- L’uniforme est-il une image ? (2) V2

,  par Hervé BERNARD dit RVB

- Voir aussi : L’uniforme est-il une image ?(première partie)

Au-delà des questions de prestige de l’uniforme évoquée dans la première partie de ce thème, gardons à l’esprit que le rôle de l’uniforme de police, comme pour nombre d’autres uniformes, est d’annoncer la couleur : il définit clairement, à découvert la fonction de la personne qui le porte. L’uniforme est donc l’outil de la visibilité du policier qui se doit d’avancer sans camouflage, clairement identifiable contrairement à l’espion. Le premier a un rôle public, le second à un rôle souterrain, c’est pourquoi il ne doit pas être identifiable.

Clairement identifiable peut sembler paradoxal pour un policier car le rôle de cet uniforme est, simultanément, de gommer l’identité du porteur. Tant qu’un policier porte son uniforme, sa tâche se cantonne à la défense de la loi et peu nous chaud son opinion personnel ! il se doit de s’effacer devant son rôle. Pourtant, le policier se doit d’être identifiable si l’on veut pouvoir contester son comportement, le remercier ou au contraire pouvoir en référer à plusieurs reprises à un même policier dans le cas de la police de proximité, d’un dépôt de plainte (…). De fait, dans ces cas, s’adresser toujours au même interlocuteur facilite les relations. Cette définition du rôle du policier a une autre conséquence, au-delà de toutes les questions religieuses ou d’intégration, un policier ne peut pas avoir le visage voilé car, de fait, il contrevient alors à la définition de son métier. Nous sommes donc dans l’obligation de constater l’incompatibilité entre cette fonction telle que nous la définissons en Europe et certains comportement religieux.

Par ailleurs, force est d’avouer que l’intégration ne sera jamais totale car une intégration totale gomme les différences et les deux parties y perdront leur âmes. Vivre ensemble, avec l’égalité des chances certes mais pas au prix de se perdre dans la fusion de l’image.

Épilogue 2019
Depuis la période 2018-2019, on assiste à un phénomène similaire avec les véhicules de la police. Outre la multiplication des voitures banalisées qui circulent de plus en plus souvent avec un gyrophare sur le toit et toutes sirènes hurlantes. Nous assistons à une multiplication des signalétiques des véhicules de la police qui ne permettent plus d’identifier le corps de police en action : gendarmerie, police municipal, police... Plus personne ne peut se repérer.

Épilogue bis, 2020
La proposition de loi relative à la sécurité, extrait
« L’article 24 est l’un de ceux suscitant le plus d’opposition. Il prévoit que les images d’agents des forces de l’ordre ne pourront être diffusées, si l’intention est de porter atteinte à l’« intégrité physique ou psychique » des agents. Il est vu comme une façon d’invisibiliser les violences policières. Avocats et journalistes ont dénoncé le risque de « procès baillons » car cet article pourrait notamment permettre de renvoyer très facilement devant la justice des journalistes ou avocats diffusant des vidéos de violences policières. Libre ensuite à la justice de déterminer s’il y avait intention de nuire.
[...]
En fin de texte, des articles ont été ajoutés afin d’étendre encore l’accès des forces de l’ordre à différentes images : ici, celles des caméras de vidéosurveillance des réseaux de transport et des gares. Ces vidéos étaient auparavant transmises en cas de ’’circonstances faisant redouter la commission imminente d’une atteinte grave aux biens ou aux personne’’. Cette limite est levée. »

Au-delà de la question fondamentale de la liberté de la presse, cette loi pose une autre question tout aussi fondamentale. L’action de toutes les administrations doit être contrôlées. En ce qui concerne la police, la presse est l’un des moyens de contrôle à la disposition du citoyen pour s’assurer que la police travaille dans le respect des règles édictées par le Parlement (Assemblée Nationale et Sénat). L’éradication de ce contrôle procède d’un phénomène général que l’on retrouve notamment chez les hauts-fonctionnaires et leur refus du contrôle du pantouflage...
Nous sommes en face d’un problème général, l’administration de ce pays refuse de rendre des comptes et cela est au moins aussi grave que la question de la liberté de la presse.

© Hervé Bernard 2009-2020
Voir aussi : L’uniforme est une image (1)