musulmans, comme tous les intégristes, n’ont aucune tolérance vis à vis de l’autre et en l’occurence de nos habitudes vestimentaires. Chez eux d’une part, mais aussi chez nous d’autre part.

Par conséquent, je crois que notre éventuelle tolérance ne peut que s’accompagner d’un geste de tolérance réciproque, par exemple accepter que les femmes européennes se promènent en jupe et les bras nues dans les pays musulmans. C’est seulement à cette condition que notre tolérance vis à vis de la burqa ne sera pas un reniement de nos valeurs, la marque de notre faiblesse et qu’elle pourra peut-être, aider les femmes musulmanes.

© Hervé Bernard 2010

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