- Objectivité et regardLe Phénomène humain, Prologue : voir

,  par Hervé BERNARD dit RVB

« Voilà pourquoi, sans doute, l’histoire du Monde vivant se ramène à l’élaboration d’yeux toujours plus parfaits au sein d’un Cosmos où il est possible de discerner toujours davantage. La perfection d’un animal, la suprématie de l’être pensant ne se mesurent-elles pas à la pénétration et au pouvoir synthétique de leur regard ? Chercher à voir plus et mieux n’est donc pas une fantaisie, une curiosité, un luxe. Voir ou périr. […]

Subjectivement, d’abord, nous sommes inévitablement centre de perspective, par rapport à nous-mêmes. Ç’aura été une candeur, probablement nécessaire à la Science naissante, de s’imaginer qu’elle pouvait observer les phénomènes en soi, tels qu’ils se dérouleraient à part de nous-mêmes. Instinctivement, physiciens et naturalistes ont d’abord opéré comme si leur regard plongeait de haut sur un Monde que leur conscience pouvait pénétrer sans le subir ni le modifier. Ils commencent maintenant à se rendre compte que leurs observations les plus objectives sont toutes imprégnées de conventions choisies à l’origine, et aussi des formes ou habitude de pensée développées au cours du développement historique de la Recherche.

Parvenus à l’extrême de leurs analyses, ils ne savent plus trop si la structure qu’ils atteignent est l’essence de la Matière qu’ils étudient ou bien le reflet de leur propre pensée.[…] »

Extrait de : Le Phénomène humain, Prologue : voir par Pierre Theillard de Chardin

Voir aussi
- Logique de la sensation, Francis Bacon