La magicienne et le gendarme

,  par Hervé BERNARD dit RVB

« Mon père est un spécialiste des questions de sécurité. Il dit que l’usage des “leurres” est purement psychologique : si tu crois que les hommes avec une moustache grise te surveillent , ton cerveau cherchera de façon inconsciente des types de ce genre et écartera tous ceux qui ne présentent pas cette caractéristique. Ensuite, tu es convaincue qu’il s’agit d’une paranoïa, tu baisses la garde et d’autres détails étranges ne retiennent pas autant ton attention. Et, pendant ce temps, les vrais espions se régalent avec toi. »1

Valet déchu I
© Hervé Bernard 2019

Les publicitaires ont recours aussi à des leurres mais, avec un objectif inverse. Ainsi, une partie du budget des campagnes publicitaires est destiné à conforter l’acheteur dans la justesse de son achat. Ainsi, si vous venez d’acheter une nouvelle paire de chaussures, l’affichage dans le métro va accroître votre propension à chercher dans la rue les chaussures que vous venez d’acquérir. En constatant que ces chaussures sont achetées par d’autres personnes, l’acheteur se trouve conforté dans son choix d’une part en ne le regrettant pas si d’autres ont acheté, ce produit, c’est que c’est un bon produit. Donc non seulement j’ai fait le bon choix mais, d’autre part, je n’ai pas gaspillé mon argent.

Valet déchu II

Quant aux magiciens, ils nous conduisent, à l’aide de leurres, à regarder ailleurs. Ainsi, une amie magicienne a passé une soirée à me faire des tours et des détours, m’expliquant qu’elle ne se souvenait plus comment faire les tours, hésitantes, faisant des poses... Au bout du second tour de magie, l’intuition me vint que toutes ces pauses étaient là pour me déconcentrer, distraire, et mon cerveau et mon regard. « Parce ce qui diffère brise la familiarité en nous, déconstruit nos certitudes et par là nous jette hors de nos égocentres, vers l’inexploré. Là où il nous faut inventer, prendre un étage de plus : grandir en un mot ! »2