- Le portrait (1)

,  par Hervé BERNARD dit RVB

L’image serait la présence d’une absence et notamment de l’absence du corps dans le cas de portrait, l’absence de l’éloignement, l’absence du disparu, ultime éloignement. Comme chacun de nous a pu l’expérimenter, cette image, pour les célébrités contemporaines, pour nos connaissances, nos relations est fortement liée au souvenir, à la remémoration. Cette analyse décrypte une partie du processus de lecture du portrait de famille ou non qu’il soit peint, dessiné ou photographié. En effet, c’est cette remémoration qui le rend présent, au point de nous amener parfois à l’interroger comme si ce portrait restait capable de nous répondre. Mais comment fonctionnent les portraits plus anciens ou les portraits qui nous présentent un inconnu ?

Quand je regarde le portrait de Louis XIV, certes, je me remémore mes leçons d’histoire : Alexandre Dumas et les Trois Mousquetaires, Le Roi Soleil et la Révocation de l’Édit de Nantes (…), ce qui fait appel à un autre type de souvenir. Mais, quand je contemple le portrait d’un inconnu que se passe-t-il ? Je me raconte une histoire, je lui invente une vie. Est-ce alors une manière de se créer un souvenir, de créer une ressemblance ? Certes, « Ce sont les regardeurs qui font les tableaux. » Man Ray, mais dans ce cas, peut-on dire que l’imagination est souvenir ? Om encore parler du souvenir de l’imagination à moins que cela ne soit l’imagination du souvenir.

Qu’en est-il de l’avatar, cet autoportrait du XXIè siècle, cette image-miroir, cette image de nous-même que nous portons à l’intérieur de nous-même et qui peut tout à coup surgir vers l’extérieur grâce au numérique. Techniques qui le font non seulement exister tout comme le dessin et la peinture ont fait exister le portrait mais techniques qui l’autorisent aussi à partir à la rencontre du monde tel l’homme préhistorique se mettant en marche pour découvrir son monde.

Être un portrait conquérant, en marche et agissant pour nous est l’une des nouveautés de l’avatar. Ce portrait, même s’il n’est pas ressemblant physiquement, nous l’avons voulu et bien souvent créé nous-même contrairement au portrait peint, majoritairement le produit du travail d’un autre. Comme tout portrait, il nous permet de nous raconter une histoire tout comme il laisse aussi les autres s’en raconter une. En effet, les deux joueurs qui s’affrontent par avatars interposés, c’est-à-dire par images interposées sont deux personnes physiquement absentes du jeu car respectivement absentes du lieu où leur adversaire est présent et pourtant, simultanément réellement présentes comme toutes les incarnations. Ces avatars n’existent que tant qu’il y a communication entre les partenaires de ce jeu. Communication parfois interrompue mais toujours reprises jusqu’au Game Over qui marque la fin d’un monde. Ces avatars sont-ils des masques dans la mesure où ils ne nous ressemblent pas ou des révélateurs car ils révèlent des traits de notre personnalité tout comme ils nous révèlent par leur empreintes ? image Janus ou masque en négatif, certainement, car ce désir de ne pas nous ressembler pourrait bien être pris pour une ressemblance par opposition, inversion, reflet...

Est-il possible de forcer l’autre à enlever ce masque, à se dévoiler notamment grâce à une excellente maîtrise de l’informatique ?

Les mille et une figure du portrait

Ce dévoilement qui va de la découverte de l’adresse IP en passant par le décodage de l’adresse postale, celle du monde réel grâce à la facture du fournisseur d’accès internet jusqu’à l’ouverture du compte en banque. Ce dévoilement est-il limité au monde matériel ou peut-il atteindre le monde intérieur ?

L’avatar qui n’est pas toujours physiquement ressemblant est-il toujours symboliquement ressemblant ? Jusqu’à présent, les avatars n’étaient présents dans le virtuel qu’à travers leur masque ; mais, cette présence devient active et de plus en plus réel avec les technologies de captation de mouvement qui, progressivement, se mettent en place chez le particulier. Technologie qui deviennent disponibles pour contrôler les mouvements de gymnastique à la maison et qui, à chacun d’entre nous, donneront prochainement des avatars cinétiquement ressemblant. C’est-à-dire ressemblant dans le mouvement des membres mais aussi dans le port de la tête ou dans la manière de se tenir. Ressemblance physique et cinétique beaucoup plus difficile à masquer que la ressemblance physiologique.

L’avatar, nous le disions précédemment est une incarnation. Quels sont les liens entre cette incarnation et l’autre incarnation, celle du Christ, idée, symbole qui s’est fait chair ? L’avatar est une chair qui se fait symbole et ce symbole peut-il éviter la ressemblance, passer au travers de ses fourches caudines ? Autrement dit, une création peut-elle ne pas être à l’image de son créateur ? Question qui nous ramène en plein dans l’interrogation du paradis terretre et du mythe de la création.

Autoportrait de caractères

Des questions posées par les liens entre l’avatar et l’incarnation surgit la question suivante : l’avatar, au-delà de la maîtrise technologique, aurait-il put être inventé par une autre civilisation que la civilisation occidentale ? La poupée vaudou est-elle un avatar .

Que différencie l’incarnation de Dieu dans le Christ, l’incarnation d’un être dans un personnage d’un jeu virtuel et l’incarnation d’un être à son insu dans une poupée qui transmettra un mauvais sort à l’être vivant à qui elle fait référence. En fait, la seule incarnation qui soit pleinement volontaire est celle de l’être humain dans un jeu de réalité virtuelle. Même le Christ a refusé cette incarnation de sa part humaine, fardeau qu’il trouvait trop lourd à porter pour sa part divine.

© Hervé Bernard

Le portrait (2) :

Le Portrait (3) :

Le Portrait (4) :