- Vérité et vraisemblance

,  par Hervé BERNARD dit RVB

« La vraisemblance poétique devrait l’emporter sur la véracité d’un simple reportage. » Jöerg Traeger1 à propos de la Liberté guidant le Peuple de Delacroix.

Cette citation de Jöerg Traeger illustre parfaitement cette photo d’un enterrement dans les territoires occupées, faite par Paul Hansen et primée par le World Press.

Vraisemblance vs Imitation
Parler de vraisemblance, c’est déjà affirmer un décalage entre l’image et le réel, c’est rejeter la croyance en l’image comme copie de la réalité. Delacroix affirme avec cette description de La Liberté guidant le peuple que cette image vraisemblable est une interprétation de la réalité. En effet, ce qui est vraisemblable est ce « qui semble vrai, possible, envisageable au regard de ce qui est communément admis. »2 Cette définition exclut toute notion de véracité, avec le vraisemblable, il n’est plus question de morale contrairement à la véracité. Foin d’universalité. Si honnêteté il y a dans la vraisemblance, elle ne peut être qu’individuelle. De la moralité, on passe à l’éthique.

À mon sens, si la photo de Paul Hansen est polémique, c’est parce que nombreux sont, dans le monde de la presse et, par conséquent, dans le jury du World Press, ceux qui croit toujours en une image-copie de la réalité.

Que demande-t-on à une image ?
De copier le réel, c’est juste impossible et impensable. Impossible parce que si cette image est identique elle est une projection à l’échelle 1 dans un espace à trois dimensions, voire quatre, n’oublions pas le temps. Dans ce cas hypothétique, elle est alors mathématiquement identique. Ce qui fait de cette image la réalité. En effet, le réel et l’image ne font plus qu’un et cette absence de différence nie l’existence de l’un ou de l’autre. Impensable parce que cette identité implique la fusion entre ces deux expériences.

Ce que l’on demande à une image, c’est d’interpréter le réel pour nous en donner une lecture ou plusieurs lectures qui va ou vont nous permettre de mieux comprendre, de mieux appréhender ce réel.

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Funérailles à Gaza (territoires palestiniens), le 20 novembre 2012
© Paul Hansen

« Ce que l’on croit voir, c’est ce que l’on a envie de voir. » Spinoza
Existe-t-il une différence entre la position de Delacroix et celle de Spinoza ? Autrement dit, existe-t-il une différence entre le vraisemblable et ce que l’on a envie de voir ? Nous n’essayerons pas de savoir s’il existe une différence entre désir et envie, d’autant plus que pour Spinoza si différence il y a, il est probable qu’elle ne soit pas pertinente ?

Pour Spinoza, une image est une interprétation mais qui produit cette interprétation ? L’assertion ne le précise pas.

Le photographe ou le spectateur ? Ni l’un ni l’autre ou plus exactement pas seulement. En effet, le contexte de création de cette image est l’un des autres éléments qui va transformer l’interprétation de cette image et il en est de même pour le contexte de diffusion. Et qu’en je parle de contexte je n’inclus pas seulement la météo, en photo, c’est un élément essentiel, elle crée la lumière ; les personnes qui constituent son environnement au moment de la prisse de vue ou de la diffusion, le lieu, les circonstances sans oublier la technique de fabrication et la technique de diffusion.

© Hervé Bernard 2015