- Image fixe - Image animée ? (2)- Qu’est-ce qu’une image fixe ?

,  par Hervé BERNARD dit RVB , 1 commentaire

L’image fixe existe-t-elle réellement ? D’un point de vue physiologique, nous savons qu’elle n’existe pas puisqu’une image réellement fixe est invisible. L’image fixe est une construction de la technologie humaine même et cette construction technologique peut se réduire à sa plus simple expression : une bouche et une main, une bouche pour souffler les pigments et une main pour masquer la paroi.

A partir de ce constat et si l’on s’appuie d’une part, sur la grille de Ninio (cf Regard sur l’image, p 111) et, d’autre part, sur les suivis de mouvement de l’œil (eye tracking), on peut se demander si, par exemple, « La ronde de nuit » de Rembrandt est un film qui demande à être (re)monté par chacun d’entre nous. En effet, ce parcours de l’œil crée non seulement un temps de l’image fixe : le temps du regard mais aussi un ordre plus ou moins particulier à chacun. Outre ce parcours de notre regard, la durée de ces arrêts nous est particulière. Chacun d’entre nous crée un ensemble arrrêt-durée qui constitue un itinéraire unique qui formera un film, certes intérieur mais un film quand même. Histoire d’autant plus cinématographique qu’elle est accompagnée par des sons : ambiants ou créés par notre imagination sans oublier notre voie intérieure dont la présence n’est pas à négliger.

Cette question de l’existence de l’image fixe se trouve renforcer par la création de diptyque, triptyques au cours de l’histoire des arts visuels. Cet assemblage d’images plus ou moins semblables parfois proche de la séquence mais, cependant différentes de la rafale photographique [proche au point de pouvoir se confondre parfois avec la succession de photogrammes cinématographique comme le montre l’animation image par image présentée ci-dessous] nous amène à complexifier cet itinéraire de l’œil sur ces quelques images fixes. Cette mise en relation de quelques images, rarement plus de quatre ou cinq constitue pour l’œil et le cerveau, une sorte de montage cinématographique par la construction d’un parcours qui va d’une image à l’autre sans être un regard linéaire même s’il prend parfois et souvent momentanément cet aspect.

Ces faits sont corroborés par les résultats d’une étude franco-américaine, coordonnée par Rufin VanRullen1. qui démontrent que l’attention visuelle est une sorte de « stroboscope » en déplacement permanent, un faisceau lumineux qui se déplace de cible en cible, sept fois par seconde.

Une séquence tournée en mode image par image et diffusée en continue est une animation et non une image animée, même si parfois, elle laisse croire qu’elle est une séquence animée comme dans le cas de l’éclosion d’une fleur ou comme nous le montre le dessin animée. Prendre une photo et faire varier sa dynamique, sa couleur dans le temps est déjà une manière d’animer une image fixe et de nous rappeler que le déplacement de la lumière est déjà une négation de la fixité de l’image.

Le suivi des mouvements de l’œil (eye tracking) et les changements de lumière prouvent qu’il existerait donc des images animées et des animations mais pas d’images fixes. D’un point de vue perceptif, l’œil transforme toute image improprement appelée fixe en une animation construite par le parcours de notre œil. Si l’image, comme l’affirme Eisenstein, «  serait une série d’éléments qui s’ordonne dans le temps pour le cinéma ou se juxtapose pour l’image fixe. » peut-on dire que le spectateur d’une image fixe est le monteur au sens cinématographique de cette image compte tenu du mouvement continuel de l’œil qui parcourt cette image ?

Voir aussi cette citation de Peter Knapp

- Le timelapse, image fixe ou image animée ? (5) V2

- Le timelapse, une image en mouvement

Voir en ligne : Un jour à Paris