- De l’efficacité de l’image

,  par Hervé BERNARD dit RVB

« J’attribuais de mon côté la plus haute importance à l’image puisque j’allais jusqu’à la donner pour l’une des deux constantes universelles de la poésie. En outre, je comprenais très bien que la faiblesse ou la banalité d’une image vient communément qu’elle unit deux termes par eux-mêmes trop ressemblants, déjà normalement perçus comme voisins. Il faut que le rapport soit une surprise, peut-être un scandale, à coup sûr une révélation. Il convient que l’esprit éprouve une joie spécifique à découvrir une relation inattendue, une connivence nouvelle dans le réseau de l’inextricable univers. […] Autrement dit, j’admets que la force de l’image croisse avec l’éloignement des termes, mais je pose en principe que le rapport doit continuer d’être reconnu : certes, une image est d’autant plus efficace qu’elle est surprenante en un premier temps, mai elle n’est efficace que d’abord parce qu’elle est juste. Autrement, elle n’a aucune prise sur la mémoire et la sensibilité. Elle est impuissante à y laisser sa trace. »

Roger Caillois, Du surréalisme au Collège de Sociologie, Œuvres,
Collection Quarto Gallimard