- Questions autour de la La Leçon d’anatomie

,  par Hervé BERNARD dit RVB

La Leçon d’anatomie

La Leçon d’anatomie de Rembrandt (1632) peut-elle être regardée comme un autoportrait faisant apparaître le mécanisme, la machinerie qui rend perceptible à notre entourage nos émotions, nos sentiments. Est-elle une réponse à tous ces portraits figés ? Peut-on la comprendre, comme une mise en image, une mise en mouvement du Discours de la méthode publié en 1637 par Descartes ? À moins qu’elle n’en soit une contestation, comment cette machinerie peut-elle penser ?

Est-elle une tentative de mise en évidence de la mécanique de l’image ? Tout comme l’image qu’elle ne nie pas être, elle ne nous montre qu’une partie de ce qu’elle est censée nous montrer. Tout comme une image, elle tue ce qu’elle nous montre dès qu’elle nous le montre. Elle tue parce qu’elle fige ce qu’elle nous désigne même si elle est animée

Une réponse au mystère de la Cène ?
En peignant ce tableau, Rembrandt affirme-t-il : « Ceci est mon corps ! » Certes, ceci est bien le corps d’un homme et par la puissance de la métaphore, ce corps bien qu’il ne soit pas le corps de Rembrandt peut en être le miroir.1 Rembrandt se demande-t-il à moins qu’il nous le demande, que reste-t-il de cet homme une fois celui-ci mort ? Nous vient alors à l’esprit le célèbre « Tu es poussière et tu redeviendras poussière. » Ce tableau évoque-t-il la fragilité de la Condition Humaine ?

La Leçon d'Anatomie
Photo Hervé Bernard

Que dissèque La Leçon d’anatomie ?
Est-on bien certain qu’elle dissèque les mécanismes intérieurs de l’être humain ? Et de quelles mécanismes parle-t-on ? De ceux de l’âme ou encore de ceux des muscles que l’on redécouvre à cette époque ? À moins qu’elle ne montre au même titre que La Ronde de Nuit les mécanismes de la société ?

Certes, tout comme La Ronde de Nuit, elle est une manière de répondre à l’interdit calviniste de l’adoration de l’idole que peut devenir le portrait de n’importe quel être humain. Et, le portrait de groupes est non seulement une méthode de contournement de cette interdiction mais, c’est une manière de ne pas se (ou de nous) soumettre à la tentation de l’adoration d’’un être humain quel qu’il soit tout en conservant le droit de continuer de peindre des portraits. Ce tableau est une mesure conservatoire qui permet de respecter la foi et la loi calviniste tout en assouvissant le plaisir de peindre et donc de découvrir notre humanité en affirmant notre finitude d’être humain.

Cette Leçon d’anatomie nous parle d’une société en pleine mutation qui apprend progressivement à découvrir le fait scientifique. Elle est donc bien une interrogation sur le sens de ce que signifie devenir “ un Être Humain ”. C’est-à-dire un être de foi, même si parfois cette foi est athée ou agnostique ; et aussi un être qui interroge et s’interroge sur le monde scientifique. Ce tableau serait-il une question d’éthique et simultanément une question sur l’éthique. En ce début d’année 2015, il semblerait que cette peinture nous soit bien plus utile qu’il n’apparaît.

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