- La couleur est contexte 1/2

,  par Hervé BERNARD dit RVB

Préliminaire
La couleur comme tous les langages est contextuelle. La couleur, comme tous les mots et émotions qu’elle exprime, est contradictoire.

- Contextuelle, parce qu’elle dépend du contexte lumineux qui l’entoure. Une même couleur, vue au soleil levant, sous un soleil d’été à midi et sous un éclairage tungstène après la nuit tombée ou encore sous un éclairage au sodium ne donne pas la même sensation visuelle même si le cerveau corrige plus ou moins correctement la dominante de ces éclairages.

- Contextuelle, parce que liée au contexte pictural. Un rouge dans un camembert présentant les parts de marché d’une entreprise n’a pas le même sens que dans une scène de crime ou encore dans une illustration sur le mariage au Moyen-âge. À cette époque, les mariés étaient en rouge tandis qu’aujourd’hui une mariée en rouge reste une très grande provocation car le rouge, de nos jours, dans ce cas là ferait référence à la prostitution. Le rouge garance du Moyen-âge, au même titre que celui des toges de l’empire romain est un rouge “ technique ” plutôt que sémantique. En effet, ce choix se fait pour la persistance à la lumière de cette couleur. C’est avec le temps que ce choix technique deviendra un choix sémantique notamment sur des erreurs de traduction de l’Ancien Testament.

- Contextuelle parce que tout langage est lié à un ou plusieurs référents culturels. Le sens de la couleur dans un document powerpoint est plutôt simpliste. Globalement, elle sert à mettre en valeur les titres et sous-titres des différentes parties. Son rôle est emphatique. Il est un peu similaire à celui d’un certain nombre d’interjections dans le langage parlé, comme “ Vous êtes d’accord ? ”, “Vous comprenez ! ” ou encore “ Vous me suivez ? ”...

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1967 à 1977

1 Le code de la route, couleur et interjection
Dans le code de la route, l’unique couleur présente a longtemps été le rouge. Quand au blanc cassé du fond, son usage repose, à notre sens, sur la réduction des risques d’éblouissement induits par un blanc pur éclairé par une lumière rasante. Puis, semble-t-il, est venu s’ajouter le bleu, qui, après avoir été longtemps un substitut du noir, sur d’anciens panneaux comme celui signalant les chutes de pierres a indiqué les lieux-dits.

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De 1946 à 1977

En ce qui concerne le sens du bleu, dans le panneau d’interdiction de stationnement, comme le montre les illustrations, il est, là aussi, celui d’une couleur de substitution du noir. En effet, l’usage du rouge, dans les deux versions du panneau est clair. Il est toujours là pour signifier l’interdiction comme toujours dans le code de la route.

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Depuis 1977

Pourquoi, ce remplacement du noir par du bleu perdure uniquement avec ce panneau alors que pour tous les autres panneaux où le bleu remplaçait le noir, le noir a repris sa place à la fin des années 1970 ?

Ensuite, ou, simultanément, à cette assignation du bleu au lieu-dit, le bleu a signifié “ indication à suivre (ou) vivement recommandé ” avec les signaux indicateurs comme celui marquant un stationnement autorisé ou encore les voies affectées par une limite de vitesse... Il est devenu l’indice d’un conseil, d’une suggestion, d’une marche à suivre.

À ce sens là, ou plutôt à cette arbitraire du sens du bleu, avec l’apparition des autoroutes, le bleu a vu un renouvellement de son usage. Du lieu-dit, et du panneau indicateur, il a été transféré à la signalisation autoroutière. À première vu, rien de commun encore qu’avec un peu d’humour, il soit possible d’affirmer qu’une autoroute est un lieu-dit qui sert à se rendre d’un point à un autre ou encore à moins de n’affirmer que l’autoroute soit un moyen pour se rendre à un lieu-dit. Après tout, une ville n’est ni plus ni moins qu’un lieu-dit qui a grandi. Dans le cas du lien bleu-autoroute, la taille du panneau, largement supérieure à celle du lieu-dit, est la présence de la lettre A majuscule viennent renforcer ce sens.

Dans un troisième temps, avec l’unification du code de la route au niveau européen, une nouvelle couleur est apparue et ces panneaux bleus ont été progressivement remplacés par des panneaux verts, tandis que la lettre A devenait un E. Dans les trois cas, les lettres sont en blancs.

Que conclure de ce bref parcours dans l’historique de l’usage des couleurs dans les panneaux du code de la route ? À l’exception du rouge, ces attributions sont complétement arbitraires et n’ont donc aucun sens comme le montre l’usage du bleu ou du vert dans ces différents panneaux. Quant aux variations de densité de ce bleu, elles semblent se justifier par un meilleur contraste visuel et donc une meilleure lisibilité et elles ne sont donc pas liées à la signification.

La couleur au même titre que ces interjections n’a parfois pas d’autre sens que celui que l’on veut bien lui attribuer à l’intérieur d’un code. Cette arbitraire en fait bien signe et comme tous les signes, elle est polysémique.