- Manichéisme et dualisme V2Le manichéisme, une image de notre corps ?

,  par Hervé BERNARD dit RVB

Le dualisme est, selon le CNTRL, un système de croyance ou de pensée qui, dans un domaine déterminé, pose la coexistence de deux principes premiers, opposés et irréductibles. […] Caractère de ce qui comporte deux éléments disjoints, opposés et complémentaires. 

Le manichéisme, selon, la même source, est une Doctrine religieuse conçue par Mani, fondée sur la coexistence et l’antagonisme de deux principes cosmiques égaux et éternels : le bien et le mal ; conception qui admet le dualisme antagoniste d’un principe du bien et d’un principe du mal.

À la lecture de ces deux définitions, on peut s’interroger sur la prédominance historique ou encore sur la préséance de l’un par rapport à l’autre si ce n’est que le second a vu son sens contenu au monde religieux et étendu au monde de l’instruction civique avec la laïcisation de la société.

La Sainte Famille

Du dualisme au manichéisme, il n’y a qu’un pas bien souvent allégrement franchi. Car choisir entre deux principes n’est pas vraiment choisir et nous le sentons plus ou moins consciemment lorsque l’on affirme que le choix entre Caribe et Scylla équivaud à une absence de choix. Cet adage illustre à merveille une stratégie employée dans ce genre de circonstances. Nous avons alors tendance, pour valider notre choix, malgré ou à cause de cette alternative, à amplifier emphatiquement les qualités et les défauts de chaque partie de l’alternative.

Cette pratique de la dualité a été probablement un tremplin qui a permis à la pensée occidentale de se propulser dans des zones invisibles à d’autres systèmes de pensée (cf Ph Descola). Cependant, pour les raisons précédemment citées, il semblerait que ce système ait atteint ses limites comme nous le montre notamment le discours politique et économique contemporain.

De l’origine de ce dualisme ?
À priori, il est possible de lier ce système de pensée à la découverte de la géométrie de l’espace et à l’invention de la symétrie. Cette symétrie c’est (ou a été) immédiatement projetée sur notre corps car celui-ci est notre référent dans l’espace. On peut alors s’interroger sur la primeur du corps ou de la géométrie dans cette découverte. C’est pourquoi nous avons inventé la gauche et la droite, le haut et le bas, le devant et le derrière. Ce qui est à gauche ne peut pas être simultanément à droite. De même que ce qui au-dessus ne peut simultanément être en-dessous. Ainsi, si je mets ma main droite à gauche de mon corps, celle-ci n’est plus à sa droite. Ce corps a donc construit une dichotomie de l’espace. Cette dichotomie nous la retrouvons dans notre cerveau, est-elle la conséquence de notre spatialisation ?

Cette dichotomie, l’avons nous (ré)introduite dans notre pensée en inventant le bien et le mal ? Ce qui est bien ne peut pas être mal et inversement. Pourtant un objet peut-être simultanément en haut et à gauche. Comment sortir de ce bilatéralisme binaire ? Ce manichéisme est-il une métaphore, le miroir, le portrait ou le reflet de notre bilatéralisme c’est-à-dire une image à moins qu’il ne soit une transposition imaginaire de ce bilatéralisme ?

C’est cette dualité qui nous fait dire que Janus, avec sa double face, représente l’hypocrisie alors que Janus, au Moyen-âge, représente un passage, le mois de janvier ferme une porte, celle de l’année qui vient de s’écouler pour ouvrir celle de l’année qui commence. C’est cette dualité manichéisante qui nous fait refuser la complexité et ici plus particulièrement, le passage, la transition, moins simple à déchiffrer que la rupture. En fait, Janus, parle de continuité, d’un regard porté simultanément sur l’année qui vient de s’écouler et d’un regard porté sur l’année naissante.

Quant à la Rome antique, elle fait de Janus celui qui clôt les guerres et donc ouvre un temps de paix. Janus, dieu du passage et non de l’hypocrisie, ce qui donne un tout autre poids au nom du premier mois de l’année. Et les guerres, nous en avons une multitude à clore à commencer par celle(s) contre nous-mêmes.