Regard sur l’image

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- Paréidoles V4

,  par Hervé BERNARD dit RVB

De Platon qui l’a choisi pour prouver que l’image est une illusion aux surréalistes qui la choisirent pour monter quelques uns de leurs gags en passant par les paysages anthropomorphes sans oublier Brassaï qui affirmait : « Lorsque, érodés et polis par l’incessant va-et-vient des vagues, les galets sortent manufacturés de la gigantesque usine marémotrice, ils sont autant de sculptures taillées déjà par une main sensuelle. […] Je suis persuadé que l’art est né non des formes inventées de toute pièce, mais de celles auxquelles l’imagination pourrait donner une signification » [1]

Visage inconnu / Unknown face

Ils sont tous paréidoles, comme le montre avec vigueur tous les humains qui se sont précipités sur Google moon afin de voir la silhouette d’un individu se promener sur le sol lunaire. En fait, cette information n’est ni un canular, ni un faux bien qu’elle ne soit pas vraie. Elle ne fait qu’exploiter une tendance du couple cerveau-œil, une appétence pour les formes réalistes. Cette appétence, comme nous venons de le voir, les artistes l’exploitent depuis la nuit des temps.

Comme le narre Pline, la paréidolie est une vieille histoire. Ainsi,, dans son Histoire Naturelle consacrés à la minéralogie, il rapporte que «  dans un bloc qu’on fendit avec des coins, apparut une figure de Sylène [2] ». Dans un autre passage, il parlera d’une pierre précieuse, propriété de Pyrrhus, « une agathe sur laquelle on voyait les neuf Muses et Apollon tenant la lyre, non par un travail de l’art, mais par un produit spontané de la nature » On remarquera dans ces deux cas de paréidolie, le caractère acheiropoïète de ces images. Sont-elles pour cela le produit de la pure grâce divine ? La paréidolie serait-elle une manière, un biais, inventé par l’Homme, pour produire des images acheiropoïètes ? Une revanche de l’être humain sur la volonté divine ?

Moïse et les Amalécites

Application
Pour ma part, en bon paréidole que je suis, j’ai eu recours à ce processus dans plusieurs des images des séries suivantes : Formes improbables, dans certaines images de la série Hommage à..., voir L’hommage Icare et je compte bien continuer à explorer cette voie porteuse de sens et de polysémie.

La question du pareidolie est, d’une certaine manière, celle de l’œuf et de la poule.. De fait, lorsqu’il s’agit d’objets manufacturés par l’industrieuse main humaine ou de plantes agencées par cette tout autant industrieuse main, l’apparition de ces formes figuratives se produit-elle lorsque nous rencontrons ces formes figuratives, les découvrons ou parce que nous les avons crées ainsi ? Sont-elles alors le produit de nos mains ou de nos cerveaux ?

https://www.regard-sur-limage.com/documents/pareidole.mkv

Parfois, cette même industrieuse main de l’homme copie sans le savoir la nature à moins que ce ne soit la nature qui ne l’ait copiée. En effet, contrairement aux droits d’auteur, la preuve d’antériorité est parfois difficile à déterminer comme nous le montre cette méduse circuit imprimé.

Illusion lapin canard

Les illusions d’optique ne seraient-elles après tout que des paréidolies comme le montre l’illusion lapin-canard à laquelle je n’avais jamais crue avant d’avoir rencontré ce rocher. Cette figure, comme de nombreuses illusions, est réversible et bistable,

Rabbit-duck illusion / Illusion du lapin-canard
© Hervé Bernard 2017

Bistable, c’est-à-dire qu’il est impossible de voir le lapin et le canard ensemble. Nous ne voyons que l’un ou l’autre animal alternativement mais jamais les deux simultanément tout comme l’illusion du vase grec. [3]

La paréidolie est-elle une affaire de reconnaissance, de ressemblance ou de connaissance ? Probablement, un peu des trois à la fois, puisque pour reconnaître il faut déjà connaître tout comme pour affirmer une ressemblance, il faut aussi déjà connaître l’objet de la ressemblance.

Le cygne / The Swan

La paréïdolie conduirait-elle, poussée à son extrême, à l’idolâtrie ? Certes, les moutons dans les nuages de Léonard de Vinci ne sont pas fabriqués par les nuages et ils sont bien loin d’être le produit de notre industrieuse main, en tout cas directement. Cependant, ils le sont indirectement, car si nous voyons des lapins ou des moutons, d’autres y verront des vagues ou des rochers... Ces nuages, ces moutons, ces rochers (...) sont le fruit de notre main cérébrale tout comme ce cygne d’eau qui, ici, pourrait tout aussi bien s’écrire signe. Mais, signe de quoi ? De l’infinie imagination humaine. Cependant, à nos yeux, ce cygne d’eau n’est pas une image acheiropoïète même si elle n’existe que grâce à la photographie et qu’il n’est le produit d’aucun trucage.

- Le musée japonais des pierres qui ressemblent à des visages