- Message et imprécisions

,  par Hervé BERNARD dit RVB

Un message, par essence est imprécis

1 Imprécision et ouverture ou les conditions de l’échange
Imprécision n’est pas ambiguïté ou obscurité.
L’imprécision requière de la précision et, c’est cette requête de précision, qui est la condition de l’efficacité du message comme vecteur d’échange.

La première imprécision est celle du contexte, c’est celle que l’on oublie le plus facilement car le contexte nous paraît une évidence. C’est pourquoi la recontextualisation d’un message est, la plupart du temps, une nécessité et cette recontextualisation est tout autant nécessaire au niveau de l’émetteur qu’à celui du récepteur. Parfois, même dans un dialogue en tête-à-tête, la nécessité de la recontextualisaton se fait sentir alors que le contexte du message semble une évidence, les deux protagonistes étant sur la même scène.

L’ouverture du dialogue laisse-crée la place de l’autre, lui permet d’échanger, de trouver une place en se glissant dans l’interstice de cette imprécision. Et c’est cette interrogation là qui tend à réduire l’imprécision. C’est elle qui créée la place de l’autre tout en permettant la négociation car tout message induit une négociation. Cette réduction de l’imprécision est le prolégomène de la négociation avant même que celle-ci ne débute officiellement.

Pour que l’autre ait une place, il faut qu’il y ait un échange. Sans échange, le message devient un ordre ou, à la rigueur, un mode d’emploi et encore, ce dernier nécessite parfois des échanges. L’utopie de certains modes d’emploi est de croire que l’échange n’est pas nécessaire. C’est cette impossibilité à supprimer l’échange qui les rend incompréhensibles. Dans le cas de du mode d’emploi comme de l’ordre, l’absence d’imprécision est le fondement de leur efficacité.

C’est l’échange qui transforme une énonciation, un propos en message.

Échange et sens une interdépendance
Dans la mesure où l’échange et le sens sont interdépendants, tentons de comprendre les conditions nécessaires à l’échange comme moyen de créer du sens commun aux deux parties. C’est-à-dire comme moyen de transformer une énonciation en message. Par essence, un message ne peut-être univoque. En effet, tous les mots sont plurivoques. Imaginons quelques instants que cette dernière assertion soit fausse. Que se passe-t-il ? Chacun des sens d’un mot est retranscrit par un nouveau mot. Le corpus de la langue s’étend à l’infini et il devient impossible à assimiler, parce que trop étendu. Conséquence indirecte, les inégalités culturelles s’étendent elles aussi, la difficulté d’accès au langage élaboré s’accroissant au passage.

Donc par essence, dans tous les échanges cohabitent plusieurs sens plus ou moins divergeant, plus ou moins plurivoques. Le rôle de l’échange est de construire cette univocité. C’est en se sens que l’entretien est une forme de négociation. Cette négociation débute par un accord sur le champ sémantique évoqué lors de l’élaboration du message. Parfois, cette multiplicité des sens n’est pas un problème notamment quand l’intuition de l’interlocuteur lui permet de l’éradiquer.

Que signifie réduire la multiplicité.
C’est la multiplicité, c’est-à-dire cette ouverture qui va permettre au sens d’émerger dans l’échange quelque soit sa forme : tête à tête, épistolaire, téléphonique ou encore à travers les réseaux sociaux... L’accord, le désaccord ou toutes autres positions intermédiaires sont l’aboutissement de cet échange.

C’est en ce sens que le texte et l’image ne sont pas supérieur l’un par rapport à l’autre. Ils sont l’un et l’autre des messages ouverts, certes, mais, différemment. Cette ouverture en fait des messages et elle construit leur complémentarité. En fait, l’imprécision est une invitation, une porte ouverte au dialogue.

2 Cette imprécision est la condition de l’efficacité du message.
Avant de reparler des imprécisions du code, il est important de rappeler que l’imprécision des parties du code, ici les mots (verbe, adjectif, nom, article, pronom...) est la condition sine qua non à son efficacité. En effet, c’est elle qui en rend son apprentissage possible. Pour être efficace, un code ne peut contenir une infinité de mots. Cette infinité le rendrait inaccessible à la majorité d’entre nous. Un code est par essence limitée. C’est cette limite que le rend plurivoque.

En effet, s’il existait un mot par sens. Accéder à une bonne maîtrise du code sans même parler de le connaître dans sa totalité deviendrait d’une part l’œuvre de toute une vie ce qui est une mission impossible ; et, d’autre part, cette ultra-précision figerait le code. Cet immobilisme est l’un des prix de l’univocité. C’est dans cette interstice d’imprécision que le code évolue dans le temps, se module en fonction du milieu social, professionnel... et devient apte à décrire des situations nouvelles. Par conséquent, selon les circonstances de l’énonciation, l’imprécision tolérée sera plus ou moins fluctuante.

Lever l’imprécision de l’énonciation est la condition de l’existence de l’échange et par conséquent de la transformation de l’énonciation en message.

Écrire un texte parfaitement univoque transformerait ce texte en un long verbiage incompréhensible. En effet, cette univocité exigerait une multiplication des parenthèses et digressions censées lever les équivoques du propos, puis les équivoques de la précision et ainsi de suite, jusqu’à plus soif, ad nauseam... La phrase se met alors en boucle et trop de précisions nuit à la précision. En effet, la phrase se met à ressembler à elle-même, prend une forme fusionnelle. Et surtout, l’échange devient impossible.

3 Le message nécessite la coopération de l’autre.
C’est cette absence d’échange ou cette ultra-précision qui transforment le message en un propos autiste, un autisme tel qu’il fut longtemps définit.

Le message n’existe que dans l’échange même si cet échange est équivoque. Il faut cependant distinguer imprécision et vouloir dire tout et son contraire. Car, tout et son contraire ne laisse pas de place à l’interprétation. C’est tout simplement du grand n’importe quoi. Dans tout et son contraire, l’interprétation devient illimité et il devient impossible de se positionner, de prendre position face au discours de l’autre. Toutes les positions deviennent valables. Par conséquent, en fait, aucune position n’est valable. Nous sommes alors dans un monde insensé tandis que l’imprécision appelle la nuance, la précision donc l’ouverture de l’échange.

4 Pureté et univocité
C’est du sucre et pas autre chose. La pureté du sucre et de la farine sont-elles des métaphores de la précision inutile, voire de la pureté de la race ? Ce refus de la contamination du produit par autre chose alors que cet autre participe de son goût. Ainsi, le son de la farine contribue à lui donner son goût mais aussi sa valeur nutritive. Ainsi, un sucre trop raffiné perd toute valeur nutritive car l’organisme le brule trop vite.

Une pureté univoque
La pureté des khmers rouges, des communistes, de l’inquisition, bref de tous les intégrismes est intimement liées à cette univocité qui interdit toutes métaphores et qui voudraient que nous soyons à l’unisson de ce seul son de cloche qui devrait résonner dans nos têtes. D’ailleurs, la splendeur des couleurs d’un gemme est due à une impureté.

La nature est par essence impure. La seule pureté de la nature et encore, elle est symbolique, si toutefois la pureté symbolique existe, est celle de la mort. Et cette pureté là n’est que symbolique parce que le grouillement des vermisseaux et autres micro-organismes est diablement éloigné de cette idée de pureté.

Cette imprécision est là, nécessaire à l’existence du message. Elle le nourrit, c’est elle qui va permettre la négociation quotidiennement nécessaire à l’accord. Tout comme le son de la farine est tout autant nécessaire d’un point de vue gustatif comme d’un point de vue nutritif à la qualité nutritive des pattes et du pain. L’imprécision serait-elle le levain du message ? L’un des problèmes des couples est de croire que l’échange —à partir d’un certain nombre d’années de vie commune— n’a plus besoin d’être précisé. On se comprend à demi-mots.

La pureté immaculée est celle du Paradis perdu et cette pureté est intimement liée à sa perte. Le ver est donc dans le fruit car si pour accéder à la pureté, il faut la perdre, celle-ci est sans intérêt. Pourrait-on dire que khmers rouges, des communistes, de l’Inquisition, bref de tous les intégrismes qu’ils incarnent des paradis perdus ?

Quant à la pureté de l’esprit, elle est elle aussi, au mieux un paradis perdu.

Le langage comme l’image sont utilisés, la plupart du temps, pour parler de l’absent ou de l’absence, du manque.

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