- L’avenir du Musée de Bièvres

,  par Hervé BERNARD dit RVB

ASSOCIATION DU MUSÉE FRANÇAIS DE LA PHOTOGRAPHIE
Ensemble, sauvons le Musée de Bièvres !!!!

Depuis près de 50 ans, le Musée Français de la Photographie de Bièvres possède une collection unique en France et exceptionnelle dans le monde entier. Près de 30 000 appareils et objets photographiques qui retracent l’histoire scientifique et technique de la photo du temps des pionniers au XIXe Siècle à l’ère du numérique au XXIe Siècle, des centaines de milliers d’images et des ouvrages d’une grande valeur artistique constituent une richesse précieuse et un patrimoine essentiel que le musée s’attache à préserver et à présenter au public le plus large possible.

Cette collection a été constituée patiemment mais avec passion par un grand nom de l’histoire de la Photographie : Jean Fage.
Malheureusement, le musée n’a pas les moyens de ses ambitions ! Abrité dans un lieu exigu et inadapté, il n’offre aucune des qualités que le public – de l’amateur éclairé au simple curieux, de l’élève au chercheur – attend d’un musée moderne. Les collections sont présentées dans des vitrines surchargées, qui rendent quasi-impossible une présentation didactique des pièces qui y sont exposées. L’insuffisance des surfaces disponibles rend très difficile l’organisation d’ateliers pédagogiques et encore moins d’expositions temporaires. Cette situation n’est pas nouvelle. Elle est connue depuis des années. Et depuis des années, des engagements formels ont été pris pour y remédier.

Ces engagements ont été pris à la suite d’un geste d’une immense générosité de Jean Fage qui avait décidé d’offrir sa collection à la collectivité. Mais Jean Fage avait pris soin d’assortir sa décision de deux conditions : qu’un nouveau musée digne des pièces qu’il conserve soit bâti et que cette collection ne soit pas déplacée de Bièvres. Lors de la donation par Jean Fage en 1986, ces deux conditions avaient été acceptées par le Conseil Général de l’Essonne, qui a renouvelé, à plusieurs reprises, son engagement à les respecter.
Des milliers de donateurs ont cru en cet engagement et sont venus, encouragés en cela par Jean Fage et son fils André, enrichir la collection.
En pleine confiance, l’Association du Musée Français de la Photographie gardienne des engagements pris par le Conseil général depuis la disparition de Jean Fage, milite depuis plus de 20 ans, pour qu’enfin des actions concrètes soient entreprises. Malheureusement victime des aléas politiques et d’un manque de volonté, le musée est condamné à survivre dans des locaux qui se dégradent avec le temps et ne s’élargissent pas à mesure que grandit la collection.

Aujourd’hui, le Conseil général de l’Essonne a décidé de délocaliser le musée à Etiolles, loin des grands moyens de transports collectifs, dans un lieu qui n’offrira pas un espace plus grand à la collection permanente et qui est totalement déconnecté de la photographie.

Cette décision est contraire aux engagements qui ont été pris.

Elle nie les liens qui unissent la ville de Bièvres à son musée, aux activités qui s’y sont développées autour du musée comme la fête des photographes ou la foire à la photographie qui ont fait de Bièvres un lieu privilégié pour les amateurs et les professionnels de la photographie.

Des solutions existent permettant de pérenniser la collection du musée sans l’éloigner de son berceau naturel de Bièvres. Nous les avons proposées au Conseil Général et nous espérons qu’il acceptera d’en débattre. La Commune de Bièvres a acquis, près de la gare, un terrain de 6 000 m2 qu’elle met à disposition gratuitement.

Nous avons besoin aujourd’hui de la mobilisation de tous en faveur d’un vrai Musée à Bièvres permettant de montrer au public la richesse et la diversité de ses collections.

La ville de Bièvres, dans l’Essonne, refuse de laisser partir le Musée français de la photographie, qu’elle abrite depuis 1964. Le conseil général de l’Essonne a décidé de le transférer à Etiolles, à une trentaine de kilomètres de là, dans un bâtiment jusqu’alors utilisé par l’institut universitaire de formation des maîtres (IUFM). Mais la mairie comme l’association du Musée français de la photographie de Bièvres ne veulent pas en entendre parler. « Le Musée est né ici, il a été créé par des Biévrois, explique Hervé Hocquard, maire (UMP) de Bièvres. Il fait partie intégrante de l’identité biévroise. »

Depuis 1964, la photographie est devenue l’attraction de la petite ville (5 000 habitants). Chaque année, en juin, 15 000 amateurs en quête de matériel d’occasion se pressent à la Foire de la photo de Bièvres. Un événement lancé par Jean Fage, ingénieur passionné de photo, qui a aussi créé le Musée, axé sur les objets liés à cet art, à partir de sa collection.

Le musée renferme 30 000 appareils photo, 12 000 livres sur la photographie et un million d’images. Seule une petite partie est visible dans des locaux dépendant de la mairie de Bièvres.

En 1986, le département avait reçu en donation la collection de Jean Fage contre la promesse de construire un musée départemental. Depuis, plusieurs projets à Bièvres ont avorté, échecs dont le département et la mairie se renvoient la responsabilité.

Pour Michel Berson, président (PS) du conseil général de l’Essonne : « Nous avons à Etiolles un projet muséal solide, approuvé par la direction des musées de France. Rien n’indique sur la donation que le musée doit se trouver à Bièvres. » L’association du Musée n’est pas de cet avis. Elle reproche aussi au projet son manque d’ambition : espaces d’exposition, accueil du public, action éducative et culturelle seront répartis sur 1 000 m2.
« La partie réservée à l’exposition permanente ne sera pas plus grande qu’aujourd’hui !, dénonce Joël Conan, président de l’association. Les gens qui ont offert des pièces de la collection pensaient qu’elles seraient montrées. Là, ils seront floués ! » Le conseil général insiste, de son côté, sur la création en 2009 d’un « musée virtuel », qui permet de voir sur Internet les 7 000 plus belles pièces.

L’association milite pour la construction d’un musée à Bièvres sur un nouveau terrain acquis par la mairie. « Il est juste à côté du RER, la mairie offre ces 6 000 m2 gratuitement, plaide le maire. Et ce projet peut bénéficier d’un financement de 1 million d’euros de l’Etat et de 8 millions d’euros de la région dans le cadre d’un contrat de projet. Ce qui n’est pas le cas à Etiolles. »
Le département, qui a évalué l’installation à Etiolles à 7 millions d’euros, juge le coût d’une construction à Bièvres prohibitif - de 25 à 35 millions d’euros. « Avec la chute des recettes du département, il n’est plus possible de financer un projet aussi coûteux », explique M. Berson. De son côté, l’association estime que toutes les pistes de financement, en particulier privées, n’ont pas été explorées. Et espère que le Musée, qui a fait la réputation de la ville, ne sera pas déplacé.
Claire Guillot
© Le Monde