- L’écume de la terre (VF)Version Française

,  par Hervé BERNARD dit RVB

Exposition composée de 20 à 100 panneaux présentant en alternance trois photos et un panoramique d’Hervé Bernard sur le thème de l’eau, du paysage et du déchet. Ce travail est accompagné par un film de 25 mn. Ce film a été primé par le Deauville GreenAward FilmFestival 2016 : Or, catégorie Éco-Tourisme et Voyages responsables

English presentation

- “This planet is not terra firma. It is a delicate flower and it must be cared for. It’s lonely. It’s small. It’s isolated, and there is no resupply. And we are mistreating it. Clearly, the highest loyalty we should have is not to our own country or our own religion or our hometown or even to ourselves. It should be to, number two, the family of man, and number one, the planet at large. This is our home, and this is all we’ve got.”
Scott Carpenter, Mecury 7 astronaut, speech at Millersville University, Pennslyvania. 15 October 1992.

L’Écume, il faut la trier afin de séparer le bon grain de l’ivraie afin de distinguer l’Écume de la soupe de l’Écume de la confiture ; l’une étant impropre à la consommation tandis que l’autre ravie les gourmands. A plus d’un égard, l’homme et ses productions sont L’Écume de la Terre. Cette écume capable d’inventer les étangs qui construisent un paysage comme celui de la Sologne et de l’autre capable de polluer l’Océan. « Mais là où est le péril, / Là croit aussi ce qui sauve. » Hölderlin

L’Écume de la Terre est une œuvre en deux volets entreprise, depuis 1993. L’Écume de la Terre II est une vidéo faisant écho à L’Écume de la Terre I, une exposition de photographies. L’ensemble forme un tout sur la question du paysage et de l’eau. L’Écume de la Terre II est issue d’une rencontre avec un lieu, un étang du Loiret, en bordure de la Sologne et de l’interrogation de ce qu’il adviendrait de ce lieu miraculeux en cas de catastrophe écologique. Ces deux volets, « présente un ensemble d’images qui montre les deux directions de notre interaction avec notre résidence afin d’éveiller notre attention, sans pour autant déclencher un sentiment d’impuissance et de frustration qui n’engendrerait qu’inaction » .

L’Écume de la Terre I est composé de photographies de reportage et de photographies construites autour d’images satellites de la Terre ainsi que d’autres photomontages. Un extrait de L’Écume de la Terre a été présenté dans le cadre du 6e Forum Mondial de l’Eau à Marseille en 2012.

Musique du Prélude : Birds par Cinema du Lyon
Musique du Premier Tableau : On dirait le Sud de Dan.digital
Musique du second tableau : On Sorcerer’s Saucer by Dean Whitbread
Cette pièce a été écrite par Dean à ma demande en s’inspirant de L’Apprenti Sorcier de Paul Dukas.

Avec ce travail sur l’avenir de la terre, développé depuis 1993, composé de photos de reportage, de photographies construites autour de la terre photographiée par satellite  ; j’essaye de constituer un ensemble d’images qui montre les deux directions de notre interaction avec notre résidence afin d’éveiller notre attention, sans pour autant déclencher un sentiment d’impuissance et de frustration qui n’engendrerait qu’inaction. Pour cela, j’alterne entre photos-alarmes et photographies illustrant une issue positive à cette tâche qui nous incombe à l’orée du XXIe siècle  : prendre soin de notre maison-terre.

Je n’oublierais jamais la première fois que j’ai vu les images de la terre photographiées depuis un satellite, c’était dans Paris-Match, dans la seconde partie des années 1960. Immédiatement, comme de nombreuses personnes, probablement frappé par sa beauté, quelque chose pris naissance, cette impression de fragilité, un peu fugace au départ, mais qui s’est renforcée au fil du temps, avec la découverte, à la télévision des images filmées depuis Apollo, à moins que je ne les ai vues dans l’ordre inverse, peu importe, dans ma mémoire, ces deux instants ne font qu’un  : le choc de la révélation. Ensuite, il y a «  2001, l’Odyssée de l’espace  » de Stanley Kubrick...

Puis, cette image me frappe à nouveau et cette impression de fragilité s’en trouve renforcée. Il s’agit des films pris depuis la navette spatiale, lors de l’un de ses tous premiers vols, à nouveau à la télévision. Je me souviens encore de ce moment  : au premier plan la soute de la navette et le bras articulé, au fond, au loin, la terre. Et à nouveau, cette sensation de fragilité et pourtant même dans les proportions de l’image, cette sensation n’était pas logique. La navette au premier plan aurait dû me paraître fragile, j’aurais pu - du sentir la petitesse de l’homme face à cette grande chose  : une planète. Eh bien, non, là encore, cette sensation de fragilité s’accroit et elle ne s’accroit pas au profit d’un sentiment de la puissance de l’humanité, bien au contraire.

Avenir de la terre

La troisième fois, c’est en 1995, je suis à Washington, je visite le Smithsonian Institute, la programmation de la salle Imax annonce la prochaine projection d’un film sur la terre tournée depuis Discovery. Je pénètre dans la salle, impressionnante par sa hauteur, d’un côté un mur de gradins, de l’autre un écran de plus de vingt mètres de haut  : naturellement, je m’installe à mi-hauteur de l’image, afin de bénéficier du meilleur point de vue. Je vois à nouveau ces images qui ne me sont plus inconnues mais, pour la première fois dans une pareille dimension –ce n’est pas la première fois que je vois des images d’une telle taille, j’ai fréquenté à plusieurs reprises les salles géantes de Las Vegas– je les trouve toujours aussi belles mais, ce qui me frappe, c’est que contre toute attente ce sentiment de fragilité est à nouveau ressenti et encore plus intensément dans cette immensité noire, j’aurais pu, dû me sentir écrasé, elle occupe 80 % de l’écran  !

De la qualité du paysage dépend la qualité de l’eau et à travers ce travail nous voulons révéler ce lien. Révéler ce lien, c’est simultanément montrer notre part de responsabilité quotidienne et individuelle dans la qualité de l’eau. Actuellement, le discours sur l’environnement met en valeur les responsabilités collectives qui sont réellement importantes. Cependant, nous pensons qu’il est nécessaire d’insister sur les responsabilités individuelles qui sont toutes aussi importantes.

Depuis, il y a eu Fukushima et pire encore, l’extraction du gaz de schiste. Outre la gabegie de l’eau, absurdité totale dans un monde où l’on affirme à coup de gros titres que l’eau sera l’enjeu du XXIe siècle  ; il y a cette folie qui veut détruire définitivement un biotope pour produire l’énergie qui nous est nécessaire. Il se peut que Dieu ait chassé l’Homme du Paradis, il est certain que, si l’Homme continue sur ce chemin, il va, de lui-même, se chasser de la terre, source de vie.

Laurent Gervereau, directeur du Musée du Vivant, lorsqu’il a découvert mon travail remarquait que je réussissais à rendre esthétique la destruction, que je faisais du beau avec du laid. La laideur, la destruction provoque la fuite, les rendre esthétiques nous oblige à les regarder, à faire face et à réaliser qu’il nous faut agir chacun à notre niveau.

Par-delà, il y aussi l’espoir de la prise de conscience nécessaire à l’action.

Hervé Bernard

Extrait de l’exposition

Textes et images sur le thème de l’environnement présentés sur ce site :

La consommation d’énergie

La maison est crasseuse

L’eau

La pollution, la responsabilité de tous