- Image et interprétation

,  par Hervé BERNARD dit RVB

De nombreuses interprétations des images se cantonnent à une analyse de la figuration oubliant totalement la représentation. À titre d’exemple, je voudrais revenir sur deux exemples récents de ce type d’analyse :

- l’analyse de « L’origine du monde » de Courbet par Philippe Dagen1 et les photos des Talibans parues dans Paris-Match et déjà traitées dans ce blog.

Cette lecture de « L’origine du monde » de Courbet tente de nous montrer comment ce tableau représenterait une femme enceinte et même une femme enceinte de son premier enfant car son sexe ne porterait aucune trace, voir aucun stigmate d’un premier accouchement. Cette remarque ou plutôt cette image est-elle nécessaire pour rendre ce tableau plus pertinent ? Son titre, son réalisme qui, pour décrire cette partie du corps humain, reste toujours unique et nous interroge toujours autant, sont-ils renforcées par ces informations, quelle pertinence est ajoutée ou retirée à cette peinture par l’annonce d’un premier enfantement ? A moins, d’imaginer sous-jacente l’idée que l’origine du monde serait un hommage à la Vierge ou pour le moins à la virginité. Traiter de ces « précisions », c’est se cantonner à une lecture du mot à mot de ce tableau pour en oublier la représentation, c’est-à-dire une fois de plus confondre le sujet et l’histoire. En effet, dans l’interprétation de cette peinture, le titre est essentiel. Celui-ci nous rappelle que nous sommes tous nés de la cuisse d’une femme et non de celle de Jupiter et cette origine commune fait des humains des égaux. Cette peinture est-elle une manière de nous rappeler les principes fondamentaux de le République ? Principes dont Courbet fut un hardant défenseur, sujet quand même plus important que de débattre de la virginité du modèle.

L’autre image est celle des rebelles afghans publiées par Paris-Match. À aucun moment le comment ces photos ont été faites n’a été abordé par les opposants à cette publication. Quand je parle du comment, il ne s’agit pas de savoir si elles ont été faites en studio, en extérieur, à la chambre ou encore si elles ont été retouchées. Dans ce cas, aborder la question du comment revient à poser la question du style. Est-ce que ces photos magnifient, tournent en dérision ces rebelles ou encore en font-elles une présentation neutre ; voir sont-elles critiques, ce qui était malgré tout la première question à poser avant de s’interroger sur la légitimité de cette publication.

Cantonner l’image au réel, une méthode pour en réduire la portée ?

© Hervé Bernard 2009

Commentaires des photos des Talibans dans Paris-Match