- L’intégration, une forme d’image V2

,  par Hervé BERNARD dit RVB

De la présence de la mathématique et des images dans l’intégration.
L’intégration recouvre l’identité, la ressemblance et le commun, trois termes au sens algébrique ou trois axes au sens géométrique qui nous amènent à penser l’intégration comme un processus similaire à l’image et aux mathématiques car constituée par des concepts communs. En effet, l’identité, la ressemblance et le commun sont des thèmes communs à ces trois champs d’activités.

1 Retour en arrière sur l’identité, la ressemblance et le commun
L’identité
- Caractère de ce qui, sous des dénominations ou des aspects divers, ne fait qu’un ou ne représente qu’une seule et même réalité (identité numérique, concrète), qualité de ce qui est le même.
- Caractère de ce qui demeure identique ou égal à soi-même dans le temps (identité personnelle).
- Conscience de la persistance du moi.
- Ensemble des traits ou caractéristiques qui, au regard de l’état civil, permettent de reconnaître une personne et d’établir son individualité au regard de la loi. Service de la police judiciaire qui détient les fiches anthropométriques des personnes arrêtées.
- Relation (...) qu’ont entre eux deux termes identiques (dictionnaire de la philosophie Lalande 1968).
- Principe selon lequel une chose ne peut être elle-même et son contraire. De ce principe découle l’égalité entre deux quantités connues ou égalité entre des quantités inconnues. Ce principe reste valable quelles que soient les valeurs prises par celles-ci et a valeur d’identité entre les deux quantités. Ainsi, l’on dit de deux images qu’elles sont semblables lorsqu’elles sont identiques, c’est-à-dire représentent la même chose.

De ces définitions de l’identité ressort un paradoxe. Ce terme a d’abord été un terme sur lequel s’est construite la ressemblance avant d’être un concept de la différence. Cette problématique de la ressemblance-dissemblance est au cœur de la question de l’image. Grâce à cette double signification de l’identité l’appellation française carte d’identité prend ici toute sa saveur.

La carte d’identité désigne un certain nombre de nos particularités : nom, prénom, date et lieu de naissance, résidence au moment de sa délivrance, taille, couleur des cheveux et une photo sans omettre les fameux signes particuliers. Ici, le rôle de la photo-image est essentiel car elle construit l’identité entre le document et le détenteur. Simultanément, cette carte d’identité est porteuse de nos différences. En effet, nous sommes la seule personne, à l’exception des jumeaux, détentrice de cette identité physique.

Cependant, le fait de détenir ce document est aussi la déclaration d’une identité commune entre tous les français. Être français implique, au minimum, avoir le droit de détenir cette carte d’identité et/ou être détenteur de ce document. Cette identité est donc commune, en cela elle construit une ressemblance entre tous les français.

La ressemblance
Ce terme est probablement, de ces trois termes, celui dont la signification reste la plus stable. De fait, actuellement, il continue à ressembler au sens qu’il avait à son apparition. En effet, 1285, lors de la première acceptation relevé par le CNTRL, ce terme désigne déjà un « ensemble de traits communs à deux éléments » (Roques t. 1, I, 134) ; acceptation confirmée par cette citation de 1690 « Ce peintre a bien attrapé la ressemblance. » ce qui signifie que cette peinture est suffisamment conforme à la réalité de la scène pour que si l’on voit l’un des deux en premier on reconnaisse ses similitudes, son identité lors de la découverte de l’autre.

La ressemblance désigne la similitude d’aspect physique et/ou de comportement entre deux ou plusieurs personnes (par analogie, entre ou avec des animaux) ; similitude d’aspect, d’usage, ... entre deux ou plusieurs choses de même espèce ou d’espèces voisines. Cette similitude se réduit parfois à une analogie selon l’exigence des critères définissant cette ressemblance.

Le plus grand niveau de ressemblance correspond à une identité conduisant à l’égalité entre deux choses, entre deux concepts, deux êtres se ressemblants. Ce niveau, s’il est atteint que ce soit dans l’intégration ou pour l’image, provoque la disparition de l’autre

Le commun
Avec une première occurrence relevée par le CNTRL relevée en 842 adj. « relatif à tous ou au plus grand nombre, général » (Serments de Strasbourg ds Bartsch Chrestomathie 2, 8), il est le premier de ces trois termes à apparaître dans la langue française.

Il désigne ce qui est relatif au plus grand nombre. Le commun est le troisième axe de la construction de l’intégration. Il est aussi, à notre sens, l’axe essentiel. En effet, la ressemblance et l’identité sont des qualificatifs généralement appliqués à un petit nombre. Le commun, surtout en politique ou en sociologie, est ce qui constitue la majorité. Cela est aussi vrai dans le domaine mathématique comme le montre le dénominateur commun. Cependant, ce dénominateur commun n’est qu’un exemple concret d’un concept mathématique qui s’applique, qui appartient ou incombe à toutes les personnes ou à toutes les choses d’un ensemble considéré.

Selon Braque, en peinture, « Le commun est vrai, le semblable est faux. Trouillebert ressemble à Corot mais, ils n’ont rien de commun. »1 Toujours selon Braque, il faut « Rechercher le commun qui n’est pas le semblable. »2.

Dans le domaine de l’intégration, le commun donne le droit à l’écart, à la différence. Le commun donne la respiration nécessaire à l’intégration afin de récuser le fusionnel et l’identitaire fascistes. À condition de ne pas confondre commun et communautarisme, il produit la définition la moins équivoque de l’intégration, la plus ouverte. Or, pour fonctionner, l’intégration se doit d’être ouverte. « Le commun du logos émergeant du commun politique sert en retour d’idéal ou d’horizon, en tant qu’idée régulatrice, à celui-ci [le commun politique] empêtré dans la matière sociale. »3. Dans le cas contraire, on chute dans le fusionnel.

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Relations

2 L’intégration
Venons-en maintenant à l’intégration, « c’est une opération mathématique inverse de la différenciation utilisée en calcul intégral. »4.
- Action d’incorporer un ou plusieurs éléments étrangers à un ensemble constitué, d’assembler des éléments divers afin d’en constituer un tout organique ; passage d’un état diffus à un état constant ; résultat de l’action :
- Processus par lequel on regroupe plusieurs activités ou plusieurs entreprises en une même unité de production afin de fabriquer un produit fini depuis l’obtention de la matière première.
- Processus par lequel des États décident d’abandonner une partie de leurs prérogatives au profit d’une souveraineté économique commune par la suppression des barrières douanières, par la libre circulation des personnes et des biens et par l’adoption d’une politique économique commune.
- Processus par lequel (...) l’action du système nerveux concourt essentiellement à unifier les expressions de l’activité de l’individu.(Piéron 1973)
- Processus par lequel l’individu acquiert son équilibre psychique par l’harmonisation de ses différentes tendances. Transposer cette définition psychique de l’intégration à la sociologie, ce concept devient passionnant. Processus par lequel la société acquiert son équilibre par l’harmonisation des différentes tendances des individus qui la composent..

3 Conclusion
Donc l’intégration est possible à condition qu’il existe un ensemble déjà constitué préliminaire à cette intégration. Ce sentiment d’éclatement de la société et ce refus d’abandonner certaines prérogatives au profit du groupe : ne serait-ce pas là une des difficultés de l’intégration contemporaine ? Comme ces définitions le montrent, l’intégration est un processus dynamique qui ne peut être que partiel mais pas minoritaire. En effet, si ce processus est totale, la différence n’existe plus. L’intégration excessive produirait de la désintégration.

L’intégration, c’est donc le contraire de l’identité égalitaire, fusion impossible dans la mesure où elle nie les spécificités de l’autre. Elle est à l’opposé de la ressemblance difficile à vivre car, même si elle est moins fusionnelle que l’identité, elle reste fortement réductrice de nos différences. Si l’on se ressemble, comme le montre l’histoire de nombreuses familles, la divergence devient une trahison. On peut avoir des choses en commun avec un assassin, on ne peut pas lui ressemble. Le risque de devenir un assassin est trop grand quand à se risquer de lui être identique, c’est impossible.

La seule intégration est celle qui est partagée, en commun avec l’autre. Le paradoxe de l’intégration réside dans le fait qu’un assassin peut être mieux intégré dans une société qu’une personne qui respecte la loi au pied de la lettre. Le respect ou l’irrespect de la loi n’est pas nécessairement une preuve d’intégration. En effet, si ce respect repose sur la peur, il n’est que le résultat, le produit de la peur, de la crainte, de la terreur tandis qu’un irrespect en connaissance de cause, comme celui du Général de Gaule en 1939, est par excellence, une preuve d’intégration.

L’intégration n’est pas liée au respect de la Loi, là est son paradoxe. Le commun n’interdit pas l’opposition, la divergences tandis que la ressemblance l’interdit. Le commun, la seule intégration qui ne nie pas l’identité individuelle tout en permettant la création d’un ensemble, au sens mathématique comme au sens sociologique. En fait, pour définir l’intégration, il ne nous reste que le commun. En effet, la ressemblance comme l’identité nie l’originalité de l’individu.

L’image et le réel ont des choses en commun tout comme l’intégré et le natif ont des choses en commun. La différence constitue l’intégration comme elle constitue l’image.

© Hervé Bernard 2016