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	<title>Regard sur l'image</title>
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	<description>Herv&#233; Bernard, Interroger et cr&#233;er l'image
artiste-visuel&#160;: photo, video, film, sculpture, images 3D, cr&#233;ateur d'images, iconologue, s&#233;miologie de l'image, #educationAuxMedias #iconologie #perspective Regard sur l'image. Philosophie de l'image. Perception visuelle Les techniques num&#233;riques, dictionnaire de la photonum&#233;rique, th&#233;matique des photos&#160;: Le Jardin des Tuileries, l'eau, l'avenir de la terre, s&#233;rie hommage &#224;, &#171;&#160;Pi&#233;tons - payant - livraisons&#160;&#187;, &#171;&#160;le paysage imagination du r&#233;el&#160;&#187;, reflet et transparence, Paris. L'&#201;cume de la Terre, Le miroir du r&#233;el, des lettres et des images. Anthropoc&#232;ne, lumi&#232;re, barbel&#233;, surveillance, exposition, sculpture
Creating and Interrogating the image
In need of a fine art photographer and arts&#160;: video, movie, sculpture, 3D picture, 3D print works on the anthropocene topic. Blog by Herv&#233; Bernard about image understanding, semiology, and about the &#171;&#160;Regard sur l'image&#160;&#187; his book. Explanations about digital technologies and a digital photography dictionary. Photo of the week and shot filing by theme&#160;: Tuileries gardens in Paris, water, earth's future, &#171;&#160;tribute to&#160;&#187; series, &#171;&#160;Pedestrian crossing - parking meter area - delivery zone&#160;&#187;, reflection and transparency, Paris. The Earth's water crest and scums, Letters and pictures, light, barbed wire, exhibition, sculpture, monitoring</description>
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		<title>Regard sur l'image</title>
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		<title>- La question du rituel et du sacrifice, 1/3</title>
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		<dc:date>2026-02-08T17:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; BERNARD dit RVB, Jean-Louis Poitevin, philosophe, critique d'art, romancier</dc:creator>


		<dc:subject>Hermann Nitsch</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La question du rituel et du sacrifice &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction&#160;: quelques notions centrales de la pens&#233;e de Nitsch &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;criture et livres Il &#233;tait difficile d'imaginer &#224; quoi allait pouvoir conduire le fait de s'int&#233;resser &#224; Hermann Nitsch. En effet, on croit conna&#238;tre une &#338;uvre apr&#232;s avoir vu quelques &#339;uvres, quelques images quelques vid&#233;o, lu quelques textes voire m&#234;me apr&#232;s avoir assist&#233; &#224; quatre jours d'une action de six jours, l'ultime donc de l'Orgien Mysterien Theater (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.&lt;/span&gt;T.) et on s'aper&#231;oit&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/-Hermann-Nitsch-.html" rel="directory"&gt;- Hermann Nitsch&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-Hermann-Nitsch-2130-+.html" rel="tag"&gt;Hermann Nitsch&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;La question du rituel et du &lt;i&gt;sacrifice&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&#160;: quelques notions centrales de la pens&#233;e de Nitsch&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;criture et livres&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait difficile d'imaginer &#224; quoi allait pouvoir conduire le fait de s'int&#233;resser &#224; Hermann Nitsch. En effet, on croit conna&#238;tre une &#338;uvre apr&#232;s avoir vu quelques &#339;uvres, quelques images quelques vid&#233;o, lu quelques textes voire m&#234;me apr&#232;s avoir assist&#233; &#224; quatre jours d'une action de six jours, l'ultime donc de l'Orgien Mysterien Theater (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.&lt;/span&gt;T.) et on s'aper&#231;oit qu'on n'a acc&#233;d&#233; qu'&#224; une infime partie d'une &#339;uvre non seulement monumentale mais prot&#233;iforme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a les premi&#232;res actions qui se d&#233;veloppent en parall&#232;le d'un travail pictural d&#232;s les ann&#233;es 60. Mais, tout cela s'accompagne d'un travail de r&#233;flexion constant, de lectures, de voyages et d'approfondissement des positions sur tel ou tel aspect de la pratique, de l'&#339;uvre, et surtout des enjeux et de la signification des diff&#233;rents &#233;l&#233;ments qui la composent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peinture donc, dessin, actions, musique, &#233;l&#233;ments divers, graines, ou fleurs, vigne et vin, mais aussi et surtout &#233;criture. Car Nitsch a &#233;crit et m&#234;me beaucoup. Quand ce sont des textes ou des r&#233;flexions sur son travail, ce n'est pas comme chez la plupart des artistes qui ont &#233;crit sur leur medium ou leur pratique. L'enjeu est plus vaste. Il s'agit d'une v&#233;ritable r&#233;flexion qui prend sa source dans son travail mais se d&#233;ploie telle une r&#233;flexion philosophique de premier ordre, en tout cas dans l'ouvrage que j'ai commenc&#233; &#224; lire &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Zur theorie des Orgien Mysterien Theater, Zweiter versuch&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;que l'on pourrait traduire&#160;: Projet pour une th&#233;orie du th&#233;&#226;tre des Orgies (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; publi&#233; au Residenz verlag en 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a aussi d'autres textes, des &#339;uvres litt&#233;raires si l'on veut comme, celui intitul&#233; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;die eroberung von jerusalem&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La prise de J&#233;rusalem&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; publi&#233; &#224; 1000 exemplaire par les &#233;ditions Mora et l'&#233;diteur Die Drossel. Ce livre date, apparemment, si l'on s'en tient &#224; quelques reproductions de dessins &#224; la fin du livre, de 1971, au moins donc pour l'&#233;criture. Il s'agit l&#224; d'un projet d'action globale absolument excessif et irr&#233;alisable que je n'ai pas encore lu. Il existe d'autres textes de type &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;th&#233;&#226;tral&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;mais je ne dispose pas, pour l'heure, d'une bibliographie compl&#232;te des &#233;crits de Nitsch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc, parvenir &#224; la compr&#233;hension de ce qui est en jeu dans l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;/span&gt; n'est possible qu'&#224; se plonger dans l'&#339;uvre th&#233;orique. Non que l'&#339;uvre soit si obscure qu'on ne puisse y comprendre quelque chose par sa simple participation. C'est que ce &#224; quoi l'on assiste dans ces 6 jours, et nous nous concentrerons sur cette action uniquement. En tant qu'action de 6 jours, elle repr&#233;sente, avec celle qui a eu lieu du 3 au 9&#160;ao&#251;t 1998, l'action N.100, le but ultime du travail de Nitsch. Il le dit &#224; plusieurs reprises, toutes les autres actions sont &#224; comprendre comme des esquisses ou des d&#233;veloppements partiels, et donc surtout des moyens d'approfondir la r&#233;flexion en vue d'aboutir &#224; une action de 6 jours. Et, comme on le sait il n'y en aura eu que deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est devant un imposant ensemble de texte que l'on se trouve car le seul &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Zur theorie des Orgien Mysterien Theaters zeiter versuch&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; fait presque 1000 pages,comme le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Nitsch&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pesant, lui, plusieurs kilos, paru en 2015 &#233;dit&#233; par la libraire Walter K&#246;nig de K&#246;ln et qui rassemble un choix de textes et surtout une galerie d'images en pleine page retra&#231;ant le parcours complet de Nitsch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note br&#232;ve sur le corps&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut reconna&#238;tre que sans ces textes, la compr&#233;hension de ce qui est tent&#233; dans l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;/span&gt; resterait largement incompl&#232;te. &lt;i&gt;Il faut d'entr&#233;e cependant &#233;carter l'id&#233;e que les actions seraient des r&#233;alisations d'id&#233;es abstraites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tout au contraire comme on le verra, ce sont les id&#233;es qui vont se r&#233;v&#233;ler &#234;tre appr&#233;hend&#233;es &#224; partir du champ de la vie la plus imm&#233;diate&lt;/i&gt;, entendons plut&#244;t la moins m&#233;diate ou la moins m&#233;diatis&#233;e, et donc du corps en tant que m&#233;canique complexe de sensations-perceptions-intellection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce n'est pas vraiment sur ce corps qui serait notre corps tel que nous le percevons et le vivons au quotidien, sur ce corps comme m&#233;canique finalement abstraite, puisque largement soumis &#224; l'ordre des choses et du monde qui le soumettent &#224; leurs r&#232;gles, que Nitsch s'appuie, mais sur un corps plus int&#233;gralement corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce corps est plus que corps en ce qu'il est, &#224; lui seul, ce par quoi nous existons, percevons et pensons, mais, pour Nitsch, il est surtout, &#224; comprendre comme ce par quoi donc nous participons &#224; l'&#234;tre. Mais, si nous pouvons dire que nous sommes, au sens de participer au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sein&#034;, &#224; l'&#234;tre, c'est comme chair, viande, nerfs, sang, humeurs, et ,comme hommes, en tant que port&#233;s par une sorte de sens profond de notre participation &#224; la vie. L'individu vivant est par d&#233;finition pourrait-on dire chez Nitsch port&#233; par l'enthousiasme, la force d'exultation qui et au c&#339;ur du vivant et qui est le c&#339;ur du vivant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3714 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;1&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/antonio_11_b_hd_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH367/antonio_11_b_hd_blog-868e9.jpg?1774112814' width='500' height='367' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce corps est, ici, tout sauf &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;id&#233;alis&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, comme c'est souvent le cas chez un grand nombre de philosophes, mais surtout aujourd'hui, d'artistes qui parlent du corps non pas comme d'une entit&#233; ind&#233;passable &#224; partir de laquelle le v&#233;cu comme le pensable doivent &#234;tre appr&#233;hend&#233;s. Pour eux, c'est plut&#244;t une sorte de synth&#232;se de basse intensit&#233;, une abstraction couvrant et enveloppant leur pratique artistique et dont la fonction principale est de l&#233;gitimer des productions qui, &#224; les voir, semblent n'&#234;tre gu&#232;re en relation &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;directe&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; avec le corps. En tout cas, au sens que lui donne Nitsch, celui de porteur, r&#233;ceptacle et acteur de l'exp&#233;rience absolue qu'est le fait d'exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le corps est ce par quoi nous appr&#233;hendons que nous vivons, et il est notre lien direct imm&#233;diat avec la vie. Il est ce par quoi quelles que soient les id&#233;es individuelles joyeuses ou tristes, comme les passions spinozistes, qui nous portent et nous d&#233;terminent, nous participons &#224; la vie, c'est-&#224;-dire &#224; la fois &#224; la terre comme plan&#232;te et comme univers du vivant et au cosmos comme cr&#233;ation, au sens fort de cr&#233;ation, celui de Sch&#246;pfung en allemand, au sens ou cr&#233;ation signifie donc, ici, cr&#233;ation du monde.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si nous pouvons dire que nous sommes, au sens de participer au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sein&#034;, &#224; l'&#234;tre, c'est comme chair, viande, nerfs, sang, humeurs, et ,comme hommes, en tant que port&#233;s par une sorte de sens profond de notre participation &#224; la vie..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a en cela rien dont Nitsch soit responsable. Nous sommes des &#234;tres vivant au c&#339;ur de nombreuses m&#233;diations et les op&#233;rations synth&#233;tiques qui permettent de faire le lien entre ce qui est v&#233;cu et ce qui est pens&#233; se font toujours apr&#232;s coup. M&#234;me si, comme on le verra, &lt;strong&gt;Nitsch a pour projet de nous ouvrir la porte sur une autre mani&#232;re de vivre qui pourrait &#234;tre mise en &#339;uvre par chacun bien au-del&#224; des moments de f&#234;te que sont les actions de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.&lt;/span&gt;T.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Fondements philosophiques&#160;: l'&#234;tre entre &#339;uvre d'art total et tragique&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le premier paragraphe relatif &#224; sa vie sur le site de la fondation r&#233;sume absolument tout en quelques lignes. Le voici&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Hermann Nitsch&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;* 29. August 1938 in Wien&#160;; &#8224; 18. April 2022 in Mistelbach&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; war entscheidender Gr&#252;nder des Wiener Aktionismus und z&#228;hlte zu den vielseitigsten K&#252;nstlern&#160;: Aktionist, Maler, Grafiker, Komponist, B&#252;hnenbildner. Sein Gesamtkunstwerk das Orgien Mysterien Theater umfasst das breite Spektrum seiner Kunst, indem es den Einsatz aller f&#252;nf Sinne erfordert &#8211; das Tragische f&#252;hrt zur Auseinandersetzung mit Fleisch, Blut und Eingeweiden und sollte letztlich zu einer Lebensbejahung, die &#252;ber Leben und Tod hinausgeht, f&#252;hren. Das Sein sollte in seiner Ganzheit und Tiefe erfasst werden.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait dire que tout est sinon d&#233;montr&#233; du moins pr&#233;sent&#233; en ces quelques lignes, du moins l'essentiel de ce qui fait l'&#339;uvre de Nitsch. Relevons les termes les plus importants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a d'abord la notion d'&#339;uvre d'art total (Gesamtkunstwerk) emprunt&#233;e &#224; Wagner mais qui va conna&#238;tre ici un d&#233;ploiement qui d&#233;passe et de loin ce que Wagner a pu r&#234;ver de plus grand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, on vient de l'&#233;voquer, le corps qui n'appara&#238;t pas sous ce terme mais &#224; travers l'appel au 5 sens, ce qui &#224; la fois implique qu'ils seront mobilis&#233;s dans l'oeuvre mais surtout qu'ils fondent l'&#339;uvre m&#234;me en tant que c'est non seulement &#224; eux qu'elle s'adresse mais pour eux qu'elle se d&#233;ploie, en vue de les mobiliser, de les r&#233;veiller, de les r&#233;v&#233;ler comme vecteur de la transformation psychique dans laquelle l'homme est &#233;ternellement pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t apr&#232;s vient la notion de tragique, le tragique &#233;tant confrontation avec la viande, le sang, les tripes mais aussi ce par quoi il est possible d'acc&#233;der &#224; ce &lt;strong&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;oui &#224; la vie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/strong&gt;, (Lebensbejahung), cette condition et forme de l'existence par laquelle le fait de vivre se transforme en fait d'exister. Par cet acquiescement, le corps se r&#233;v&#232;le &#224; lui-m&#234;me porteur et port&#233; par une dimension qu'il ignore et qui pourtant est la sienne propre, la dimension existentielle. Pour cette dimension existentielle le fran&#231;ais n'a pas de mot &#233;quivalent &#224; l'allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend aussi qu'avec &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;le tragique&lt;/strong&gt;, na&#238;t de cette confrontation in&#233;vitable entre une situation mat&#233;rielle et le fait que cette situation mat&#233;rielle est toujours d&#233;j&#224; m&#233;diate, m&#233;diatis&#233;e, et cela par le premier et plus important &lt;strong&gt;m&#233;dia qui &#224; la fois nous permet de vivre et nous met &#224; l'&#233;cart de la vie&#160;: le langage, la langue, les mots.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le tragique n'est rien de plus, mais rien de moins, que la situation existentielle dans laquelle se trouve l'homme lorsqu'il per&#231;oit &#224; la fois qu'il y a vie et qu'il est partie int&#233;grante de cette vie, et qu'il y a mort et qu'il participe de mani&#232;re in&#233;vitable &#224; cela, la mort.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et la rencontre avec la mort se fait, on le sait, d'abord en voyant des cadavres, d'humains et d'animaux en particulier. Le fait ou l'id&#233;e que l'on va mourir, vient en quelque sorte apr&#232;s coup. Mais elle n'en est pas moins l'une des deux sources du tragique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La troisi&#232;me &#233;tant l'immensit&#233; de l'univers, du cosmos environnant qu'accompagne le sentiment d'une terrifiante petitesse &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et la quatri&#232;me, l'instabilit&#233; permanente de toutes choses, ce changement constant dans lequel sont pris tous les &#233;l&#233;ments qui composent ce monde, naissance et mort n'&#233;tant que les points communs aux &#234;tres vivants mais que la pens&#233;e peut ais&#233;ment prolonger et sans lesquels elle peut inclure tout ce qui existe, aussi bien les royaumes que les civilisations, la terre elle-m&#234;me que le cosmos dans lequel est se meut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces deux p&#244;les que sont vie et mort ne sont en rien des faits bruts ou des donn&#233;es marquant des limites insurmontables pour la pens&#233;e. Bien au contraire. Ce que la vie rend perceptible, du moins &#224; certains moments de grande intensit&#233; &#233;motionnelle, c'est qu'il y a plus que des liens entre vie et mort, liens qui, quoique non visibles, non directement perceptibles, peuvent &#234;tre appr&#233;hend&#233;s, r&#234;v&#233;s si l'on veut ou hallucin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est en tant qu'ils sont accompagn&#233;s d'intensit&#233;s telles que ce qui est est hallucin&#233; est v&#233;cu comme plus que r&#233;el, plus que vrai, plus que consistant, que ces liens nous constituent.&lt;/strong&gt; Ainsi se voit r&#233;v&#233;ler &#224; l'esprit, &#224; la pens&#233;e, &#224; la conscience, &#224; l'individu, des possibilit&#233;s inaper&#231;ues qu'il va pouvoir entreprendre de mieux comprendre saisir, appr&#233;hender, conna&#238;tre et vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a une promesse dans la pens&#233;e de Nitsch, elle est l&#224; dans ces r&#233;v&#233;lations intensives, hallucin&#233;es ou non, que la vie et la mort sont des &#233;l&#233;ments appartenant &#224; une continuit&#233; non per&#231;ue et non pas des moments distincts, discrets, s&#233;par&#233;s, signifiant qu'ils n'y aurait aucun lien entre avant et apr&#232;s. &lt;strong&gt;Au contraire, l'enjeu est de trouver des vecteurs nous conduisant par-del&#224; vie et mort.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; qu'entre en sc&#232;ne le concept central de l'&#339;uvre de Nitsch, der &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SEIN&lt;/span&gt;, autrement dit l'&#202;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TRE&lt;/span&gt;. C'est un mot &#224; la fois trop connu pour ne pas &#234;tre utilis&#233;, mais auquel il est possible de recourir si l'on s'efforce et si l'on cherche &#224; lui donner une nouvelle signification, ou du moins une dimension et un fondement tels qu'il se verra changer de fonction dans le champ philosophique et ainsi &#224; parvenir &#224; surmonter toutes les limites que la philosophie a inscrites en son c&#339;ur, en croyant les lever.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3716 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;1&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/128_zeichnung_dg_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH554/128_zeichnung_dg_blog-27b22.jpg?1774113277' width='500' height='554' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Composition d'une action&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les actions de Nitsch, on le sait, sont toutes &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#233;crites&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; au sens o&#249; l'est une partition, &#224; ceci pr&#232;s qu'il ne s'agit pas seulement ici de musique, mais de l'int&#233;gralit&#233; des &#233;l&#233;ments composants une action. &#192; fortiori lorsqu'elle dure plusieurs jours, voire donc 6 jours. On d&#233;couvre donc qu'il y a &lt;strong&gt;un plan th&#233;matique g&#233;n&#233;ral par journ&#233;e, lui-m&#234;me tr&#232;s riche et pouvant comporter plusieurs figures tut&#233;laires de r&#233;f&#233;rence pour les diff&#233;rentes action. Ce sont, le plus souvent, des dieux ou des personnages de la mythologie grecque ou des figures li&#233;es au christianisme.&lt;/strong&gt; Puis, il y a un plan par demi-journ&#233;e et enfin une pr&#233;sentation d&#233;taill&#233;e de chaque action, nombre de personnages, objets utilis&#233;s, type d'actes &#224; accomplir, etc. Certaines de ces actions sont concomitantes, d'autres se succ&#232;dent durant cette demi journ&#233;e. Sont pris en compte tous les d&#233;tails qui en fait sont essentiels pour Nitsch et cela va des &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires la pr&#233;sentation sur une table, fruits fleurs graines couleurs viande poisson etc. aux quantit&#233;s de sang n&#233;cessaires ou autres &#233;l&#233;ments pr&#233;vus en fonction du sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si c'est cela qui retiendra notre attention, il faut savoir que &lt;strong&gt;Nitsch prenait aussi en compte l'int&#233;gralit&#233; des choses &#224; faire et qu'il planifiait aussi bien l'heure du d&#233;but de la performance en fonction du sujet que les moments o&#249; la musique live devait laisser place &#224; une musique enregistr&#233;e ou &#224; un groupe de musique populaire, et surtout tout ce qui concerne l'intendance puisque tous les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;spectateurs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sont nourris et abreuv&#233;s de mani&#232;re continue durant la dur&#233;e des actions qui, il faut le rappeler, peuvent lors des actions de 6 jours durer vingt-quatre heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que le choix des &#233;l&#233;ments est fait par Nitsch, mais il faut &#233;videmment prendre en compte qu'outre puiser dans son imagination et surtout dans sa synesth&#233;sie pour les combinaisons entre &#233;l&#233;ments, c'est aussi dans son immense culture et connaissance des rites grecs en particulier qu'il va le faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; &#233;tablir certaines correspondances entre l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;/span&gt; et le monde grec antique que nous allons nous employer, mais c'est &#224; partir des r&#233;flexions concr&#232;tes autant que philosophiques qu'il d&#233;ploie dans certains textes et surtout dans son livre zur theorie des Orgien Mysterien Theaters, zweiter versuch, que nous pourrons &#233;tablir des rapprochements et des correspondances.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Partie I&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Une vision philosophique du monde&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Culte, rite, sacrifice et r&#233;p&#233;tition&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour &#233;tablir des liens coh&#233;rents entre l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;/span&gt; et les rites et cultes grecs et le rituel chr&#233;tien de la messe, le mieux est sans doute de partir d'une question qui, pouvant sembler secondaire, se r&#233;v&#232;le en fait &#234;tre au centre des enjeux li&#233;s &#224; ces rapprochements, celle de la r&#233;p&#233;tition. Car comment ne pas le remarquer, m&#234;me si l'on n'y pense gu&#232;re, cette r&#233;p&#233;tition non seulement n'affecte pas la puissance du rite et du culte, mais au contraire en constitue le c&#339;ur battant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3718 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/n2_009_blog-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH462/n2_009_blog-2-4459e.jpg?1774177413' width='500' height='462' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Prenons comme exemple celui qui nous est le plus connu, le rite chr&#233;tien de la messe et le culte qui y est port&#233; &#224; l'homme-dieu crucifi&#233;, c'est-&#224;-dire &#224; l'ultime &#234;tre vivant sacrifi&#233;, homme ou animal ici ne change rien, cens&#233; permettre l'abolition ou la disparition d&#233;finitive de tout sacrifice. &lt;strong&gt;Une messe, en gros, est la r&#233;p&#233;tition incessante d'un rituel, dont on peut dire qu'il se fait &#224; l'identique.&lt;/strong&gt; Tout ce qui diff&#233;rencie telle ou telle messe n'est qu'une amplification ou une r&#233;duction du sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral de la messe puisque ce sch&#233;ma est construit autour des deux moments essentiels&#160;:
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la conversion du corps du christ en pain et vin
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et l'absorption de cette chair en lieu et place de la chair d'un corps humain cens&#233; &#234;tre, au pr&#233;sent de la messe et de l'absorption, celui du crucifi&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On le sait, c'est la pr&#233;sence m&#234;me du Christ parmi les fid&#232;les (d&#232;s que vous &#234;tes plus de deux &#224; parler en mon nom je suis pr&#233;sent parmi vous) et en chacun d'eux, qui est alors &#224; la fois consacr&#233;e et relanc&#233;e, ou prolong&#233;e. Une continuit&#233; est affirm&#233;e enveloppant les apparentes ruptures de continuit&#233; que nous impose la vie quotidienne dans notre relation avec l'objet de notre foi, et que relaie un esprit humain en mouvement permanent qui de facto ne cesse de faire des pas de c&#244;t&#233; par rapport &#224; ce qui devrait &#234;tre l'axe central autour duquel s'organisent ses actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, d&#232;s l'ouverture de son livre, d&#232;s le &#167;2 donc, Nitsch tient &#224; pr&#233;ciser que ce que parfois aussi on lui reproche, de faire un peu toujours la m&#234;me chose dans ses actions, n'a pas de sens puisque &lt;strong&gt;r&#233;p&#233;ter, refaire, ce n'est pas recopier &#224; l'identique de mani&#232;re m&#233;canique un ensemble de gestes sans signification, mais bien au contraire approfondir la recherche spirituelle qui est au c&#339;ur de la pratique d'un rite. Il compare cela &#224; la pri&#232;re reprise tout au long d'un rosaire ou &#224; la m&#233;ditation sur les paroles de Bouddha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le &#167; 98 il d&#233;veloppe ce lien entre rite et r&#233;p&#233;tition. &lt;strong&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Pour les croyants, la messe n'est pas un th&#233;&#226;tre us&#233; par la r&#233;p&#233;tition&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle est une action r&#233;elle, dont l'accomplissement est n&#233;cessaire au chr&#233;tien chaque jour, ou du moins chaque semaine, comme une nourriture qui met en mouvement le m&#233;tabolisme.&lt;/strong&gt; Un tel acte central, je souhaite l'instituer par ma f&#234;te, mon jeu de six jours. &#192; l'art, il faut exiger le plus haut&#160;: il doit devenir un culte face &#224; la vie, face &#224; la cr&#233;ation. L'art doit se d&#233;passer lui-m&#234;me en devenant l'esth&#233;tisation et la condensation formelle de la vitalit&#233;. Je veux concevoir des rituels et des formes cultuelles, &#233;laborer une liturgie de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon travail d&#233;passe peut-&#234;tre l'ensemble du genre th&#233;&#226;tral&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est plus que du th&#233;&#226;tre&#160;: il est la tentative d'un individu, d'un artiste, de concevoir un culte pour la vitalit&#233; de l'existence, pour l'&#233;v&#233;nement cosmique de la cr&#233;ation. Je d&#233;veloppe des rituels de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Eucharistie a toujours &#233;t&#233; pour moi une source d'inspiration pour un processus concentr&#233;, qui fait parvenir simultan&#233;ment &#224; nos organes sensoriels par une action rituelle organis&#233;e par l'art des sons, les parfums les plus subtils, des valeurs gustatives, des couleurs, des tonalit&#233;s et des sensations tactiles.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3717 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;1&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/kt1_7293_hd.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH334/kt1_7293_hd-21215.jpg?1774177413' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'&#233;tranges et beaux r&#233;cipients faits de m&#233;taux pr&#233;cieux consacr&#233;s, des nappes blanches fra&#238;chement lav&#233;es, des linges pli&#233;s, des voiles de calice. Des vases de verre remplis d'eau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le symbole solaire de l'ostensoir nu, brillant, dor&#233;, qui contient l'hostie &#8212; le pain blanc sans levain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pain, le corps du Christ, est offert comme nourriture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vin, le sang du Christ, est offert comme boisson.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le corps et le sang de Dieu sont incorpor&#233;s, dans l'accomplissement du myst&#232;re, en vue de la r&#233;alisation de la r&#233;surrection.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#167;98, p.64-65&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il nous faut, d'entr&#233;e de jeu, dire que l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;/span&gt; n'est pas tant une &#339;uvre d'art au sens de l'expression d'un esprit singulier faisant valoir cette singularit&#233;, m&#234;me si c'est aussi le cas, mais bien, comme Nitsch, le dit lui-m&#234;me au &#167;5, &lt;strong&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;un th&#233;&#226;tre mettant en &#339;uvre vision philosophique du monde&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En reprenant sa r&#233;flexion th&#233;orique sur son &#339;uvre, il note que son approche a chang&#233;. S'il a eu tr&#232;s t&#244;t une vision claire des structures de son &#339;uvre, structures qu'il avait d&#233;couvertes en et par lui-m&#234;me, lorsqu'il reprend la plume, pour le pr&#233;ciser &#224; nouveau et appr&#233;hender ce qui a chang&#233;, au d&#233;but des ann&#233;es 90, il s'aper&#231;oit que les choses lui apparaissent sous un nouveau jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et le point central est qu'il ne s'agit plus alors pour lui de pr&#233;ciser les contours de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;/span&gt;&#224; partir d'une conception philosophique, mais bien plut&#244;t de tenter de mettre en forme une conception philosophique du monde dont la manifestation et la liturgie forment le jeu de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;/span&gt; Et il conclut ce &#167;5 ainsi&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la cr&#233;ation enti&#232;re est th&#233;&#226;tre, est l'accomplissement d'un drame, une f&#234;te dont le jeu essentiel est l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.&lt;/span&gt;T.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#167;5, p.6-7&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#224; quoi nous assistons avec les actions de 6 jours en particulier, puisque, on l'a dit, le but ultime auquel concourraient toutes les autres actions &#233;tait de parvenir &#224; une action de 6 jours portant en elle l'essence m&#234;me de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.&lt;/span&gt;T., c'est &#224; un renversement complet de perspective. &lt;strong&gt;On est pass&#233; et Nitsch avec, d'une approche &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;artistique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; visant une &#339;uvre d'art total &#224; une pens&#233;e philosophique qui d&#233;couvre que ce dont elle &#233;tait porteuse &#233;tait l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.&lt;/span&gt;T., non plus comme &#339;uvre d'art mais comme manifestation la plus puissante &#224; la fois du tragique de l'existence et d'un oui &#224; la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est &#224; r&#233;v&#233;ler cette philosophie qu'est consacr&#233; ce livre de philosophie, philosophie qui a &#233;t&#233; &#233;labor&#233;e au fil des d&#233;cennies &#224; partir du travail plastique et artistique con&#231;u comme tentative de remonter &#224; travers le temps vers des sources anciennes devenues obscures, recouvertes qu'elles ont &#233;t&#233; par le voile que jette sur tout ce qui fut, la pens&#233;e rationnelle technique et calculatrice, et comme tentative incessante de faire exister dans le pr&#233;sent de l'action l'&#233;v&#233;nement m&#234;me qui ne peut &#234;tre s&#233;par&#233; de cet avoir lieu et dont la consistance vivante constitue le c&#339;ur m&#234;me de la pens&#233;e de Nitsch. On le comprend alors, &lt;strong&gt;le rite est cet &#233;l&#233;ment qui port&#233; par ses r&#233;p&#233;titions est susceptible de produire quelque chose que la science ne parvient pas &#224; r&#233;aliser, quelque chose qui est une connaissance par l'exp&#233;rience v&#233;cue en tant qu'elle est cette exp&#233;rience qu'offre le rituel, absolument actuelle et au sens strict imm&#233;diate, ind&#233;pendante de toute forme de m&#233;diation, autre si l'on veut que les &#233;l&#233;ments vitaux activ&#233;s dans et par le culte ou le rite.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;L'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.&lt;/span&gt;T., une nouvelle conception du monde&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et c'est &#224; un retournement de toutes nos certitudes de toutes les &#233;vidences sur lesquelles nous basons notre pens&#233;e moyenne actuelle, qui se construit sous nos yeux, dans ce livre, comme dans l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Le principal retournement ou renversement que Nitsch met en place est celui de notre relation &#224; l'irrationnel et de la mani&#232;re dont la pens&#233;e rationnelle, en tentant d'&#233;vacuer toute forme d'irrationnel des exp&#233;riences v&#233;cues, &#224; la fois devient folle, s'appauvrit et appauvrit le monde&lt;/strong&gt;. C'est du moins ce que Nitsch pr&#233;cise dans le &#167;6 lorsqu'il dit que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la v&#233;rit&#233; est plus que la v&#233;rit&#233; scientifique et que la nouvelle science doit sauter par dessus la v&#233;rit&#233; scientifique. &#201;tant entendu que les po&#232;tes et les artistes ont de toujours &#233;t&#233; les plus grands philosophes.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#167;6, p.7&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en appelle alors &#224; tenter de transformer, plut&#244;t que de le briser, notre relation au cercle vicieux dans lequel nous sommes pris, en appelant &#224; une forme de supra-conscience int&#233;grale englobant l'univers et l'humanit&#233;, seul moyen de prendre acte du tissage de tous les &#233;l&#233;ments qui constituent le monde, entendons l'univers, le cosmos et dont nous sommes &#224; la fois les h&#233;ritiers et la manifestation vivante actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour parvenir &#224; reconstituer ce lien mental et psychique, &#224; rouvrir notre existence sur cette conscience globale et rendre une telle forme de conscience globale ou m&#233;ta-conscience si l'on veut, active en nous, il importe de pouvoir nous replonger dans ce qui, ant&#233;rieurement &#224; la pens&#233;e rationnelle, nous a fa&#231;onn&#233; et constitu&#233;, et dont les rites et les cultes archa&#239;ques et anciens constituent non seulement des traces mais des &#233;l&#233;ments qu'il est possible d'actualiser. C'est une telle actualisation d'&#233;l&#233;ments relevant du monde d'avant l'empire du rationnel, et donc l'actualisation d'&#233;l&#233;ments que l'on nomme aujourd'hui irrationnels, qu'il convient de mette en &#339;uvre. Et l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;/span&gt; en est, pour Nitsch, la manifestation la plus probante et la plus efficace. Et cela pour plusieurs raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;/span&gt; est d'une part un monde dans lequel &lt;strong&gt;les sens sont remis au premier plan. &lt;/strong&gt; Il s'agit d'ouvrir chacun &#224; la synesth&#233;sie et sinon &#224; la ressentir en tant que telle, cela ne n'apprend pas, du moins &#224; en percevoir la possibilit&#233; et une certaine forme de r&#233;alit&#233;, les cinq sens &#233;tant en effet mobilis&#233;s ensemble et en m&#234;me temps pendant les actions. &lt;strong&gt;Nous n'oublions pas de rappeler l'importance de la musique dans ce processus et aussi de prendre acte des moments pendant lesquels, outre boire, il est possible et vital de se relier directement &#224; l'univers qui nous entoure tout simplement en &#233;tant pr&#233;sent &#224; un lever ou coucher de soleil ou en regardant le ciel nocturne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;/span&gt; est donc aussi l'occasion de rendre imm&#233;diatement perceptible pour ne pas dire &#233;vident, le fait que nous appartenons &#224; l'univers. Mais si nous comprenons que nous n'en sommes pas le centre, nous pouvons dans le m&#234;me mouvement comprendre que nous en sommes, non tant une partie qu'un &#233;l&#233;ment &#224; part enti&#232;re et qu'&#224; ce titre nous portons en nous une part de l'univers et ainsi que nous sommes l'univers. Il ne s'agit pas ici de p&#233;tition de principe ou de m&#233;taphore vaguement prometteuse, mais bien de ce qui peut &#234;tre activ&#233; en chacun lors d'actions. Et c'est &#224; cette activation que pr&#233;tend nous conduire l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; - Ainsi voit-on un basculement s'op&#233;rer dans le fonctionnement et par la proposition que constitue l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.&lt;/span&gt;T., basculement qui nous conduit &#224; changer d'approche et donc notre compr&#233;hension, de ce qu'est la nature. Nitsch propose en fait de laisser de c&#244;t&#233; le concept de nature qu'il qualifie de concept mythique, pour le remplacer par un concept d'&#202;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TRE&lt;/span&gt; enti&#232;rement renouvel&#233;. &#201;coutons ce que Nitsch &#233;crit au &#167;12&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La nature est elle aussi une notion mythique. Le mot &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;nature&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est fr&#233;quemment employ&#233; comme un &#233;quivalent, ou un substitut, du nom de Dieu. En v&#233;rit&#233;, la nature d&#233;signe un advenir originaire, un se-produire g&#233;n&#233;ral dont nous ne savons presque rien, et dont les causes ultimes, en leur principe m&#234;me, nous demeurent inaccessibles.&lt;/strong&gt; Ce que nous pouvons &#233;prouver, ce sont seulement des processus de devenir et de disparition, des ph&#233;nom&#232;nes qui nous sont proches, saisissables par nos sens et par nos op&#233;rations de combinaison. Ainsi jouons-nous le jeu de l'exp&#233;rience, de la causalit&#233; et de l'effet, jusqu'&#224; ce qu'in&#233;vitablement la cause se retire, se d&#233;robe dans l'obscurit&#233; &#8212; dans l'obscurit&#233; m&#234;me de ce que nous appelons &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;nature&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature est la pl&#233;nitude infinie de ce qui est, et de ses forces&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle est un champ d'efficience infini dont nous ne pouvons embrasser qu'une infime partie. Il me semble, dans une perspective mythique, juste que nous identifiions avant tout &#224; la nature pr&#233;cis&#233;ment cette part irrationnelle, opaque, non transparente &#224; l'entendement, en laquelle toutes les efficacit&#233;s sont comme conserv&#233;es. Pourtant, on pourrait remplacer le terme de nature par celui de l'&#202;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TRE&lt;/span&gt;. Ce concept est sup&#233;rieur &#224; celui de la nature&#160;: il contient tout. Il doit toutefois &#234;tre introduit progressivement, &#224; la mesure de l'ampleur et de la profondeur de sens qu'il porte.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#167;12, p.9&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Das Sein est le concept central de la philosophie de Nitsch. On pourrait imm&#233;diatement objecter qu'il n'y a l&#224; rien de bien nouveau puisque l'&#234;tre est le concept central de la philosophie grecque et cela depuis bient&#244;t 3000 ans. Et nous n'ignorons pas qu'il a repris de la force au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle sous la plume de Martin Heidegger. Mais, et c'est l&#224; la grande innovation, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SEIN&lt;/span&gt; de Nitsch n'a pratiquement rien &#224; vois avec celui de Heidegger. L'&#234;tre chez Heidegger est en quelque sorte &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;essentialis&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et transform&#233; en absolu philosophique conditionnant l'enti&#232;ret&#233; du pensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Nitsch, l'&#234;tre est la r&#233;sultante de ce qui a &#233;t&#233; mis en place au fil des ann&#233;es dans et &#224; travers les actions. Le concept d'&#234;tre chez Nitsch na&#238;t non pas de la nature comme concept, mais de la pratique d'une synesth&#233;sie, de son activation qui s'effectue par la mise en relation du fond archa&#239;que et tragique qui constitue le monde psychique originaire de l'humanit&#233; avec un pr&#233;sent r&#233;v&#233;l&#233;, dans les actions, comme dimension absolue de l'avoir lieu de la vie m&#234;me. D'une certaine mani&#232;re on pourrait dire, au risque de faire hurler les heideggeriens &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pur jus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, que Nitsch accomplit et r&#233;alise ce que pouvait viser Heidegger en recentrant la philosophie autour de l'&#234;tre &#224; l'aube du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Mais qu'il le fait parce qu'il est parvenu &#224; faire na&#238;tre le concept d'&#234;tre de l'exp&#233;rience vivante et v&#233;cue et non en allant le recueillir dans le fond froid sinon mort du langage et de la connaissance rationalis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;14 Tout est tel qu'il est (comme il est)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 De la force ( puissance) de l'&#234;tre na&#238;t l'&#234;tre (l'existence)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 L'&#234;tre vient/na&#238;t de l'&#234;tre et (re)devient (l')&#234;tre.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#167;14,15,16, p.10&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le dernier point de basculement qui permet &#224; la philosophie de Nitsch d'&#234;tre une proposition &#224; la fois puissante, in&#233;dite et unique passe pr&#233;cis&#233;ment par l'acceptation non tant de la petitesse de l'homme dans la nature et dans le monde, petitesse qui implique une sorte de sentiment sinon de honte du moins d'&#233;crasement face &#224; l'univers, que par la reconnaissance de la situation de l'homme sur terre comme &#233;tant transperc&#233;e par une dimension &#224; la fois insaisissable et omnipr&#233;sente que l'on a nomm&#233;e &lt;strong&gt;la dimension tragique. Et c'est &#224; la fois d'elle que vient l'id&#233;e de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;/span&gt; et vers elle que les actions nous conduisent.&lt;/strong&gt; Elle constitue, en quelque sorte, le point de bascule &#224; partir duquel Nitsch fait pivoter la philosophie et en renverse les figures principales et ainsi, les tenants et les aboutissants. Il est ais&#233; de comprendre que c'est autour de cette dimension tragique que l'aspect central des actions se constitue et que l'action, comme rituel caract&#233;ris&#233; pourrait-on dire, s'impose comme dramatisation radicale. &lt;strong&gt;Et, c'est bien autour de ce centre n&#233;vralgique que se joue la rencontre entre le monde non ratio&#239;de &#224; base archa&#239;que et le monde supra rationnel qui est le n&#244;tre, et que s'effectue la conversion au sens moins th&#233;ologique que physique du terme,&lt;/strong&gt; comme lorsqu'on parle de conversion d'une forme m&#233;canique en force motrice, du v&#233;cu enthousiaste en pens&#233;e efficace et salvatrice. &lt;strong&gt;Et pour parvenir &#224; cela, Nitsch a recours &#224; ce qu'il nomme une n&#233;o-mythologie, qui, en tant qu'&#233;veil de l'imagination permet de faire se rejoindre ou s'&#233;veiller en nous les dimensions originaires dont les mythes et les cultes sont porteurs et les r&#234;ves les plus fous que nous permet de faire la science fiction par exemple.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;n&#233;o-mythologie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; doit inventer le fantastique, r&#234;ver en arri&#232;re vers les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;(origines) archa&#239;ques&#160;[premi&#232;res]&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et r&#234;ver au-del&#224; vers les domaines du futur, vers l'utopie, vers la science-fiction.&lt;/strong&gt; Les deux sont n&#233;cessaires. La valeur de v&#233;rit&#233;&#160;[la v&#233;rit&#233; factuelle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?]&#160;de ces fantasmes est sans importance. En fin de compte, ces images &#224; demi artificiellement con&#231;ues, surgissant de la prolif&#233;ration&#160;[la luxuriance&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?]&#160;des arch&#233;types de l'inconscient collectif, ont quelque chose d'essentiel &#224; dire. Elles redessinent sans cesse le monde &#224; partir du mythique. Des combinaisons entre les mythes se forment. Tout est envahi de mani&#232;re mani&#233;riste [recouvert d'un mani&#233;risme prolif&#233;rant]. L'&#234;tre humain, d'abord soumis aux mythes, se sert d&#233;sormais du mythique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il l'int&#232;gre dans l'ordinateur de la pens&#233;e utopique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Zur&#252;ckphantasieren&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; Hinausphantasieren = n&#233;gologismes.&#160;R&#234;ver/imaginer/fantasmer --- r&#233;trospectivement / prospectivement&lt;br class='autobr' /&gt;
vers les origines / vers l'avenir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
**&#160;..gewucher (Wuchern)&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#252;berwuchern = difficile &#224; traduire.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#167;19, p.11&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce que Nitsch note, et il y insiste souvent, c'est le fait que &lt;strong&gt;l'homme n'a pas atteint la pl&#233;nitude de ce qu'il pourrait &#234;tre. Il a devenant lui un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;avenir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, un v&#233;ritable avenir, qui n'est en rien celui que nous promet le capital et son esclave,&lt;/strong&gt; la science en tant que li&#233;e &#224; la technologie, mais celui de la r&#233;alisation de ses propres potentialit&#233;s, comme il le montre bien dans ce passage du &#167;57&#160;: &lt;strong&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;L'&#234;tre humain ne peut pas encore vivre ce qu'il pourrait &#234;tre, conform&#233;ment au potentiel de pulsion qui est derri&#232;re lui, qui est en r&#233;alit&#233; ce qu'il est. L'exp&#233;rience extr&#234;me d'abr&#233;action sadomasochiste, l'exp&#233;rience fondamentale de l'exc&#232;s (la catastrophe du drame), r&#233;v&#232;le &#224; l'homme la force naturelle de l'&#202;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TRE&lt;/span&gt;, suprarationnelle (irrationnelle), &#224; la fois fondatrice et destructrice, br&#251;lante, qui veut vivre et &#202;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TRE&lt;/span&gt;.&lt;/strong&gt; Une rupture avec les ordres contraignants de la civilisation, de la ti&#233;deur, de la morale et de la pens&#233;e rationnelle du langage nous permet de trouver, &#224; la fois intens&#233;ment&#160;[vivement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Intimement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?] et dans une extase effray&#233;e, l'exp&#233;rience numineuse&#160;[&#224; la fois effrayante/terrifiante et fascinante/attirante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?]&#160;de l'&#202;tre.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#167;57, p.45&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;que l'on pourrait traduire&#160;:&lt;i&gt; Projet pour une th&#233;orie du th&#233;&#226;tre des Orgies et des Myst&#232;res, seconde tentative&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La prise de J&#233;rusalem&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;* 29. August 1938 in Wien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#8224; 18. April 2022 in Mistelbach&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#167;98, p.64-65&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#167;5, p.6-7&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#167;6, p.7&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#167;12, p.9&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#167;14,15,16, p.10&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#167;19, p.11&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#167;57, p.45&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>- La question du rituel et du sacrifice, 2/3</title>
		<link>https://www.regard-sur-limage.com/La-question-du-rituel-et-du-sacrifice-2-3.html</link>
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		<dc:date>2026-01-29T09:48:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; BERNARD dit RVB, Jean-Louis Poitevin, philosophe, critique d'art, romancier</dc:creator>


		<dc:subject>Hermann Nitsch</dc:subject>
		<dc:subject>mythologie grecque</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Partie &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;II&lt;/span&gt; Aspects du tragique et puissance de l'exc&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
L'irrationnel Nitsch est clair sur la question de sa relation aux rites. Il s'en explique dans le &#167; 12 de son livre, on l'a vu. On comprend qu'il n'a pas recours au rite comme &#224; quelque chose d'ext&#233;rieur &#224; son travail mais que la ritualisation de ses actions na&#238;t de la dimension m&#234;me de l'action et en constitue le mode d'expression. Si les mythes constituent une sorte de structure interne dans une action, la ritualisation, c'est-&#224;-dire&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/-Hermann-Nitsch-.html" rel="directory"&gt;- Hermann Nitsch&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-Hermann-Nitsch-2130-+.html" rel="tag"&gt;Hermann Nitsch&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-mythologie-grecque-+.html" rel="tag"&gt;mythologie grecque&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Partie &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;II&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aspects du tragique et puissance de l'exc&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'irrationnel&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nitsch est clair sur la question de sa relation aux rites. Il s'en explique dans le &#167; 12 de son livre, on l'a vu. On comprend qu'il n'a pas recours au rite comme &#224; quelque chose d'ext&#233;rieur &#224; son travail mais que la ritualisation de ses actions na&#238;t de la dimension m&#234;me de l'action et en constitue le mode d'expression. Si les mythes constituent une sorte de structure interne dans une action, la ritualisation, c'est-&#224;-dire finalement le fait que tout ce qui advient dans et durant l'action soit pr&#233;par&#233;, &#233;crit, pr&#233;vu dans les moindres d&#233;tails, la dimension rituelle r&#233;pond, elle, &#224; une forme d'ordre. Cet ordre est ce que l'action cherche &#224; faire na&#238;tre et dont elle est la manifestation la plus visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien saisir ici, comme souvent dans la pens&#233;e de Nitsch, que ce qu'il vise &#224; mettre en place et en &#339;uvre, c'est une sorte de porosit&#233; entre des plans de consistance que l'on tient g&#233;n&#233;ralement pour inconciliables. Ainsi ne rechigne-t-il pas &#224; utiliser le terme d'irrationnel, et ce faisant sans se pr&#233;occuper de ses significations habituelles toutes marqu&#233;es du stigmate de l'impossible ou de l'irr&#233;alisable, il installe non pas un sens nouveau &#224; ce mot mais la possibilit&#233; d'un usage nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ainsi, il le d&#233;gage de sa gangue irrationaliste parce qu'il parvient &#224; en montrer la pertinence en le renvoyant &#224; ses composantes anthropologiques. &lt;strong&gt;L'irrationnel a des fondements anthropologiques&lt;/strong&gt; et c'est en s'appuyant sur eux qu'il est possible d'en faire &#224; la fois un concept op&#233;rationnel et un activateur de renouvellement de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci nous indique donc la voie &#224; suivre pour appr&#233;hender la fonction du rite ou de la dimension rituelle des actions. Il nous faut partir de la pens&#233;e de Nitsch et remonter au mythes au rites et au tragique &#224; partir d'elle et non pas l'inverse, partir de nos connaissances pour tenter de v&#233;rifier une ad&#233;quation avec ce pass&#233; qui seule serait la garantie de la justesse de son propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouvelle approche de l'&#202;tre&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et la pens&#233;e de Nitsch se base sur une chose et un seule&#160;: l'&#234;tre, le sein. Mais bien loin d'&#234;tre encore une fois un concept d'&#234;tre qui rel&#232;ve de la philosophie, c'est un concept d'&#234;tre qui est fa&#231;onn&#233; &#224; partir de la vie, qui synth&#233;tise cette approche de la vie et qui, alors et alors seulement, s'ouvre &#224; des boucles de r&#233;troaction sur tout ce qui constitue le fond non interrog&#233; non questionn&#233; de nos certitudes et des &#233;vidences non justes qui nous servent de croyances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait croire par exemple que l'on est finalement proche du &lt;strong&gt;moment dans la pens&#233;e tardive d'Heidegger o&#249; il rapproche l'&#202;tre du Il y a, le sein du es gibt&lt;/strong&gt;. S'il se rapproche d'une pens&#233;e philosophique qui installe la m&#233;taphysique comme une dimension propre &#224; la pens&#233;e, un plan auquel l'homme fait face de toute &#233;ternit&#233; pourrait-on dire, il va d&#233;gager sa propre conception d'une vision limit&#233;e et de l'&#234;tre et de la m&#233;taphysique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il cite d'ailleurs un bref passage de Heidegger tir&#233; de Qu'est-ce que la m&#233;taphysique auquel il adjoint aussit&#244;t une phrase c&#233;l&#232;bre tir&#233;e du Tractatus de Wittgenstein, et cela dans un texte repris dans le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NITSCH&lt;/span&gt; publi&#233; par Walter K&#246;nig en 2015 et qui sera enregistr&#233; ici sous le titre Bible Nitsch (abr&#233;viation B.N.) lorsque des textes qui s'y trouvent seront cit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici le passage de Heidegger&lt;/strong&gt;&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La m&#233;taphysique fait partie int&#233;grante de la nature humaine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle n'est ni un objet de philosophie acad&#233;mique, ni un champ d'id&#233;es arbitraires. La m&#233;taphysique est le processus fondamental de l'existence. Elle est l'existence m&#234;me&#8230; nous ne nous sommes pas simplement plac&#233;s en son sein. Nous ne pouvons m&#234;me pas nous y placer, car &#8211; dans la mesure o&#249; nous existons &#8211; nous y sommes d&#233;j&#224;&#8230; tant que l'humanit&#233; existe, la r&#233;flexion philosophique, en un certain sens, se produit. La philosophie, telle que nous l'appelons, est l'initiation de la m&#233;taphysique, par laquelle elle se r&#233;v&#232;le &#224; elle-m&#234;me et &#224; ses t&#226;ches explicites.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martin Heidegger, Qu'est-ce que la m&#233;taphysique, BN ,p.19&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;et celui de Wittgenstein&lt;/strong&gt;&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;nicht wie die welt ist, ist das mystische, sondern dass sie ist / L'aspect mystique ne r&#233;side pas dans la mani&#232;re dont le monde est, mais dans le fait qu'il est.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wittgenstein, Tractatus, BN,p.19&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Nitsch, s'il trouve ici des confirmations de sa propre conception, s'envole litt&#233;ralement loin d'eux en ceci qu'il fait de l'&#234;tre non pas un concept li&#233; &#224; l'histoire de la philosophie et donc un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mot philosophique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, si l'on peut dire, mais une synth&#232;se &#224; la fois &#233;vidente et ind&#233;passable de ce qu'est la vie. Et c'est ainsi qu'il en fait un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mot vivant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qu'il d&#233;finit ainsi&#160;: &lt;strong&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;alles was ist, das &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SEIN&lt;/span&gt;, ist bewegug und verwandlung&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Tout ce qui est, c'est-&#224;-dire l'&#234;tre, est est mouvement et m&#233;tamorphose.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/strong&gt; Cette phrase qui vient d'un de ses livres est consid&#233;r&#233;e par lui comme si importante qu'elle se trouve inscrite sur l'ultime page de la Bible Nitsch&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BN&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dont elle constitue donc le dernier mot qui se trouve &#234;tre &#233;videmment aussi finalement le premier de sa philosophie, de sa pens&#233;e, de sa conception g&#233;n&#233;rale des choses et du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce point est absolument central en ceci qu'il marque une prise de distance irr&#233;versible avec le fondement de la philosophie et des religions monoth&#233;istes et de la plupart des mouvements plus ou moins dissidents dans ces deux univers. En effet, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SEIN&lt;/span&gt;, s'il est un concept, ne fait qu'exprimer l'&#233;tonnement insurmontable face &#224; ce qui est. L'&#234;tre chez Nitsch, n'est en rien li&#233; &#224; l'id&#233;e d'unit&#233;, de un, de monos, que ce &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UN&lt;/span&gt; soit le concept sur lequel reposerait le fondement de la pens&#233;e ou le concept se signalant comme nom et forme de son aboutissement. Et il n'est pas non plus li&#233; au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UN&lt;/span&gt; comme nom ultime et forme du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;dieu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Il n'est en rien pens&#233; comme le fondement de la pens&#233;e et le but auquel doit tendre la m&#234;me pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut le dire &#224; cet instant, que l'&#234;tre soit non seulement mouvement mais m&#233;tamorphose permanente, &lt;strong&gt;cela implique deux choses qui installent la pens&#233;e de Nitsch hors du pi&#232;ge que nous tend la m&#233;taphysique classique, que la vie et la mort ne s'opposent plus comme des termes inconciliables et donc que la mort ne peut plus pr&#233;tendre &#224; se constituer comme fondement de l'angoisse originaire. D&#232;s lors, ce qui existe doit &#234;tre rapport&#233; &#224; une forme de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;puissance&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; innommable dont les manifestations sont la preuve en acte,&lt;/strong&gt; puissance qui, certes, existe sous des formes incluant lois et r&#233;gularit&#233; dans la manifestation des ph&#233;nom&#232;nes, mais dont la source constante est dispensation incontr&#244;lable d'&#233;nergie. Et vue sous cet angle, elle ne peut porter qu'un seul nom, celui d'exc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et c'est de la saisie de l'&#234;tre comme exc&#232;s&lt;/strong&gt;, - et r&#233;p&#233;tons le encore un fois, cette th&#232;se contredit toutes les approches philosophiques qui certes peuvent inclure l'exc&#232;s comme une donn&#233;e ou un concept, mais ce concept est toujours marqu&#233; au fer rouge de la marque d'infamie. Car, comme nous le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;savons&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, l'exc&#232;s c'est la marque du mal infusant dans le champ existentiel &#8211; que Nitsch part pour d&#233;ployer son &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;/span&gt; et donc l'ensemble de sa pens&#233;e. Et, en cela, elle rel&#232;ve du cadre occidental, et dans le m&#234;me temps, &#224; la fois s'en &#233;carte, permet de l'appr&#233;hender sous un autre angle, et l'enveloppe, puisqu'elle trouve n&#233;anmoins ses sources dans ce m&#234;me monde occidental, mais en faisant fond sur des sources et des comportements occult&#233;s, oubli&#233;s ou simplement volontairement ignor&#233;s par la pens&#233;e dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos de l'exc&#232;s originel&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
On comprend que si telle est l'id&#233;e centrale &#224; partir de laquelle se d&#233;ploie sa pens&#233;e, elle ne prend sa source hors du champ de la philosophie et des religions monoth&#233;istes, c'est-&#224;-dire &#224; la fois dans une relecture de certaines inventions de l'homme archa&#239;que et dans la prise en compte de ce fond archa&#239;que comme &#233;l&#233;ment constitutif de nos psych&#233;s contemporaines en tant qu'il est toujours actif en nous. C'est autour de cette question fondamentale que se nouent les relations entre la pens&#233;e de Nitsch et le monde grec archa&#239;que, celui des cultes et des rituels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, il faut le redire encore une fois, il ne part pas d'une connaissance livresque des rituels pour inventer le sien. Il invente le sien en le d&#233;veloppant au fur et &#224; mesure des actions et en parall&#232;le comprend que la source de sa pens&#233;e peut &#234;tre appr&#233;hend&#233;e &#224; travers une approche m&#233;tamorphos&#233;e de ce fond culturel et cultuel. Il suffit de voir les images des premi&#232;res actions avec un pauvre lapin, li&#232;vre ou poule et l'ampleur des actions qui se sont d&#233;roul&#233;es dans le ch&#226;teau de Prinzendorf.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3721 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;42&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/monet-meules-de-foin-fin-ete-1890-91-3322206239.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH295/monet-meules-de-foin-fin-ete-1890-91-3322206239-a7c3f.jpg?1775033732' width='500' height='295' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3721 '&gt;Monet, meules de foin, fin de l'&#233;t&#233; 1890
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, il n'applique pas un mod&#232;le qu'il aurait emprunt&#233; &#224; des description anciennes, il construit son propre univers en l'enrichissant de ses recherches et lectures. Comme il le manifeste &#224; plusieurs reprises il a, en quelque sorte, tout en t&#234;te d&#232;s l'&#226;ge de vingt ans et sans doute avant. Il le clame d'ailleurs avec force&#160;: &lt;strong&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Il n'est en aucun cas possible de confondre mon travail avec une reconstitution d'anciens cultes. Le culte et les formes rituelles font partie int&#233;grante de mon langage artistique.&lt;/strong&gt; Le rituel a toujours &#233;t&#233; et demeure un &#233;l&#233;ment d&#233;cisif de tout art, de toute pratique artistique. Le culte et le rituel n'ont jamais pu &#234;tre bannis de l'art. Mon travail est une forme de culte &#224; l'&#233;gard de la vie, mais jamais une reconstitution. &#192; l'heure actuelle, on entend beaucoup de discours &#224; la mode autour du culte et rituel dans l'art. Il n'est pas n&#233;cessaire d'ajouter des &#233;l&#233;ments rituels &#224; l'art&#160;: ils lui sont inh&#233;rents en tant que moyens d'expression formels. Il appartient &#224; la nature m&#234;me de l'art de se manifester comme culte et comme rituel. &lt;strong&gt;Les leitmotive de Wagner, les cath&#233;drales et les meules de foin de Monet, l'art de Scriabine et de George sont des expressions rituelles.&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#167;21, p.12&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#233;tamorphose permanente, on va le voir maintenant, est cependant au c&#339;ur de certains mythes et des plus important rituels grecs connus, et &#224; l'&#233;vidence la proximit&#233; entre la conception g&#233;n&#233;rale de Nitsch et ce monde archa&#239;que doit nous pousser &#224; reconsid&#233;rer notre mani&#232;re de penser ainsi que le cadre, somme toute tr&#232;s limit&#233;, qui nous sert de cocon et surtout de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Nitsch invente ou impose un concept qui l&#224; encore d&#233;place les questions et inscrit les enjeux de son travail dans un cadre qui d&#233;passe et englobe aussi bien la philosophie, l'histoire de l'art, que les &#233;tudes hell&#233;nistiques. Il s'agit du concept de grundexzess ou de urexzess, autrement dit d'&lt;strong&gt;exc&#232;s originel ou fondateur&lt;/strong&gt;. Vouloir comprendre ce qui est en jeu dans l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;/span&gt; suppose et impose de prendre acte de ce concept et de le voir comme le point central non seulement d'une r&#233;flexion mais de l'&#339;uvre sans fin que constituent au fils des ann&#233;es les actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un des aphorismes, Nitsch en effet &#233;crit&#160;: &lt;strong&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;.../&#160;&#8230; Une vie install&#233;e dans l'extase, dans l'ivresse de l'&#234;tre, doit &#234;tre voulue.&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#167;60, p.46&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien comprendre que ce qui est vis&#233; ici, c'est le fait d'op&#233;rer une sorte de saut hors de l'approche habituelle de notre conception m&#234;me de l'existence. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Vouloir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; l'exc&#232;s n'a pas &#224; voir avec la volont&#233; de puissance nietzsch&#233;enne, ni avec un go&#251;t absolu pour l'ivresse, mais avec la reconnaissance que c'est bien dans l'exc&#232;s, dans des comportements non contr&#244;lables qu'est en quelque sorte n&#233;e notre humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons, depuis deux &#224; trois mille ans, voulu, au sens strict, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;REFOULER&lt;/span&gt; cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;origine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; en tentant d'une part et d'abord de contr&#244;ler ces comportements irr&#233;pressibles et violents et d'autre part et ensuite de les r&#233;primer &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;volontairement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Mais comme le note Nitsch dans le &#167;60, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;les v&#233;rit&#233;s ne sont d&#233;livr&#233;es que chiffr&#233;es&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, ce qui signifie qu'&lt;strong&gt;il nous fait faire un travail d'excavation tel que l'exc&#232;s originel puisse para&#238;tre au grand jour&lt;/strong&gt;. Mais pas tant comme concept que comme manifestation vivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait, &lt;strong&gt;la psychanalyse, viennoise comme l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.&lt;/span&gt;T., faut-il le rappeler, est remont&#233;e tardivement dans Totem et tabou, jusqu'&#224; l'exc&#232;s originel prenant la forme de l'assassinat du p&#232;re ou du chef de la horde source de toutes les variations qui s'en suivent autour du meurtre de l'animal tot&#233;mique&lt;/strong&gt; et de la mise en place du syst&#232;me g&#233;n&#233;ral de l'interdit de l'inceste et et de la culpabilit&#233;. Nitsch s'y r&#233;f&#232;re, mais il d&#233;veloppe une approche beaucoup plus large, plus vaste, plus globale de l'exc&#232;s et qui n'est pas prise dans les filets de la culpabilit&#233;. Bien au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons un instant &#224; [&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Totem_et_Tabou&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Totem et tabou&lt;/a&gt;] livre de 1913 donc. Sur la page Wikip&#233;dia consacr&#233;e &#224; cet ouvrage on peut lire ceci&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Dans cette th&#233;orie de la horde primitive, les humains sont organis&#233;s sous la forme d'une horde sauvage r&#233;gie sous l'autorit&#233; d'un p&#232;re tout-puissant poss&#233;dant seul l'acc&#232;s aux femmes du groupe (comme dans le cas de hordes animales). Les fils, alors jaloux du p&#232;re, d&#233;cid&#232;rent de se rebeller contre ce dernier afin de pouvoir acc&#233;der aux femmes. Un jour, ils se ligu&#232;rent contre lui et all&#232;rent le tuer pour le manger en un repas tot&#233;mique. Une fois le festin consomm&#233;, ils furent alors pris de remords et la raison pour laquelle ils s'&#233;taient battus risquait de ruiner la structure m&#234;me de la soci&#233;t&#233; (et une guerre fratricide n'aurait &#233;pargn&#233; personne). C'est la raison pour laquelle ils d&#233;cid&#232;rent d'&#233;tablir des r&#232;gles correspondant aux deux tabous principaux&#160;: l'interdiction de tuer le totem &#8212; meurtre et parricide &#8212; et l'interdiction de relation sexuelles avec les femmes appartenant au m&#234;me totem &#8212; inceste. Afin que la situation ne se reproduise pas et par peur des repr&#233;sailles du p&#232;re, ils d&#233;cid&#232;rent d'&#233;riger un totem &#224; son effigie et de le comm&#233;morer par l'interm&#233;diaire de f&#234;tes comm&#233;moratives.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, la religion du totem institue la f&#234;te comm&#233;morative du repas tot&#233;mique afin d'entretenir le souvenir du triomphe remport&#233; sur le p&#232;re. C'est la raison pour laquelle les restrictions impos&#233;es en temps normal sont ici lev&#233;es. La c&#233;r&#233;monie religieuse du rituel sacrificiel constitue un &#233;v&#233;nement social tr&#232;s important au sein du groupe qui le pratique. Elle permet aux membres du groupe de communier avec l'anc&#234;tre du clan. Outre la mise en sc&#232;ne et les gestes rituels, &lt;strong&gt;Freud y voit d'ailleurs ici les pr&#233;misses du d&#233;veloppement religieux et tout particuli&#232;rement du christianisme (bien qu'il se d&#233;fende de souhaiter d&#233;velopper davantage cette id&#233;e dans son ouvrage.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nitsch, lui, va comme ouvrir une br&#232;che dans ce mur &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;moralisateur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; li&#233; &#224; l'inceste et dans l'approche du fond archa&#239;que tel que Freud les pense, pour inscrire cette violence originelle, non tant dans le creuset des relations humaines que dans sa conception g&#233;n&#233;rale de l'&#234;tre en tant que mouvement incessant de changements, de transformations, de m&#233;tamorphoses en tout genre et de toutes dimensions. C'est ce changement permanent qui affecte les &#234;tres, les humains avant tout, et qui est en quelque sorte la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;cause&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de leur angoisse irr&#233;pressible et de leur violence incontr&#244;lable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;coutons, dans la Bible Nitsch, un texte essentiel de 1995, &lt;i&gt;Durchdringend zum grunexzess/urexzess&lt;/i&gt;&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8230;L'&#233;v&#233;nement le plus extr&#234;me de la cr&#233;ation (de l'&#234;tre) advient au-dessus de l'ab&#238;me, &#224; partir de l'ab&#238;me.&lt;/strong&gt;Autour de nous&#160;: la nuit, l'obscurit&#233;, l'angoisse, la mort. Nous provoquons cet &#233;v&#233;nement&#160;dans le n&#233;ant, dans la mort, dans l'ab&#238;me tragique, enracin&#233; dans l'&#233;ternit&#233; et l'infini, en surgissant de lui pour de brefs instants d'extase lumineuse, les plus &#233;clatants, d'ivresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vague jubilatoire d'un devenir in&#233;puisable et toujours renaissant fait na&#238;tre l'&#234;tre depuis la nuit du n&#233;ant.&#160;En nous se trouvent la source, le fondement, l'ab&#238;me, la cellule germinale du devenir qui se renouvelle &#233;ternellement, la d&#233;chirure dionysiaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point nodal. Annulation de la mati&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les galaxies sont aspir&#233;es, r&#233;absorb&#233;es dans le tragique du trou noir, frapp&#233;es par le noir entra&#238;n&#233;es vers le centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Formule mystique de la mort et de la r&#233;surrection, de la d&#233;chirure et du sacrifice des dieux r&#233;dempteurs,&lt;/strong&gt; figuration mystique des contraires&#160;: mort et r&#233;surrection r&#233;sident dans le devenir, le devenir r&#233;side dans la mort, la mort r&#233;side dans le devenir. S'an&#233;antissent tous les mondes, toutes les galaxies, tous les soleils&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; du fond surgissent tous les mondes, du fond na&#238;t le retour, l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;INCESSANCE&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SENS&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DU&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DEVENIR&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DOIT&lt;/span&gt; &#202;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TRE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ACCOMPLI&lt;/span&gt;, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ATTEINT&lt;/span&gt;, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ACHEV&lt;/span&gt;&#201; &#192; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CHAQUE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;INSTANT&lt;/span&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acte de cr&#233;ation ne conna&#238;t aucun commencement&#160;: il advient toujours, il est toujours advenu, il advient &#224; chaque instant &#224; travers nous, &#224; travers tout ce qui est, tout ce qui vit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et cela dans l'infinit&#233; de l'&#233;ternit&#233; et de l'infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exc&#232;s fondamental est &#224; la fois mort et naissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'exc&#232;s fondamental est &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NOCES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DU&lt;/span&gt; N&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANT&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ET&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; L'&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TERNIT&lt;/span&gt;&#201;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le noir, l'insondable (l'ab&#238;me) du n&#233;ant est l'absence de fond et de fondement de l'&#233;ternit&#233; et de l'infini.&#160;[double sens de&#160;grundlos&#160;: &lt;br class='autobr' /&gt;
1) sans fondement = bodenlos,&lt;br class='autobr' /&gt;
2) sans raison/sans motif gratuit).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le chemin sans fond et sans cause (de la nature, de la cr&#233;ation) devient un chemin sans but, qui ne finit jamais.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tao = fondement sans cause de tout devenir, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VOIE&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vague du devenir dionysiaque enfante l'&#234;tre et la vie &#224; partir de l'absence de fond et de sol du n&#233;ant qui engendre l'&#233;ternit&#233; et l'infini. Le fond sans fond est n&#233;ant et infinit&#233; (&#233;ternit&#233;) accoupl&#233;s, plus la sainte irruption de l'&#234;tre et de la vie, appel&#233;e par la lumi&#232;re des saisons heureuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incessance des vignobles, des grappes m&#251;rissantes, jaillissantes, douces et plus que m&#251;res, sur les mondes solaires, dans des myriades de galaxies &#233;trang&#232;res.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il ne fallait retenir qu'une seule phrase, on le comprend, ce serait celle-ci&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;strong&gt;L'exc&#232;s originel, (ou fondamental) ce sont les noces du rien et de l'&#233;ternit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BN, p.31-33&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nitsch ne s'oppose pas &#224; la psychanalyse, il la d&#233;borde de tous les c&#244;t&#233;s, en &#233;largissant le statut m&#234;me de l'homme et en faisant un &#234;tre en proie &#224; l'angoisse et cela de toute &#233;ternit&#233;. On le voit dans ce passage&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;strong&gt;L'&#234;tre humain ne peut pas encore vivre pleinement son potentiel, conform&#233;ment &#224; la pulsion qu'il poss&#232;de, &#224; ce qu'il est v&#233;ritablement.&lt;/strong&gt; L'exp&#233;rience cathartique sadomasochiste extr&#234;me, la pulsion fondamentale de l'exc&#232;s (la catastrophe du drame), r&#233;v&#232;le &#224; l'humanit&#233; la force naturelle de l'&#234;tre, supra-rationnelle (irrationnelle), &#224; &#8203;&#8203;la fois constructrice et destructrice, br&#251;lante, qui aspire &#224; vivre et &#224; &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une rupture avec les contraintes de la civilisation, du bruit, de la morale, de la pens&#233;e rationnelle et du langage nous permet de trouver, intimement, sans peur, extatiquement, l'exp&#233;rience numineuse de l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence intense dans le plaisir douloureux de la souffrance, au seuil de la mort, au seuil du n&#233;ant, nous permet de faire l'exp&#233;rience de l'&#234;tre, nous fait advenir &#224; l'&#234;tre. L'exp&#233;rience extatique et intense de nos sens, jusqu'au point de la douleur, nous permet d'exister plus intens&#233;ment, activant ainsi l'&#233;v&#233;nement de l'&#234;tre, et donc notre essence m&#234;me, notre &#234;tre.&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#167;57, p45&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non qu'il existe une forme absolue de conscience, mais parce qu'au contraire, il n'a cess&#233; d'&#233;volu&#233; et de se transformer lui-m&#234;me au gr&#233; de ses d&#233;couvertes et inventions, d&#233;couvertes et inventions qui l'ont cependant conduit, on peut aussi comprendre pourquoi, &#224; &#233;loigner de lui non seulement le souvenir de l'exc&#232;s originel mais autant que faire se peut, certaines formes de cet exc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est ici vis&#233;, c'est le meurtre en particulier, qui cependant, comme on le voit chaque jour, est si pr&#233;sent, que l'&lt;strong&gt;on peut dire que les hommes ne sont pas parvenus &#224; se &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;soigner&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de cet exc&#232;s originel. Et c'est cela que prend en charge Nitsch et qui en fait un artiste d'une extr&#234;me actualit&#233;, le fait que rien n'a &#233;t&#233; aboli et surtout pas la violence et le meurtre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se pose &#224; Nitsch comme &#224; tout un chacun la question de savoir comment il serait possible de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;soigner&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; les ravages que produit aujourd'hui encore cet exc&#232;s originel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est la mani&#232;re qu'il a de r&#233;pondre &#224; cela qui montre &#224; la fois son originalit&#233; et sa puissance, car il le fait en artiste, en artiste philosophe, musicien et metteur en sc&#232;ne d'une &#339;uvre unique, d&#233;bordant elle aussi tous les cadres dans lesquels l'art est aujourd'hui encore enferm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il le fait donc en abandonnant toute forme de moralisme, toute forme de dogmatisme, toute forme d'id&#233;ologie, toute forme de faiblesse infantile qui se cache derri&#232;re des arguments pseudo-rationnels, vis-&#224;-vis du refoulement de l'exc&#232;s originel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bref il pr&#244;ne, non pas un d&#233;ferlement violence dans la soci&#233;t&#233; en vue d'actualiser l'exc&#232;s originel, mais une acceptation de la pr&#233;sence et de la manifestation de cette violence originelle, de cet exc&#232;s originel, dans un cadre th&#233;&#226;tralis&#233; mais sans sc&#232;ne s&#233;parant acteur et spectateurs, comme seul et unique moyen de ne pas l'occulter et ainsi de parvenir &#224; appr&#233;hender son &#234;tre au monde d'une mani&#232;re renouvel&#233;e.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un sens, on peut malgr&#233; tout voir dans l'&#339;uvre de Nitsch une sorte de r&#233;alisation singuli&#232;re &#233;quivalent &#224; ce qui fut pr&#233;sent&#233; par &lt;a href=&#034;https://www.regard-sur-limage.com/Guy-Debord-I.html&#034;&gt;Debord&lt;/a&gt; comme le programme secret de l'International Situationniste, que mentionne Debord dans sa correspondance&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;alisation de la philosophie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, on a affaire &#224; la fois &#224; une r&#233;alisation et non pas &#224; un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;passement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; mais &#224; un &#233;largissement de la philosophie aux limites insondables du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Formes du rite entre Gr&#232;ce antique&#160;: Dionysos et l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.&lt;/span&gt;T.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nombreuses sont les r&#233;flexions qui se r&#233;f&#232;rent &#224; la Gr&#232;ce antique, &#224; la trag&#233;die, et au-del&#224; de la trag&#233;die comme genre litt&#233;raire, au tragique comme &#233;l&#233;ments d&#233;terminant de l'existence des hommes. Le &#167;183 par exemple &#233;voque directement le fait qu'il en appelle souvent au dionysiaque. Sans entrer dans une pr&#233;sentation d&#233;taill&#233;e des rites grecs mais en tentant d'en pr&#233;senter les aspects les plus importants en relation avec l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;/span&gt; de Nitsch, il faut &#224; l'&#233;vidence commencer par ce qui constitue la r&#233;f&#233;rence la plus &#233;vidente donc, le figure de Dionysos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car c'est bien &#224; ce dieu que sont associ&#233;s les d&#233;bordements &#224; la fois les plus meurtriers, comme nous le montre le pi&#232;ce d'Euripide, &lt;a href=&#034;https://www.regard-sur-limage.com/Les-hommes-marionnettes-des-dieux.html&#034;&gt;&lt;i&gt;Les bacchantes&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, dont nous avons parl&#233; en d&#233;tail dans le s&#233;minaire V de mars 2021, et les plus festifs, puisqu'il est, on le sait, entre autres choses mais principalement, le dieu de la vigne et donc de l'ivresse. Il faut, ici, laisser la parole &#224; Nitsch et go&#251;ter sa prose et la pr&#233;cision de sa pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;En parcourant mes manuscrits, je reconnais qu'une chose y pr&#233;domine&#160;: l'invocation incessante du dionysiaque, de l'ab&#238;me, de l'extase.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les rituels d'abr&#233;action du Th&#233;&#226;tre des Orgies et Myst&#232;res cherchent, par une dramaturgie psychanalytique et une ontologie, &#224; atteindre l'exc&#232;s originaire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tout y est qu&#234;te incessante de l'exp&#233;rience de l'exc&#232;s originaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dramaturge a &#224; chercher le tragique, &#224; s'y exposer&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est tel un m&#233;decin contraint de mettre au jour la v&#233;rit&#233; du tragique, de la conduire &#224; l'&#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La trag&#233;die ouvre l'affrontement avec le tragique, avec la mort.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Refouler cela est non-v&#233;rit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; seule la confrontation radicale, seule la prise de conscience sont n&#233;cessaires &#8212; une qu&#234;te de la v&#233;rit&#233; &#224; laquelle il faut regarder en face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'exc&#232;s originaire correspond &#224; la catastrophe du drame antique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans le Th&#233;&#226;tre des Orgies et Myst&#232;res, il est port&#233; de mani&#232;re plus impitoyable&#160;: non pas de fa&#231;on figurative, mais analytique, avec une exigence plus profonde, plus pressante, r&#233;alis&#233; comme un acte r&#233;el, plus r&#233;el comme&#160;[en tant qu'acte r&#233;el, qui s'enfonce profond&#233;ment dans la chair&#160;[qui creuse...]&#160;de la vitalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confrontation avec le tragique, avec la mort, &#224; travers l'exc&#232;s fondamental, est confrontation avec le mouvement de la m&#233;tamorphose du monde, qui advient sur la sc&#232;ne de l'infini et de l'&#233;ternit&#233;, et tout autant sur la sc&#232;ne de la temporalit&#233;, celle qui est born&#233;e par le commencement et la fin de toute chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le heurt de l'&#233;ternit&#233; et de la temporalit&#233; fait na&#238;tre le tragique, la mort &#8212; il touche le tragique m&#234;me. La diff&#233;rence entre le temps&#160;[le temporel / la temporalit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?]&#160;et l'infini engendre le conflit tragique. La confrontation de l'individu temporel avec l'infini est port&#233;e, travers&#233;e et accomplie par le Th&#233;&#226;tre des Orgies et Myst&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parcourant ma collection d'&#233;crits, j'ai constat&#233; que des points de vue &#233;taient sans cesse avanc&#233;s, qui aboutissaient le plus souvent &#224; la recherche et &#224; la description de l'exp&#233;rience de l'exc&#232;s fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me chose se r&#233;p&#232;te continuellement, mais, comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, en partant chaque fois de points de d&#233;part diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ensemble me rappelle &#8212; comme je l'ai souvent sugg&#233;r&#233; &#8212; les discours du Bouddha, o&#249; le nirvana, l'extinction, est constamment invoqu&#233;&#160;: l'extinction de tous les sens est le salut permanent, l'objectif de la d&#233;livrance sans cesse projet&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin d'&#233;chapper au devenir, au tragique [d'esquiver le&#8230;], de le d&#233;passer en le contournant, le n&#233;ant &#8212; le fait de ne pas &#234;tre n&#233; &#8212; est exalt&#233; comme le plus &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce monde qui est le n&#244;tre, avec ses soleils, ses syst&#232;mes solaires, ses milliards de galaxies, ce cosmos qui est le n&#244;tre, devrait &#234;tre r&#233;voqu&#233; et sombrer dans le nirvana.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bouddha voulait l'annulation de l'&#234;tre, de la vie, &#224; cause du devenir &#233;ternel, &#224; cause du tragique, &#224; cause de la mort. En ce sens, le travail, l'entreprise du Th&#233;&#226;tre des Orgies et Myst&#232;res veut pr&#233;cis&#233;ment le contraire [vise exactement l'inverse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tragique est assum&#233;, nous le prenons sur nous, y compris la mort [nous assumons aussi la mort]. Nous croyons &#224; l'&#233;ternel retour, nous croyons &#224; l'ininterruption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;v&#233;nement du tragique, l'exc&#232;s fondamental est l'oppos&#233; du nirvana&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le point de retournement de la mort est compris comme transformation, comme concentration de toutes les forces de l'&#234;tre, comme des configurations surgissant du fond sans fond et engendrant des mondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons que notre monde, avec ses soleils, ses syst&#232;mes solaires, ses galaxies, ses milliards de galaxies, se produise, p&#233;risse et revienne des fois infinies, et qu'ainsi l'&#234;tre, l'&#234;tret&#233;, se r&#233;alise toujours plus profond&#233;ment.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#167;183 p.105 106&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dionysos des hell&#233;nistes&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour une approche plus pr&#233;cise de Dionysos, laissons maintenant la parole, pour quelques instant, aux hell&#233;nistes, &#224; ceux qui ont consacr&#233; des livres &#224; de dieu unique dans le panth&#233;on grec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les derni&#232;res lignes de &lt;i&gt;Dionysos &#224; ciel ouvert&lt;/i&gt;, un bref ouvrage de Marcel D&#233;tienne nous permettent d'entrer dans le vif du sujet. &#192; la fin, de son livre, parlant du dieu, il s'interroge&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;quel est le principe unifiant de son activit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &#8230;/&#8230; Il se donne la sc&#232;ne o&#249; se faire reconna&#238;tre. Surgissant en &#201;tranger de l'int&#233;rieur, i est celui qui jette hors de soi, qui pousse sa proie au meurtre de sa propre chair&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; qui la pr&#233;cipite dans la souillure. Hautes parousies.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir rappel&#233; quelques &#233;l&#233;ments relatifs &#224; Apollon et Dionysos, Marcel D&#233;tienne conclut son livre ainsi&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Dionysos en action, &#224; c&#339;ur ouvert&#160;: donnant &#224; lire le plus intime de sa puissance, celle qui fait jaillir, qui fait bondir. Au point pr&#233;cis o&#249; le sang bouillonnant et le vin palpitant confluent en un principe commun&#160;: la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;puissance&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'une humeur vitale qui tire d'elle-m&#234;me et d'elle seule sa capacit&#233; &#224; lib&#233;rer son &#233;nergie, d'un coup, avec une violence volcanique. Folie meurtri&#232;re, m&#233;nade bondissant, vin pu effervescent, c&#339;ur enivr&#233; de sang&#160;: un m&#234;me mode d'action.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marcel D&#233;tienne, 1986, op. cit., p.98-99&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut sembler un peu &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;abstrait&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour une ouverture sur Dionysos, mais en fait cela donne &#224; entendre la chose centrale qui importe &#224; Nitsch&#160;: le lien entre violence, meurtre, et d&#233;voration. En arri&#232;re plan lorsque l'on parle de Dionysos, il y a le plus souvent la pi&#232;ce d'Euripide, &lt;i&gt;les bacchantes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224;, en effet, que l'on assiste sur une sc&#232;ne th&#233;&#226;trale au meurtre de Penth&#233;e. Il est le cousin de Dionysos par son p&#232;re. Apr&#232;s avoir pass&#233; son adolescence en Lydie, le dieu revient dans &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sa&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ville natale, Th&#232;bes, mais sa famille ne veut pas le reconna&#238;tre ni donc l'honorer comme un dieu. Dionysos va se venger par mille ruses de ce cousin auquel son grand-p&#232;re a pass&#233; les r&#234;nes de la ville, en l'autorisant &#224; assister &#224; une bacchanale d&#233;guis&#233; en femme, car les hommes n'ont pas le droit d'y assister. Mais il va faire en sorte, que les femmes ayant perdu leur esprit dans l'ivresse se transforment en bacchantes, en m&#233;nades hors de contr&#244;le, et se mettent &#224; d&#233;vorer l'homme qui les observe sans en avoir le droit. Et c'est Agav&#233;, sa m&#232;re, qui rapportera sa t&#234;te au bout d'une pique apr&#232;s avoir mang&#233; de la chair de son fils avec ses compagnes de d&#233;bauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est inutile de commenter tout ceci sinon pour relever le lien puissant que &lt;i&gt;Les bacchantes&lt;/i&gt; d'Euripide ont conduit jusqu'&#224; nous le lien entre f&#234;te, ivresse, hallucination, violence, d&#233;voration de chair humaine, meurtre rituel et donc tragique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit aussi que l'action rituelle associ&#233; &#224; la d&#233;voration et &#224; la f&#234;te extatique d&#233;passe largement le cadre dans lequel Freud l'a pos&#233;e. On voit surtout combien l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;/span&gt; est en prise avec le type d'&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#233;v&#233;nements&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que la pi&#232;ce d'Euripide nous donne &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux choses cependant sont importantes ici. D'une part il s'agit de marquer que malgr&#233; l'int&#233;r&#234;t &#233;vident que Nitsch porte au th&#233;&#226;tre et au th&#233;&#226;tre antique, c'est pr&#233;cis&#233;ment contre le th&#233;&#226;tre, en tout cas le th&#233;&#226;tre tel qu'il s'est fig&#233; au fil des si&#232;cles et tel qu'il a domin&#233; la vie cultuelle en particulier en Autriche et &#224; Vienne au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, qu'il construit son &#339;uvre. On l'a vu, ce &lt;strong&gt;qu'il cherche c'est &#224; d&#233;ployer une &#339;uvre vivante dans laquelle il n'y a ni sc&#232;ne ni coulisse.&lt;/strong&gt; Et comme on a pu le voir la s&#233;ance pr&#233;c&#233;dente, tout est accessible et visible des pr&#233;paratifs aux moments qui succ&#232;dent &#224; une action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que se joue la relation forte avec le th&#233;&#226;tre avant le th&#233;&#226;tre, r&#244;le qu'ont jou&#233; les cultes et les rites associ&#233;s dans la Gr&#232;ce antique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3720 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;63&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/oinoche_anthesteria_louvre_l71_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH651/oinoche_anthesteria_louvre_l71_blog-eb61d.jpg?1775037978' width='500' height='651' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3720 '&gt;&#338;nocho&#233; des Anthest&#233;ries, v. 430&#8211;390 av. J.-C. Mus&#233;e du Louvr
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un autre aspect de Dionysos&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Donnons maintenant cette fois la parole &#224; Maria Daraki, qui a &#233;crit un livre en tout point majeur intitul&#233; Deux choses cependant sont importantes ici. D'une part il s'agit de marquer que malgr&#233; l'int&#233;r&#234;t &#233;vident que Nitsch porte au th&#233;&#226;tre et au th&#233;&#226;tre antique, c'est pr&#233;cis&#233;ment contre le th&#233;&#226;tre, en tout cas le th&#233;&#226;tre tel qu'il s'est fig&#233; au fil des si&#232;cles et tel qu'il a domin&#233; la vie cultuelle en particulier en Autriche et &#224; Vienne au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, qu'il construit son &#339;uvre. On l'a vu, ce &lt;strong&gt;qu'il cherche c'est &#224; d&#233;ployer une &#339;uvre vivante dans laquelle il n'y a ni sc&#232;ne ni coulisse.&lt;/strong&gt; Et comme on a pu le voir la s&#233;ance pr&#233;c&#233;dente, tout est accessible et visible des pr&#233;paratifs aux moments qui succ&#232;dent &#224; une action &lt;i&gt;Dionysos et la d&#233;esse terre&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;collection Champs des &#233;ditions Flammarion, premi&#232;re &#232;dition en 1985&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le plus simple est de lire ce passage car on verra imm&#233;diatement les relations avec l'&#339;uvre de Nitsch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais auparavant il faut dire quelques mots sur la f&#234;te dont elle parle, les &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Anthest%C3%A9ries&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Anthest&#233;ries&lt;/a&gt;, une des plus grandes f&#234;tes ayant exist&#233;e &#224; Ath&#232;nes avec &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89leusis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les myst&#232;res d'Eleusis&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ce sont de la fin de l'hiver, une f&#234;te des morts parmi les plus c&#233;l&#232;bres de l'antiquit&#233;. Elles ont lieu au moment de la v&#233;g&#233;tation renaissante, du onzi&#232;me au treizi&#232;me jour du mois anthest&#233;rion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re journ&#233;e est appel&#233;e &#928;&#953;&#952;&#959;&#943;&#947;&#953;&#945; / Pitho&#237;gia, c'est-&#224;-dire &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'ouverture des jarres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Les Ath&#233;niens se rendent pr&#232;s du sanctuaire de Dionysos &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;dans les marais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dionysos Limnaios&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour ouvrir les jarres couronn&#233;es de fleurs qui contiennent le vin nouveau, fruit des vendanges pr&#233;c&#233;dentes. Sur le parcours, les f&#234;tards, juch&#233;s sur des chariots rustiques, prof&#232;rent des lazzi et moqueries &#224; l'adresse des passants. Apr&#232;s une offrande solennelle au dieu, tous peuvent go&#251;ter le vin nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde journ&#233;e est appel&#233;e &#935;&#972;&#949;&#962; / Kh&#243;es, c'est-&#224;-dire &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la f&#234;te des pichets&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Elle se d&#233;roule toujours au sanctuaire du dieu, le Limnaion. On sert des pichets de vin nouveau et un concours de buveurs est organis&#233;&#160;: au signal d'une trompette, c'est &#224; qui videra le plus vite possible une cruche de vin d'un peu plus de trois litres. Ces cruches sont orn&#233;es de sujets ayant souvent trait aux r&#233;jouissances et aux spectacles qui prenaient place dans cette journ&#233;e. Elles repr&#233;sentent &#233;galement souvent des enfants avec des jouets et avec des couronnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste en grande liesse &#224; l'arriv&#233;e de Dionysos sur un char naval. Le sanctuaire de Dionysos dans les marais est alors ouvert pour la seule et unique fois de l'ann&#233;e, et tous les autres temples sont ferm&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on y organise la hi&#233;rogamie (union sacr&#233;e) de la femme de l'archonte-roi et de Dionysos&#160;: quatorze femmes de bonne naissance, qualifi&#233;es de &#947;&#949;&#961;&#945;&#961;&#945;&#943; en grec, assistent l'&#233;pouse de l'archonte-roi et accomplissent les rites sur autant d'autels. Dans cette hi&#233;rogamie s'accomplissait un ancien rite d'alliance avec les forces de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me jour est appel&#233; &#935;&#973;&#964;&#961;&#959;&#953; / Kh&#253;troi, c'est-&#224;-dire &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la f&#234;te des marmites&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. On fait cuire dans chaque maison des marmites de graines &#224; l'intention des morts. Car ce dernier jour est consacr&#233; au culte des morts. Les &#226;mes des morts reviennent ce jour-l&#224;. On prie pour les mourants. Herm&#232;s psychopompe, conducteur des &#226;mes, re&#231;oit des offrandes de gruau de graines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;en grec &#960;&#945;&#947;&#954;&#945;&#961;&#960;&#943;&#945;&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que l'on ne devait pas consommer. La c&#233;r&#233;monie des hydrophoria consiste &#224; offrir aux morts des libations d'eau, vers&#233;es dans des excavations. &#192; la fin de la f&#234;te, on cong&#233;die les morts, avec cette formule&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Allez-vous en, Keres,, finies les Anthest&#233;ries&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Tout se passe comme si leur association avec les vivants durait pendant la p&#233;riode d'hiver et se terminait avec elle. L'ensemble de ces c&#233;r&#233;monies semble se d&#233;rouler sans le minist&#232;re de pr&#234;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la signification du terme, il faut &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;rapprocher anthos de la notion d'obscurit&#233; et interpr&#233;ter le nom des Anthest&#233;ries comme &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;[la f&#234;te] de celui qui traverse l'obscurit&#233; (hivernale)&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. L'arriv&#233;e sur l'eau de Dionysos symbolise la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;travers&#233;e de la t&#233;n&#232;bre hivernale&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et la sortie de l'hiver. Les Anthest&#233;ries sont la f&#234;te d'un dieu Feu qui triomphe des t&#233;n&#232;bres. C'est, selon Henri Jeanmaire, la f&#234;te des morts qui donne la tonalit&#233; fun&#232;bre de la f&#234;te. De m&#234;me pour Maria Daraki, lors des Anthest&#233;ries, Dionysos triomphe dans la r&#233;ussite d'un triple passage qui lui fait franchir la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;fronti&#232;re de la nuit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette m&#234;me Maria Daktari qui va nous montrer le lien direct avec Nitsch. Voici ce qu'elle &#233;crit &#224; propos des Anthest&#233;ries dans son livre &lt;i&gt;Dionysos et la d&#233;esse terre&lt;/i&gt;&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Lieu de synth&#232;se de toutes les coordonn&#233;es du dieu, la f&#234;te des Anthest&#233;ries culmine en une union sacr&#233;e&#8230; Une fois par an, toutes les pr&#233;rogatives du dieu traversent l'heure des fleurs et l'heure de l'&#233;ph&#233;bie. Et elle s'en trouvent toutes renouvel&#233;es. Dionysos est le nourricier toute l'ann&#233;e parce qu'il est le partenaire d'une union qui a le pouvoir de f&#233;conder la terre attique&#8230; Dans son mariage Dionysos &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;rena&#238;t&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, dans tous les sens de ce terme foisonnant&#8230; Pour que cela soit, mariage et sacrifice fusionnent. Le notions d'&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;alimentation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sexualit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; brisent leurs cadres, confluent et tissent ensemble une t&#234;te de Gorgone&#8230; D&#232;s &#224; pr&#233;sent il faut regarder en face cette combinaison, qu'Ath&#232;nes insinue mais que le Parnasse assume peut-&#234;tre pleinement, du sparagmos (le d&#233;membrement rituel) de l'omophagie (le fait de manger de la chair crue) et du gamos (mariage, union sexuelle).&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; M&#233;lange abominable de volupt&#233; et de cruaut&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour Nietzsche comme pour tout homme moderne, ce &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;v&#233;ritable filtre des sorci&#232;res&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, pourrait &#234;tre aussi ce monstre qui aurait pour nom l'action totale&#8230;/&#8230; Aux citoyens de la cit&#233; d&#233;mocratique, actifs dans la gestion des choses humaines, actifs devant les dieux, Dionysos impose une attitude passive. Il les fait plier et les conduit &#224; renier leurs valeurs les plus s&#251;res&#160;: dans l'&#233;pouvante religieuse, le deos, mais aussi sous l'effet d'une s&#233;duction puissante qui, tout comme l'&#233;pouvante semble manifester l'action divine. &lt;strong&gt;Cela pose le probl&#232;me de fond du ph&#233;nom&#232;ne dionysiaque. Il donne sans cesse l'impression que Dionysos existe, qu'&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;il est l&#224;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/strong&gt;. Dans la trag&#233;die comme dans le rituel, l'action humaine semble ob&#233;ir &#224; un projet divin qui la d&#233;passe.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit., p114-115&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on tente, mentalement, de se repr&#233;senter ce qu'ont pu &#234;tre de telles f&#234;tes, il nous appara&#238;tra que, mis &#224; part peut-&#234;tre quelques processions chr&#233;tiennes en Espagne dans leur mani&#232;re de tenter de faire participer les fid&#232;les &#224; la douleur du Christ portant sa croix, et encore, rien ne peut approcher, sinon ce que Nitsch a r&#233;alis&#233;, et encore faudrait-il s'en tenir &#224; la seule action de 6 jours continus qui a eu lieu en 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on accorde en effet &#224; Nitsch le fait qu'il a con&#231;u lui-m&#234;me ses actions et qu'il n'a jamais &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;copi&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; tel ou tel rite grec, on doit cependant s'accorder, au-del&#224; du parall&#232;le entre l'action de Dionysos telle qu'elle est reconstruite par les hell&#233;nistes et l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;/span&gt; de Nitsch, &#224; accepter de voir dans la pratique de l'artiste, dans le champ m&#234;me &#233;largi de l'art contemporain, une rare, sinon unique tentative, non pas de rejouer ce qu'on a pu faire dans la Gr&#232;ce antique, mais de faire exister aujourd'hui, de rendre pr&#233;sent aujourd'hui, avec nous et pour nous, quelque chose qui soit de l'ordre de la manifestation du deos, du dieu, du divin au sens le plus actif du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que nos barri&#232;res mentales, nos habitudes, le cadre dans lequel se d&#233;ploient nos existences, pose un voile transparent mais par trop isolant, nous s&#233;parant donc du monde auquel pourtant, il nous permet de croire que nous participons. Nous assistons &#224; une action de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;/span&gt; et nous ne parvenons pas &#224; acc&#233;der &#224; cet &#233;tat de transe qui semble avoir &#233;t&#233; partag&#233; par tous les participants &#224; une f&#234;tes des Anthest&#233;ries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, c'est ce que nous supposons, mais nous le faisons &#224; juste tire, puisque c'est ainsi que se &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;prouvait&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; non pas l'existence du dieu, mais sa &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;alit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; m&#234;me &#224; travers ces moments o&#249; il &#233;tait manifestement &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pr&#233;sent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;leusis&#160;: vivre et rena&#238;tre&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
On comprend que l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;/span&gt; ne propose pas d'initiation au sens strict et au sens ou par exemple on en proposait &#224; &#201;leusis, et donc que Nitsch propose tout le contraire, dans la mesure o&#249; il n'y a &lt;strong&gt;chez Nitsch aucune initiation par degr&#233;s mais seulement un v&#233;cu &#224; partager.&lt;/strong&gt; Et en m&#234;me temps c'est quelque chose de tr&#232;s proche qui a lieu dans le ch&#226;teau de Prinzendorf, m&#234;me lors d'actions durant un jour ou deux. C'est l'objectif qui est en quelque sorte le m&#234;me, &#224; ceci pr&#232;s que les grecs savaient ce qu'ils faisaient l&#224;, participer par un rite consacr&#233; &#224; un dieu ou &#224; des dieux. Ce qui se produisait l&#224;, ce qui constituait la v&#233;ritable raison d'&#234;tre de ces cultes, de ces rites, n'&#233;tait pas de faire acte de foi, ni de conforter une croyance. Car pour ce qui est de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;croyance&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; elle &#233;tait pr&#233;suppos&#233;e. &lt;strong&gt;C'est parce que l'on &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;croyait&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dans ces dieux, parce que l'on savait qu'ils se manifestaient lors de ces &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;f&#234;tes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que l'on s'y rendait. Et si l'on s'y rendait, c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment pour &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;rencontrer&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; le dieu.&lt;/strong&gt; Mais ce n'&#233;tait pas une personne que l'on d&#233;sirait approcher ou rencontrer, comme le christ peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une telle personne, mais une exp&#233;rience que l'on cherchait &#224; faire, &#224; vivre. &lt;strong&gt;Il s'agissait, puisqu'il &#233;tait pr&#233;sent, de vivre avec le dieu ou plut&#244;t de vivre comme le dieu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Participer &#224; ces rites c'&#233;tait en quelque sorte vivre de la vie du dieu et si l'on veut employer une expression triviale, recharger ses batteries et ressortir de l'exp&#233;rience en &#233;tant pass&#233; par un ou des &#233;tats qui faisaient que l'on avait &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#233;t&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; le dieu parce qu'il nous avait transmis quelque chose de sa puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est quelque chose de cet ordre qui est vis&#233; par Nitsch, on y reviendra lors de tous les autres s&#233;minaires, &#224; ceci pr&#232;s que pour nous, hommes de peu de foi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!, c'est &#224; nous retrouver dans la situation de faire une exp&#233;rience incomparable qui peut nous ouvrir l'esprit &#224; l'envers de notre &#224; l'autre c&#244;t&#233; de la pens&#233;e, &#224; l'irrationnel si l'on veut ,mais en tant que cet irrationnel serait la cl&#233; ouvrant sur une nouvelle compr&#233;hension des choses, du monde et de nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons un instant &#224; &#201;leusis, dont la fonction est proche de celle des Anthest&#233;ries, et cela juste pour rappeler quelques points qui &#233;clairent un peu le fonctionnement des actions. Il y avait deux types de myst&#232;res, les petits qui duraient 3 jours et les grands myst&#232;res qui, eux, duraient 9 jours, c'est-&#224;-dire la dur&#233;e de l'errance de D&#233;m&#233;ter, d&#233;esse de la vie renouvel&#233;e, des moissons, &#224; la recherche de sa fille Pers&#233;phone enlev&#233;e par Had&#232;s, dieu des morts si l'on veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toute participation &#224; un rite implique purification, par l'eau et le je&#251;ne le plus souvent.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
On se souvient ici de la grande s&#233;ance du lavement des pieds lors qu 4&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; jour de l'ultime &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;/span&gt; de 2025. &#192; l'&#233;vidence chez Nitsch, pas de je&#251;ne. On se plonge directement dans la f&#234;te mais, finalement, elle se d&#233;ploie selon des rythmes qui laissent des places &#224; des sortes de m&#233;ditation, en particulier au lever du soleil et le soir apr&#232;s la derni&#232;re action en &#233;coutant de la musique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir rompu le je&#251;ne, on boit des choses susceptibles de nous plonger dans des &#233;tats seconds. On assiste &#224; un drame sacr&#233; repr&#233;sentant l'histoire de D&#233;m&#233;ter et de Cor&#233;, qui signifie simplement jeune fille et qui prendra le nom de Pers&#233;phone. On sait que D&#233;m&#233;ter, d&#233;esse elle aussi de la terre, a emp&#234;ch&#233; les sols de produire du bl&#233; jusqu'&#224; ce qu'elle retrouve sa fille et passe un accord avec Had&#232;s qui garderait sa fille quater mois d'hiver la laissant libre sur la terre le reste de l'ann&#233;e. Le c&#339;ur du rituel tenait dans la pr&#233;sentation d'&#233;pis de bl&#233; promesse non pas d'une &#233;ternit&#233; mais bien d'une reprise sans fin de la vie apr&#232;s la mort.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3719 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;1&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/n1-34_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH375/n1-34_blog-a57a8.jpg?1775033732' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On se rappellera ici des tables sur les quelles Nitsch fait installer de la nourriture des couleurs des fruits des graines, bref des choses qui sont en effet li&#233;e &#224; la vie et qui font contraste avec les sacrifices dans lesquels viande et sang sont pr&#233;sents et actifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me jour on assistait &#224; un drame mystique &#233;voquant les noces de Zeus et de D&#233;m&#233;ter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui nous importe, c'est de prendre acte du fait que contrairement &#224; ce que l'on croit, le mot myst&#232;re n'a rien &#224; voir ici avec quelque chose de cach&#233; ou de secret, mais d&#233;signe le fait que ce qui se passait ne pouvait &#234;tre transmis qu'au travers d'une exp&#233;rience v&#233;cue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;secret&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; a &#233;t&#233; si bien gard&#233; c'est sans doute que chacun comprenait que d'en parler sans le vivre n'avait aucune &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;signification&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; entendons aucune puissance et ne produirait aucun effet. Car, encore une fois, le dieu &#233;tait pr&#233;sent parmi les participants et c'est &#224; vivre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;comme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; lui qu'ils aspiraient durant ces journ&#233;es. Ce &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;comme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; n'a rien &#224; voir avec notre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;comme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; li&#233; au miroir , au double, ou au mim&#233;tisme, &#224; l'imitatio christi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il &#233;voque, en fait, la manifestation directe du dieu et le fait que chacun pouvait y avoir part d'une certaine mani&#232;re sans que les autres en soient priv&#233;s.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'on &#233;voque ici la grande procession solennelle des mythes, les rites pour &#233;carter le mauvais &#339;il, les bandelettes couleur de safran, les porteurs de flambeaux pr&#233;sents &#224; chaque instant, &#201;leusis est du c&#244;t&#233; de la vie et de la renaissance et si l'on peut &#233;voquer un sacrifice de porcelet, le sang semble &#234;tre loin de ces myst&#232;res, au point que m&#234;me pour &#234;tre admis &#224; participer, il n'y a qu'une condition&#160;: ne pas avoir commis d'homicide. On peut &#234;tre esclave ou riche, cela n'a pas d'importance mais on en peut avoir tu&#233;. Et la boisson rituelle n'est pas le sang &#233;videmment, mais le cyc&#233;&#244;n, une boisson &#224; base de lait de ch&#232;vre, de menthe et d'&#233;pices, celle-l&#224; m&#234;me dit-on qui avait restaur&#233; la d&#233;esse perdue lorsqu'elle se d&#233;sesp&#233;rait de retrouver sa fille perdue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui ce qui domine ce sont des rites de f&#233;condit&#233; et donc de f&#233;condation, mais, cette fois, pas de sacrifice sanglant &#224; l'horizon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments, ici sont li&#233;s &#224; la mort et &#224; la renaissance, &#224; l'aspect agraire de la renaissance ou de la r&#233;surrection. Et ils sont aussi tr&#232;s pr&#233;sents dans les actions de Nitsch, comme on l'a vu dans le grand rituel orient&#233; vers la joie et la r&#233;surrection du denier matin de l'action des 6 jours de 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on voit combien, quoiqu'il ait pu puiser dans sa connaissance des mythes et des rites, il ne l'a fait qu'&#224; partir de sa propre conception g&#233;n&#233;rale du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SEIN&lt;/span&gt;, de l'&#234;tre, et donc de la forme que prend pour lui le cycle vie-mort, naissance-r&#233;surrection en ceci qu'il se place sur un plan global qui est celui de la cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lui, tout, dans l'univers, est mouvement, changement, transformation, vie, mort et renaissance incessante. Nous avons quitt&#233; le fond des angoisses li&#233;es &#224; la survie agricole de l'humanit&#233; pour entrer dans une angoisse ou une approche de la vie rapport&#233;e &#224; nos connaissances actuelles sur l'univers et &#224; leur prise en compte dans notre mani&#232;re de penser notre existence. &#192; ce sujet, il dit ceci par exemple&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Je veux instaurer une action th&#233;&#226;trale&#160;[poser un acte th&#233;&#226;tral]&#160;qui fasse se d&#233;rouler la cr&#233;ation de mani&#232;re concentr&#233;e tout en la repr&#233;sentant simultan&#233;ment sous une forme condens&#233;e, et qui soit une all&#233;gorie du processus essentiel, de l'advenir essentiel de la cr&#233;ation.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Je souhaite mettre en sc&#232;ne une action th&#233;&#226;trale qui permette &#224; la cr&#233;ation de se d&#233;ployer (de mani&#232;re concentr&#233;e) et qui la pr&#233;sente simultan&#233;ment de mani&#232;re concentr&#233;e, servant de m&#233;taphore &#224; l'&#233;v&#233;nement essentiel, &#224; l'occurrence essentielle de la cr&#233;ation.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#167;99 p.65&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit ici que cette succession des moments dans les rites &#224; travers leur diff&#233;rence met en relation de mani&#232;re manifeste les grands enjeux qui font de la vie &#224; la fois le myst&#232;re et le tragique, et qui sont moins la vie et la mort en tant que tels, que la confrontation avec l'&#233;vidence de leur avoir lieu et avec les possibilit&#233;s qu'elles ne soient que des &#233;tapes d'un grand mouvement dans lequel vie-mort-r&#233;surrection ne cessent de se m&#234;ler, de se prolonger, de se r&#233;p&#233;ter et finalement de s'annuler comme drame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en tant qu'hommes, nous ne connaissons que le drame, tout en ayant ici ou l&#224; des intuitions ou des exp&#233;riences qui nous disent que cette continuit&#233; existe et qu'elle est possible. &lt;strong&gt;Et l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;/span&gt; va venir se cogner contre le mur du drame et du tragique dans l'id&#233;e qu'il sera possible d'ouvrir la porte &#224; des exp&#233;riences sensorielles ou autres venant permettre de faire entrer dans le champ de l'exp&#233;rience v&#233;cu la r&#233;surrection non comme donn&#233;e individuelle mais comme moment assurant la continuit&#233; de la vie &#224; travers les m&#233;tamorphoses.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martin Heidegger, Qu'est-ce que la m&#233;taphysique, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BN&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; ,p.19&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Wittgenstein, Tractatus, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BN&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;,p.19&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BN&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#167;21, p.12&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#167;60, p.46&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BN&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p.31-33&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#167;57, p45&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#167;183 p.105 106&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marcel D&#233;tienne, 1986, op. cit., p.98-99&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;collection Champs des &#233;ditions Flammarion, premi&#232;re &#232;dition en 1985&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dionysos Limnaios&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;en grec &#960;&#945;&#947;&#954;&#945;&#961;&#960;&#943;&#945;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op. cit., p114-115&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#167;99 p.65&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>- L'Orgien Mysterien Theater ou du rituel comme &#339;uvre, Hermann Nitsch</title>
		<link>https://www.regard-sur-limage.com/L-Orgien-Mysterien-Theater-ou-du-rituel-comme-oeuvre-Hermann-Nitsch.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.regard-sur-limage.com/L-Orgien-Mysterien-Theater-ou-du-rituel-comme-oeuvre-Hermann-Nitsch.html</guid>
		<dc:date>2026-01-28T16:55:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; BERNARD dit RVB, Jean-Louis Poitevin, philosophe, critique d'art, romancier</dc:creator>


		<dc:subject>Hermann Nitsch</dc:subject>
		<dc:subject>Nietszche</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans l'atelier des dieux, note introductive sur le sens et la fonction des rituels en Gr&#232;ce antique en relation avec l'Orgien Mysterien Theater d'Hermann Nitsch.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/-Hermann-Nitsch-.html" rel="directory"&gt;- Hermann Nitsch&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-Hermann-Nitsch-2130-+.html" rel="tag"&gt;Hermann Nitsch&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-nietszche-+.html" rel="tag"&gt;Nietszche&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;S&#233;minaire Jean-Louis Poitevin, image et montage Herv&#233; Bernard&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;---------------------------&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans l'atelier des dieux&lt;/strong&gt; s&#233;ance du 27&#160;Janvier 2026&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;L'Orgien Mysterien Theater ou du rituel comme &#339;uvre&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note introductive sur le sens et la fonction des rituels en Gr&#232;ce antique en relation avec l'Orgien Mysterien Theater d'Hermann Nitsch.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Nitsch, Nietzsche et la Gr&#232;ce antique&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit l&#224; d'une br&#232;ve introduction qui permettra d'envisager les images que l'on va monter de la derni&#232;re action con&#231;ue par Nitsch et r&#233;alis&#233;e apr&#232;s sa mort par les &#233;quipe ayant particip&#233; &#224; un grand nombre de celles qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; au cours des 70 ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, non pas comme mati&#232;re brute mais bien comme r&#233;sultat &#224; la fois du travail d'une vie, &#233;l&#233;ment ultime d'une oeuvre et surtout mise en &#339;uvre d'une pratique reli&#233;e de mani&#232;re essentielle &#224; des &#233;l&#233;ments &#224; la fois pr&#233;sent et incompris et pour les autres occult&#233;s ou en tout cas oubli&#233;s et qui pourtant sont aux sources de ce que l'on nomme notre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;civilisation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3712 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;1&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/organ-affiche_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH500/organ-affiche_blog-2d5b4.jpg?1771779366' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 Le cours de Nietzsche&#160;: le culte grec&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nietzsche, le philosophe donc, a fait l'un de ses tous derniers cours &#224; B&#226;le sur le culte grec, et cela pendant les semestres d'hiver 1875-76 et 1877-78. Cet ouvrage paru il y a peu, aux Belles lettres, constitue la grande synth&#232;se philologique de Nietzsche sur le culte religieux grec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces cours suivent de plusieurs ann&#233;es la publication en 1872 de La naissance de la trag&#233;die. M&#234;me si ce n'est pas directement une r&#233;ponse aux pol&#233;miques cr&#233;es par cet ouvrage, il y a l&#224; une compilation impressionnante des connaissances de Nietzsche sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le cours de philologie n'est jamais exempt de r&#233;flexions qui lui serviront plus tard dans son &#339;uvre, que ce soit dans &lt;i&gt;Humains, trop humains&lt;/i&gt; qui para&#238;t en 1878 et constitue un tournant dans son &#339;uvre ou dans &lt;i&gt;La G&#233;n&#233;alogie de la morale&lt;/i&gt;, en particulier. Ces notes remettent en cause la plupart des cat&#233;gories avec lesquelles il avait abord&#233; jusqu'ici le monde grec note Manfred Posani L&#246;wenstein dans la pr&#233;sentation qu'il fait de l'ouvrage sur le culte grec. Mais c'est parce que Nietzsche remonte plus avant dans le temps. Les origines des cultes en Gr&#232;ce sont de plusieurs si&#232;cles ant&#233;rieurs &#224; la trag&#233;die et m&#234;me si la trag&#233;die prend sa source dans le culte grec en tant que genre elle se d&#233;ploie principalement au V&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle avant notre &#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#226;ge d'or de la trag&#233;die grecque s'ach&#232;ve d&#232;s la fin du V&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;&#160;si&#232;cle&#160;: aucune pi&#232;ce compl&#232;te n'a &#233;t&#233; conserv&#233;e apr&#232;s -404 et le programme des Dionysies pr&#233;sente la reprise de trag&#233;dies anciennes probablement d&#232;s -386. Comme l'expose Jacqueline de Romilly &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ce fut [&#8230;] une &#233;closion soudaine, br&#232;ve, &#233;blouissante. La trag&#233;die grecque, avec sa moisson de chefs-d'&#339;uvre, dura en tout quatre-vingts ans&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;Le culte grec&lt;/i&gt;, on remonte bien avant l'Iliade, dans un temps tr&#232;s ant&#233;rieur &#224; celui de la trag&#233;die et donc on plonge dans une tout autre mentalit&#233; que celle, teint&#233; de pessimisme, qui caract&#233;rise, selon Nietzsche, la trag&#233;die.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en reste pas moins que l'influence de Nietzsche est grande sur l'autre Nitsch, Hermann, qui nous int&#233;resse au premier chef ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet on va le voir, le fameux Orgien Mysterien Theater, (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.&lt;/span&gt;T.) dont il dit avoir eu la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;vision&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; tr&#232;s jeune avant m&#234;me la premi&#232;re action qui a lieu vers 1952 et donc alors qu'il n'avait pas encore vingt ans,,est &#224; la fois port&#233; par e qui fait le c&#339;ur du premier livre de Nietzsche, La naissance de la Trag&#233;die et par ce qui est pr&#233;sent&#233; et mis en sc&#232;ne dans Le culte grec, &#233;tant entendu que pour ce second corpus de r&#233;f&#233;rences, Hermann Nitsch a du aller chercher aussi ailleurs des r&#233;f&#233;rences et ne pas se contenter de cet ouvrage de Nietzsche.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3711 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;1&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/n2_033_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH500/n2_033_blog-18c5a.jpg?1771779366' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons en deux mots l'enjeu qui vous paraitra &#233;vident d&#232;s que vous aurez vu les premi&#232;res images et surtout une fois termin&#233;e cette projection d'images et de coures vid&#233;os.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de La naissance de la trag&#233;die, tenons nous en, aujourd'hui, au partage entre Apollon et Dionysos que propose ce livre, partage qui constituent le nerf central des actions de l'Orgien Mysterien Theater&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8230; l'art plastique, l'apollinien, et l'art non-plastique de la musique, celui de Dionysos&#8230;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et partage qui trouve chez Nitsch une tentative d'unification effective et efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; du culte grec qui nous importe ici, c'est &#224; la fois une m&#233;thode et une source d'inspiration qui nous sont offertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, c'est avant tout une sorte de rupture &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#233;pist&#233;mologique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, si l'on peut dire, que se propose d'accomplir Nietzsche en reconnaissant &#224; ce que l'on pourrait nommer le grand champ des pratiques magico-religieuses, et si l'on veut &#224; tendance non ratio&#239;de et que les tenants de l''ordre philosophique et moral &#224; la fin du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle pouvaient tenir pour irrationnels, en tout cas non dignes de l'homme moderne d&#233;barrass&#233; de certaines formes de croyances dont ils se pensaient les dignes repr&#233;sentants, une importance majeure tant pour comprendre ce qu'a &#233;t&#233; la culture grecque m&#234;me aux &#233;poques post&#233;rieures, mais comment s'est form&#233; ce qui deviendra parla suite l'esprit grec au sens classique du terme. Et l'on va s'apercevoir que cet esprit grec que l'on tient pour si rationnel et si emprunt en m&#234;me temps de violence et d'ivresse, a des sources complexes qui ne sont en rien fond&#233;es sur quelque forme de rationalit&#233; que e soit mais bien sur des logiques absolument h&#233;t&#233;rog&#232;nes &#224; celles que tente d'imposer la rationalit&#233; &#224; fondement suppos&#233; scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien ce qu'indique Nietzsche au d&#233;but de son ouvrage lorsqu'il &#233;crit &#224; la page 58&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Deviner quelque chose de cette pens&#233;e des grecs est encore une fois notre tache. Il aut toutefois reconna&#238;tre que la logique de la pens&#233;e qui s'exprime dans le domaine des rites religieux est quelque peu tomb&#233;e en discr&#233;dit&#160;: car cette forme de logique est dans un rapport d'hostilit&#233; et d'antagonisme avec la logique scientifique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; Elle s'apparente &#224; la logique de la superstition mais aussi &#224; celle de la po&#233;sie.../&#8230; C'est sur ce sol de pens&#233;e impure qu'a fleuri le culte grec&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de m&#234;me que c'est sur le sol du d&#233;sir de vengeance qu'a fleuri le sens de la justice. Tout comme on a pu dire&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;les meilleures choses et les meilleures actions ont des entrailles r&#233;pugnantes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nietzsche, op cit,p.58&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;vidence Nitsch Hermann n'a pas eu peur de plonger les mains et le nez et de nous plonger avec lu dans ces entrailles r&#233;pugnantes qui sont de la pens&#233;e un terreau originaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t d&#233;j&#224; ici que les pratiques qui participent &#224; la richesse des cultes grecs ne seront pas indemnes de violence et de sang m&#234;me si, probablement, avant que cela ne s'impose, le sacrifice et la viande, il y a eu une strate cultuelle o&#249; les ingr&#233;dients du culte &#233;taient et peut-&#234;tre n'&#233;taient que des produits de la terre, grains, fleurs etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On verra que chez Nitsch, tous ces &#233;l&#233;ments sont pr&#233;sents et que pr&#233;cis&#233;ment, il con&#231;oit ses actions comme des moments o&#249; les diverses strates de note humus no&#233;tique comme le dirait Bernard Stiegler, sont repositionn&#233;es en m&#234;me temps sur le devant de la sc&#232;ne, comme si pr&#233;cis&#233;ment il &#233;tait vital de nous rappeler d'o&#249; nous venons.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;2 L'approche g&#233;n&#233;alogique comme m&#233;thode&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut cependant une sorte de m&#233;thode relativement nouvelle pour parvenir &#224; extraire quelque chose de partageable d'une telle plong&#233;e dans cet humus no&#233;tique. Nietzsche va pratiquer une m&#233;thode que l'on peut dire g&#233;n&#233;alogique. Qu'il invente d'une certaine mani&#232;re et qui trouve sa formulation dans La g&#233;n&#233;alogie de la morale. Dans l'approche g&#233;n&#233;alogique &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la fl&#232;che du temps se brise en fragment d'histoires&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dit Manfred Posani L&#246;wenstein dans sa pr&#233;sentation (p.44) et cite dans la foul&#233;e un passage de La g&#233;n&#233;alogie de la morale dans lequel Nietzsche que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;toute l'histoire d'une chose, d'un organe, d'un usage peut &#234;tre.../&#8230; une chaine de signes continue faite d'interpr&#233;tations et de r&#233;arrangements toujours nouveaux dont les causes n'ont pas besoin d'&#234;tre reli&#233;es les unes aux autres, mais au contraire, &#224; l'occasion se succ&#232;dent et se relaient de mani&#232;re purement fortuite.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op.cit. II &#167; 12&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il poursuit ainsi&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la philologie du culte grec aura don &#233;t&#233; une des &#233;coles ou Nietzsche a appris &#224; penser l'histoire avec cette radicalit&#233; g&#233;n&#233;alogique. C'est sur ce terrain, notamment, qu'il a commenc&#233; &#224; remettre en question ce que Michel Foucault appellera le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;ploiement m&#233;tahistorique des significations id&#233;ales et des ind&#233;finies t&#233;l&#233;ologies&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Foucault&#160;: Nietzsche, la g&#233;n&#233;alogie l'histoire in Hommage &#224; jean Hyppolite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais l'&#233;clatement des t&#233;l&#233;ologies lin&#233;aires pose d&#232;s lors en creux une nouvelle question qui deviendra elle aussi un leitmotiv de la g&#233;n&#233;alogie nietzsch&#233;enne&#160;: que signifie telle ou telle pratique, dans son contexte pr&#233;cis d'&#233;mergence&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la page 46, Manfred Posani L&#246;wenstein poursuit en remarquant que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Nietzsche r&#233;pond &#224; un certain Sch&#246;mann ceci&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;que la religion grecque n'a pas grand choses &#224; voir avec l'attitude int&#233;rieure et les repr&#233;sentations&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Il s'agit d'une autre illusion t&#233;l&#233;ologique et d'un autre contresens a posteriori,car en r&#233;alit&#233;, les Grecs ne se souciaient que de leur culte. Seul le culte &#233;tait inviolable, mais il n'y avait pour autant &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;aucune obligation de croyance&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;aucune orthodoxie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Et les l&#233;gislateurs se souciaient m&#234;me fort peu de l'instruction religieuse du peuple, puisque l'essentiel n'&#233;tait pas pour eux de cultiver de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;bonnes repr&#233;sentations au sujet de la religion&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nietzsche Le culte grec p.93&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je le traduis dans mon vocabulaire, le culte grec &#233;voqu&#233; dans ce livre est ant&#233;rieur &#224; la formation de la conscience et ce qui se produit pendant les cultes, quelle que soit la forme que prend ce culte, sacrifice, procession, adoration d'&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;images sacr&#233;es&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, libations etc. n'a &#233;videmment encore rien &#224; voir avec l'art qui lui, pour exister, suppose qu'ait &#233;t&#233; forg&#233; l'espace mental dans lequel ce que l'on nommera re-pr&#233;sentation viendra prendre place et dont on voit la forme qu'il prend en particulier dans la trag&#233;die grecque.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3710 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;1&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/n2_009_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH462/n2_009_blog-d8fda.jpg?1771779366' width='500' height='462' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est essentiel de mentionner ici ces enjeux philosophiques, car, comme on ne cessera de le voir, non seulement Nitsch Hermann est extr&#234;mement cultiv&#233;, mais il est aussi capable de prendre en charge par son &#339;uvre les choses sur lesquelles il fait des recherches, mais surtout de faire intervenir dans sa pens&#233;e les r&#233;sultats qu'il per&#231;oit de ce qu'il invente et r&#233;alise. Sans oubli&#233; le fait que comme il le lasse entendre, il a eu une sorte de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;vision globale&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de l'Orgien Mysterien Theater tr&#232;s jeune avant m&#234;me de commencer les actions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;3 Omnipr&#233;sence des dieux et culte comme expression du monde d'avant la repr&#233;sentation&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes donc dans un ensemble de strates ant&#233;rieures &#224; la conscience et &#224; la repr&#233;sentation, autant dire au monde dans lequel nous avons v&#233;cu depuis pr&#232;s de 3000 ans et qui est en train de s'effondrer sous nos pieds et sous nos yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que peut vouloir dire que les dieux &#233;taient omnipr&#233;sents si, comme le laisse entendre Nietzsche, les grecs n'avaient pas besoin de croire eux pour vivre avec eux et pour constater qu'ils faisaient en quelque sorte fonctionner le monde&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela Il faut suivre Nietzsche sur la piste de la pr&#233;sentation du mode de pens&#233;e de ces grecs d'avant la conscience et du monde dans lequel ils existaient en redisant que c'est le culte ou les cultes qui d&#233;terminent et permettent d'appr&#233;hender leur mani&#232;re de pens&#233;e et de vivre, et non une quelconque forme de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;foi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Il n'y a rien de s&#233;mite ni de chr&#233;tien ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nietzsche synth&#233;tise cette mani&#232;re de penser et de raisonner par la formulation de cinq point&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;1 L'inexactitude de l'observation&#160;: on pr&#233;f&#232;re la preuve d'un miracle &#224; sa r&#233;futation.&lt;br class='autobr' /&gt;
2 Le recours &#224; un faix concept de causalit&#233; par la confusion de la succession et du concept d'effet.&lt;br class='autobr' /&gt;
3 le recours &#224; une m&#233;moire s&#233;lective qui ne retient que les cas insolites.&lt;br class='autobr' /&gt;
4 une force pour et un penchant &#224; l'appr&#233;hension de ressemblances&lt;br class='autobr' /&gt;
5 une propension &#224; la paresse, &#224; l'indolence et &#224; l'humeur oisive, parce que les c&#233;r&#233;monies co&#251;tent certes des efforts,mais beaucoup moins que le travail naturel qui renonce au concours ds dieux et de la sorcellerie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;flexion des hommes qui croient &#224; la magie et aux miracles vise &#224; imposer une loi &#224; la nature&#160;: et pour r&#233;sumer les choses,le culte religieux est le produit de cette r&#233;flexion.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit. p.58-59-60&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a bien une dimension spirituelle dans tout cela mais pour ces grecs dit encore Nietzsche &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;tout ce qui est spirituel a un pendant corporel.../...Tout ce qui a un corps est accessible &#224; la nature donc aux esprits de la nature. Si un dieu est vraiment li&#233; &#224; son image,alors sur lui aussi on peut exercer une contrainte tout &#224; fait directe.../&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes ces relations magique &#224; la nature donnent naissance &#224; d'innombrables c&#233;r&#233;monies&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et en d&#233;finitive, quand leur fouillis est devenu trop grand, on s'efforce de les ordonner et de les syst&#233;matiser, en croyant s'assurer d'un cours favorable de l'ensemble des processus naturels, en particulier du grand cycle annuel par le d&#233;roulement correspondant d'un syst&#232;me de proc&#233;dure.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit., p.61-62&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y reviendra mais il ne faut pas entendre ici le terme d'image comme &#233;tant une repr&#233;sentation faite de main d'homme, mais d'un objet naturel, qui n'a pas &#233;t&#233; touch&#233; par l'homme, une pierre, une branche, un tronc d'arbre, une fleur, etc.. bref d'un &#233;l&#233;ment naturel qui rel&#232;ve d'une double causalit&#233;&#160;: un &#233;v&#233;nement &#233;chappant &#224; ce qui constitue la trame des jours, qu'il soit heureux ou violent, et un lieu dans lequel cet &#233;v&#233;nement se produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ces grecs et pour d'autres cultures ailleurs sur la terre, le monde dans lequel ils vivent, le monde naturel donc est un monde rempli d'esprits. Tout ce qui est vivant est soumis &#224; l'action d'esprits sur lui ou peut l'&#234;tre. Et tout ce qui &#233;chappe au fonctionnement habituel des choses quotidiennes confirme l'existence de ces esprits puisque c'est ainsi qu'ils se manifestent, en interrompant le long fleuve tranquille de la continuit&#233; vivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nietzsche rep&#232;re plusieurs &#233;l&#233;ments r&#233;v&#233;lant cette attitude g&#233;n&#233;rale les hommes envers la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;videmment la tombe des anc&#234;tres, lieux primordial sinon premier de la relation aux esprits, ici ceux des morts. Il a ensuite le gage c'est-&#224;-dire tout ce qui permet d'exercer une action &#224; distance sur autrui, un ennemi en particulier. Il y a la purification qui vise surtout non &#224; se laver mais &#224; chasser les esprits malveillants. Et enfin il y a l'action imitative, chaque culte &#233;tant une sorte de drama de drame de moment durant lequel le dieu &#233;tait pr&#233;sent comme on le voit en particulier dans les f&#234;tes de Dionysos,l'enjeu &#233;&amp;tant de faire et de subir ce que le dieu fait et subit.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit. p.63-65&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble bon, ici, de lire tout le passage concernant la purification. Vous allez comprendre pourquoi imm&#233;diatement ou d'ici peu car cela nous permet de faire un premier pas dans les c&#233;r&#233;monies de l'Orgien Mysterien Theater En passant notons que le mot orgia signifie c&#233;r&#233;monie. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Empr. au lat. orgia, neutre plur. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;f&#234;tes solennelles en l'honneur de Bacchus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, gr. &#959; &#961; &#947; &#953; &#945; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;c&#233;r&#233;monies religieuses avec myst&#232;res&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, en partic. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;myst&#232;res de Bacchus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, nous dit le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CNRTL&lt;/span&gt; centre national de ressources textuelles et lexicales.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet ce qui nous importe ici, c''est la fonction accord&#233;e &#224; la musique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc ce passage p.64-65&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; l'action imitative il faut bien comprendre que pour se sentir proche du dieu, il ne s'agissait pas seulement de faire la m&#234;me chose que le dieu mais aussi de faire des choses semblables. Ainsi note Nietzsche au sujet des cultes &#224; D&#233;m&#233;ter, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;le germe plant&#233; dans le giron de la terre pour produire des fruits &#233;tait l'analogon de la g&#233;n&#233;ration sexuelle, toutes les femmes se sentaient pareilles &#224; la terre m&#232;re et la servaient.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op cit, p.65&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous importe le plus pour l'instant, c'est de saisir ce qu'il en est de ces cultes qui se tiennent partout en Gr&#232;ce dans une Gr&#232;ce antique qui n'est pas d&#233;nu&#233;e de conflits, violents souvent, entre r&#233;gions, entre cit&#233;s, ce qui n'emp&#234;che en rien, &#224; l'aune de la longue dur&#233;e, de voir des cultes s'associer, s'int&#233;grer les uns aux autres, un culte originel passer sous la banni&#232;re d'un dieu venu s'installer plus r&#233;cemment. Et c'est sur ce point que Nietzsche cl&#244;t sa longue introduction&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;C'est un spectacle remarquable de voir subsister les innombrables cultes,partout m&#233;nag&#233;s comme la part la plus d&#233;licate et la plus embarrassante, et pourtant constamment d&#233;plac&#233;s, r&#233;assembl&#233;s, se d&#233;veloppant de la mani&#232;re la plus vivante, avec une infinie diversit&#233; et dans le d&#233;veloppement du culte, ce qui pr&#233;domine n'est nulle part la violence, la brutalit&#233; h&#233;g&#233;monique, la passion momentan&#233;e. C'est une vie m&#233;nag&#233;e avec soin, au milieu de toutes les violences.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit. p.95-96&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend en lisant ces quelques mots, combien l'Orgien Mysterien Theater de Nitsch est proche de ces cultes et il faudrait m&#234;me aller jusqu'&#224; dire que ce &#224; quoi nous assistons lors d'une de actions, et a fortiori lors d'actions de plusieurs jours, c'est bien &#224; quelque chose qui se rapproche de mani&#232;re excessivement juste de ce qu'on pu ou d&#251; &#234;tre les cultes en Gr&#232;ce et les cultes &#224; myst&#232;res en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il faudra tenter de d&#233;crypter, au-del&#224; des diff&#233;rentes actions qui se d&#233;roulent parfois en parall&#232;le dans une m&#234;me journ&#233;e, c'est la place, la fonction et le sens que ces actions qu'ont pu prendre dans notre monde. Une chose est s&#251;re, c'est que si, en effet, c'est en tant qu'artiste que Nitsch s'est impos&#233;, un artiste aux multiples talents, c'est &#224; nous conduire &#224; reconsid&#233;rer ce que nous appelons art que ces actions nous invitent. Car que peut bien vouloir dire aujourd'hui agir rituellement pour faire venir un dieu, pour qu'un dieu soit pr&#233;sent et pour que les participants eux-m&#234;mes puissent en quelque sorte devenir &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;dieux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, c'est-&#224;-dire en fait vivre une exp&#233;rience de partage vital entre eux et un dieu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit, encore une fois ici, que si cela peut avoir lieu, si cela peut avoir un sens, c'est que nous acceptons ou laissons advenir en nous une autre forme de psychisme que nous avons appel&#233; avec Jaynes bicam&#233;ral, mais auquel il n'est pas n&#233;cessaire, ici et en tout cas pour l'instant, de donner un nom.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;4 Formes et lieu du culte en Gr&#232;ce antique&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas ici question de prendre en consid&#233;ration la totalit&#233; du livre Le culte grec de Nietzsche, mais nous allons cependant continuer &#224; en extraire les &#233;l&#233;ments qui peuvent nous permettre avant de voir les images, d'appr&#233;hender les actions de Nitsch pour e qu'elles sont de v&#233;ritables inventions tentant de nous permettre de vivre autant que faire se peut une exp&#233;rience qui se rapproche le plus de celles que pouvaient vivre les grecs lors des c&#233;r&#233;monies diverses qui ponctuaient leur existence, ou qui, mieux encore, conf&#233;raient &#224; leur vie sens et puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qu'il y ait culte, il faut qu'il y ait un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;lieu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et que ce lieu soit li&#233; &#224; un dieu de mani&#232;re directe et que l'histoire de ce lieu puisse &#234;tre rattach&#233;e par des r&#233;cits divers &#224; celle d'un ou de plusieurs dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de pratiquer un culte on le sait il faut se purifier. Et ces purifications, pr&#233;sentes et vitales dans es pratiques grecques sera tr&#232;s souvent pr&#233;sent dans les grandes actions comme on le verra avec l'action 160, l'ultime dont on va d&#233;couvrir les images. On peut se reporter sur ce sujet p.165, o&#249; Nietzsche note que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;seul l'homme purifi&#233; a le droit de s'approcher du sacr&#233;, lui seul a le droit de faire des pri&#232;res et des sacrifices. C'est m&#234;me la raison du lavage des mains avant chaque repas, car le repas d&#233;bute par le p&#233;an.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un p&#233;an ou p&#230;an est un chant ou un po&#232;me lyrique en action de gr&#226;ce ou c&#233;l&#233;brant le triomphe. P&#233;an est &#224; l'origine le nom d'un dieu gu&#233;risseur , puis une &#233;picl&#232;se d'Apollon, mais le nom recoupe par la suite celui d'un chant &#224; l'honneur de ce dernier. Ce type de chant sera ensuite utilis&#233; pour louer d'autres dieux puis finalement utilis&#233; en l'honneur d'&#234;tres humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'y auras directement de chants chez Nitsch, il y aura comme va le voir des lavements de pieds qui ont lieu avant que ne commence les actions de la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ici, on le comprend, m&#234;me si les actions ont commenc&#233; &#233;videmment &#224; Vienne au d&#233;but des ann&#233;es 50, et ont pu avoir lieu dans une infinit&#233; de lieu, c'est une fois acquis le ch&#226;teau de Prinzendorf, un cadeau de sa premi&#232;re femme, qu'il va pouvoir d&#233;ployer des actions d'une ampleur et d'une dur&#233;e qui se rapproche des plus importants des myst&#232;res ayant exist&#233; en Gr&#232;ce et dont le plus connu par le nom et celui sur lequel on sait finalement le moins de choses, est celui d'&#201;leusis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons. Qui dit culte dit un dieu ou une d&#233;esse, un lieu, un ou des &#233;l&#233;ments mat&#233;riels rendant sensible la pr&#233;sence du dieu, des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;images&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; selon le terme employ&#233; par Nietzsche mais qui ont &#233;t&#233; dans les p&#233;riodes archa&#239;ques et m&#234;me souvent bien plus tard des &#233;l&#233;ments &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;naturels&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, arbres, branches, morceaux de troncs, pierres, par exemple. Nietzsche y insiste, il distingue ces &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;images originelles&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; si l'on veut et qui ne trouvent &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PAS&lt;/span&gt; dans le temple, mais dans des salles recul&#233;es accessibles seulement aux membres du plus haut clerg&#233;, de celles, souvent des sculptures de grandes valeur en ivoire et en or comme le Zeus d'Olympie ou l'Ath&#233;na du Parth&#233;non. Mais la grandeur d'un temple tient &#224; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'image&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dont il peut disposer et il sera d'autant plus puissant que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'image&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, non pas &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;incarnation du dieu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;,mais l&#224; o&#249; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;si&#232;ge&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; le dieu, l&#224; o&#249; il se tient, l&#224; o&#249; il est non pas tant mat&#233;rialis&#233; qu'actif, sera ancienne, remontera loin dans le temps, t&#233;moignant ainsi d'une pr&#233;sence originaire du dieu dans ce lieu. C'est le cas &#224; Dodone, Lieu oraculaire de Zeus et de la d&#233;esse m&#232;re archa&#239;que situ&#233; au coeur d'une for&#234;t de ch&#234;nes, &#224; D&#233;los, lieu de naissance d'Apollon et &#224; Delphes lieu oraculaire et surtout de r&#233;sidence partag&#233;e d'Apollon et de Dionysos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il me semble, mais on affinera dans les prochains s&#233;minaires, que les tableaux de Nitsch, tous ceux qui sont r&#233;alis&#233;s lors d'actions, ont &#224; voir avec cette dimension cultuelle on s'inscrive dans une telle dimension du moins si l'on s'accorde pour voir dans l'Orgien Mysterien Theater une tentative de rendre vie &#224; la forme cultuelle et myst&#233;rique dans notre monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me lorsqu'il peint dans l'immense grenier du ch&#226;teau, et &#233;videmment lors d'actions dans des lieux ferm&#233;s, il le fait dans le cadre g&#233;n&#233;ral du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;culte&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qu'il a mis en place au fils des d&#233;cennies. Ainsi, c'est &#224; cette complexit&#233; du statut des images dans le culte grec plus encore qu'&#224; celui des images invent&#233; par le christianisme, m&#234;me si en permanence comme on le verra on a affaire &#224; la fois &#224; un va-et-vient voire &#224; des fusions, qu'il faut se r&#233;f&#233;rer pour tenter de comprendre les &#339;uvres picturales de Nitsch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, le culte appelle en quelque sorte les offrandes, et avec elles, les sacrifices. On peut penser qu'il y a eu une sorte d'&#233;volution entre les premiers cultes de type agraires et qui ne comportaient pas de sacrifices sanglants, mais il faut surtout prendre acte du fait qu'il y a eu au moins superposition d'offrandes diverses provenant d'&#233;poques diverses et constitution &#224; partir de ces empilements de pratiques de rituels plus ou moins formalis&#233;s avec le temps. Et puis, il y a les offrandes faites par tous ceux qui participent au culte, tous ceux qui veulent interroger les oracles lorsque le temple dispose d'une telle puissance, offrandes qui sont souvent des objets de grande valeur surtout quand elles sont faites ces offrandes non par des simples particuliers, mais par des rois ou par des cit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nietzsche rel&#232;ve ainsi trois types de temples, ceux qui servent uniquement aux rites cultuels ce qui inclut un autel pour le sacrifice, ceux qui servent aux festivit&#233;s non cultuelles, et ceux qui servent uniquement aux d&#233;p&#244;ts des offrandes, qu'on appelle tr&#233;sors ou th&#233;sauro&#239;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que certains de ces tr&#233;sors, comme on peut encore voir au moins un debout &#224; Delphes, &#233;taient des sortes de banques que l'on allait piller all&#232;grement lorsque l'argent manquait, pour aller faire la guerre en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'y ajoutent lors de c&#233;r&#233;monies d'autres &#233;l&#233;ments encore, fleurs, ou grains de toutes sortes par exemple. &lt;br class='autobr' /&gt;
On va voir que l'on retrouve ces &#233;l&#233;ments dans la mise en oeuvre de l'Orgien Mysterien Theater par Nitsch dans son ch&#226;teau de Prinzendorf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;coutons ce que dit Nietzsche dans le chapitre &lt;i&gt;intitul&#233; instruments cultuels dans le sanctuaire&lt;/i&gt; Lire p.114-115&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut aussi prendre acte de la dimension &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;festive&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; des cultes, pas de tous &#233;videmment,mais aussi selon les p&#233;riodes de l'ann&#233;e ou les types myst&#232;res qui sont c&#233;l&#233;br&#233;s. Mais on le sait, ces pratiques sont absolument populaires au sens o&#249; le peuple y participe pleinement, les dieux &#233;tant, on l'a dit, partie prenante de l'existence des humains et le culte &#233;tant le vecteur essentiel du lien qui les unissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va s'en r&#233;f&#233;rer bri&#232;vement &#224; une pr&#233;sentation faite par Nietzsche au sujet de f&#234;te plus tardives, non sans rappeler que s'il y a, sinon &#233;volution, du moins glissement dans la relation des hommes aux dieux, qui se marque par l'invention du th&#233;&#226;tre dont on a dit la dur&#233;e de vie tr&#232;s br&#232;ve d'un si&#232;cle &#224; peine &#224; Ath&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui importe le plus et les Bacchantes d'Euripide en t&#233;moigne,c'est &#224; Dionysos que l'on doit la dimension festive li&#233;e &#224; certains cultes. Cette dimension festive perdurera tardivement mais dans des cadres moins sacr&#233;s comme en t&#233;moigne des f&#234;tes non dionysiaques c&#233;l&#233;br&#233;es par Alexandre ou par Philippe. C'est ce qu'&#233;voque Nietzsche aux pages 162-163 de son ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure cette introduction il faut l&#224; encore laisser la parole au philosophe et lire l'ultime paragraphe de ce livre, &#224; la page 176, un chapitre tr&#232;s bref, dont on ne sait pas pourquoi il est si court et si peu d&#233;velopp&#233; puisqu'il &#233;voque une question centrale celle des sacrifices. Mais nous y reviendrons dans les prochains s&#233;minaires plus en d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'en dirons rien de plus aujourd'hui mais il sera au centre des recherches pour le prochain s&#233;minaire, en bon interpr&#232;te se tenant &#224; la lisi&#232;re de la philosophie et des questions relatives &#224; la puissance des dieux, il faut simplement mentionner le nom du dieu que Nitsch, Hermann r&#233;v&#232;re et pour lequel il a mis en place ces extraordinaires Orgien Mysterien Theater&#160;: le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SEIN&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut et on doit bien s&#251;r comprendre que ce mot signifie l'&#234;tre, mais ce serait voir en Nitsch un bien p&#226;le artiste ayant pass&#233; &#224; jouer &#224; la doublure de la philosophie que de s'en tenir &#224; cette traduction et ainsi de favoriser une sorte de repli de la signification de son travail sur l'&#234;tre au sens philosophique. Nous verrons donc par la suite de quel &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SEIN&lt;/span&gt;, il s'agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant il est l'heure d'assister, certes de mani&#232;re partielle et assis sur vs chaises de l'ultime action con&#231;ue par Nitsch la seconde et ultime donc de 6 jours qui, cette fois aura d&#251; &#234;tre coup&#233;e en trois s&#233;quences pour diverses raisons &#233;conomiques surtout et organisationnelles et li&#233;es &#224; la sant&#233; de Nitsch qui malheureusement est mort quelques semaines avant la r&#233;alisation des deux premiers jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de clore ce moment et d'ouvrir sur les images et les vid&#233;os je vais vous pr&#233;senter tr&#232;s rapidement les moments essentiels de ces journ&#233;es, &#224; partir des petits programmes et flyer qui sont distribu&#233;s aux spectateurs. J'essaierai de pr&#233;senter pendant le visionnage le th&#232;me auquel se rapporte telle ou telle action sans &#234;tre pour le moment encore bien certain de ce que je pourrai affirmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; l'&#233;vidence vous conviendrez vite que l'on se trouve pendant ces journ&#233;es dans quelque chose qui est v&#233;ritablement proche de ce que pouvaient &#234;tre ces myst&#232;res grecs m&#234;me si d'une autre c&#244;t&#233;, certaines des actions ne pouvaient se passer ainsi. Ce qui importe c'est de comprendre que Nitsch ne fait pas n'importe quoi, qu'il n'improvise pas du tout, et que tout au contraire il y a une v&#233;ritable tentative de synth&#232;se &#224; la fois culturelle et artistique qui en remettant sous nos yeux des couches disparues de notre humus no&#233;tique, de notre pass&#233; culturel, nous fait &#224; la fois comprendre qu'elles n'ont pas &#233;t&#233; abolies par l'histoire, bien au contraire, que ce dont elles parlent et t&#233;moignent est encore bien vivant &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;en nous&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et enfin que nos psych&#233;s sont peut-&#234;tre bien plus proches que nous le pensons de ces psych&#233;s archa&#239;ques que ces actions nous permettent de d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nietzsche, op cit,p.58&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op.cit. &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;II&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &#167; 12&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Foucault&#160;: Nietzsche, la g&#233;n&#233;alogie l'histoire in Hommage &#224; jean Hyppolite paris &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PUF&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; 1971, p.145&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nietzsche Le culte grec p.93&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op. cit. p.58-59-60&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op. cit., p.61-62&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op. cit. p.63-65&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op cit, p.65&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op. cit. p.95-96&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>- L'actionnisme viennois enjeux et pratiques</title>
		<link>https://www.regard-sur-limage.com/L-actionnisme-viennois-enjeux-et-pratiques.html</link>
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		<dc:date>2025-12-11T12:34:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; BERNARD dit RVB, Jean-Louis Poitevin, philosophe, critique d'art, romancier</dc:creator>


		<dc:subject>Hermann Nitsch</dc:subject>
		<dc:subject>Hermann Nitsch</dc:subject>
		<dc:subject> Alfons Schilling</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans l'atelier des dieux&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/-Hermann-Nitsch-.html" rel="directory"&gt;- Hermann Nitsch&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-Hermann-Nitsch-2130-+.html" rel="tag"&gt;Hermann Nitsch&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-Hermann-Nitsch-2132-+.html" rel="tag"&gt;Hermann Nitsch&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-Alfons-Schilling-+.html" rel="tag"&gt; Alfons Schilling&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;S&#233;minaire Jean-Louis Poitevin, image et montage Herv&#233; Bernard&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;---------------------------&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.regard-sur-limage.com/Repenser-l-art-a-partir-de-la-vision-et-de-l-action.html&#034;&gt;&lt;strong&gt; Lien vers la premi&#232;re partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans l'atelier des dieux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Remarques g&#233;n&#233;rales sur l'actionnisme viennois&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mettre au c&#339;ur de ce s&#233;minaire la fonction de l'art r&#233;pond &#224; une double exigence.&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La premi&#232;re, c'est que &lt;strong&gt;nous sommes dans un moment o&#249; tant de choses font art ou sont pr&#233;sent&#233;es et d&#233;finies comme &#233;tant de l'art&lt;/strong&gt; qu'il est difficile de s'y retrouver. Il faut donc tenter de pr&#233;ciser les choses. En effet de tenter de dessiner une conception valide de l'art peut ne pas &#234;tre tout &#224; fait inutile pour se rep&#233;rer dans cette &#233;poque confuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La seconde, c'est que l'&lt;strong&gt;on a, avec l'actionnisme viennois, puis par la suite avec Nitsch seul, un moment marquant de pratiques artistiques&lt;/strong&gt; qui se sont directement confront&#233;es non tant &#224; la question de ce qui fait art, - ce n'&#233;tait pas des th&#233;oriciens- qu'&#224; ce qui &#233;merge comme art &#224; partir des pratiques qui le composent, &#233;tant entendu que pr&#233;cis&#233;ment ce sont ces pratiques qu'ils vont transformer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe, c'est donc qu'ils inventent des pratiques qui n'ont &#224; la m&#234;me &#233;poque aucun pendant r&#233;el, m&#234;me si comme on va l'&#233;voquer, il y a en parall&#232;le &#224; l'actionnisme viennois des courants artistiques qui sont fond&#233;s sur des pratiques &#233;chappant aux crit&#232;res traditionnels en ce qu'elles sont engag&#233;es du c&#244;t&#233; du geste, de la mise en sc&#232;ne et en &#339;uvre d'actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aucun n'atteindra &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la puissance d'effraction&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dans le champ de l'art, qui fut celle des viennois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les trois points majeurs concernant l'actionnisme viennois&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
On verra en parlant en d&#233;tail des pratiques et en regardant les images relatives aux actions comment ce mouvement d'une bri&#232;vet&#233; &#233;vidente puisqu'il dure, si l'on prend les limites les plus larges, en gros une dizaine d'ann&#233;es, marque l'histoire de l'art tout en n'ayant eu, durant son existence m&#234;me, qu'une influence tr&#232;s restreinte.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/1165014674?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&amp;autoplay=1&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write; encrypted-media; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;L'actionnisme viennos 1959-1972&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le premier point qu'il faut mettre &#224; l'actif de l'actionnisme viennois est sa capacit&#233; d'invention radicale dans le domaine des arts plastiques et cela dans un contexte &#224; l'air rar&#233;fi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible bien s&#251;r de rattacher les actions &#224; une ou des traditions. Mais celles-ci sont uniquement autrichiennes. Il faut nommer d'une part la r&#233;volution artistique de la S&#233;cession qui dans le champ de la peinture se produit avec le ma&#238;tre transfuge Gustav Klimt, le jeune Egon Schiele, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ovni&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; mort &#224; 28 ans, la m&#234;me ann&#233;e que Klimt. Ils inscrivent dans le paysage artistique autrichien la ligne libre et le corps nu et provocant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3703 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/the_lady_in_red_female_portrait_-_egon_schiele_blog_rgb.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH749/the_lady_in_red_female_portrait_-_egon_schiele_blog_rgb-68767.jpg?1765461939' width='500' height='749' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-3703 '&gt;&lt;strong&gt;La femme en rouge
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3703 '&gt;&#169; Egon Schiele
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'autre source, ancienne et profonde, est, et reste le Baroque, qui en Autriche est connu de chacun. Il suffit pour cela de pousser la porte des &#233;glises dans tout le pays. Et le baroque est lui aussi marqu&#233; par un d&#233;bordement hors du cadre du tableau hors du cadre de l'espace vou&#233; &#224; la peinture et surtout &#224; la sculpture. Il se met en sc&#232;ne dans les &#233;glises. D&#233;j&#224; les corps envahissent l'espace et malgr&#233; les sujets le plus souvent religieux, mais pas seulement si l'on pense au d&#233;corations des palais qui sont &#233;rotis&#233;s. Paradoxalement, on est dans une splendeur assez &#233;loign&#233;e de l'id&#233;e de p&#233;ch&#233; et d&#233;j&#224; dans l'univers de l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce que font les actionnistes viennois, c'est d'abandonner, du moins &#224; cette &#233;poque, le tableau comme ce que vise &#224; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;remplir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; l'acte de peindre. Malgr&#233; l'existence de fresques, le tableau est et reste le mod&#232;le et la r&#233;f&#233;rence pour l'acte pictural.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'y a, avec les actions, plus aucune toile, plus aucun support, pour porter et encadrer l'acte de peindre.&lt;/strong&gt; Tout dispara&#238;t une fois l'action termin&#233;e, si ce ne sont les quelques bout de pellicules et les quelques photographies prises pendant leur r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3702 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/image13_alfons_schilling_hd_blog_rgb.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH356/image13_alfons_schilling_hd_blog_rgb-01d6d.jpg?1765461939' width='500' height='356' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3702 '&gt;&#169; Alfons Schilling
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On le comprend ce qui est donc au c&#339;ur de l'action c'est l'action en tant que telle. C'est le le fait m&#234;me d'agir, le fait de passer &#224; l'acte, le fait de r&#233;aliser ce qui a &#233;t&#233; imagin&#233; non plus sur la toile mais dans l'espace ferm&#233; d'une cave, du moins pour les premi&#232;res actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut le dire de suite, les actions, quoique les images &#233;voquent les sc&#232;nes apparemment chaotiques et qui semblent improvis&#233;es, ne le sont absolument pas. Toutes les actions sont &#233;crites. Aucune action n'est r&#233;alis&#233;e sans avoir &#233;t&#233; discut&#233;e parfois pendant des mois et sans que n'ait &#233;t&#233; &#233;crit une trame ou si l'on veut un story board tr&#232;s pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'ils font, c'est bien &#224; la fois de la peinture par d'autres moyens et c'est, comme on le verra, vers d'autres moyens que certains vont se tourner, pendant longtemps, avant que de revenir par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le deuxi&#232;me point majeur que l'on doit &#224; l'actionnisme viennois, c'est d'avoir affront&#233; le centre vide qui se trouve au c&#339;ur de toute pratique artistique, de toute conception de l'art, et de l'avoir fait alors sans concession aucune. Et c'est cela qui fait que les actions sont plus qu'un simple geste artistique de d&#233;fiance envers la peinture ou de d&#233;sir de d&#233;passer la peinture&#160;: que tous se jettent quasiment imm&#233;diatement dans le c&#339;ur du maelstrom qui est &#224; la fois la source et le creuset de toute v&#233;ritable &#339;uvre. Mais ils y vont les yeux grand ouverts et non pas sachant o&#249; il vont mais qu'ils vont l&#224; o&#249; personne n'est encore all&#233;. C'est une approche de ce qui fait art qui se produit &#224; la fois contre les limites existantes de l'art et pour que ce que l'on nomme art en sorte soir mort soit ressuscit&#233; et m&#233;tamorphos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui compte, &#224; ce moment l&#224;, c'est l'action en tant qu'activit&#233; et que c'est une activit&#233; qui se sait telle, se pense comme telle. Et c'est pour cela qu'elle tient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne visent pas autre chose &#224; ce moment l&#224; que cette activation de l'activit&#233;. Nos sommes dans un moment o&#249; le pur pr&#233;sent est comme &#224; la fois donn&#233; et atteint. L'art vient se r&#233;aliser au plus pr&#232;s de sa source qui est d'&#234;tre en tant que tel la transmission d'un exp&#233;rience innommable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repensons un instant &#224; cette phrase de Charles Duits&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;L'univers r&#233;v&#233;l&#233; par les &#233;veilleurs est inexprimable parce que la repr&#233;sentation de cet univers est et a toujours &#233;t&#233; la fonction de l'art.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui nous sommes au plus pr&#232;s de l'inexprimable, et pourtant, c'est l&#224; encore sous nos yeux gr&#226;ce &#224; quelques images et quelques textes, et nous pouvons donc constater que cela a exist&#233;, que cela a eu lieu, que cela a &#233;t&#233; possible, et que donc il n'y a pas de raison que cela ne le soit pas encore, ici o&#249; l&#224;, au gr&#233; des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;v&#233;lations&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; auxquelles acc&#232;dent ici des individus, l&#224; des groupes, l&#224; des ensemble informels d'individus, l&#224; des collectivit&#233;s enti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes au c&#339;ur de ce lieu innommable qui est &#224; la fois occult&#233; &#224; cause de l'aveuglement dans lequel une soci&#233;t&#233; se trouve &#224; cette &#233;poque, l'Autriche des ann&#233;es d'apr&#232;s guerre, et au c&#339;ur du processus de d&#233;voilement, dirait la philosophie heideggerienne et post- heideggerienne. Ce qui est d&#233;voil&#233;, n'a rien &#224; voir&#160;avec le beau, et&#160;si cela a &#224; voir avec l'&#234;tre, c'est avec une sorte de pur &#234;tre ne se manifestant que dans et par l'activit&#233;, que dans l'action et par l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est des choses visibles mises en sc&#232;nes, on dirait que l'on voit des corps, mais en fait c'est du corps qui s'active. On dirait que ce sont des id&#233;es, surtout si l'on pense que les actions sont &#233;crites sous forme de sc&#233;narios tr&#232;s &#233;labor&#233;s, mais non, ce ne sont ni des id&#233;es et encre moins des id&#233;aux, mais des mat&#233;riaux psychiques qui sont mis en cation, qui apparaissent et disparaissent aussit&#244;t une fois l'action finie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance d'effraction de l'actionnisme viennois tient en ceci qu'ils ont tenu une bonne dizaine d'ann&#233;es sans fl&#233;chir, explorant ainsi jusqu'aux limites de l'explorable et de l'exploration m&#234;me, ce qui &#233;tait en jeu &#224; la fois pour les individus et pour la soci&#233;t&#233;. Il n'est pas si ais&#233; de d&#233;finir ce qui a eu lieu pendant ces ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes &#224; la fois avec chaque action dans une op&#233;ration absolument concr&#232;te et non pas abstraite m&#234;me si elle est donc m&#233;diatis&#233;e par le story-board qui l'encadre et la rend possible et dans une op&#233;ration psychique d'exposition au sens le plus strict de faire appara&#238;tre, ce que l'aveuglement social et soci&#233;tal ne permettait pas de voir, ou refusait de voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes &#224; la fois au c&#339;ur de la confrontation avec la schize socio-historique autour du nazisme et de la religion, et du refus de prendre en charge le pass&#233; pourtant bien r&#233;el de l'Autriche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il nous fait imaginer ici, c'est le fait qu'&#224; la fois ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient et pourtant savaient absolument ce qu'ils faisaient. Il n'y a pas l&#224; contradiction mais bien &#233;laboration d'une pratique qui n'avait aucun ant&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On verra qu'il y a des pratiques approchantes, on pense &#224; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Fluxus&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fluxus&lt;/a&gt; en particulier, et &#224; la peinture gestuelle am&#233;ricaine de Pollock et de quelques autres, mais on ne peut que faire des rapprochements. Il n'y a pas eu d'influence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que font les actionnistes viennois est unique. Personne dans le monde, &#224; ce moment l&#224;, ne plonge aussi avant dans ce qui constitue l'&#233;tat mental et psychique des soci&#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;es apr&#232;s la guerre et dont l'Autriche constitue le mod&#232;le &#224; la fois implicite, occult&#233; voire refus&#233; et pourtant le plus complet tant ce pays qui est pass&#233;, un quart de si&#232;cle plut&#244;t d'empire multipolaire et multiculturel &#224; minuscule pays ne pouvant plus que fantasmer sa gloire pass&#233;e, s'est engag&#233;e de mani&#232;re inconsid&#233;r&#233;e dans le nazisme tout en niant apr&#232;s coup l'avoir fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un faire s'&#233;laborant en agissant, en faisant, en construisant des tableaux vivants si l'on veut, en faisant ainsi un clin d'&#339;il &#224; Sade et aux situationnistes. Et si cela semble supposer des gestes port&#233;s sur la destruction ou sur le sacrifice d'animaux, on a affaire surtout &#224; quelque chose qui ressemble une &#233;laboration des cr&#233;ation en agissant, &#233;cho &#224; l'&#233;laboration des pens&#233;s en parlant dont se fait l'&#233;cho et l'analyste Heinrich von Kleist dans ce petit essai bien connu &lt;i&gt;L'&#233;laboration progressive&lt;/i&gt; des id&#233;es dans le discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le dira Nitsch dans un entretien, ils ont plus appris durant ces ann&#233;es en discutant entre eux, en se heurtant, se f&#226;chant et se retrouvant pour recommencer ou continuer pendant ces dix ann&#233;es qu'en allant dans n'importe quelle &#233;cole d'art. Ils ont invent&#233; leur &#233;cole de la vie, singuli&#232;re, inimitable, radicale et d'une certaine mani&#232;re sans lendemains, n'&#233;tait que chacun va continuer dans une voie qui lui est propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actionnisme viennois va accoucher de trois grand artistes qui poursuivront leur &#339;uvre de mani&#232;re distincte. Un seul, Nitsch donc, poursuivra sa vie durant les actions au point d'en faire la base de son travail, au sens le plus concret du terme, aucun &#339;uvre ne se faisant en quelque sorte en dehors d'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;action&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le troisi&#232;me point rarement &#233;voqu&#233; aujourd'hui, c'est d'avoir &#233;t&#233; des visionnaires, pas au sens o&#249; ils auraient pr&#233;dit l'avenir. En effet ils sont sans post&#233;rit&#233; directe. Ils n'ont pas fait &#233;cole. Certes leurs actions ont eu une influence sur de nombreux artistes, mais sans que cela n'aille jusqu'&#224; ce qu'ils aient des &#233;pigones ou des disciples. Leur aventure est celle de quelques personnalit&#233;s qui se trouvent au m&#234;me moment au m&#234;me endroit &#224; Vienne donc, et, qui, une fois, le travail termin&#233;, partiront chacun dans des directions diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'ils ont r&#233;alis&#233; il faut le comprendre en relation avec un autre ph&#233;nom&#232;ne. En effet, ils se sont approch&#233;s au plus pr&#232;s de ce qu'il nous faut appeler une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;vision&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. On verra que l'analyse de ce terme sera un des enjeux de ce s&#233;minaire. Il ne faut pas s'arr&#234;ter sur le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;une&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Il ne s'agit en rien d'un mod&#232;le qu'il faudrait ensuite reprendre et r&#233;p&#233;ter. Il s'agit d'une mani&#232;re d'approcher de la r&#233;alit&#233; et d'un mode de connaissance particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on nomme ici vision a toujours exist&#233; dans l'histoire des hommes. On peut le savoir &#224; travers un grand nombre d'&#233;l&#233;ments qu'ils soient picturaux ou litt&#233;raires, sans parler de ce que l'on peut inf&#233;rer au sujet d'exp&#233;riences v&#233;cues, qu'elle soient li&#233;es &#224; des pratiques particuli&#232;res comme l'absorption de drogues ou des pratiques de je&#251;ne, pour n'en nommer que deux. Une vision est chaque fois unique au sens de singuli&#232;re. Ce qui importe ici, c'est de constater qu'elle est &#224; la fois intransmissible en tant qu'exp&#233;rience et communicable &#224; travers des mises en mots ou en images de ce qui a &#233;t&#233; vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'une part le fait de voir et d'autre part ce qui est vu, ou plus exactement ce qui, apr&#232;s coup, est montr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'une part l'exp&#233;rience en tant que modification des donn&#233;es perceptuelles, et d'autre part les &#233;l&#233;ments textuels ou visuels qui rendent compte de cette modification en lui donnant une forme, un contenu particulier. Mais ces &#233;l&#233;ments ne donnent pas ou alors que tr&#232;s rarement d'indication sur l'exp&#233;rience en tant que telle, sur ce que c'est que d'avoir une vision, sur la mani&#232;re dont cela se produit et sur ce qui rend cela possible comme sur le fait d'avoir une vision, c'est-&#224;-dire ce que cela implique sur et pour celui &#224; qui cela arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui doit ou plut&#244;t devrait &#234;tre retenu des actionnistes, c'est cette capacit&#233; qu'ils ont eue d'avoir mis au c&#339;ur de la cr&#233;ation artistique &#224; un moment si sombre de l'histoire, non pas comme question ou comme enjeu mais comme donn&#233;e de fait,&#160;le fait que l'art consistait &#224; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;produire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;visions&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>- Repenser l'art &#224; partir de la vision et de l'action</title>
		<link>https://www.regard-sur-limage.com/Repenser-l-art-a-partir-de-la-vision-et-de-l-action.html</link>
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		<dc:date>2025-12-11T07:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; BERNARD dit RVB, Jean-Louis Poitevin, philosophe, critique d'art, romancier</dc:creator>


		<dc:subject>Agamben</dc:subject>
		<dc:subject>Billeter</dc:subject>
		<dc:subject>Hermann Nitsch</dc:subject>
		<dc:subject>Actionniste</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans l'atelier des dieux&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/-Hermann-Nitsch-.html" rel="directory"&gt;- Hermann Nitsch&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-Agamben-+.html" rel="tag"&gt;Agamben&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-Billeter-+.html" rel="tag"&gt;Billeter&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-Hermann-Nitsch-2130-+.html" rel="tag"&gt;Hermann Nitsch&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-Actionniste-+.html" rel="tag"&gt;Actionniste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;S&#233;minaire Jean-Louis Poitevin, image et montage Herv&#233; Bernard&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;---------------------------&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans l'atelier des dieux&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
S&#233;ance &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XXII&lt;/span&gt; 18&#160;Novembre 2025&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Br&#232;ve histoire de l'actionnisme viennois 1959-1972&lt;/strong&gt; premi&#232;re partie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis tr&#232;s heureux de la reprise du s&#233;minaire apr&#232;s plus de 8 mois d'arr&#234;t. C'&#233;tait n&#233;cessaire. Je n'ai rien fait pendant plusieurs mois que lire un peu, sauf pendant un mois relire et corriger intens&#233;ment le livre sur Black Mirror&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Black Mirror, La Danse des images sur les ruines de la conscience, Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les vacances tardives ont permis de retrouver toutes les forces utiles &#224; la poursuite de cette aventure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de ce s&#233;minaire sur Nitsch, &#233;tait l&#224; mais il fallait qu'un certain nombres de conditions soient remplies pour que je puisse me mettre au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La premi&#232;re &#233;tait d'assister en juin aux trois dernier jours de l'ultime &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;O.M.T.&lt;/span&gt;&#233;crit par Nitsch avant sa mort Cette ultime action pouvait &#234;tre r&#233;alis&#233;e malgr&#233; la mort de Nitsch en 2022 car les principaux collaborateurs des ann&#233;es voire d&#233;cennies pass&#233;es comme le grand ma&#238;tre de c&#233;r&#233;monies et le chef d'orchestre sont encore vivants. Eux seuls pouvaient en effet d&#233;chiffrer et comprendre le plan g&#233;n&#233;ral de l'ultime action et la seconde seulement de six jours et r&#233;aliser en d&#233;tails l'ensemble des sc&#232;nes qui la composaient sans rien laisser au hasard et en respectant et l'esprit et la lettre de l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3291 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/arton1713.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH333/arton1713-598de.jpg?1706796227' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3291 '&gt;&#169; Herv&#233; Bernard
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La deuxi&#232;me &#233;tait de trouver un axe de r&#233;flexion pour que ce s&#233;minaire ne soit pas qu'un simple &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;cours&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'histoire de l'art. Il le sera cependant pour cette premi&#232;re s&#233;ance car il est impossible de parler de Nitsch sans mettre en place le d&#233;cor et le cadre dans lequel l'actionnisme est n&#233; &#224; Vienne au d&#233;but des ann&#233;es 60. Et cela, je ne l'ai trouv&#233; qu'il y a peu, suite &#224; la lecture de &lt;i&gt;La conscience d&#233;monique&lt;/i&gt;, un livre de Charles Duits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La troisi&#232;me &#233;tait d'apercevoir comment articuler cet axe de r&#233;flexion avec une question plus large, qui est celle d'une tentative de reformuler et red&#233;finir le sens et la fonction de l'art, quitte d'ailleurs, qui sait, sinon &#224; abandonner le terme pour tenter d'en imposer un autre, ce qui semble impossible, du moins &#224; repousser sur les bords du foss&#233; les significations qui, aujourd'hui, ont envahi l'espace culturel afin de laisser &#233;merger une nouvelle approche et conception plut&#244;t que d&#233;finition.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/1147618286?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write; encrypted-media; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;Nitsch_2025-01 partie 1&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'art comme poiesis&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pour pr&#233;ciser ce dernier point qu'il me semble opportun de commencer par un extrait d'un livre de Giorgio Agamben, un livre ancien, intitul&#233; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editions-circe.fr/livre-L_Homme_sans_contenu-184-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'homme sans contenu&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, un livre du si&#232;cle dernier (1996) dans lequel se trouve ce passage trouv&#233; par hasard. Il faudra voir ici une introduction &#224; cette tentative de repenser l'art qui sera n&#233;cessaire dans les temps &#224; venir. Et pour cela il ne faut pas craindre de balayer devant sa porte, notre porte, c'est-&#224;-dire d'affronter nos certitudes au risque de s'apercevoir qu'elles ont et n'ont &#233;t&#233; que des croyances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas en soi dramatique si l'on en vient &#224; appr&#233;hender la totalit&#233; des discours par lesquels nous faisons exister ce que nous tenons pour la r&#233;alit&#233; et donc pour ce qui repr&#233;sente le vrai en tant qu'il est &#233;gal &#224; ce qui existe,comme constituant un champ global de croyances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on parvient &#224; cette op&#233;ration mentale et psychique, alors il devient possible de commencer &#224; percevoir ce qui ne va pas dans ces champs de croyances et comment il peut &#234;tre possible de la (op&#233;ration mentale et psychique) transformer en transformant notre mani&#232;re de formuler ce que nous tenons pour vrai, r&#233;el et donc existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut consid&#233;rer qu'il a l&#224; un enjeu philosophique majeur mais aussi qu'il est tout &#224; fait &#224; notre port&#233;e ce qui ne suppose pas que nous retournions nous embourber dans la philosophie telle qu'on la con&#231;oit et la pratique. Tout en en reconnaissant sa puissance, on en appr&#233;hende aussi les pi&#232;ges qu'elle nous tend et desquels nous ne parvenons pas &#224; nous d&#233;faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous reste donc une chose, une seule chose &#224; expliquer, ou plut&#244;t &#224; pr&#233;senter, &#224; mettre en sc&#232;ne verbalement, sachant que cette mise en sc&#232;ne verbale est en fait la forme que prend le moyen d'acc&#233;der &#224; cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;chose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et que les mots n&#233;cessaires &#224; cela constituent l'obstacle qui interdit, toujours, d'acc&#233;der &#224; ce qui doit &#234;tre finalement moins expliqu&#233; que per&#231;u, re&#231;u et pratiqu&#233;, autant que faire se peut. &#192; une autre &#233;poque on aurait dit v&#233;cu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une proposition pour les temps qui viennent, proposition qui se tient, parce qu'elle s'y formule, au coeur du maelstrom dans lequel nous semblons pris et qui se d&#233;plie et se d&#233;ploie presque ind&#233;pendamment de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explication relative &#224; cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;chose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est en elle-m&#234;me de peu d'importance, mais, impuissants &#224; nous passer du langage pour &#233;changer, et m&#234;me si certains savent d&#233;j&#224; que les mots sont le poison qui nous ronge &#224; cause des limites que nous avons impos&#233;es au langage contre la langue ou contre les langues m&#234;mes, il nous faut encore et toujours recourir &#224; ce medium, &#233;tant entendu que non seulement sa pointe n'est vivante que de toucher et plonger au c&#339;ur d'un certain silence, mais que nous devons la suivre dans sa trajectoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons plus nous contenter d'&#234;tre le projeteur attendant qu'elle, la pointe du projectile, revienne nous apporter des nouvelles de l'inconnu, mais au contraire devenir elle, cette pointe, non en ce qu'elle sera l'arme d'un jet, mais en ce qu'elle est la cl&#233; d'un songe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devenu elle, c'est alors nous qui plongeons dans ce silence, cet inconnu, ce monde &#224; venir d&#233;j&#224; advenu et pourtant inconnu quoique plus que pressenti dans le mouvement m&#234;me qui conduit &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler &#233;pouse le silence qui est et n'est pas un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;se taire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; mais une suspension vivante et vitale du dire concomitante &#224; une d&#233;pressurisation permettant d'acc&#233;der &#224; un air qui quoique apparemment rar&#233;fi&#233; est plus que suffisant pour poursuivre le voyage tant il semble fait d'oxyg&#232;ne pur. Ivresse in&#233;dite d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple de cette double fonction du langage offert par le hasard des pages num&#233;riques d&#233;filant sous nos yeux, vient &#224; nous &#224; travers un extrait du livre de Giorgio Agamben. D&#233;j&#224; mentionn&#233;. Voici cet extrait&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;&#8230; L'homme a sur terre un statut po&#233;tique parce que c'est la poiesis qui fonde pour lui l'espace originel de son monde. C'est seulement parce que dans l'&#233;pok&#232; po&#233;tique il fait l'exp&#233;rience de son &#234;tre-au-monde comme de sa condition essentielle, qu'un monde s'ouvre &#224; son action et &#224; son existence. C'est seulement parce qu'il est capable du pouvoir le plus inqui&#233;tant, celui de la pro-duction dans la pr&#233;sence, qu'il est capable de praxis, d'activit&#233; libre et voulue. C'est seulement parce qu'il acc&#232;de, dans l'acte poi&#233;tique, &#224; une dimension plus originelle du temps, que l'homme est un &#234;tre historique, pour lequel donc sont en jeu &#224; chaque instant son pass&#233; et son futur ... &lt;strong&gt;Dans l'exp&#233;rience de l'&#339;uvre d'art, l'homme est debout dans la v&#233;rit&#233;, c'est-&#224;-dire dans l'origine qui lui a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e dans l'acte po&#233;tique.&lt;/strong&gt; Dans cet engagement, dans cet &#234;tre-projet&#233; dans l'&#233;pok&#232; du rythme, artistes et spectateurs retrouvent leur solidarit&#233; essentielle et leur terrain commun. &lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Giorgio Agamben&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'homme sans contenu, trad. Carole Walter, &#233;ditions Circ&#233;, pages 164 et 166&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tout &#224; fait int&#233;ressant de creuser ce texte, un parmi tant d'autres, datant de la fin du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, pour ce qu'il nous dit de ce pi&#232;ge dans lequel s'est enferm&#233;e la philosophie esth&#233;tique, il faudrait dire toute la philosophie, et particuli&#232;rement la philosophie post-heideggerienne en ce qu'elle aura voulu finalement &#224; tout prix &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sauver la conscience&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, lors m&#234;me qu'elle en construisait le tombeau en mettant en sc&#232;ne, ind&#233;finiment, l'impuissance atteinte de cette structure &#224; la fois psychique, mentale, conceptuelle et soci&#233;tale, &#224; faire autre chose qu'&#224; se lamenter sur sa propre disparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lamentation a pris la forme d'un questionnement incessant, qualifi&#233; d'inlassable, ou d'infini si l'on pense au livre &lt;i&gt;L'entretien infini&lt;/i&gt; de Maurice Blanchot, comme si cette absence de lassitude auto-impos&#233;e prouvait quelque chose d'autre que l'aveuglement de ceux qui s'y soumettent. En effet, ceux qui s'y soumettent parviennent simplement &#224; continuer de croire qu'ils accomplissent un rituel efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'accomplissement de ce rituel, il consiste dans le geste m&#234;me, ind&#233;finiment r&#233;it&#233;r&#233;, de la retenue de cette disparition, retenue qui permet &#224; l'infinit&#233; des textes de continuer &#224; s'&#233;crire, accumulant ainsi une &#233;paisseur s'imposant comme infranchissable de papier mental s'&#233;talant &#224; travers des milliers de livres pour former un chaos redoublant, car le constituant en m&#234;me temps, celui du monde dans lequel ils se manifestent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;paisseur des mots d'une &#233;poque est &#224; la fois ce qui la constitue et ce qui finit par emp&#234;cher de voir et de comprendre ce qui en fait les limites. Mais on le sait, cette accumulation peut durer des si&#232;cles voire des mill&#233;naires. Et, elle finit toujours en aveuglement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme le montre ce texte d'Agamben, le travail de la pens&#233;e s'est transform&#233; en un travail de sauvetage, car ce n'&#233;tait que &#231;a, l'enjeu, surmonter une certaine peur une certaine angoisse &#224; la fois ressentie et v&#233;cu ou pr&#233;sent&#233;e comme indicible, par une tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e de sauver quelque chose. De sauver &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la chose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Mais c'est quoi cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;chose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui est &#224; la fois moribonde et dont la survie, m&#234;me imaginaire, est la condition de l'existence m&#234;me des penseurs et de la pens&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il ne s'est jamais agi que d'un creusement de la tombe de la conscience et par elle-m&#234;me de surcroit, creusement de la tombe qui s'effectue au moyen de m&#233;taphores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces m&#233;taphores ont &#233;t&#233; si constamment reprises qu'elles se sont accumul&#233;es comme la terre au bord de la tombe que l'on creuse. Et l'esprit, focalis&#233; sur le tas de terre en constante augmentation, finit pas ne plus voir le trou de la tombe qui se creuse jusqu'&#224; esp&#233;rer joindre le centre de la terre tout en continuant de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;savoir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que c'est une tombe qui &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;se cache&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; derri&#232;re ce tas. &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Al%C3%A8theia&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'al&#233;th&#233;ia&lt;/a&gt;avait ainsi de beaux jours devant elle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89poch%C3%A8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'&#233;poch&#233;&lt;/a&gt;, appel&#233;e ici au secours, appara&#238;t comme, la m&#233;taphore qui dit au mieux le gouffre qui est &#224; la fois au c&#339;ur, le c&#339;ur et l'obstacle intime qui hante la conscience en ce qu'il la constitue. Il suffit ici de se reporter sur le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;portrait&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de ce gouffre tel qu'il a &#233;t&#233; plus qu'esquiss&#233; dans une lecture de l'Hippias Mineur de Platon. Cet obstacle, &#224; ne pas vouloir l'affronter, on ne fait que le creuser encore, faisant ainsi de tout ce qui entoure celui qui creuse et qui donc se trouve au fond du trou, un mur de plus en plus haut et de plus en plus per&#231;u comme infranchissable, lors m&#234;me qu'il n'a d'yeux que pour le tas qui sur les bord, loin, l&#224;-haut, rend l'ombre des profondeurs encore plus infernale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet obstacle que l'on ne cesse de continuer &#224; inventer &#224; chaque exercice de la pens&#233;e, une pellet&#233;e et encore une pellet&#233;e, est appr&#233;hend&#233; comme infranchissable et devient la forme de la jouissance ultime de la pens&#233;e, comme si d'&#234;tre-l&#224; au coeur de cette tombe emp&#234;chait de voir que la profondeur, suppos&#233;e d&#233;sirable, atteinte dans la r&#233;flexion &#233;tait telle qu'il &#233;tait d&#233;sormais impossible de pouvoir pr&#233;tendre et donc esp&#233;rer jamais remonter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait ce bref extrait dit quelque chose d'essentiel lorsqu'il note que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;&#160;C'est seulement parce que dans l'&#233;pok&#232; po&#233;tique, il fait l'exp&#233;rience de son &#234;tre-au-monde comme de sa condition essentielle, qu'un monde s'ouvre &#224; son action et &#224; son existence&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Simplement avec ce ton de suffisance si particulier aux philosophes, il d&#233;clame du haut de son savoir ce qui devrait &#234;tre&#160;: le fait que l'homme sache et vive &#224; partir de la poiesis comme ce qui est cens&#233; fonder pour lui l'espace originel de son monde. Mais il le fait comme si cela &#233;tait le cas pour chacun, comme si cela allait de soi, et comme si chacun avait un acc&#232;s &#224; l'art et que cela lui permettait de retrouver imm&#233;diatement ce lien avec cette situation pos&#233;e comme originelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or cela ne va pas de soi. Notre conception g&#233;n&#233;rale de l'art est &#224; la fois born&#233;e par des discours de ce genre qui marquent l'approche au plus pr&#232;s du myst&#232;re et par des forme de non questionnement sur ce qui constitue le c&#339;ur m&#234;me de l'exp&#233;rience ou des exp&#233;riences qui constituent le c&#339;ur m&#234;me de ce qui a fini par &#234;tre appel&#233; art, tout en ne faisant pas partie, ou si rarement, de ce qui aujourd'hui existe sous le nom d'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ART&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de ce s&#233;minaire sera de mettre en &#339;uvre un double mouvement. Le premier est celui d'un abandon vital des discours sur l'art, en montrant ce qu'ils ont fini par rater. Ainsi verra-t-on appara&#238;tre de loin ce qui, pour garder un instant encore ce mot, dans l'art, non pas pourrait &#234;tre mais, devrait en &#234;tre le c&#339;ur, la source et l'aboutissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En approchant de l'impossibilit&#233; qu'il y a rendre sensible ce qui est art, plus encore que ce qui fait art&lt;/strong&gt;, on ne pourra que se d&#233;faire de cette croyance toujours et encore biblique, en &#233;non&#231;ant non tant sa mort que la n&#233;cessit&#233; d'abandonner la conscience pour continuer, si l'on peut dire, de projeter dans le silence &#233;voqu&#233; au d&#233;but, la possibilit&#233; de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;penser autrement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; non seulement l'art mais notre relation au monde, ou plus exactement notre mani&#232;re de concevoir ce qui fait monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il s'agit d&#233;j&#224; moins de penser que de projeter l'&#234;tre-l&#224; dans le silence et d'atteindre une zone de non retour avec au bout des doigts une cl&#233; qui ouvre sur les songes. Quand &#224; la n&#233;cessit&#233; d'ouvrir la bouche pour respirer, un autre air, rare et suroxyg&#233;n&#233;, fera exulter les poumons en un instant &#224; la fois insaisissable et &#233;prouvant d'&#234;tre purement magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'art comme vision incommunicable&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;On pourrait dire que ce qui caract&#233;rise l'homme, aujourd'hui plus encore qu'hier semble-t-il, c'est qu'il semble qu'il n'apprend jamais rien, ou &#8216;'si peu de l'histoire''.&lt;/strong&gt; Et que le &#8216;'si peu'' qu'il apprend, il le rumine tant et tant qu'il finit par en perdre la signification et le r&#233;injecte transform&#233; dans le flot des paroles qui s'accumulent et continuent non seulement de d&#233;former ce qui aurait pu &#234;tre compris. Ces paroles finissent par nous &#233;loigner du creuset &#224; la source duquel il est &#224; la fois pourtant possible et n&#233;cessaire de retourner de revenir s'abreuver. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non qu'il soit loin de nous puisque cette source est en nous. Mais ce &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;en nous&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est un territoire insituable quoique perceptible et connaissable car difficile &#224; appr&#233;hender comme entit&#233; ou comme concept puisqu'il est en tout &#233;gal &#224; ce que chacun est, c'est-&#224;-dire &#224; l'&#233;tat g&#233;n&#233;ral de notre corps-pensant et aux id&#233;es qu'il rumine ind&#233;finiment et en tout &#233;gal aux mondes qu'il invente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le comprend imm&#233;diatement, il y a non pas contradiction mais compl&#233;mentarit&#233; dans cet apparent oxymore. Ce &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;lieu insituable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que Villon pointait d&#233;j&#224; dans son testament , il est ais&#233; de n'y pas penser, de l'oublier ou de l'occulter, de ne pas m&#234;me l'appr&#233;hender. Et pourtant il est en m&#234;me temps facile d'en faire l'exp&#233;rience d&#232;s lors qu'on se livre &#224; une forme d'abandon imm&#233;diat et sans pr&#233;ambule de mise en suspens ou entre parenth&#232;se, &#224; une petite &#233;poch&#233; v&#233;cue donc en particulier comme y insiste &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Fran%C3%A7ois_Billeter&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jean-Fran&#231;ois Billeter&lt;/a&gt; dans nombre de ses ouvrages. Pour lui, nous y reviendrons dans les prochains s&#233;minaires, si nous sommes activit&#233;, cette activit&#233; ne se peut concevoir sans des moments de pause. Et donc il revient sur cette &#233;poch&#233; concr&#232;te dans son dernier livre &lt;a href=&#034;https://www.editions-allia.com/fr/livre/1082/nouvelles-esquisses&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nouvelles esquisses&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;&#192; un certain moment, il y a des ann&#233;es, j'ai eu l'intuition que tout est activit&#233; et que j'&#233;tais m&#234;me activit&#233;. J'&#233;tais de l'activit&#233; qui, de l'int&#233;rieur, se percevait elle-m&#234;me et qui, &#224; mesure qu'elle s'observait, se percevait de mieux en mieux. J'ai mis des mots sur ce qui retenait mon attention. De ces mots sont n&#233;es des id&#233;es et de ces id&#233;es des raisonnements qu'il m'a suffit de suivre jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette intuition n'aurait pas suffi si je n'avais aussi trouv&#233;, je ne sais comment, la cl&#233; de cette observation&#160;: l'arr&#234;t. L'arr&#234;t est un acte simple et naturel, que nous avons accompli d'innombrables fois sans nous en rendre compte. Il consiste &#224; suspendre momentan&#233;ment toute intention.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;p.19-20, Ed allia, 2025&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'on joue avec les mots, les concepts, les m&#233;diations, on ne sait pas ou plus repasser par la case d&#233;part, on s'en &#233;loigne donc constamment un peu plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours changeante et toujours unique, individuelle et pourtant collective car ancr&#233;e dans des champs culturels promouvant des exp&#233;riences relativement bien d&#233;limit&#233;es malgr&#233; tout, cette exp&#233;rience doit pr&#233;cis&#233;ment &#224; la fois parvenir &#224; en &#234;tre r&#233;ellement une et dans le m&#234;me mouvement &#224; &#234;tre v&#233;cue et comprise pur ce qu'elle est&#160;: une transmutation de notre mani&#232;re de voir, de comprendre et de vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste qu'il faut les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;vivre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#160;ces exp&#233;rience parce que cela seul permet d'acc&#233;der finalement &#224; une forme de connaissance qui n'est pas celle de l'entendement mais celle de l'&#233;veil, de la participation, de la co-naissance, au sens le plus strict de na&#238;tre ensemble et en m&#234;me temps, du sujet et du monde. Et ainsi de percevoir qu'ils sont fabriqu&#233;s l'un par l'autre, l'un et l'autre, dans et par la grande matrice g&#233;n&#233;rative des actions produite par l'agir qui nous constitue que Spinoza nommait le conatus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se retrouve au-del&#224; de croire, dans le vivre. C'est tout. Et apr&#232;s tout reste &#224; faire. Car il y a vecteur et obstacle des &#233;changes et de toute transmission &#224; saisir comment fonctionne en nous et pour nous le langage, c'est-&#224;-dire qu'il est le pharmakon absolu qui, malgr&#233; la douceur de certaines de ses sources est plus globalement poison que rem&#232;de, ce qui nous &#233;loigne finalement de la source que ce qui nous permet de revenir nous y abreuver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant faire r&#233;sonner cette phrase de Charles Duits qui &#224; elle seule dit en quelque tout de ce qui fait probl&#232;me dans l'art et surtout pour l'art, et donc finalement pour nous tous lorsqu'il s'agit non seulement de comprendre ce qu'est ou serait l'art mais aussi pourquoi nous ne parvenons gu&#232;re m&#234;me &#224; travers ses manifestations &#224; remonter &#224; la source.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3705 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/vision-et-hallucination_blog_rgb.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH500/vision-et-hallucination_blog_rgb-14f4e.jpg?1766056156' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans le texte intitul&#233; &lt;i&gt;Peyolt et langage,&lt;/i&gt; second des textes rassembl&#233;s dans son ouvrage &lt;i&gt;La conscience d&#233;monique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ed Le bois d'Orion, p.27&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Duits&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Charles Duits&lt;/a&gt;, qui aura c&#244;toy&#233; aussi bien Breton que Duchamp parmi d'autres &#224; New York au milieu des ann&#233;es quarante, &#233;crit donc&#160;: &lt;strong&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;L'univers r&#233;v&#233;l&#233; par les &#233;veilleurs est inexprimable parce que la repr&#233;sentation de cet univers est et a toujours &#233;t&#233; la fonction de l'art.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.regard-sur-limage.com/L-actionnisme-viennois-enjeux-et-pratiques.html&#034;&gt;&lt;strong&gt;Seconde partie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Black Mirror, La Danse des images sur les ruines de la conscience, Les &#233;ditions du chien qui passe, &lt;a href=&#034;http://www.leseditionsduchienquipasse.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.leseditionsduchienquipasse.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'homme sans contenu&lt;/i&gt;, trad. Carole Walter, &#233;ditions Circ&#233;, pages 164 et 166&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p.19-20, Ed allia, 2025&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ed Le bois d'Orion, p.27&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&#201;mission &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Les Vendredis de la philosophie - Archives&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hommage &#224; Maurice Blanchot&#160;: entretiens avec Roger Laporte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par Marc-Hubert Floriot et Bruno Sourcis.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;mission diffus&#233;e sur France Culture le 30.11.2007.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/Mzw9MF4JmBs?si=ldI685oXWzGkNXO9&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>- Au c&#339;ur du myst&#232;re&#160;: exp&#233;rience &#171;&#160;religieuse&#160;&#187; et r&#233;v&#233;lation &#171;&#160;mystique&#160;&#187;</title>
		<link>https://www.regard-sur-limage.com/Au-coeur-du-mystere-experience-religieuse-et-revelation-mystique.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.regard-sur-limage.com/Au-coeur-du-mystere-experience-religieuse-et-revelation-mystique.html</guid>
		<dc:date>2025-11-03T14:02:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; BERNARD dit RVB, Jean-Louis Poitevin, philosophe, critique d'art, romancier</dc:creator>


		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>abstraction</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A l'occasion de l'exposition &#224; l'Orangerie Du 11&#160;octobre 2023 au 11&#160;f&#233;vrier 2024 nous revenons sur un entretien pour son exposition &#224; la galerie &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RX&lt;/span&gt; en mars 2020, Hermann Nitsch, une des plus grandes figures de l'art contemporain, a accept&#233; d'&#233;voquer son travail, son &#339;uvre, sa vie dans un entretien avec Jean-Louis Poitevin.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/-Hermann-Nitsch-.html" rel="directory"&gt;- Hermann Nitsch&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-peinture,137-+.html" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-abstraction,373-+.html" rel="tag"&gt;abstraction&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3693 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;1&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/png/25.11_18_se_ancexxii_fb_v2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L480xH480/25.11_18_se_ancexxii_fb_v2-924fe.png?1762273578' width='480' height='480' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sent &#224; Paris pour son exposition &#224; la galerie &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RX&lt;/span&gt; en mars 2020, Hermann Nitsch, une des plus grandes figures de l'art contemporain, a accept&#233; d'&#233;voquer son travail, son &#339;uvre, sa vie dans un entretien. Si l'on conna&#238;t ses peintures, on conna&#238;t moins en France les autres facette de sa cr&#233;ation, son th&#233;&#226;tre, sa musique, ses performances, ses actions. Ce sont toutes ces facettes qu'il &#233;voque ici non sans nous mettre sur la piste de ce qui constitue sans doute le v&#233;ritable &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;secret&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de l'art.&lt;/p&gt;
&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/407158220?h=31bba00775&amp;portrait=0&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;180&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://vimeo.com/407158220&#034;&gt;Au c&#339;ur du myst&#232;re&#160;: exp&#233;rience &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;religieuse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et r&#233;v&#233;lation &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mystique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/a&gt; from &lt;a href=&#034;https://vimeo.com/hervebernard&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BERNARD&lt;/span&gt; Herv&#233; (rvb)&lt;/a&gt; on &lt;a href=&#034;https://vimeo.com&#034;&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;ritable figure centrale de l'art contemporain europ&#233;en depuis les ann&#233;es 60, Hermann Nitsch poursuit son &#339;uvre avec l'obstination de celui qui sait ne pas devoir se pr&#233;occuper de l'&#233;ternit&#233; autrement qu'en persistant &#224; la faire exister dans l'intensit&#233; du maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3291 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/arton1713.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH333/arton1713-598de.jpg?1706796227' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3291 '&gt;&#169; Herv&#233; Bernard
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rarement artiste sera parvenu &#224; travailler sur tant de plans durant toute sa vie. Bien s&#251;r il y eut les performances des d&#233;buts, mais &#224; trop se focaliser sur ces commencements d'une radicalit&#233; &#224; la hauteur d'une &#233;poque difficile et alourdie par les monceaux de cadavres d&#233;vers&#233;s dans les m&#233;moires par la guerre, on risque de minimiser le fait qu'elles ne furent que des pr&#233;misses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif a &#233;t&#233;, et cela d&#232;s les d&#233;buts, de travailler une forme d'&#339;uvre d'art total qui ne laisserait cependant pas en plan ceux auxquels ils s'adressent, les si bien ou si mal nomm&#233;s spectateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.musee-orangerie.fr/fr/agenda/expositions/hermann-nitsch-hommage&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.musee-orangerie.fr/fr/agenda/expositions/hermann-nitsch-hommage&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>- Alexander Kluge 1/2 Chronique des sentiments</title>
		<link>https://www.regard-sur-limage.com/Alexander-Kluge-1-2-Chronique-des-sentiments.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.regard-sur-limage.com/Alexander-Kluge-1-2-Chronique-des-sentiments.html</guid>
		<dc:date>2025-06-23T14:05:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; BERNARD dit RVB, Jean-Louis Poitevin, philosophe, critique d'art, romancier</dc:creator>


		<dc:subject>Entretien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le cin&#233;aste et &#233;crivain allemand Alexander Kluge est l'une des figures les plus importantes de la pens&#233;e allemande contemporaine. Il nous a g&#233;n&#233;reusement accord&#233; un entretien en 2017.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/-Image-et-politique-206-.html" rel="directory"&gt;- Image et politique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-Entretiens-+.html" rel="tag"&gt;Entretien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;center&gt;&lt;i&gt;Entretien Jean-Louis Poitevin, image et montage Herv&#233; Bernard&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;---------------------------&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Premi&#232;re partie d'un entretien avec Alexander Kluge r&#233;alis&#233; en 2017 autour de la Chronique des sentiments&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Orientation dans la pens&#233;e et reconfiguration du sujet&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Forces&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un an apr&#232;s la sortie du premier volume de son &#339;uvre intitul&#233;e Chronique des sentiments, ses propos sont en quelque sorte devenus encore plus actuels si, bien s&#251;r, on consid&#232;re comme un enjeu majeur s'&#233;tirant sur la longue dur&#233;e, la n&#233;cessaire et in&#233;vitable &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;reconfiguration&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; du sujet, &#224; laquelle nous appelle et nous contraint le monde multipolaire et multistratifi&#233; qu'est le n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3668 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/arton1001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH368/arton1001-9cc63.jpg?1750690890' width='500' height='368' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pourtant en rien question d'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;soumission&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; une force qui nous d&#233;passe, mais bien au contraire d'une transformation n&#233;cessaire de notre mani&#232;re de penser, seul moyen de parvenir &#224; nous orienter et dans la pens&#233;e et dans le monde, en vue de pr&#233;cis&#233;ment ne pas &#234;tre &#233;cras&#233;s par des forces que nous n'aurions pas su apprendre &#224; conna&#238;tre et &#224; reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cela que nous invite la premi&#232;re partie de cet entretien. La seconde qui sera publi&#233;e le mois prochain nous r&#233;serve d'autres surprises.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/189306727?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write; encrypted-media; web-share&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;Entretien avec Alexander Kluge 1/2 Chronique des sentiments&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;Chronique des sentiments paru chez &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;P.O.&lt;/span&gt;L, est bien plus qu'un monument (en effet cinq volumes au moins sont pr&#233;vus, ils existent d&#233;j&#224; en allemand, chaque volume faisant largement plus de mille pages), c'est un fleuve et plus qu'un fleuve au cours unique, c'est un delta. La source est loin, perdue peut-&#234;tre, mais l'accumulation des limons comme des d&#233;chets au cours du voyage historique et mental de ce fleuve de faits, d'images et de mots, donne lieu &#224; des rencontres in&#233;dites et &#224; des m&#233;langes aux saveurs vari&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3667 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;72&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/vlcsnap-2017-02-01-22h19m02s163-7567f.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L480xH384/vlcsnap-2017-02-01-22h19m02s163-7567f-c7c99.jpg?1750690890' width='480' height='384' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3667 '&gt;Image extraite de &lt;strong&gt;In Danger and deep Distress&lt;/strong&gt;, film de Alexander Kluge
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reconfigurer le sujet&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit en effet, ici, de cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;reconfiguration&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; du sujet qu'&#233;voque Alexander Kluge, &#224; travers d'une part la question kantienne de l'orientation dans la pens&#233;e, et d'autre part de la mise en place d'un renversement de perspective quand &#224; la mani&#232;re d'appr&#233;hender ce que nous nommons le subjectif et l'objectif, l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cin&#233;aste &#224; l'&#339;uvre immense, ses films, outre les moments jou&#233;s &#224; l'humour souvent grin&#231;ant, s'emparent de documents, tourn&#233;s par les t&#233;l&#233;visions du monde entier, moments souvent non montr&#233;s &#224; l'antenne, rebuts donc ou surplus que le direct ou la contrainte &#233;ditoriale interdit d'utiliser, qu'il s'approprie et recycle au sens le plus pertinent du terme pour en r&#233;v&#233;ler la puissance d'effraction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vivons au jour le jour et continuons de nous penser en fonction de rep&#232;res qui, pourtant, n'ont plus cours, parce qu'ils sont trop &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;vieux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, parce qu'ils ont &#233;t&#233; effac&#233;s, parce que les routes ont chang&#233;, parce que la technologie s'est impos&#233;e dans nos existences, parce que les connaissances permettent d'&#233;laborer de nouvelles visions de ce qu'est le monde, la r&#233;alit&#233;, l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3670 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;72&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/vlcsnap-2017-02-01-22h18m56s978-a5a15.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L480xH384/vlcsnap-2017-02-01-22h18m56s978-a5a15-d8b08.jpg?1750690890' width='480' height='384' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3670 '&gt;Image extraite de &lt;i&gt;In Danger and deep Distress&lt;/i&gt;, film de Alexander Kluge
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lutte&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pourtant rien de tout cela ne semble en mesure de nous atteindre et de nous conduire &#224; repenser notre situation. Les m&#233;dia jouent un r&#244;le tragique dans ce th&#233;&#226;tre de l'obsc&#233;nit&#233; malade du mensonge recuit. Entendons aussi par m&#233;dia, entre autres, les pratiques artistiques dominantes, et par exemple une certaine litt&#233;rature, ent&#233;e dans la soupe familiale fossilis&#233;e du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et qui croit et pr&#233;tend d&#233;crire et &#233;crire le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;, tout en feignant d'ignorer qu'on a chang&#233; et de si&#232;cle et de mill&#233;naire. La pr&#233;face &#224; l'&#233;dition fran&#231;aise de Crash de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;J.G.&lt;/span&gt; Ballard, paru en 1974, est sur ce point d'une pr&#233;cision de sniper&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le trait dominant du roman moderne est son sens de l'isolement de l'individu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; son mode, celui de l'introspection. L'ali&#233;nation des consciences appara&#238;t g&#233;n&#233;ralement comme la marque distinctive de l'esprit du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Loin de l&#224;. Cette psychologie me para&#238;t relever enti&#232;rement du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent. Elle illustre la r&#233;action aux contraintes massives de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, ainsi que le caract&#232;re monolithique de l'&#233;poque victorienne et la figure tyrannique du pater familias fort de son autorit&#233; sexuelle et &#233;conomique. Son optique est r&#233;solument r&#233;trospective, ses pr&#233;occupations visent avant tout la nature subjective de l'exp&#233;rience. Il s'agit pour cette litt&#233;rature de cr&#233;er la langue de la culpabilit&#233; et de l'ali&#233;nation. Ses outils sont l'introspection, le pessimisme et la sophistication. Or, si quelque chose distingue le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, c'est bien l'optimisme, la na&#239;vet&#233;, l'iconographie du commerce de masse, la jouissance infantile de toutes les possibilit&#233;s de l'esprit.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un livre fractal&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les textes de ce livre I de &lt;i&gt;Chronique des sentiments&lt;/i&gt; sont intitul&#233;s &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Histoires de base&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Le livre est compos&#233; de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;cits&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; aux allures d'anecdotes, r&#233;cits qui parcourent le champ de l'existence et de la pens&#233;e sans qu'il soit possible de d&#233;terminer un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;point de vue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ext&#233;rieur dont ils seraient porteurs. Un r&#233;cit d&#233;termine un angle de vue sur une portion de r&#233;alit&#233;. Mais la multiplication et la multiplicit&#233; de ces r&#233;cits donnent &#224; percevoir l'impossibilit&#233; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d'une image une&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de ce monde que nous habitons et de notre statut, par la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;fractalisation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de l'espace-temps du v&#233;cu. &#192; aucun moment nous ne sommes renvoy&#233;s vers la nature subjective de notre existence alourdie d'une culpabilit&#233; sans auteur. Au contraire, par la pr&#233;cision de d&#233;tails, c'est &#224; une vision d&#233;gag&#233;e du carcan de cette culpabilit&#233; que nous parvenons, notre r&#233;alit&#233; tant concr&#232;te que mentale se r&#233;v&#233;lant par petites touches pour ce qu'elle est, un enfermement volontaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3669 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;72&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/vlcsnap-2017-02-01-22h19m09s203-7acbe.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L480xH384/vlcsnap-2017-02-01-22h19m09s203-7acbe-2dc84.jpg?1750690890' width='480' height='384' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3669 '&gt;Image extraite de &lt;i&gt;In Danger and deep Distress&lt;/i&gt;, film de Alexander Kluge
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;vidence, dans ces &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Histoires de base&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, c'est aux &#233;l&#233;ments constitutifs de la subjectivit&#233; que nous sommes confront&#233;s. C'est donc notre portrait impossible mais pourtant bien r&#233;el qui nous est propos&#233;. Et ce que nous voyons, c'est que si quelque chose comme un homme ou une femme existe et pr&#233;tend le faire comme sujet, que ce sujet pense &#234;tre celui de l'histoire ou celui de la psych&#233;, il ne ressemble en rien &#224; ce cogito dont on nous a appris qu'il constituait la forme aboutie de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail inlassable de recueil et d'invention de r&#233;cits et de situations, en couplant imagination et &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;alisme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, ouvre la langue et la litt&#233;rature &#224; des dimensions le plus souvent insoup&#231;onn&#233;es. Ce livre es sans doute l'un des rares sinon le seul dont on peut dire qu'il est fractal puisque tant sa forme que ses dimensions r&#233;pondent &#224; au moins l'un ou l'autre des crit&#232;res de d&#233;finition d'un objet fractal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers la figure de l'horloger kantien ou du lecteur de Rilke, mais aussi d'Ulysse s'attachant au m&#226;t pour &#233;chapper en les &#233;coutant au chant implacable des sir&#232;nes ou &#233;voquant avec P&#233;n&#233;lope leur lit fabriqu&#233; dans le tronc d'un arbre vivant et donc ind&#233;pla&#231;able, Alexander Kluge d&#233;ploie dans cet entretien les &#233;l&#233;ments essentiels permettant de prendre la mesure de ce que son &#339;uvre litt&#233;raire d&#233;ploie au-del&#224; de toute mesure, les aventures des affects au pays d'une raison qui a cru pouvoir les occulter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.regard-sur-limage.com/Alexander-Kluge-2-2-Chronique-des-sentiments.html?&#034;&gt;- Alexander Kluge 2/2 Chronique des sentiments - En hommage &#224; Julian Jaynes&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Chronique des sentiments&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Livre I&lt;br class='autobr' /&gt;
Histoire de base&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;dition dirig&#233;e par Vincent Pauval&lt;br class='autobr' /&gt;
textes traduits de l'allemand par Anne Gaudu, Kza Han, Herbert Holl, Hilda inderwildi, Jean-Pierre Morel, alexander Neumann et Vinvent Pauval&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce livre est &#233;dit&#233; par &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;P.O.L.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pol-editeur.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.pol-editeur.com/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>- Twombly enfin&#160;! Enfin Twombly, Twombly II</title>
		<link>https://www.regard-sur-limage.com/Twombly-enfin-Enfin-Twombly-Twombly-II.html</link>
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		<dc:date>2025-02-24T11:11:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; BERNARD dit RVB, Jean-Louis Poitevin, philosophe, critique d'art, romancier</dc:creator>


		<dc:subject>Cy Twombly</dc:subject>
		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>Barthes</dc:subject>
		<dc:subject>Musil</dc:subject>
		<dc:subject> John Yau</dc:subject>
		<dc:subject> Rosalind Krauss</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;S&#233;minaire &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XXI&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'atelier des dieux Twombly enfin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Enfin Twombly&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction Cy Twombly donc. Apr&#232;s un long d&#233;tour par l'analyse de la conf&#233;rence de Musil, De la b&#234;tise et des textes de Barthes sur Twombly, il est temps de s'atteler &#224; la t&#226;che de d&#233;crypter l'&#339;uvre de cet artiste sans &#233;cole et sans h&#233;ritiers directs et de tenter de comprendre sa singularit&#233;, sa sp&#233;cificit&#233;. Il faut donc chercher &#224; comprendre la place que cette &#339;uvre occupe &#224; la fois dans l'histoire de l'art du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/-Faire-des-dieux-.html" rel="directory"&gt;- Faire des dieux&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-Cy-Twombly-+.html" rel="tag"&gt;Cy Twombly&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-peinture,137-+.html" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-barthes,270-+.html" rel="tag"&gt;Barthes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-musil,897-+.html" rel="tag"&gt;Musil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-John-Yau-+.html" rel="tag"&gt; John Yau&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-Rosalind-Krauss-+.html" rel="tag"&gt; Rosalind Krauss&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;S&#233;minaire &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XXI&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans l'atelier des dieux&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Twombly enfin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Enfin Twombly&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cy Twombly donc. Apr&#232;s un long d&#233;tour par l'analyse de la conf&#233;rence de Musil, &lt;i&gt;De la b&#234;tise&lt;/i&gt; et des textes de Barthes sur Twombly, il est temps de s'atteler &#224; la t&#226;che de d&#233;crypter l'&#339;uvre de cet artiste sans &#233;cole et sans h&#233;ritiers directs et de tenter de comprendre sa singularit&#233;, sa sp&#233;cificit&#233;. Il faut donc chercher &#224; comprendre la place que cette &#339;uvre occupe &#224; la fois dans l'histoire de l'art du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et le r&#244;le qu'elle peut jouer aujourd'hui dans une tentative de repenser les modalit&#233;s de la sensibilit&#233;, du sensible, et celles de l'affectivit&#233; comme &#233;l&#233;ments centraux permettant une red&#233;finition de notre contemporan&#233;it&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous concentrerons sur quelques points majeurs, ce qui nous conduira &#224; nous demander en premier lieu &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;comment&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; travaille Twombly, en regardant la mat&#233;rialit&#233; des toiles, les choses qui y apparaissent ou y disparaissent, nous &#233;voquerons aussi la question des mots et des noms et des titres. Puis, nous irons voir du c&#244;t&#233; de sa formation et de ses sources d'inspirations. Nous reviendrons aux &#233;l&#233;ment permettant de dessiner un cadre th&#233;orique dans lequel se sera d&#233;ploy&#233; son &#339;uvre et enfin nous aborderons &#224; travers des exemples pr&#233;cis d'oeuvres, la triple question du geste, de la temporalit&#233; et du numineux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par une citation du texte de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Yau&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;John Yau&lt;/a&gt;, Cy Twombly, Charles Oslon et le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;postmodernisme archa&#239;que&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui se trouve dans le catalogue de l'exposition du centre Pompidou de 2016-2017,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cy Twombly, Ed centre Pompidou, 2017, qui sera not&#233; CCP suivi de la page et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui aura constitu&#233; ma principale source d'information, qui &#233;voque la p&#233;riode des d&#233;buts, les rencontres qu'a faites &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; au c&#233;l&#232;bre Black Mountain College et celle de l'enseignant en &#233;criture po&#233;tique que fut Charles Olson sur lequel nous reviendrons, avec lequel &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; devint ami, car elle nous permet d'un geste leste de nous d&#233;barrasser des deux grandes tentations qui accompagnent les lectures ou interpr&#233;tations de l'&#339;uvre de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TW&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3580 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/jackson-pollock-blue-poles.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH281/jackson-pollock-blue-poles-0d837.jpg?1740396178' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-3580 '&gt;&lt;strong&gt;Blue-Poles
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3580 '&gt;Jackson Pollock
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Si l'on admet qu'Olson exer&#231;a une influence consid&#233;rable sur &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, il faut alors rejeter deux interpr&#233;tations courantes de son travail. La premi&#232;re &#233;tait que &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; &#233;tait un humaniste, qui pensait que les actions de l'homme sont plus importantes que la nature. La seconde, plus r&#233;cente, tout d'abord d&#233;fendue par Roland Barthes puis d&#233;velopp&#233;e par &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Rosalind_Krauss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rosalind Krauss&lt;/a&gt; &#8211; postule que &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; pratiquait une sorte de graffiti. Selon Krauss, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La nature du graffiti ( Barthes parlerait de son g&#233;nie) est de s'opposer &#224; la forme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Krauss continue ainsi, dans son texte de 1994&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Twombly, de mani&#232;re erron&#233;e, interpr&#232;te les marques de Pollock comme des graffiti, comme violents, comme un genre d'anti-forme. Et cette mauvaise interpr&#233;tation sert de fondement &#224; toute l'&#339;uvre de Twombly. En cons&#233;quence, quand il &#233;crit &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Virgil&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sur une toile il ne peut pas l'entendre sans &#233;quivoque. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Virgil&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; se pr&#233;sente comme ce qu'un &#233;l&#232;ve qui s'ennuie ou qui est exasp&#233;r&#233; graverait dans le bois de sa table, une forme de ricanement, une sorte de riposte conte le ronron du professeur.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fondement de l'&#339;uvre de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; ne d&#233;coulait en aucune fa&#231;on de la lecture erron&#233;e &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;des marques de Pollock comme des graffitis&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. m&#234;me dans ses premi&#232;res peintures de glyphe, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; ne s'est jamais int&#233;ress&#233; &#224; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'anti forme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou &#224; une forme id&#233;alis&#233;e. En fait il pouvait graver &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Virgil dans la surface d'un tableau et &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'entendre sans &#233;quivoque&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; ne regardait pas en arri&#232;re quand il inscrivait des mots, des pictogrammes, des marques lisibles ou illisibles, &#224; la surface des &#339;uvres. Il regardait de l'avant en triant les preuves, les d&#233;barrassant du contexte historique afin de leur donner une nouvelle fra&#238;cheur. Il vivait dans le temps pr&#233;sent, et &lt;strong&gt;une perception le conduisait imm&#233;diatement et directement &#224; une perception plus pouss&#233;e&lt;/strong&gt;.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, p.29, col 1 et 2&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/1069754273?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write; encrypted-media&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;Twombly enfin ! Enfin Twombly&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;Deux choses essentielles se d&#233;gagent ainsi d'entr&#233;e&#160;:
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le fait que &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; n'est pas un humaniste et donc qu'il ne faudra pas chercher &#224; surinterpr&#233;ter les mots, les noms, les citations provenant en particulier du champ de la Gr&#232;ce ancienne ou de l'&#201;gypte antique, ni &#224; faire de lui ce qu'il n'est pas, un homme sage, se tenant loin de forces compulsives et complexes et qui ont peu &#224; voir avec la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le fait que ses traits et ses gestes picturaux, ne relevant pas du graffiti, ne seront pas &#224; comprendre en fonction de l'engagement, de l'opposition au monde contemporain, ni d'une forme de protestation contre celui-ci, ni comme issus de gestes de type enfantin voire infantile, ni finalement en fonction des sch&#232;mes que la psychanalyse dont certains critiques s'autorisent pour interpr&#233;ter ses &#339;uvres.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut pr&#233;ciser et insister encore sur ce point qui permet de dessiner le cadre g&#233;n&#233;ral dans lequel se d&#233;ploie l'&#339;uvre de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rejettera ou s'opposera &#224; la renaissance parce qu'elle mettait l'homme au centre du monde, confirmant ainsi que son travail, son inspiration, ne provient pas d'une forme ou d'une autre d'humanisme. Mais en tant que partageant les id&#233;es de son ami Charles Olson, il va se tenir &#224; la fois &#233;loign&#233; de l'id&#233;alisme platonicien et des croyances li&#233;es &#224; l'acceptation d'un id&#233;al, quelle qu'en soit la forme et le contenu, et du rationalisme aristot&#233;licien et en particulier du fait de chercher &#224; contenir la pens&#233;e dans des cat&#233;gories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie en rien qu'il ne prenne pas en consid&#233;ration l'histoire de la peinture, mais d'une autre mani&#232;re comme on le verra. Il semble aussi important de relever dans ce passage de John Yau, qu'il fait exister une r&#233;alit&#233; de l'usage du langage, des mots, des noms par &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; qui &#233;chappe au pi&#232;ge rationnel que tend sur le dicible et le pensable la linguistique, si l'on s'accorde avec le fait que, comme John Yau le dit, inscrire le mot &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Virgil&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; peut &#234;tre fait &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sans &#233;quivoque&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, entendons, ici, sans que le recours &#224; la langue soit ici porteur de et port&#233; par la duplicit&#233; dont on a vu qu'elle constitue le coeur toujours actif du volcan sur lequel la conscience s'est construite et dont elle fait le moteur de son autoconservation, contre l'&#233;vidence m&#234;me que d'autres usages de la langue ont non seulement exist&#233; mais sont encore et toujours possibles, actualisables et avec eux d'autres modes d'existence psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sera n&#233;cessaire d'associer cette absence d'&#233;quivoque suppos&#233;e ou convoqu&#233;e, comme un &#233;l&#233;ment majeur du fond psycho-mental de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; et &#224; la comprendre comme la preuve d'un lien puissant enter sa pens&#233;e et une certaine compr&#233;hension des mondes archa&#239;ques et des enjeux de pens&#233;e et surtout d'exp&#233;rience dont ils sont porteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste donc &#224; savoir ce qui &#233;merge une fois que l'on a, d'un geste leste, repouss&#233; l'humanisme et ses ambigu&#239;t&#233;s et la psychanalyse et ses entourloupes pour croyants n&#233;vros&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3578 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/twomb-1989.untitled-gaeta-1-720x955.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH663/twomb-1989.untitled-gaeta-1-720x955-4180a.jpg?1740396178' width='500' height='663' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-3578 '&gt;&lt;strong&gt;Gaeta 1
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3578 '&gt;Cy Twombly
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour le dire d'un mot et ouvrir ainsi notre voyage dans les monde de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, ce qui &#233;merge n'est autre qu'une relation avec l'archa&#239;que, cultures, mondes, mani&#232;res de concevoir le monde, et une approche du psychisme qui s'appuie et prend acte de l'existence encore actuelle de ces archa&#239;smes &#224; travers des traces certes, mais surtout &#224; travers des op&#233;rations psychomotrices d'actualisation que sont en particulier les gestes picturaux d &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Partie I&#160;: Les &#233;l&#233;ments de l'&#339;uvre&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A- Avec quoi faire un tableau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partir de cette question simple, c'est aborder l'&#339;uvre d'une mani&#232;re &#224; la fois directe et concr&#232;te, sans privil&#233;gier d'entr&#233;e un champ d'interpr&#233;tation particulier. Il faut donc &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;crire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; quelques &#339;uvres et indiquer autant que cela est possible les diff&#233;rents processus qui ont permis leur r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'on va voir que cette approche conduit imm&#233;diatement au c&#339;ur des enjeux auxquels cette &#339;uvre nous confronte, enjeux qui, semblant partir du geste ou des gestes convoqu&#233;s pour que la toile advienne, vont nous conduire &#224; nous demander &#224; la fois comment pense &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; et ce que finalement il a ou aurait en t&#234;te lorsqu'il peint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par les &#233;l&#233;ments dont se compose une toile ou un dessin. Tentons une pr&#233;sentation des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;personnages&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; picturaux.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1- Il y a d'abord &lt;strong&gt;la toile, ou de grandes feuilles de papier, le fond du tableau&lt;/strong&gt;, la surface sur laquelle vont venir jouer les personnages picturaux que l'on va pr&#233;senter. Ces toiles ou papiers sont recouverts le plus souvent de blanc cr&#232;me ou de gris et forment une surface &#224; peu pr&#232;s uniforme mais qui constitue le premier temp-s de l'&#339;uvre, la condition sine qua non de l'apparition des personnages picturaux
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2- Il y a &lt;strong&gt;des traits&lt;/strong&gt;, qui forment un ensemble complexe puisque ces traits peuvent &#234;tre des lignes droites ou apparent&#233;es, de lignes courbes s'enroulant sur elles-m&#234;mes, des ratures, des sortes de griffonnages. Mais aussi des traits dessinant des formes, surtout dans les dessins, formes d'objets reconnaissables et aussi d'&#233;l&#233;ments sexuels. Mais le plus souvent ces traits ne forment que des lignes aux allures ind&#233;finissables. Ces traits peuvent aussi &#234;tre des coulures dans certains tableaux puissamment color&#233;s que l'on trouve plut&#244;t dans la derni&#232;re p&#233;riode de l'&#339;uvre.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 3- Il y a des mots, des noms, des phrases, bref &lt;strong&gt;des &#233;l&#233;ments de langage parfois lisibles parfois non&lt;/strong&gt;. Et qui peuvent &#234;tre accompagn&#233;s de chiffres. Le statut de ces noms a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; bri&#232;vement &#233;voqu&#233;. Ils jouent un r&#244;le &#224; la fois central et en partie diff&#233;rent de ce que l'on aurait tendance &#224; leur attribuer. En effet, ils fonctionnent aussi comme des personnage picturaux au moins autant que comme des noms ou des mots ou des textes, c'est-&#224;-dire au sens d'&#233;l&#233;ments signifiants.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 4- Il y a &lt;strong&gt;des taches de toutes sortes&lt;/strong&gt;, le plus souvent color&#233;es, qui elles-m&#234;mes se d&#233;ploient selon plusieurs types des maculatures, faites au pinceau ou &#224; la main, et des taches de couleur r&#233;sultat de traits accumul&#233;s par des crayons &#224; la cire ou &#233;l&#233;ments de ce genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mettre en sc&#232;ne ce qui a lieu sur les toiles ou les papiers de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, il faut poursuivre plus avant cette pr&#233;sentation des participants, des acteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 fond&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une citation extraite de Cy Twombly, &lt;i&gt;Paroles d'artistes&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ed Fage, 2024, not&#233; PA, le livre est sans pagination&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; nous donne une id&#233;e de l'enjeu. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Avant j'avais toujours un arri&#232;re plan sec sur lequel je peignais. Je posais les images sur le fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, quelqu'un peint pour moi le fond que j'ai &#233;labor&#233;. Dans mes premi&#232;res peintures, je changeais des &#233;l&#233;ments pour obtenir la nuance ou le sentiment que je recherchais, mais maintenant, je con&#231;ois tout dans ma t&#234;te avant de commencer. C'est aussi &#224; cause de la taille des &#339;uvres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elles sont grandes et je ne peux pas &#234;tre tout le temps sur l'&#233;chelle, c'est p&#233;nible.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PA&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On verra que cette remarque de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; ne cadre pas compl&#232;tement avec tout ce qu'on va d&#233;couvrir sur sa mani&#232;re de faire. Mais cela montre l'importance du fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fond, pour lui et sans doute pour toute peinture, enfin peut-&#234;tre, est une structure d'attente qu'il soit d'ailleurs pr&#233;par&#233; ou non.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le fond est ce qui attend l'intervention active du peintre&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dont on va voir qu'elle r&#233;pond, chez &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, &#224; des crit&#232;res assez particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fond ne va pas seulement &#234;tre recouvert, mais bien au contraire gratt&#233;, creus&#233;, recouvert et recouvert encore, ces recouvrements effa&#231;ant en partie ce qui pr&#233;c&#233;dait et ouvrant de nouvelles plages moins encombr&#233;es &#224; l'avanc&#233;e du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 traits, lignes, formes d'objets ou de choses&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a que ce soit dans les dessins ou dans les peintures une pr&#233;sence du trait &#224; peu pr&#232;s constante chez &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;. Et ces traits, ces lignes vont en fait se d&#233;doubler selon deux grands axes, c'est-&#224;-dire qu'ils vont avoir en gros deux grandes fonctions distinctes quoiqu'indissolublement m&#234;l&#233;es, l'une de marquage de ce que j'appelle ici de mani&#232;re assez inexacte ou impr&#233;cise le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;concept&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et l'autre d'accomplissement des forces physico-psychique &#224; l'oeuvre dans la r&#233;alisation de l'oeuvre qu'on peut synth&#233;tiser sou le terme de sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend en cet instant qu'il y a un grand absent de ces premi&#232;res remarques et qui et pourtant au c&#339;ur de la pratique et qu'on pourrait appeler le corps&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais on y reviendra car corps n'est pas le bon terme par lequel aborder le travail de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps, le mot corps, a de plus eu un destin assez ambigu entre les ann&#233;es 60 et aujourd'hui et c'est devenu un mot valise et une valise si grande qu'on a fini par y fourrer n'importe quoi. Il faudra donc revenir en d&#233;tail sur ce qui est en jeu ici. Mais il faut bien parler de ce qui agit, de ces mains, de ce corps, de cette personne qu'est &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, bref du fait que ses &#339;uvres, dessins et tableaux, sont le fruit d'actions multiples et r&#233;p&#233;t&#233;es et que chaque type de ligne ou de trait r&#233;pond &#224; un ou plusieurs type d'action diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il y a les objets dessin&#233;s, plus rares, pr&#233;sents surtout dans les dessins, mais pas moins importants que les autres traits et qui ne sont pas tant des repr&#233;sentations d'objet, que des indications d'expression, des manifestations a-signifiantes d'un mouvement, celui dans lequel ce qui est repr&#233;sent&#233; est &#224; la fois pris et par lequel il est emport&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet, si tant est par exemple qu'un sexe masculin ou f&#233;minin soit un objet, lorsqu'il appara&#238;t est un t&#233;moignage d'activit&#233;, moins directement sexuelle que profond&#233;ment affective. Les objets ou les choses qui apparaissent, sont des manifestation d'une activit&#233; d&#233;bordante, celle de la vie qui est aussi celle de la peinture entendue ici comme acte de peindre, plus que celle du corps&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d&#232;s maintenant remarquer qu'il y a aussi des traits qui sont li&#233;s &#224; la ligne qui sont des lignes, des lignes droites ou ayant vocation &#224; l'&#234;tre et qui souvent permettent de mettre en sc&#232;ne des &#233;l&#233;ments de type g&#233;om&#233;triques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces lignes peuvent &#234;tre comme prises de tremblements divers, mais elles d&#233;limitent un cadre, surface ou porte, volume parfois, cadre qui affirme sa pr&#233;tention &#224; d&#233;limiter et &#224; enfermer quelque chose. Mais cette pr&#233;tention est comme le pus souvent tenue en &#233;chec. Ce qui a lieu sur la toile se produit souvent &#224; la fois contre et &#224; c&#244;t&#233; de ce que ces lignes semblent pr&#233;tendre vouloir capturer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi, encore plus pr&#233;cises, des lignes qui forment des rappels de quadrillage du type de ceux des vieilles feuilles dont on se servait pour les exercices de g&#233;om&#233;trie. Celles l&#224; sont encore plus &#233;vocatrices de la fonction qui est la leur&#160;: mettre en sc&#232;ne et en jeu dans l'agitation de la toile des forces actives mais le plus souvent oppos&#233;es ou contraires &#224; celles qui sont convoqu&#233;es par les gestes du peintre et qui donnent au tableau sa puissance et sa vivacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#339;uvres de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; sont litt&#233;ralement non tant travers&#233;es par ces conflits que port&#233;es par eux. Elles en sont &#224; la fois le lieu de manifestation et l'incarnation. Elles donnent &#224; voir comme le mouvement m&#234;me de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pens&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, ce qui d'un corps en action, d'un corps peignant, vient &#224; se manifester sur une surface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra porter une attention particuli&#232;re &#224; ces lignes qui en fait ne sont absolument pas droite mais forment de sortes de cercles avan&#231;ant comme des vagues et traversant litt&#233;ralement la toile. &#192; elles seules elles portent sur le devant de l'&#339;uvre la tension entre ligne droite relevant du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;concept&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et la ligne courbe infinie relevant de l'affect et mettant en sc&#232;ne une manifestation du sensible &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3579 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/cy-twombly-acheans-in-battle-detail-1975-760x570.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH375/cy-twombly-acheans-in-battle-detail-1975-760x570-9f1bb.jpg?1740396178' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3579 '&gt;Cy Twombly
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 mots, noms, phrases&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nul ne peut ignorer que chez &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; les mots plus encore que les lettres, les noms propres, ceux de lieux ou de personnages c&#233;l&#232;bres, le plus souvent des h&#233;ros de l'antiquit&#233;, et des phrases parfois lisibles et souvent devenant illisibles &#224; mesure qu'elles sont trac&#233;es, phrases provenant pour l'essentiel de textes po&#233;tiques, tous ces &#233;l&#233;ments li&#233;s &#224; la langue semblent &#224; la fois d&#233;terminer et m&#234;me surd&#233;terminer la signification de l'&#339;uvre et n'avoir sinon rien &#224; faire avec elle du moins ne pas pouvoir &#234;tre compris comme &#233;l&#233;ments donateurs de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sens&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#339;uvres de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, le sens des mots est comme distinct, s&#233;par&#233; m&#234;me de leur manifestation plastique. Ils sont &#224; prendre pour ce qu'ils sont, des &#233;l&#233;ments picturaux, et non des &#233;l&#233;ments signifiants, m&#234;me si leur pr&#233;sence convie in&#233;vitablement celui qui regarde et voit &#224; les associer &#224; l'oeuvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois ils donnent leur titre &#224; l'&#339;uvre, &#339;uvre souvent not&#233;e sans titre, le nom apparaissant entre parenth&#232;se comme sous-titre en quelque sorte. Bref tout concourt &#224; faire en sorte que les mots soient pris dans leur mat&#233;rialit&#233; m&#234;me, et qu'il faille plut&#244;t entendre &#224; travers eux leur sonorit&#233; et voir en eux leur fonction picturale &#224; travers leur graphie et le mouvement de la main qui les &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 couleur, taches, macula, coulures et autres manifestations color&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
On pourra &#234;tre &#233;tonn&#233; en lisant cette d&#233;claration de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Je ne suis pas tr&#232;s sensible &#224; la couleur, pas vraiment. Je l'utilise sans nuances, &#224; ce qu'il me semble. C'est l'objet, la forme des choses qui l'int&#233;resse, davantage que la couleur.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PA&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; lui-m&#234;me, cette phrase ne nous dit pas l'essentiel de ce dont la couleur est porteuse, m&#234;me si, en effet, il ne la travaille pas avec nuance. Il a en effet une forte tendance &#224; l'&#233;craser ou la faire couler, selon les p&#233;riodes ou alors, mais &#224; partir de la ligne cette fois, et comme ligne, &#224; la faire rayonner &#224; partir de ce qui est en train de se former sur la toile. On voit par exemple des masses &#224; la fois informelles mais donnant naissance &#224; des sortes de boules irr&#233;guli&#232;res. Elles apparaissent sur la toile comme les &#233;l&#233;ments m&#234;me de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;repr&#233;sentation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, ou, si l'on veut, comme les v&#233;ritables &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sujets&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de l'oeuvre, au sens o&#249; ces formes instables et tourbillonnantes, parfois contenues dans des lignes plus stables, semblent &#224; la fois des choses ou des objets ind&#233;finissables et des personnages picturaux &#233;labor&#233;s m&#234;me si leur signification nous &#233;chappe ou demande &#224; &#234;tre construite par la mise en relation des divers &#233;l&#233;ments en jeu sur et &#224; c&#244;t&#233; de la toile, comme un titre ou son absence, et les mots ou les noms lorsqu'il y en a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;-B Comment faire le tableau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1- gestes, corps, main et regard&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelque chose fait d&#233;faut &#224; ce catalogue et qui est essentiel, c'est le comment, c'est-&#224;-dire l'ensemble des aspects des &#233;tats par lesquels passe le peintre pour parvenir &#224; l'action, pour y revenir apr&#232;s l'avoir suspendue et pour accomplir l'&#339;uvre. Et l'on d&#233;couvre alors qu'il faut pour que cela ait lieu, le dessin ou le tableau, qu'un corps sentant et pensant se mette en action passe &#224; l'acte, revienne sans cesse sur le lieu m&#234;me de l'activation et de l'activit&#233; et poursuive ce qui a commenc&#233; d'appara&#238;tre &#224; travers de nouveaux gestes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire un tableau, c'est faire des gestes. Oui certes, mais cela ne suffit pas. C'est mettre en mouvement son corps. Certes mais cela ne dit rien de ce qui agit ce corps et si l'on pouvait d&#233;crire les gestes, cela ne nous apprendrait rien de ce qui les motive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; a une mani&#232;re singuli&#232;re de faire de l'art, de pratiquer son art. Nous avons quelques &#233;l&#233;ments qui permettent d'approcher cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comment va prendre corps, si l'on peut dire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!, gr&#226;ce en particulier &#224; ce que &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; va d&#233;couvrir lors de ses s&#233;jours au Black Mountain College vers la fin des ann&#233;e 50 et gr&#226;ce &#224; sa rencontre avec Charles Olson. Ce qui importe, c'est de rappeler ce que leur rencontre a apport&#233; &#224; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; d&#233;couvre avec lui, c'est que l'art peut advenir autrement qu'en se soumettant &#224; la reprise des crit&#232;res et des canons en vogue, soit dans l'histoire de l'art, soit dans la modernit&#233; qui s'invente et qui se divise en deux camps oppos&#233;s, celui qui privil&#233;gie le geste et celui qui privil&#233;gie une forme de d&#233;sincarnation de la pratique artistique en la fondant sur la pens&#233;e rationnelle autrement dit sur une conception de l'art faisant du concept le vecteur d'une invention formelle critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux points sont essentiels ici. Le premier c'est bien de distinguer dans le corps &lt;strong&gt;deux grandes fonctions&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'un c&#244;t&#233; il y a &lt;strong&gt;celle de l'&#339;il, du regard et donc du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mental&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et donc du contr&#244;le de et par la vision&lt;/strong&gt; de l'ex&#233;cution de l'&#339;uvre, de la main si l'on veut, c'est-&#224;-dire par la pens&#233;e et le concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept se d&#233;finit donc ici comme la forme synth&#233;tique d'un cadre g&#233;n&#233;ral d&#233;limitant ce qu'il est l&#233;gitime de peindre, c'est-&#224;-dire de sentir. La sensation se trouve pr&#233;d&#233;finie au moins dans sa fonctionnalit&#233;. Elle n'est l&#233;gitime que si elle vient s'inscrire dans le cadre dessin&#233; mentalement par une pens&#233;e dont l'individu n'est ni le responsable ni le ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se coule dans un moule si l'on veut le dire simplement. Un moule qui peut &#234;tre extensible, mouvant, mais qui r&#233;siste, s'oppose &#224; tout ce qui le mettrait en question. L&#224; o&#249; l'&#339;il domine, un autre corps, d'autres fonction du corps n'ont gu&#232;re droit de citer en tout cas pas le droit de diriger les mouvement qui vont donner naissance &#224; l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; prendra acte de ce probl&#232;me de mani&#232;re radicale lorsqu'il r&#233;alisera en 1954 dans une chambre d'h&#244;tel qu'il louait quand il pouvait sortir de la caserne o&#249; il &#233;tait cryptographe, des dessins &#224; l'aveugle, ex&#233;cut&#233;s donc dans le noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'un autre c&#244;t&#233;, il y a &lt;strong&gt;d'autres &#233;l&#233;ments du corps&lt;/strong&gt; qui peuvent entrer en jeu et devenir dominants dans la conception-r&#233;alisation d'une &#339;uvre. Ce sont &lt;strong&gt;l'oreille et la main&lt;/strong&gt;. La main, on la conna&#238;t depuis toujours, mais l'oreille ouvre des perspectives que la peinture ne semble gu&#232;re prendre en compte. Il y a l&#224; &lt;strong&gt;un acc&#232;s au sensible diff&#233;rent&lt;/strong&gt; de celui m&#233;diatis&#233; par l'&#339;il et le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;concept&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dans l'option pr&#233;c&#233;dente, classique autant que moderne, et qui relie d'un fil solide La Renaissance &#224; une certaine modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Pour Olson, le corps sp&#233;cifique de l'individu, ou ce qu'il d&#233;finit &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;comme la sensibilit&#233; au sein de l'organisme / &#224; travers le mouvement de ses tissus constitutifs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;,&#233;tait le cr&#233;ateur directe de l'&#339;uvre.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, John Yau, p.28&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux choses s'effacent imm&#233;diatement, la relation du geste &#224; l'ego et la relation du geste &#224; l'expression d'un sujet. Ce n'est pas que le sujet soit mort, c'est le geste qui a chang&#233; d'instance directrice pourrait-on dire. Les dessins en chambre obscure nous mettent sur la piste. Ne pas voir ce que l'on fait lib&#232;re la main de l'intention formelle, du d&#233;sir de faire une forme pr&#233;cise et de contr&#244;ler les mouvements par le regard et le mental. Mais ce n'est pas non plus le moyen de parvenir &#224; une forme sup&#233;rieure d'expression. &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; n'est pas un expressionniste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2- La ligne comme sensation&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que cette situation de faire des dessins dans l'obscurit&#233; permet &#224; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; de comprendre, c'est que son geste artistique, il doit le comprendre et le vivre comme une d&#233;charge nerveuse d'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque chose se d&#233;place qui est &#224; la fois singulier et radical, li&#233; &#224; l'&#233;poque, au Black Mountain College, &#224; des r&#233;flexion et des tentatives pour penser et agir l'art autrement, mais ce d&#233;placement est surtout un processus de d&#233;gagement qui permet &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; d'ouvrir un territoire que l'on peut dire &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;inconnu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; au sens o&#249; ce qu'il appr&#233;hende d&#233;sormais devant lui et donc d&#232;s ses d&#233;buts en quelque sorte, c'est un monde &#224; inventer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inventer un monde, c'est faire advenir des conjonctions nouvelles entre les &#233;l&#233;ments constitutifs de l'art de la pratique artistique, ici le dessin et la peinture et aussi la sculpture et la photographie dont il ne sera pas question ici.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut citer ici une phrase parmi les rares que l'on peut trouver de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; qui n'a gu&#232;re accord&#233; d'interview dans sa vie, une phrase qui &#224; elle seul dit le d&#233;placement qui s'op&#232;re pour lui &#224; travers lui et dans l'art. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Chaque ligne est d&#233;sormais l'exp&#233;rience r&#233;elle avec sa propre histoire intrins&#232;que. Elle n'illustre pas &#8211; elle est la sensation de sa propre r&#233;alisation.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, p.26, col.2)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques lignes plus haut, John Yau mentionnait ceci &#224; propos de la conception de la po&#233;sie chez Olson, le complice de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; &#224; cette &#233;poque. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;En pratiquant ce qu'Olson appelait &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la composition par champ&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (composition by field) qui d&#233;laisse la structure traditionnelle, et en insistant sur la primaut&#233; du souffle et de l'oreille du po&#232;te (le corps) tout en pr&#234;tant attention &#224; la syllabe et au son dans l'&#233;criture, Olson brisa l'emprise de la versification close et de la forme h&#233;rit&#233;e sur la po&#233;sie. Il d&#233;crivait la primaut&#233; du corps du po&#232;te par ses mots dans &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;projective verse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la t&#234;te, en passant par l'oreille, vers la syllabe / le coeur en passant par le souffle vers la ligne.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, p.26 col 2&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux autres phrases de son manifeste &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;projective verse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sont not&#233;es en majuscules dans la publication qu'il en fait en 1950 (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; a donc 22 ans &#224; ce moment-l&#224;) dans Poetry New York. Les voici&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LA&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FORME&lt;/span&gt; N'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EST&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;JAMAIS&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PLUS&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;QU&lt;/span&gt;'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EXTENSION&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DU&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CONTENU&lt;/span&gt;&#8230;. et &#8230; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PERCEPTION&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DOIT&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IMM&lt;/span&gt;&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DIATEMENT&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ET&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DIRECTEMENT&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CONDUIRE&lt;/span&gt; &#192; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PERCEPTION&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PLUS&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;POUSS&lt;/span&gt;&#201;E.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, p.26, col.1 et 2&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut consid&#233;rer que ce tr&#232;s bref floril&#232;ge de citations suffit presque &#224; nous permettre de comprendre ce que veut dire, pour &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, faire un tableau ou un dessin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comment n'est arrim&#233; ni &#224; une signification pr&#233;alable, ni &#224; une technique particuli&#232;re, ni &#224; un projet ni &#224; un plan mais bien &#224; des &#233;tats psychiques permettant d'associer et de faire fonctionner ensemble des impulsions vitales qui ne peuvent se manifester qu'&#224; travers de telles actions &#224; la fois libres si l'on s'en r&#233;f&#232;re au sujet qui peint, et contraintes si l'on s'en r&#233;f&#232;re &#224; ce qui est mis en jeu par le geste - ou l'ensemble des gestes - qui fera na&#238;tre l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut se garder de replier ces divers facteurs sous le terme de corps. Ce sont des aspects du corps qui sont ici activ&#233;s et on ne peut attribuer au concept de corps une fonction synth&#233;tique. Bien au contraire. Il faut le comprendre comme un ensemble de fonctionnalit&#233;s discr&#232;tes susceptibles de s'associer selon les intensit&#233;s et les &#233;l&#233;ments mobilis&#233;s en vue de l'oeuvre. Et comprendre aussi que ces gestes sont port&#233;s par des &#233;l&#233;ments non li&#233;s habituellement &#224; la peinture, &#224; l'acte de peindre. Comme par exemple le son, la sonorit&#233; de certains mots ou des certains vers. &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; &#233;voquera la puissance d&#233;terminante de la sonorit&#233; d'un vers par exemple comme &#233;l&#233;ment d&#233;terminant et d&#233;clencheur de la motivation &#224; r&#233;aliser un &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui va appara&#238;tre sur la toile ici, n'est donc pas li&#233; &#224; une forme pr&#233;existante. Le geste n'accomplit pas une intention, il est la mise en oeuvre d'une impulsion elle-m&#234;me complexe et, si l'on veut, profond&#233;ment r&#233;fl&#233;chi non au sens ou la r&#233;flexion serait l'accomplissement mental d'un projet avant sa r&#233;alisation, mais la mise en condition affective et psychique en vue du d&#233;clenchement d'une action produisant sa propre r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;&#233;coutons ici cette phrase apparemment simple mais finalement pas tant que &#231;a&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Chaque ligne est d&#233;sormais l'exp&#233;rience r&#233;elle avec sa propre histoire intrins&#232;que. Elle n'illustre pas &#8211; elle est la sensation de sa propre r&#233;alisation.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, p.26, col.2&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;placement est radical en ceci que ce que va peindre ou dessiner &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; ne sera jamais &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;quelque chose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Il ne va pas repr&#233;senter Apollon ou Venus ou L'&#233;cole d'Ath&#232;nes pour reprendre quelques titres d'&#339;uvres c&#233;l&#232;bres, mais tenter de faire venir sur la toile, qui est bien ici et peut-&#234;tre plus que jamais structure d'attente et machine de capture, non ce qui se produirait &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;dans&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; un corps, mais ce que produit un corps quand il est affect&#233; par des intensit&#233;s diverses provenant de sources non conciliables, non logiquement conciliables et pourtant congruentes par la puissance magique d'un &#234;tre vivant, sentant et pensant, se mettant &#224; accomplir une sorte de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;danse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; non pas autour du tableau comme Pollock, mais en vue du tableau, en vue de parvenir &#224; une expression puissante a-subjective et profond&#233;ment a-signifiante au sens o&#249; ce qui est cherch&#233; ou plut&#244;t ce qui est mobilis&#233; c'est la qu&#234;te de quelque chose de significatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus exactement le significatif est le nom de l'affect actif mobilisant des affects d'autres ordres des sensations et des &#233;motions, qui se percutent en ce qu'ils pr&#233;c&#232;dent et engagent le d&#233;clenchement des gestes qui vont faire na&#238;tre l'&#339;uvre. D'o&#249; ces mots quand m&#234;me &#233;tranges qui font de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la ligne, la sensation de sa propre r&#233;alisation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque chose se d&#233;place dans le champ de l'intentionnalit&#233;. Et ce &#224; quoi proc&#232;de sur lui-m&#234;me, gr&#226;ce manifestement &#224; Charles Olson en particulier, et &#233;videmment parce qu'il est r&#233;ceptif &#224; ses pr&#233;ceptes et qu'il saura en quelque sorte les mettre en &#339;uvre, c'est &#224; une d&#233;-subjectivation forcen&#233;e de sa pratique artistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est paradoxalement pas ce biais qu'il va inventer et imposer une mani&#232;re de peindre tout &#224; fait singuli&#232;re en ce qu'elle est compos&#233;e de tendances affectives fortes port&#233;es par un esprit tendu et ouvert pr&#234;t &#224; lutter pour ne pas se laisser enfermer dans le champ du rationalisme pictural dont la Renaissance a &#233;t&#233; le fleuron et qui semble reprendre des forces &#224; son &#233;poque sous le nom d'art conceptuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce que pouvait &#233;crire Olson (&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;une perception doit imm&#233;diatement et directement conduire &#224; une perception plus pouss&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;) r&#233;sonne ici pleinement. On le comprend donc, une perception n'est pas la manifestation d'une passivit&#233; au sens o&#249; elle serait une simple modalit&#233; de la r&#233;ceptivit&#233; du sujet, mais bien cette fonction qui connecte celui qui per&#231;oit &#224; des forces et &#224; des intensit&#233;s qui, tapies en quelque sorte dans le corps pensant et sentant du peintre, vont chercher &#224; devenir pure activit&#233;, pure action. &#201;veill&#233;es et embarqu&#233;es par la main de l'artiste, il suit des forces et ces intensit&#233;s, il r&#233;pond &#224; leur attente, &#224; leur demande, &#224; leur appel qui est de poursuivre le mouvement entam&#233; jusqu'&#224; son extinction comme &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;perception&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, ou jusqu'&#224; l'extinction de l'intensit&#233; affective qui a &#233;t&#233; &#224; la fois convoqu&#233;e, &#233;voqu&#233;e, appel&#233;e, et transform&#233;e en action par le tableau et dans le tableau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#339;uvres de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; sont litt&#233;ralement des perceptions actives rendues &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;visibles&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; par les gestes d'un corps sentant et pensant ayant pris le parti de suivre ses affects plut&#244;t que de couler sa pratique dans des grilles &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;conceptuelles&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ce sont ces &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;grilles conceptuelles&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui transforment tout type d'expression en expression d'un sujet, d'un ego, en manifestation d'une intention. Ces &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;grilles conceptuelles&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; interdisent de ce fait &#224; l'affectivit&#233; de se manifester. Annihil&#233;e par la soumission du sujet &#224; la domination rationnelle et conceptuelle r&#233;gnant sur le monde y compris celui de l'art, l'affectivit&#233; ne peut se manifester que comme plus value d'un sujet et forme incons&#233;quente d'une non conformit&#233; aux r&#232;gles e aux &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;loi de l'art&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On voit alors s'ouvrir devant nous la question que nous adresse malgr&#233; tout et malgr&#233; nous les tableaux de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;. La question concerne &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;QUI&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EST&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PEINT&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, car lorsque l'on regarde un dessin ou une tableau de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, in&#233;vitablement nous nous demandons ce que nous voyons ou &#224; quel &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;spectacle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; nous avons &#233;t&#233; convi&#233;s. Ils nous faut donc tenter de comprendre &#224; quoi pense &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; quand il peint&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3581 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/cy_twombly.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH500/cy_twombly-17dfd.jpg?1740397400' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3581 '&gt;Portrait de Cy Twombly
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Partie &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;II&lt;/span&gt;&#160;: L'identification d'un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sujet&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1- &#201;l&#233;ments biographiques&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me s'il n'est pas question, ici, de raconter le vie de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, il importe de situer deux ou trois moments importants de sa vie en tant qu'ils nous permettent de mieux comprendre son &#339;uvre. Les &#233;l&#233;ments biographiques dans le catalogue de l'expo 2016 du centre Pompidou suffisent pour cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Edwin Parker Twombly Jr, dit &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Cy&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, est n&#233; en 1928 &#224; Lexington Virginie en. Son p&#232;re, Edwin Parker Twombly, dit &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Cy&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (1894-1974), &#233;tait joueur de baseball dans l'&#233;quipe des Chicago White Sox. Il prit alors le surnom du c&#233;l&#232;bre lanceur Denton True Young (1867-1955), dit &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Cy Young&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (Cy pour &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Cyclone&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;). Le peintre Cy Twombly a donc adopt&#233; les pr&#233;noms et nom de son p&#232;re mais aussi son surnom. Il meurt &#224; Rome le 5&#160;juillet 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tudie l'art &#224; l'universit&#233; de Lexington en 1949, en 1950 il est &#224; New York, et c'est 1951 apr&#232;s deux semestres au Black Mountain College que sa carri&#232;re se voit brusquement en brillamment lanc&#233;e. Le Black Mountain College fut une universit&#233; libre exp&#233;rimentale, fond&#233;e en1933 enCaroline du Nord. Plate-forme pour les pratiques artistiques d'avant-garde, elle a consid&#233;rablement marqu&#233; l'histoire de l'art du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Elle cessa son activit&#233; en 1957. De 1944 &#224; 1953, des instituts d'&#233;t&#233; sont organis&#233;s dans lesquels sont invit&#233;s des intervenants ext&#233;rieurs &#224; l'&#233;cole. Chaque Summer Institute est dirig&#233; par une personnalit&#233;. Autour d'un th&#232;me ou d'une pratique artistique, ils se composent de cours, d'ateliers, de conf&#233;rences, de concerts, de performances et de pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre. Il est inutile de rappeler le nom des grandes figures de l'art, peinture, th&#233;&#226;tre, danse musique qui sont venus travailler l&#224; pour apprendre ou enseigner.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wikipedia&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons que &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; y fait la connaissance de Robert Rauschenberg et de Charles Olson, le po&#232;te et enseignant de po&#233;sie qui en devint le recteur en 1951, ann&#233;e ou &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; lui-m&#234;me vient y &#233;tudier. Avec Rauschenberg, il fera son premier voyage outre atlantique qui sera le premier d'une s&#233;rie continue de voyages qui &#233;mailleront toute sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Olson, on l'a d&#233;j&#224; vu, il va faire siennes des id&#233;es parmi les plus &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;modernes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de son &#233;poque. Elles ont du r&#233;sonner en lui de mani&#232;re tr&#232;s directe, car il semble qu'elles d&#233;terminent le cadre global de ce qui va devenir sa mani&#232;re de travailler, c'est-&#224;-dire de mettre en jeu et en sc&#232;ne les relations toujours complexes entre sensations, perceptions, affects, id&#233;es et concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;l&#233;ment le pus important de cette p&#233;riode, outre deux expositions &#224; Chicago o&#249; il montre son travail de l'&#233;t&#233; 51 au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BMC&lt;/span&gt; et &#224; New York fin 51, exposition accompagn&#233;e d'un texte enthousiaste de Robert Motherwell, c'est le fait qu'outre passer encore l'&#233;t&#233; &#224; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BMC&lt;/span&gt; avec Cage, Kline ou Rauschenberg, il obtient une bourse et va partir, en compagnie de Rauschenberg, pour un long et passionnant voyage qui le conduira de l'Italie &#224; l'Afrique du nord et au Maroc o&#249; il rencontra Paul Bowles avec lequel il d&#233;couvrit la musique &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Gnaoua&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gnaoua&lt;/a&gt;et travailla &#224; des tapisseries qu'il montrera &#224; Rome en f&#233;vrier 1953.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut arr&#234;te l&#224; la biographie, car tous les &#233;l&#233;ments sont pr&#233;sents qui constitueront les paysages dans lesquels sa vie va se d&#233;ployer, l'Italie et ses multiples maisons o&#249; il vivra avec sa femme qu'il &#233;pouse en 1959 et son fils, Alessendro, n&#233; en d&#233;cembre de la m&#234;me ann&#233;e, les &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;USA&lt;/span&gt; et le plus souvent pour y travailler plusieurs semaines ou mois par an dans sa ville natale et par dessus tout les voyages &#224; travers le monde qui seront &#224; l'&#233;vidence son activit&#233; la plus constante avec le travail &#224; l'atelier. Gr&#232;ce, &#201;gypte, Afghanistan, Europe, rien ne r&#233;siste &#224; sa curiosit&#233; et de ces voyages il fera le terreau de son inspiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2- L'archa&#239;que&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la premi&#232;re demande de bourse qu'il effectue pour financer son premier voyage, il indique qu'il ne s'int&#233;resse pas seulement au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;primitif&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, aux &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#233;l&#233;ments rituels et f&#233;tiches&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, mais &#224; quelque chose de sous-jacent au pass&#233; et au pr&#233;sent&#160;: &#224; ce qui formait &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;curieusement le socle aussi bien des concepts primitifs que classiques&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, p.25 col.1 et 2&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons ici &#224; faire &#224; la basse continue de l'oeuvre de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, qui n'est pas tant un int&#233;r&#234;t de chercheur ou de scientifique que l'int&#233;r&#234;t d'un homme qui ressent et &#233;prouve face &#224; de telles &#339;uvres ou de tels lieux ou de tels fragments de culture ayant surv&#233;cu jusqu'&#224; aujourd'hui, des &#233;motions si fortes qu'elles le transportent, l'enthousiasment et le poussent &#224; travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il va utiliser le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mat&#233;riau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qu'il collecte au cours de ses voyages ou de ses lectures d'une mani&#232;re absolument in&#233;dite. Si, certes, on verra appara&#238;tre sur des dessins ou des toiles ou des titres d'oeuvres de noms de dieu ou de lieux, &#224; aucun moment &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; ne va &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;repr&#233;senter&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; quoique ce soit qui puisse &#234;tre pris pour un &#233;l&#233;ment &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;archa&#239;que&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sauf &#224; consid&#233;rer que la forme d'une pointe de lance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;the vengeance of Achilles, 1962, CCP, p.10&#167;&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou d'un bouclier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fifty days at Iliam, the shield of Achhilles, 1978, CCP, p.115&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; soient des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;repr&#233;sentations&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de ces objets&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble qu'il ne prenne pas de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;notes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, qu'il n'y ait pas de carnets de dessins pris sur le vif ou de croquis de quoique ce soit. Mais il semble que tout ce qu'il vit, vient d'une part alimenter ses conversations, et d'autre part se fondre dans la masse sombre de son &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;humus no&#233;tique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; personnel, pour reprendre la belle expression de Stiegler, humus qui va, lui, nourrir toutes les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;fleurs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, toutes les ouvres donc, qui viendront pousser sur lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles seront absolument impr&#233;gn&#233;es de ses exp&#233;riences et de sa culture, &#8211; deux aspects du m&#234;me processus, l'un vou&#233; &#224; l'enrichissement culturel personnel, l'autre servant de nourriture spirituelle et sensible &#224; l'&#339;uvre picturale &#8211; mais jamais on ne voit appara&#238;tre d'&#233;l&#233;ments autres que des noms et des mots ayant trait &#224; la fois &#224; ce qu'il a vu et appris et &#224; ce qu'il senti et per&#231;u.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception que &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; se fait de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'archa&#239;que&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; doit beaucoup &#224; ses conversations avec Charles Olson qui, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;lorsqu'il travaillait dans les ruines mayas, extrayant les informations de la couche de terre et des pierres, se voyait comme un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;arch&#233;ologue de l'aube&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, plut&#244;t que comme un po&#232;te ou un &#233;crivain.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, p27, col 1&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc entendre ce terme non comme une m&#233;taphore du pass&#233; lointain et r&#233;solument non moderne, mais comme un territoire sans limites d&#233;finies, qui n'est pas l'inconscient, mais bien un humus no&#233;tique, une accumulation al&#233;atoire de donn&#233;es, &#224; la fois li&#233;es &#224; l'histoire mais ind&#233;pendantes d'elles, d'&#233;l&#233;ments divers provenant donc de couches superpos&#233;es ayant &#233;t&#233; bouscul&#233;es par le passage des si&#232;cles, des mill&#233;naires, et en m&#234;me temps qui est l&#224;, accessible potentiellement &#224; chacun. Le parti pris &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;th&#233;orique de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, ou plus exactement ce que son exp&#233;rience lui &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;prouve&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; c'est que cet humus no&#233;tique pr&#233;sent et actif en lui, l'est donc potentiellement aussi en chacun de nous et pour chacun de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que l'archa&#239;que devient quelque chose de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;palpable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, d'absolument sensible. Cet humus est un &#233;cheveau de sensations, perceptions, &#233;motions provenant et d' &#233;l&#233;ments culturels mais aussi de paysages, de situations que des hommes ont pu vivre &#224; n'importe quelle &#233;poque, un coucher de soleil ou un vol d'oiseaux, une guerre ou une crise psychique, etc. C'est de ce r&#233;servoir d'&#233;motions infiniment vari&#233;es, que, r&#233;actualis&#233;es par une sensibilit&#233; active, de nouvelles &#233;motions peuvent venir me toucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et elles peuvent d&#232;s lors exploser dans ma vie la plus actuelle, dans l'ici et maintenant d'instants d'intensit&#233; affective et sensible activ&#233;s par des &#233;l&#233;ments tr&#232;s anciens, des lectures, des choses provenant des strates culturelles de l'humus no&#233;tique, que dans des &#233;motions imm&#233;diates provoqu&#233;es par un coucher de soleil ou un vol d'oiseaux sauvages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ceci pr&#232;s qu'il importe que cet &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;archa&#239;que&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; soit &#224; la fois per&#231;u, pris en compte et maintenu &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;accessible&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; en quelque sorte en permanence. Et c'est l&#224; que se tient le probl&#232;me majeur&#160;: celui de l'acc&#232;s &#224; cette zone &#224; la fois ind&#233;finissable et pourtant &#233;prouv&#233;e, v&#233;cue, et de la capacit&#233; &#224; capter des &#233;l&#233;ments qui en proviennent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pas n&#233;cessaire que ce que l'on fait de ces captures, ou ce qui permet d'y acc&#233;der, soit &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;de l'art&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, mais, en effet, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; est l'un de ceux qui ont su transformer cet humus no&#233;tique en base d'une activit&#233; psychique et affective puissante. Et il l'a fait sans chercher &#224; en rendre compte de mani&#232;re &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;figurative&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#160;en cherchant &#224; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;faire archa&#239;que&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car pour lui, comme il l'a appris ou partag&#233; avec Olson, cet archa&#239;que est le nom d'une activit&#233; sismique psychique pour laquelle le corps est presque &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;rien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, mais un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;rien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; essentiel puisqu'il est l'interm&#233;diaire, le transmetteur, ce sans quoi rien ne pourrait remonter jusqu'au psychisme. On l'a d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;, le corps pour Olson est d&#233;finit &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;comme la sensibilit&#233; au sein de l'organisme / &#224; travers le mouvement de ses tissus constitutifs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, p.28&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous sommes l&#224; bien loin du sujet et beaucoup plus proches du sensible, con&#231;u ici comme capacit&#233; pour un organisme d'&#234;tre affect&#233; et de r&#233;pondre &#224; ces affects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#339;uvres de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; sont donc nourries d'archa&#239;que, c'est-&#224;-dire de tout ce qui provient de l'humus no&#233;tique qui le constitue et auquel il a acc&#232;s. Et cela inclus &#224; l'&#233;vidence tout ce qui rel&#232;ve de strates de m&#233;moires r&#233;centes, voire tr&#232;s r&#233;centes. Mais l'acc&#232;s &#224; cet &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;archa&#239;que&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d&#233;pend surtout de la possibilit&#233; dans laquelle celui qui peint, celui qui agit ses affects pourrait-on dire, se trouve au moment de peindre. Ainsi comprend-on qu'ici, peindre, c'est transformer justement ses affects passifs en affects actifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le comprend le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sujet&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; des &#339;uvres de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; n'est pas ais&#233;ment d&#233;finissable, en tout cas il ne l'est pas comme manifestation de pens&#233;es ou d'intentions d'un sujet. Malgr&#233; d'&#233;videntes indications qui &#233;voquent l'importance les gestes, il faut prendre acte du fait que la pratique de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; nous invite &#224; tenter de comprendre ce qui se passe dans le moment o&#249; le corps sentant et pensant entre en action bien plus qu'&#224; identifier le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sujet&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui l'accomplit ou le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sujet&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui serait repr&#233;sent&#233; sur la toile. Quant &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; travaille, ce qui se produit ce sont des ph&#233;nom&#232;nes de transmission, de translation qui concernent la mise en relation entre structure affective et affects, entre sensations et &#233;motions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; n'est pas seulement un activateur de sensible, mais un activateur &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;du&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sensible, au sens o&#249; ce qu'il r&#233;v&#232;le dans ses &#339;uvres comme en &#233;tant le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sujet&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; m&#234;me, c'est la puissance du sensible, puissance qui se caract&#233;rise par une capacit&#233; de conversion du senti et du per&#231;u en gestes et des gestes en affirmation plastique significative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On rappellera ici ce que Musil disait du significatif &#224; la fin de sa conf&#233;rence intitul&#233;e De la b&#234;tise&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le significatif associe la v&#233;rit&#233; que nous pouvons percevoir en lui aux qualit&#233;s du sentiment qui ont notre confiance pour en tirer un tout nouveau, qi est &#224; la fois compr&#233;hension et d&#233;cision, une obstination rafra&#238;chie, quelque chose qui dispose d'un contenu &#224; la fois mental et psychique et qui &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;exige&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de nous ou des autres un certain comportement.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op, cit, Ed Allia, p.50-51&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3- Peintre d'&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#233;tats&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous arrivons ici au point central et le plus difficile non pas &#224; expliquer mais &#224; rendre cr&#233;dible pour nos esprits par trop rationnels, le fait que la peinture de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; peut et doit &#234;tre qualifi&#233;e de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;peinture d'&#233;tat&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou faudrait-il dire &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;peinture d'&#233;tats&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; en mettant ce mot &#233;tat au pluriel et &#224; condition d'entendre le mot &#233;tat au sens d'&#233;tats psychiques. Ces &#233;tats signalent que des forces s'emparent de tout l'&#234;tre d'un individu, corps et &#226;me pourrait-on dire, et le conduisent &#224; accomplir des actes d&#233;passant ses possibles intentions mais accomplissant de mani&#232;re plus juste ce qu'il esp&#233;rait pouvoir accomplir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un rapprochement avec Musil s'impose ici &#224; nouveau de mani&#232;re &#233;vidente, c'est d'&#233;voquer ce qui fut l'une de ses plus belles inventions dans l'&#233;criture de L'homme sans qualit&#233;s. En effet, il a nomm&#233; ce que vivaient ensemble le fr&#232;re et la s&#339;ur &#8211; un amour dans lequel les mots, les conversations permettaient des jeux de transmutations des affects et des d&#233;sirs, ou u moins ce &#224; quoi ils cherchaient &#224; acc&#233;der, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'autre &#233;tat&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques br&#232;ves citations nous permettront de prendre la mesure des enjeux qui sont essentiels si l'on veut parvenir &#224; dire avec pr&#233;cision ce qu'il ne est de la mani&#232;re de peindre de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#192; vrai dire, dans cet exemple comme dans les autres, ce qui est plus important que le contre-coup de l'action, c'est qu'une exp&#233;rience v&#233;cue change de signification quand elle sort du champ des forces qui la d&#233;terminaient au d&#233;but pour entrer dans d'autres r&#233;seaux psychiques. Car des ph&#233;nom&#232;nes analogues &#224; ceux de la face ext&#233;rieure se produisent sur la face int&#233;rieure. Le sentiment cherche &#224; p&#233;n&#233;trer dans l'int&#233;rieur&#160;: il envahit l'&#234;tre tout entier, comme dit non sans justesse le langage courant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il &#233;vince ce qui ne lui convient pas et favorise ce dont il peut s'alimenter&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Musil, L'homme sans qualit&#233;s, Ed Gallimard, coll folio, volume IV, p.294&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait presque s'en tenir &#224; cette citation tant elle d&#233;crit parfaitement ce qui est en jeu et qui constitue l'enjeu de la cr&#233;ation, c'est-&#224;-dire &#224; la fois la n&#233;cessit&#233; d'&#234;tre et de rester connect&#233; &#224; ce qui a constitu&#233; &#224; la fois la source et le contenu d'un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sentiment&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; entendons d'un affect, sensation ou perception, et dans un second temps, une autre n&#233;cessit&#233; imp&#233;rieuse et vitale celle-ci, de parvenir &#224; faire de ce &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sentiment&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; chez Musil, de cet affect ou de cette sensation chez &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, le vecteur m&#234;me de la cr&#233;ation au sens le plus strict de cette force qui va conduire la main et qui ne devra pas &#234;tre interrompue par autre chose que son propre &#233;puisement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Musil notera encore ceci&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ce qui comble est rare et d&#233;borde aussit&#244;t l'intention et saisit l'&#234;tre tout entier. Le peintre qui voulait peindre quelque chose, encore que dans une transposition personnelle, peint maintenant en soi, pour le salut de son &#226;me&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est seulement dans ces moments l&#224; qu'il a r&#233;ellement un motif devant soi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans tous les autres il ne fait que se l'imaginer.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Musil, op. cit., p.215&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous allons voir que des choses dites par &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; sont extr&#234;mement proches de celles not&#233;es par Musil. Il suffit de s'accorder &#224; voir dans ce peintre invent&#233; par Musil, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; lui-m&#234;me et de comprendre qu'il est all&#233;, comme on le dit souvent si mal, un peu plus loin encore que ce qu'a imagin&#233; Musil, au sens o&#249; lui, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, a pass&#233; sa vie &#224; dessiner et peindre sans m&#234;me chercher &#224; accomplir une transposition personnelle d'un motif, ou bien si, mais &#224; condition de comprendre que ce &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;motif&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; n'est pas une image ou un ensemble d'images mentales ou autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'accepter que ce soit encore moins une id&#233;e, (m&#234;me si on a d&#233;j&#224; vu que dans les derniers temps de sa vie il disait avoir tout sans sa t&#234;te), mais bien un ensemble h&#233;t&#233;rog&#232;nes de sensations de tous ordres, aussi bien affectives que culturelles, souvenirs de lieux ou de choses, de paysages ou de situations, de lecture ou d'&#233;motions provoqu&#233;es par ces lectures, ou par le son des certains mots. Et de prendre acte du fait que ces &#233;l&#233;ments qui arrivent en force port&#233;s par un vent &#224; la fois puissant et immat&#233;riel purement abstrait et pourtant traversant tut l'&#234;tre au moment de peindre, il ne cherche pas &#224; faire en sorte qu'ils copient les sensations originelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'y a pas &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;un motif&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; la base d'une &#339;uvre de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;, m&#234;me si parfois certains titres montrent qu'il y a un axe autour duquel l'oeuvre va venir &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;tourner&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Pas &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;un&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; motif donc, ou m&#234;me s'il y en a un, il sera compos&#233; d'&#233;l&#233;ments provenant d'une pluralit&#233; de sources qui vont se rencontrer, se t&#233;lescoper, et venir envahir la toile d&#232;s lors qu'elles sont, ces sources, comme mises en mouvement par la concentration ou l'absence de concentration, par le laisser aller permettant de laisser monter en lui cet &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;autre &#233;tat&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, celui qui par sa vacuit&#233; concentr&#233;e permet &#224; ces affects de se transformer et d'affects passifs de devenir des affects actifs et d'emporter son geste dans ce devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces sensations ou affects, Musil dirait sentiment, sont ou doivent &#234;tre d'une acuit&#233; telle dans l'instant m&#234;me qui englobe l'acte de peindre que ce sont eux qui vont prendre le contr&#244;le des gestes. Les gestes ne seront pas l'accomplissement d'une id&#233;e mais le prolongement d'un &#233;tat v&#233;cu &#224; ce moment m&#234;me, &#233;tat dont la puissance sera &#233;quivalente &#224; ce qui aura pu &#234;tre mobilis&#233;, appel&#233;, rappel&#233;, non pas au souvenir mais &#224; l'&#234;tre tout entier, &#224; ce corps pensant et sentant qui oublie qu'il est un corps, oublie de penser, pour se livrer tout entier &#224; ce qu'il est en train de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;action&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; permet non pas au geste mais au r&#233;sultat du geste d'&#234;tre v&#233;ritablement l'&#233;criture directe, au sens effectif de non m&#233;diatis&#233;e, non pas de ce qui a &#233;t&#233; v&#233;cu mais de ce qui est en train d'&#234;tre v&#233;cu au sens d'accomplissement actuel permettant, comme on l'a d&#233;j&#224; vu, &#224; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; de dire &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Chaque ligne est d&#233;sormais l'exp&#233;rience r&#233;elle avec sa propre histoire intrins&#232;que. Elle n'illustre pas &#8211; elle est la sensation de sa propre r&#233;alisation.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, p.26, col.2&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'on commence &#224; mieux comprendre ce que cela peut signifier et impliquer, et en quoi cette phrase apparemment complexe voire &#224; la limite de l'absurde est en fait une mani&#232;re tr&#232;s jute de rendre compte de ce qu'est l'acte de peindre quand il s'agit d'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;peinture d'&#233;tat&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour reprendre cette expression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant comme &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; en parle lui-m&#234;me &#224; travers un petit floril&#232;ge de citations. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur sa mani&#232;re de travailler il dit ceci&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Je reste assis pendant deux ou trois heures, et d'un coup, en quinze minutes, je peux faire une peintre, mais ce n'est alors qu'une partie du processus. Il faut s'&#234;tre pr&#233;par&#233;, et se lancer, le faire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et, quand on est pr&#234;t psychologiquement, il n'est plus temps d'utiliser le pinceau. C'est ennuyeux le pinceau, on y a va et tout &#224; coup c'est sec, il faut s'arr&#234;ter. Avant d'avoir exprim&#233; l'id&#233;e, vus vouez&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Car on veut la retenir. Mais ce n'est vrai qu'&#224; certains moments seulement, pas pour toutes les peintures.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CT, Ed Fage&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mani&#232;re de faire lui permet de disposer d'une certaine forme de libert&#233;. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Je veux dire que lorsque la peinture vient finalement, c'est de fa&#231;on naturelle. Je ne force pas, &#224; moins de traverser une phase de st&#233;rilit&#233;. Je ne suis pas un peintre professionnel, au sens o&#249; je ne vais pas dans mon atelier pour travailler de 9 &#224; 5, comme le font beaucoup d'artistes. &lt;strong&gt;Quand quelque chose me frappe, par exemple une peinture, ou quand je vois quelque chose dans la nature, &#231;a me donne une piste et je me lance.&lt;/strong&gt; Mais &#231;a m'est &#233;gal de ne pas aller &#224; l'atelier pendant trois ou quatre mois. Vous savez, &#231;a vient quand &#231;a doit venir.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op cit&#034; id=&#034;nh4-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;strong&gt;Je suis peintre, et tout mon &#233;quilibre vient de ne pas avoir &#224; penser aux choses. L'unique chose &#224; laquelle je pense, c'est peindre. C'est d'instinct que je me mets dans cette disposition, je n'ai pas besoin d'y r&#233;fl&#233;chir. Je ne pense pas &#224; la composition, je ne pense pas &#224; mettre de la couleur ici ou l&#224;. Je modifie parfois quelque chose apr&#232;s coup, ainsi je peux rester concentr&#233; sur l'action en cours&#160;&lt;/strong&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op cit.&#034; id=&#034;nh4-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux autres citations nous rapprochent de l'enjeu majeur et nous montrent que &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; &#233;tait tout &#224; fait conscient de ce qu'il faisait et disait.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;strong&gt;&#160;(La sculpture) est un tout autre &#233;tat. Et c'est une affaire de construction. Tandis que la peinture est davantage une fusion &#8211; une fusion d'id&#233;es, de sentiments...&lt;/strong&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; dit donc lui-m&#234;me qu'il est un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;peintre d'&#233;tats&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour clore ce floril&#232;ge cette derni&#232;re phrase de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Pour un certain type de peinture, &lt;strong&gt;c'est instinctif&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pas comme si vous &#233;tiez en train de peindre un objet ou une chose en particulier, mais comme si &#231;a traversait votre syst&#232;me nerveux. C'est comme un syst&#232;me nerveux. La chose n'est pas d&#233;crite&#160;: elle se produit. Le sentiment accompagne l'action. La ligne suit le sentiment&lt;/strong&gt;, quelque chose de doux d'abord, d'onirique, qui devient quelque chose de dur, quelque chose d'aride, quelque chose de solitaire, la fin de quelque chose, le commencement de quelque chose.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op cit.&#034; id=&#034;nh4-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne vous aura pas &#233;chapp&#233; combien cette citation fait &#233;cho &#224; certaines choses dites pas Francis Bacon qui, m&#234;me s'il ne peignait pas de la m&#234;me mani&#232;re que &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, se trouve avoir eu une approche assez semblable quant &#224; la relation entre l'acte de peindre et le syst&#232;me nerveux. On se souviendra de deux choses qu'ils a dites, l'une dans ses entretiens avec David Sylvester et l'autre dans un entretien qu'il a accord&#233; &#224; Marguerite Duras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Une des choses que j'ai toujours essay&#233; d'analyser, c'est comment il se fait que, si l'image que vous recherchez s'est form&#233;e irrationnellement, il semble qu'elle agisse sur le syst&#232;me nerveux beaucoup plus fortement que si vous saviez comment vous pourriez la faire. Pourquoi est-il possible de rendre la r&#233;alit&#233; d'une apparence plus violemment de cette fa&#231;on qu'en faisant &#231;a rationnellement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &lt;strong&gt;Peut-&#234;tre que, si la facture est plus instinctive, l'image est plus imm&#233;diate.&lt;/strong&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Francis Bacon, entretiens avec David Sylverster, Ed Skyra, p.110&#034; id=&#034;nh4-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve comme toujours lorsqu'il s'agit de comprendre ce qui relie puissance d'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;image&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et puissance des affects, cette imm&#233;diatet&#233; qu'il faut entendre, comme nous le savons, comme l'absence d'interm&#233;diaires, d'&#233;crans, de filtres, entre l'&#233;motion et l'action. C'est cette absence de filtres qui assure &#224; ce qui est per&#231;u et qui est ensuite transcrit par le geste une puissance d'affecter celui qui regarde et voit qui soit &#224; la hauteur de l'affect qui a travers&#233; celui qui a peint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette conception de l'acte de peindre trouve avec le concept d'imagination technique et d'accident, sa traduction sans doute parmi les plus pr&#233;cises et les plus justes que des peintres aient pu donner de ce qu'impliquait l'acte de peindre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;On ne peut pas comprendre l'accident. Si on pouvait le comprendre, on comprendrait aussi la fa&#231;on avec laquelle on va agir. Or cette fa&#231;on avec laquelle on va agir, c'est l'impr&#233;vu, on ne peut jamais comprendre&#160;: it&#160;&#8216;s basically the technical imagination&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'imagination technique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. J'ai beaucoup cherch&#233; comment appeler cette fa&#231;on impr&#233;visible avec laquelle on va agir. Je n'ai jamais trouv&#233; que ces mots-l&#224;&#160;: imagination technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous comprenez, le sujet est toujours le m&#234;me. &lt;strong&gt;C'est le changement de l'imagination technique qui peut faire se &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;retourner&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; le sujet sur le syst&#232;me nerveux personnel.&lt;/strong&gt; Imaginez des sc&#232;nes extraordinaires, ce n'et pas int&#233;ressant du tout du point de vue de la peinture, &#231;a n'est pas l'imagination. L'imagination v&#233;ritable est construite par l'imagination technique. Le reste, c'est l'imagination imaginaire, &#231;a ne m&#232;ne nulle part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux pas lire Sade pour cette raison.&#160;&#199;a ne me d&#233;go&#251;te pas compl&#232;tement, mais &#231;a m'ennuie. De m&#234;me il y a des &#233;crivains mondialement connus que je ne peux pas lire non plus. Ils &#233;crivent des choses qui sont des histoires sensationnelles, seulement &#231;a. But they have not the technical imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toujours par les techniciens qu'on trouve les vraies ouvertures. L'imagination technique, c'est l'instinct qui travaille hors des lois pour retourner le sujet sur le syt&#232;me nerveux avec la force de la nature.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marguerite Duras, Outside, Ed Albin Michel, Entretien avec Francis Bacon, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe ici de relire cette phrase de Musil lue lors de la derni&#232;re s&#233;ance tant elle fait &#233;cho avec une pr&#233;cision remarquable avec ces d&#233;clarations de Bacon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le volume I de ses Journaux, &#224; la date du 14 ou 15&#160;novembre 1910 alors qu'il se trouve &#224; Rome, il note dans un cahier ceci&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;J'ai envie de dire&#160;: ces litt&#233;rateurs qui parlent avec d&#233;dain de leur travail. Kerr&#160;: la litt&#233;rature n'occupe qu'un petit canton de mon existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'oppos&#233;&#160;: la litt&#233;rature, c'est de la vie combin&#233;e avec plus d'audace et de logique. Une production ou mise &#224; jour par l'analyse,de possibilit&#233;s, etc. C'est une ardeur, capable de vous consumer jusqu'aux os, en vue d'une fin &#233;motionnelle d'ordre intellectuel. Le reste n'est que propagande. Ou c'est une lumi&#232;re qui na&#238;t dans la chambre, un sentiment dans la peau, quand on repense &#224; des &#233;v&#233;nements v&#233;cus qui resteraient, sinon, indiff&#233;rents ou confus.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Journaux, T.I, p.288&#034; id=&#034;nh4-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; a &#233;t&#233; impressionn&#233; pas des &#339;uvres de Bacon qu'il voit &#224; New York &#224; la fin des ann&#233;es 50 et qu'il dira avoir &#233;t&#233; influenc&#233; par elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui importe, c'est le parall&#232;le qu'il est possible et l&#233;gitime de faire entre leurs deux conceptions de l'acte de peindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette expression, ce terme de syst&#232;me nerveux est une autre traduction pour parler des affects, &#224; conditions de ne pas embrigader les affects dans une d&#233;finition sentimentaliste. L'affect n'a rien &#224; voir avec l'affectation. Il s'agit, avec ce syst&#232;me nerveux, de la modalit&#233; de r&#233;ception-transmission de ce qui touche &#233;meut bref affecte, et cela dans les deux aspects passif et actif de l'affect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi voit-on se dessiner devant nous une op&#233;ration qui consiste &#224; se laisser affecter par ce qui vient aussi bien du dehors, du grand dehors, que de ce que nous pouvons avoir accumul&#233; en nous, culturellement et personnellement, et de&lt;strong&gt; mettre en &#339;uvre une op&#233;ration de renversement int&#233;gral de la dimension &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;passive&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/strong&gt; de l'affect comme ce qui vient nous toucher en dimension active &lt;strong&gt;en faisant que ce qui nous a touch&#233; devienne source d'une action d'un acte&lt;/strong&gt;, ici l'acte de peindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut que cet acte soit &#224; la hauteur de l'affect et pour cela il importe que&lt;strong&gt; la relation affect passif - affect actif soit aussi directe et imm&#233;diate que possible&lt;/strong&gt;, que l'intensit&#233; de ce qui nous affecte soit en gros &#233;gale &#224; l'intensit&#233; de ce qui va permettre de produire le tableau, ou une partie, ou une &#233;tape dans la cr&#233;ation de ce tableau, et que cette intensit&#233; nous affecte en retour et pr&#233;cis&#233;ment ouvre alors la porte &#224; une reconversion du v&#233;cu en puissance d'action comme modalit&#233; du faire n&#233;cessaire &#224; l'accomplissement de l'&#339;uvre et comme mod&#232;le ou principe permettant de r&#233;it&#233;rer et de mesurer l'intensit&#233; n&#233;cessaire &#224; l'accomplissement d'autres &#339;uvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Bacon, il s'agit de cette imagination technique qui ne fait absolument pas d&#233;faut chez &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; qui lui va plut&#244;t pour r&#233;aliser cette op&#233;ration de la conversion des affects privil&#233;gier la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;peinture d'&#233;tat&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, autrement dit la mise en condition psychique comme condition de possibilit&#233; de l'accomplissement de l'acte de peindre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3582 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/cy-twombly-school-of-athens-1961-760x570.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH375/cy-twombly-school-of-athens-1961-760x570-289e1.jpg?1740397400' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-3582 '&gt;&lt;strong&gt;School of Athens 1961
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3582 '&gt;Cy Twombly
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Partie &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;III&lt;/span&gt;&#160;: Fonctions de la peinture&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1- L'arch&#233;ologie invers&#233;e et l'impasse du temps lin&#233;aire&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons bri&#232;vement &#233;voqu&#233; l'int&#233;r&#234;t de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; pour ce qu'il a nomm&#233; l'archa&#239;que et qui concerne en fait l'histoire antique, celle de Rome, de la Gr&#232;ce ou de l'&#201;gypte principalement. Il faut donc y revenir plus en d&#233;tail, car c'est l&#224;, non pas la seule source de son travail mais la grande source &#224; laquelle sa pens&#233;e vient s'abreuver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dire que cette source n'est autre que l'histoire, mais ce serait faire de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; un historien ce qu'il n'est pas, et encore moins un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;peintre d'histoire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et pourtant nombre d'oeuvres font r&#233;f&#233;rence &#224; des moments ou des personnages de l'histoire antique, mais cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;histoire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; n'a pas grand chose &#224; voir avec des &#233;v&#233;nements historiques et peu avec des personnages. Et le plus souvent, ce que l'on voit appara&#238;tre, ce sont aussi des lieux li&#233;s &#224; l'histoire et des divinit&#233;s telles Apollon et Venus, mais aussi, on y reviendra, Bacchus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, l'histoire pour &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, est un moyen de creuser &#224; travers les strates composant notre humus no&#233;tique qui est aussi notre pass&#233;. C'est en fait un moyen par ces forages trans-temporels de permettre &#224; des &#233;l&#233;ments de remonter &#224; la surface et de redevenir gr&#226;ce au travail du peintre et &#224; la possibilit&#233; offerte de voir les toiles, absolument actuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arch&#233;ologue donc mais travaillant non pas &#224; nous permettre de mieux conna&#238;tre telle ou telle strate du pass&#233;, mais de permettre &#224; des &#233;l&#233;ments essentiels ayant exist&#233; dans le pass&#233; d'exister &#224; nouveau sous un nouveau statut, celui de l'oeuvre, et d'exister maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce jaillissement du pass&#233; comme pr&#233;sent, si l'on doit continuer &#224; employer ces mots relevant de notre conception classique du temps, qui importe &#224; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; et qui constitue le c&#339;ur de cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;arch&#233;ologie invers&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui est une expression que l'on doit &#224; son ami Charles Olson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient du texte de Katharina Grosse lu lors de la s&#233;ance pr&#233;c&#233;dente. Il va nous aider &#224; pr&#233;ciser certains points majeurs et ici le rapport qu'entretien &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; avec l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Pour moi les tableaux de Twombly sont des voyages dans le temps dont les divers tours de passe-passe &#233;cartent de l'orbite de nos repr&#233;sentations mentales toute id&#233;e d'un temps lin&#233;aire.../&#8230; Je vois aussi comment Twombly superpose les lentilles temporelles de telle sorte que je peux me trouver simultan&#233;ment dans le pr&#233;sent et dans la Gr&#232;ce antique.../&#8230; Twombly n'utilise pas les po&#232;mes antiques, les textes mythiques et les &#233;chos de la peinture pari&#233;tale pour exhiber des preuves authentiques du pass&#233;, mais pour montrer que le d&#233;roulement lin&#233;aire des &#233;v&#233;nements ne sert qu'&#224; mettre de l'ordre dans nos pens&#233;es.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, Katharina Grosse, p.111-112&#034; id=&#034;nh4-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retenons en passant que de comprendre les tableaux de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; comme des voyages dans le temps met tout &#224; fait en perspective la boulimie de voyages qui a &#233;t&#233; au c&#339;ur de la vie de l'artiste. Mais ne prenons pas ces voyages pour ds vacances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mettre les choses au clair revenons &#224; la phrase cit&#233;e par Deleuze et qui est tir&#233;e du roman Mercier et Camier de Samuel Beckett, sorti en 1970&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Nous ne voyageons pas pour le plaisir de voyager que je sache, dit Camier. Nous sommes cons, mais pas &#224; ce point-l&#224;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc, il est erron&#233; de voir dans les voyages de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, l'activit&#233; d'un dandy riche ou au moins tr&#232;s ais&#233; et plut&#244;t l'activit&#233; d'un voyageur trans-temporel cherchant dans chaque voyage, voyages qui avaient lieu pour l'essentiel dans des pays dans lesquels ce qu'il y avait &#224; d&#233;couvrir relevait de l'antiquit&#233;, &#224; la fois &#224; s'immerger dans le temps long et &#224; creuser en lui des portes d'acc&#232;s &#224; ce qui de ce temps &#233;vanoui mais jamais mort pouvait entrer en connexion avec ses propres perceptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui nous importe le plus, c'est la r&#233;flexion de Katharina Grosse relative aux formes de la temporalit&#233; qui ne rel&#232;vent que d'une mani&#232;re de mettre de l'ordre dans nos pens&#233;es et en rien de nous offrir une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;vision&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de ce qui rel&#232;ve de l'histoire qui r&#233;ponde &#224; ce que comme &#234;tres pensants et sentants, nous vivons.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; situe son travail non pas dans un hors-temps qui &#233;chapperait &#224; l'histoire et &#224; ces vicissitudes, mais accomplit, par son travail et dans son travail, un ensemble d'op&#233;rations qui permettent d'acc&#233;der &#224; une v&#233;rit&#233; &#224; laquelle notre conception d'un temps lin&#233;aire nous interdit d&#233;sormais d'acc&#233;der. Cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;v&#233;rit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est pourtant coh&#233;rente avec les aspects de nos exp&#233;riences qui nous constituent des moments de perception a-temporelle ou extra-temporelle de certaines choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exp&#233;riences prennent la forme de moments v&#233;cus qu'il nous faut qualifier d'&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;extatiques&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour bien marquer leur mani&#232;re &#224; la fois d'&#234;tre d&#233;connect&#233;s ou de nous d&#233;connecter de la croyance, de notre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;foi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; en l'unicit&#233; du temps lin&#233;aire. Mais il faut aussi reconna&#238;tre qu'ils nous permettent de traverser l'&#233;paisseur de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;instants&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; particuliers nous permettent en quelque sorte des aller-retours sans m&#233;diation &#224; travers l'&#233;paisseur de strates historiques sur lesquelles on ne cherche pas &#224; dire quelque v&#233;rit&#233; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;historique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que ce soit, mais par l'&#233;vocation desquelles on parvient &#224; se sentir &#224; la fois affect&#233;s par l'histoire au sens le plus large du terme et lib&#233;r&#233;s de l'histoire puisque par ces &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;v&#233;lations&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; instantan&#233;es, en traversant les si&#232;cles, les mill&#233;naires, on parvient &#224; une connaissance par les affects, connaissance qui comme on le sait ne semble pas relever du temps lin&#233;aire ni de la logique des propositions mais de dimensions a-temporelles et a-logiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la puissance des affects qui devient ici &#224; la fois le vecteur et si l'on veut &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'objet&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de la connaissance. Les affects sont &#224; la fois ce qui de l'&#234;tre humain traverse, de mani&#232;re globalement inchang&#233;e, ce que l'on tient pour &#233;vident et qui n'est qu'un effet de la boucle r&#233;troaction de nos croyances rationnelles sur l'&#234;tre que nous sommes, et ce qui de nous jaillit et se tend &#224; la rencontre de ce qui vient &#224; nous. Cette connaissance par les affects est une puissance, comme l'imagination technique de Bacon, s'opposant &#224; notre connaissance rationnelle. Celle-ci se nourrit de nos affects mais ne parvient pas &#224; prendre acte de ce que cette connaissance par les affects nous dit, une v&#233;rit&#233; irrecevable sur le temps puisque comme la fourmi de 18 m&#232;tres, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;il n'existe pas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3587 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/cy-twombly-in-grottaferrata-1957.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH346/cy-twombly-in-grottaferrata-1957-e2ef4.jpg?1740403932' width='500' height='346' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3587 '&gt;Cy Twombly &#224; Grotta Ferrata
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- Les 9 discours sur Commode&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut se confronter directement &#224; quelque oeuvres si l'on veut parvenir &#224; bien percevoir ce qui est en jeu dans le travail de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;. Il est impossible de tout dire, &#233;videmment, mais il est possible de faire &#233;merger certains points majeurs, relatifs &#224; l'histoire en particulier et cela d&#232;s les premi&#232;res ann&#233;es de travail de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons en &#224; une &#339;uvre absolument marquante dans le parcours de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Nine discours on Commodus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, un ensemble de neuf toiles, pr&#233;sent&#233; en 1964 et qui a en quelque sorte act&#233; la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;rupture&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de l'artiste avec sa patrie, m&#234;me s'il y exposera tout au long de sa vie et reviendra presque chaque ann&#233;e travailler dans sa ville natale. Mais jamais plus il ne sera per&#231;u et accept&#233; comme un artiste vraiment am&#233;ricain. Il sera pr&#233;sent&#233; ou per&#231;u beaucoup plus un artiste europ&#233;en, c'est-&#224;-dire un artiste ayant d&#233;velopp&#233; des tropismes ne relevant pas d'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;am&#233;ricanit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; moderne et respectable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bref rappel s'impose. Cet ensemble de 9 toiles a &#233;t&#233; en principe termin&#233; le 31&#160;d&#233;cembre 1963, jour anniversaire de la mort de de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Commode_(empereur_romain)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Commode&lt;/a&gt;(31&#160;ao&#251;t 161-31&#160;d&#233;cembre 192) qui &#233;tait le fils de Marc Aur&#232;le, m&#234;me si l'on pense qu'il aurait pu &#234;tre le fils d'un gladiateur, sa m&#232;re &#233;tant friande de ce genre d'hommes et d'autant plus qu'il sera d'une force hercul&#233;enne et qu'il prendra part lui-m&#234;me en tant qu'empereur, &#224; des combats dans les ar&#232;nes du Colis&#233;e. Son r&#232;gne sera court &#224; cause d'une mort pr&#233;coce. Il est assassin&#233; par son esclave Narcisse alors qu'il venait d'&#233;chapper &#224; une des nombreuses autres tentatives d'assassinat ayant &#233;maill&#233; son r&#232;gne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Arriv&#233; sur le tr&#244;ne en 177, il gouverne durant trois ans aux c&#244;t&#233;s de Marc Aur&#232;le. &#192; la mort de ce dernier en 180, Commode commence &#224; r&#233;gner de mani&#232;re plus hostile au S&#233;nat. Il est rapidement surnomm&#233; Hercule en raison de combats de gladiateurs auxquels il participe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#232;gne de Commode est parfois consid&#233;r&#233; comme marquant la fin de la Pax romana. Son assassinat en 192 provoque une guerre civile et la fin de la dynastie des Antonins. Soumis &#224; la damnatio memoriae par le S&#233;nat, il est r&#233;habilit&#233; par Septime S&#233;v&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instar de Caligula ou N&#233;ron, son image reste celle d'un empereur cruel et sanguinaire, propag&#233;e par des auteurs latins qui, pour des raisons id&#233;ologiques et politiques, ont jou&#233; un r&#244;le consid&#233;rable dans le d&#233;veloppement de sa l&#233;gende noire. Cette image est cependant r&#233;&#233;valu&#233;e par la recherche contemporaine.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;note Wikipedia&#034; id=&#034;nh4-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la diff&#233;rence de son p&#232;re, Marc- Aur&#232;le, il n'a rien d'un empereur philosophe et a plus jouit de la vie que m&#233;dit&#233; sur elle, m&#234;me s'il a pris quelques mesures politiques lib&#233;rales comme de cesser les pers&#233;cutions contre les chr&#233;tiens qui reprendront aussit&#244;t apr&#232;s sa mort. C'est malgr&#233; tout un destin de com&#232;te se consumant rapidement en traversant le ciel romain, destin vou&#233; &#224; &#234;tre bref et rendu tragique par sa mort et ses exc&#232;s. C'est sans doute ce qui int&#233;resse le jeune &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; qui n'a que 35 ans lorsqu'il r&#233;alise ce chef &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait qu'il a lu les m&#233;moires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar et qu'il traverse une p&#233;riode o&#249; il peint des sujets graves et violents, ce qui semble aussi correspondre &#224; une ambiance li&#233;e &#224; cette &#233;poque puisque Warhol par exemple se lancera lui dans sa s&#233;rie &lt;i&gt;Death in America&lt;/i&gt;, peintures &#233;voquant les 129 morts dans un accident d'avion &#224; l'&#233;t&#233; 62.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en venir aux 9 grandes toiles &#224; fond gris, toutes &#224; peu de choses pr&#232;s de la m&#234;me taille, (200cmx134cm), qui sont cette fois &#224; l'&#233;vidence une sorte de portrait psychique de ce Commode.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il dira avoir choisi le fond gris pour que ce fond soit comme un espace n&#233;gatif permettant de compenser l'esth&#233;tique baroque des &#233;l&#233;ments pr&#233;sents sur la toile, et il revendiquera l'influence de Bacon &#224; ce moment-l&#224;. Mais c'est le d&#233;ploiement de cet ensemble et les &#233;l&#233;ments qui le composent qu'il importe de regarder en d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord la premi&#232;re toile met en sc&#232;ne un quadrillage fait &#224; la mine de plomb comme accroch&#233;s &#224; une ligne droite flanqu&#233;e des chiffres 1 et 2 &#224; chaque extr&#233;mit&#233;&#160;. Ces carr&#233;s accueillent deux masses &#233;voquant comme des h&#233;misph&#232;res c&#233;r&#233;braux agit&#233;s par des forces provenant des gestes qui les engendrent, connect&#233;es l'un &#224; l'autre, mais malgr&#233; tout distincts, masses plut&#244;t blanches faites avec des crayons &#224; la cire. Le mouvement qui les anime semble encore assez contraint et fait qu'on ne per&#231;oit pas de tendance forte indiquant que ces deux masses chercheraient &#224; &#233;chapper &#224; ce cadre &#224; l'aspect tr&#232;s &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;rationnel&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On pourra cependant y voir, comme le sugg&#232;re N. Cullinan, un quadrillage ressemblant &#224; celui des villes romaines, et donc le lire comme une forme de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;paysage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui explose sous les mouvement encore contenus des deux masses blanches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce deux masses seront le motif central de toutes les autres toiles, mais de blanches elles seront devenues essentiellement rougeoyantes pour ne pas dire sanguinolentes et quoique non plus prises dans le quadrillage mais reli&#233;es &#224; des lignes droites formant comme une survivance active de ce cadre disparu. Deux &#233;l&#233;ments majeurs apparaissent ici qui ouvrent sur un champ d'interpr&#233;tations convergentes permettant de commencer &#224; comprendre ce qui est en jeu dans l'&#339;uvre de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier rel&#232;ve de ce que je nomme &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;concept&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et le second de ce que je nomme &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;affect&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sensible&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est assez &#233;vident de voir dans le quadrillage et toute forme de ligne &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;droite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; manifestement trac&#233;e &#224; la r&#232;gle et souvent accompagn&#233;e de chiffres, un &#233;l&#233;ment manifestant la pr&#233;sence active dans le champ psychique de ce qui rel&#232;ve de la rationalit&#233; et par elle de ce qui tend &#224; nous faire appr&#233;hender l'existence, la vie donc, comme ce qui est soumis, et doit se soumettre, aux r&#232;gles issues de cette rationalit&#233; ou du moins ce qui doit s'y soumettre sous peine de ne pas pouvoir &#234;tre consid&#233;r&#233; comme digne d'&#234;tre consid&#233;r&#233; comme &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la vie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or chacun sait que la vie, si elle a part &#224; cette rationalit&#233; &#224; travers les inventions de l'esprit humains, ne d&#233;pend en rien de cette rationalit&#233; pour exister et se d&#233;ployer dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tension est en quelque sorte devenue &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;le propre de l'homme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Elle lui est &#224; la fois tout &#224; fait &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;int&#233;rieure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et tout &#224; fait &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ext&#233;rieure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, mais elle ne s'impose que dans un rapport diff&#233;rentiel ne laissant qu'&#224; un seul p&#244;le le soin de donner la mesure de toutes choses. L'homme se croit &#234;tre non seulement un &#234;tre raisonnable et rationnel, mais un &#234;tre qui ne peut et ne doit qu'&#224; cette rationalit&#233; sa puissance d'exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reconnaissance des affects, du monde affectif ou du monde du sentiment pour ne donner que deux ou trois des noms si vari&#233;s que l'on a donn&#233; &#224; ce &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;monde psychique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui &#224; la fois hante l'homme et lui permet d'envelopper la terre des visions incessantes qu'il produit, est aussi ancienne que le sont les humains. Mais, depuis quelques si&#232;cles et surtout depuis environ deux si&#232;cles, il ne lui est plus r&#233;serv&#233; d'autre part dans l'approche que les humains on du monde et d'eux-m&#234;mes, que celle r&#233;serv&#233;e aux cas limite ou de moindre importance, les fous et les gens b&#234;tes pour le dire en souriant. Or ces &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#233;tats&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; fr&#244;lant ou relevant apparemment de l'irrationnel ne m&#233;ritent pas, dit la raison, d'acc&#233;der au rang de facteurs offrants des perspectives gnos&#233;ologiques effectives et efficaces. La peinture de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; par exemple, en offre un d&#233;menti saisissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut au moins repr&#233;ciser ce cadre &#224; grands traits, car il appara&#238;t chez &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; d'une mani&#232;re r&#233;currente et pr&#233;cise faisant de ses &#339;uvres non seulement ce qu'elles sont, des compte rendus de voyages psychiques ou d'&#233;tats divers, des tentatives d'acc&#233;der ou de rendre compte du numineux et des mani&#232;res de faire exister l'&#233;ternit&#233; sur une toile, mais des comptes rendus de luttes plus ou moins directes entre affectivit&#233; ou sensibilit&#233;, et concept, si l'on entend donc ce terme comme la version radicalis&#233;e et synth&#233;tique d'une rationalit&#233; devenue et folle et tyrannique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons donc aux 9 tableaux. On y voit donc deux &#233;l&#233;ments qui ne semblent pas s&#233;parables m&#234;me s'ils sont distincts et que je n'ai pas de mal &#224; pr&#233;senter, voire m&#234;me ici &#224; identifier comme mettant en sc&#232;ne nos deux h&#233;misph&#232;res c&#233;r&#233;braux. On pourra trouver cela absolument exag&#233;r&#233;, mais &#224; la fois figuralement et psychiquement, tout nous conduit vers cette affirmation que ce qui est mis en sc&#232;ne &#8211; on ne dira pas de mani&#232;re &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;inconsciente&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; mais plut&#244;t expressive &#233;tant entendu que l'expression peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e le plus souvent comme la manifestation d'affects &#233;chappant au contr&#244;le de la raison &#8211; constitue un portrait psychique d'un personnage pour le moins bi-face pour ne pas dire schiz&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble bien que ce qui est venu &#224; l'esprit de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; pour en rendre compte, ce sont donc ces deux formes semblant &#224; la fois d&#233;velopper leur propre singularit&#233; et ne pouvant pas parvenir &#224; se s&#233;parer. Il appara&#238;t donc aussi qu'elles ne cessent de se livrer un combat sans fin, peut-&#234;tre pour que l'une parvienne &#224; dominer l'autre mais aussi pour que, l'une comme l'autre, tente d'&#233;chapper aux limites que la ligne droite toujours pr&#233;sente dans chacun des tableaux fait peser sur leur &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;libert&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, en ceci qu'elle rappelle par sa pr&#233;sence m&#234;me le socle de d&#233;part de cette folle aventure qui se d&#233;ploie sous nos yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On suivra donc &#224; la fois la m&#233;tamorphose de deux formes blanches en des formes color&#233;es bruissantes de violence, le retour inattendu des ces formes presque &#224; leur &#233;tat natif de masses blanches, mais cette fois accompagn&#233;es de projections l&#233;g&#232;res laissant percevoir une possibilit&#233; de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;lib&#233;ration&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; psychique &#233;chappant au pi&#232;ge de la violence dans le 6&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; tableau, la violence d&#233;goulinante de ce que l'on associe in&#233;vitablement au sang du tableau 8, les deux masses semblant ici &#234;tre au summum de leur lutte intestine, et la forme plus &#233;nigmatique du 9&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; dans lequel l'une des deux formes a rapetiss&#233; de mani&#232;re &#233;vidente, l'autre devenant non plus agit&#233;e de traces rouge mais jaune, sans que pour autant, mis &#224; part de changement notable de taille, rien ne semble avoir apais&#233; les lutteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue plus g&#233;n&#233;ral en prenant en compte l'ensemble de l'oeuvre, il semble que cette &#339;uvre qui est encore de jeunesse et peut-&#234;tre la premi&#232;re de la maturit&#233; montre &#224; la fois que &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; dispose d&#233;j&#224; de l'ensemble de son vocabulaire pictural, mais surtout qu'il a en quelque sorte identifi&#233;, avec cette &#339;uvre majeure, les grandes &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;lois&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui vont gouverner son parcours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces 9 discours sur Commode sont &#224; la fois une oeuvre programmatique et une &#339;uvre unique qui tout en mettant en sc&#232;ne les principaux motifs qui traverseront l'oeuvre, nous dispense un v&#233;ritable enseignement sur sa position existentielle et picturale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; est un homme de l'affectivit&#233; mais qui a compris d&#232;s cette &#233;poque et sans doute d&#232;s ses premi&#232;res oeuvres que non seulement l'&#234;tre humain est en proie &#224; la schize mais que cette schize n'est pas n&#233;cessairement r&#233;ductible &#224; une forme ou une autre de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;folie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, de schizophr&#233;nie pour le dire vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, cette schize est la forme m&#234;me dans laquelle la psych&#233; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ek-siste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et que plonger ses pinceaux dans le monde de l'affectivit&#233; pour, &#224; la fois le d&#233;couvrir, le conna&#238;tre et comprendre ce dont il est capable ou ce qu'il est capable de nous apporter, fait de la peinture un champ non seulement d'exp&#233;rimentation mais un champ de connaissances nouvelles tant sur le psychisme que sur ses capacit&#233;s &#224; prendre en charge ce dont la raison veut ou voudrait qu'il se d&#233;barrasse, la sensibilit&#233; et les affects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce que la peinture va faire remonter au grand jour &#224; travers l'&#339;uvre de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, c'est quelque chose qui aura &#224; voir moins avec les &#233;tats psychiques qu'il faut atteindre pour se mettre au travail et faire exister en soi le plus longtemps possible lors du travail, qu'avec ce que de tels &#233;tats, oscillants entre absence de contr&#244;le et perte de contr&#244;le, peuvent nous apprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont de tels &#233;tat qui permettent de transmettre de ce qu'il en est de ce mode de fonctionnent psychique qui advient lorsque la raison, l'entendement, le concept ne gouvernent pas les gestes mais que ces gestes sont en quelque sorte dict&#233;s par l'impact que produit sur un homme la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;manifestation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; du numineux, manifestation v&#233;cue par lui, &#224; la fois dans de nombreux moments de sa vie, mais aussi, n&#233;cessairement, lors des moments de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, en fait, on se situe au plus pr&#232;s pour ne pas dire directement dans ce que je nomme &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;strong&gt;&#160;l'atelier des dieux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/strong&gt;. Il faut cependant clore cette s&#233;quence en rappelant que ces &#339;uvres auront &#233;t&#233; montr&#233;es en 1964 chez Castelli et auront re&#231;u un accueil globalement n&#233;gatif. Rien n'aura &#233;t&#233; vendu et mis &#224; part Richard Serra et &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Brice_Marden&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Brice Marden&lt;/a&gt;, les jugements, &#224; l'aune de celui de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Donald_Judd&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Donald Judd&lt;/a&gt;, auront &#233;t&#233; tous n&#233;gatifs. D&#233;j&#224; les trois premi&#232;res expositions de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; chez Castelli n'avaient gu&#232;re march&#233;, mais celle-ci fut donc accompagn&#233;e de d&#233;clarations hostiles. Il faut se rappeler que c'&#233;tait l'&#226;ge d'or du minimalisme et que l'art &#224; New York se d&#233;veloppait dans une opposition radicale &#224; tout ce qui &#233;tait europ&#233;en. Et &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; va &#234;tre per&#231;u comme un peintre ayant fait all&#233;geance &#224; la vieille Europe. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;L'art europ&#233;en ne m'int&#233;resse absolument pas et je pense qu'il est fini&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d&#233;clare Judd &#224; ce moment-l&#224;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, Nicholas Cullinan, p.84, col 2.&#034; id=&#034;nh4-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La messe &#233;tait dite. Quelque lignes plus loin, l'auteur note que la peinture de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;incarnait tout ce que Judd m&#233;prisait&#160;: l'historicit&#233;, la composition et une dette envers a tradition europ&#233;enne.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem&#034; id=&#034;nh4-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; n'est d'ailleurs pas venu pour le vernissage et cela renforcera son d&#233;sir de rester en Europe et d'y faire carri&#232;re m&#234;me s'il continuera, on l'a dit, &#224; venir travailler chaque ann&#233;e dans sa ville natale et &#224; exposer &#224; New York.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 Dans l'atelier des dieux&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a, on le sait, assez de mati&#232;re &#224; r&#233;flexion &#224; extraire de l'&#339;uvre de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; pour un s&#233;minaire d'une ann&#233;e. Nous nous en tiendrons, ici, &#224; l'analyse de quelques autres &#339;uvres qui nous permettront d'aborder les derniers aspects majeurs de ce travail, aspects tant techniques ou th&#233;matiques que philosophiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reviendrons donc au texte de Katharina Grosse en particulier puisqu'elle ouvre deux piste importantes relatives &#224; la question de la temporalit&#233; en peinture, mais c'est sur la fonction des noms, des mots, de la po&#233;sie et sur la pr&#233;sence des dieux antiques dans les &#339;uvres de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; qu'il faut maintenant revenir car ils sont parmi les &#233;l&#233;ments les plus marquants parmi ceux peuplant les &#339;uvres jalonnant sa longue carri&#232;re. C'est donc par les mots que nous allons donc p&#233;n&#233;trer dans l'atelier des dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a dit les voyages incessant et &#224; travers eux, la qu&#234;te de mondes disparus, les lectures d'auteurs grecs ou latins en particulier, son int&#233;r&#234;t pour l'architecture, mais aussi et surtout pour les paysages, les ambiances li&#233;es aux &#233;l&#233;ments, soleil, vent pluie, atmosph&#232;re de la m&#233;diterran&#233;e qu'il voyait essentiellement &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;blanche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et &#233;videmment pour certains peintres et en particulier pour Poussin. &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; aurait en effet aim&#233; non pas tant conna&#238;tre Poussin lui-m&#234;me que pouvoir d&#233;couvrir Rome &#224; l'&#233;poque de Poussin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans des &#339;uvres comme Apollon, V&#233;nus (1975) ou Pan (1980), &#339;uvre compos&#233;e, elle, de sept tableaux distincts de tailles diff&#233;rentes,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, p146-149&#034; id=&#034;nh4-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; met en sc&#232;ne des noms de dieux grecs, noms nettement pr&#233;sents sur les toiles et, pour Pan, prenant tout l'espace du premier tableau. On aura in&#233;vitablement tendance &#224; regarder ces &#339;uvres comme li&#233;es donc au nom de ces dieux et comme de tentatives bien peu picturales de les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;repr&#233;senter&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3583 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/appolon.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L474xH529/appolon-8aba3.jpg?1740403932' width='474' height='529' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-3583 '&gt;&lt;strong&gt;Appolon
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3583 '&gt;Cy Twombly
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apollon et V&#233;nus sont des toiles compos&#233;es uniquement mots, sauf un petit amas de trait rouge en boule pour V&#233;nus. Outre les noms &#233;crits en bleu pour l'un et en rouge pour l'autre dans des lettres majuscules de grande taille, le reste du tableau est compos&#233; d'une liste d'&#233;picl&#232;ses de chacune de ces divinit&#233;s en &#233;criture cursive et d'autres mots pouvant faire r&#233;f&#233;rence de pr&#232;s ou de loin &#224; des &#233;l&#233;ments associ&#233;s &#224; leur nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se demander o&#249; se trouve la dimension plastique de ces tableaux et se demander &#224; quoi &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;joue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; en les r&#233;alisant. Mais on peut aussi y voir une tentative de saisir les &#233;l&#233;ments &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;numineux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui r&#233;v&#232;lent la puissance agissante de la divinit&#233; &#224; travers des demandes qu'on lui adresse et donc une accumulation d'&#233;picl&#232;ses, qui sont les noms que l'on associe au dieu en fonction de la situation g&#233;ographique du temple ou surtout de l'aspect particulier de l'une ou l'autre de ses fonctions sur laquelle on veut insister ou que l'on invoque donc plus particuli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient, ici, que le numineux est un mot utilis&#233; et install&#233; dans le champ des r&#233;f&#233;rences culturelles par Rudolph Otto, un th&#233;ologien protestant qui a su mieux que d'autres rendre compte de cette dimension &#224; la fois &#233;vidente et myst&#233;rieuse de ce que l'on nommait encore alors l'irrationnel et qui se manifestait &#233;videmment dans le champ global du sacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Numen est un mot latin neutre (numen, numinis) qui devient numina au pluriel. Il d&#233;rive du verbe intransitif nuo, nuere qui signifie faire un signe de la t&#234;te. Ce signe peut manifester un consentement ou une r&#233;pudiation. Litt&#233;ralement, ce mot signifie une injonction, une volont&#233;1. Les significations de ce terme varient selon le contexte de son emploi&#160;: culture latine, &#233;tude des religions, psychologie, sociologie ou &#233;conomie politique. Cic&#233;ron utilise ce terme pour signifier la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;puissance agissante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'un dieu romain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude g&#233;n&#233;rale des religions utilise aussi le mot numen, et parfois son pluriel numina, dans un sens assez proche de celui des latins. Un adjectif fran&#231;ais d&#233;rive de ce mot&#160;: numineux. Le th&#233;ologien luth&#233;rien allemand &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Rudolf_Otto&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rudolf Otto&lt;/a&gt; (1869 &#8211; 1937) utilise le terme &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;numineux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour qualifier le niveau atteint par la pens&#233;e sis au-del&#224; de l'&#233;thique et du rationnel, niveau qui se pr&#233;sente &#224; la conscience sous l'aspect d'un myst&#232;re per&#231;u simultan&#233;ment comme effrayant et fascinant.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieux encore, il est bon d'entendre ce qu'a pu &#233;crire Rudoph Otto dans son livre Le sacr&#233; (Ed Payot).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce numineux donc rel&#232;ve du sentiment, autant dire des affects. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;C'est le sentiment du mysterium tremendum, du myst&#232;re qui fait frissonner. Le sentiment qu'il provoque peut se r&#233;pandre dans l'&#226;me comme une onde paisible&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est alors la vague paisible d'un profond e recueillement.../&#8230; Il peut aussi surgir brusquement de l'&#226;me avec ses chocs et des convulsions. Il peut conduire &#224; d'&#233;tranges excitations, &#224; l'ivresse, aux transports, &#224; l'extase&#8230;./&#8230; Il peut devenir le silencieux et humble tremblement de la cr&#233;ature qui demeure interdite...en pr&#233;sence de ce qui est, dans un myst&#232;re ineffable, au-dessus de toute cr&#233;ature.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rudolph Otto, op. cit., p.36&#034; id=&#034;nh4-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, on le sait, nommera &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;le sublime&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; une version sensiblement plus synth&#233;tique et moins &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;violente&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; du numineux, mais tout &#224; fait &#233;quivalente rapport&#233;e &#224; l'&#233;poque &#224; laquelle cette notion appara&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est bien dans ces strates-l&#224; du psychisme qu'il faut aller chercher ce qui est en jeu dans la peinture de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;. C'est en tout cas cela qu'il tente &#224; la fois de faire exister dans ses toiles et d'offrir &#224; qui les regarde, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ce frisson d'horreur qui repara&#238;t sous la forme infiniment plus noble du saisissement qui rend l'&#226;me muette et la fait trembler jusque dans ses derni&#232;res profondeurs.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit., p.42&#034; id=&#034;nh4-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on repense un instant aux 9 discours sur Commode, on comprend que ce n'est pas seulement le c&#244;t&#233; monstrueux du personnage qui a int&#233;ress&#233; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; mais bien ce qu'&#224; travers lui il percevait d&#233;j&#224; assez nettement, ce frisson d'horreur qui n'avait pas &#224; voir qu'avec une figure du mal mais bien avec la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pr&#233;sence&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; des dieux encore aujourd'hui dans notre monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par pr&#233;sence des dieux, il faut entendre d'une part leur capacit&#233; &#224; nous affecter encore aujourd'hui et d'autre part la capacit&#233; des humains &#224; percevoir cette pr&#233;sence et &#224; la faire exister en eux et pour eux. Et la mani&#232;re la plus directe que les dieux ont encore aujourd'hui pour se manifester &#224; nous, au-del&#224; et en-de&#231;&#224; e ce que l'on peut apprendre et savoir d'eux, c'est tout simplement leur nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ce nom, sa sonorit&#233;, sa musicalit&#233;, qui est susceptible d'&#233;veiller chez &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, comme en chacun de nous, des sensations, des affects qui en quelque sorte le soul&#232;vent, on pourrait dire le mettent &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;hors de lui&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, affects &#224; partir desquels il se sent soudain capable de r&#233;pondre, les transformant en affects actifs, en faisant une toile. C'est sa mani&#232;re &#224; lui de faire exister quelque chose de cet ordre en tout cas.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3584 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/cy-twombly-herodiade_1960_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH321/cy-twombly-herodiade_1960_blog-7ea55.jpg?1740403932' width='500' height='321' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-3584 '&gt;&lt;strong&gt;H&#233;rodiade 1960
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3584 '&gt;Cy Twombly
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ici, dans la toile Apollon, la liste des &#233;picl&#232;ses est bien une mani&#232;re de faire sonner et r&#233;sonner &#224; partir du nom des vibrations potentiellement infinies capables de conduire &#224; un sentiment d'ivresse constituant une source d'acc&#232;s possible au numineux, entendons au dieu m&#234;me, tel qu'il peut &#234;tre approch&#233; aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut aussi mentionner d'autres oeuvres dans lesquelles les mots et les noms jouent un r&#244;le majeur. Il suffira de parler de celle qui s'intitule sans titre (Say goodbye Catullus to the shore of Asia Minor) de 1994, &#339;uvre immense puisqu'elle fait 15 m&#232;tres de large sur 4 m&#232;tres de haut. Ces mots sont tir&#233;s d'un po&#232;me de Catulle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;84-54 avant notre &#232;re, po&#232;te romain de l'&#233;poque de C&#233;sar qu'il fr&#233;quentera, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments sur ce seul tableau pourraient offrir le cadre d'un s&#233;ance compl&#232;te. Retenons seulement que la musicalit&#233; de ce fragment de po&#232;me a suffit &#224; elle seule &#224; transporter litt&#233;ralement &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; dans des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;transes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; particuli&#232;res, au sens o&#249; l'accomplissement de cette &#339;uvre &#224; Lexington qu'il avait commenc&#233;e &#224; Rome en 1971, puis reprise en 1980, va donc &#234;tre termin&#233;e &#224; Lexington et ouvrir une p&#233;riode d'une tr&#232;s grande cr&#233;ativit&#233; qui commencera &#224; cette &#233;poque et ne se terminera qu'avec sa mort en 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend &#224; travers cet exemple que &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; ne peint pas uniquement dans l'urgence, m&#234;me si cela lui arrive, et qu'il peut &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;m&#233;diter&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; une toile aussi longtemps que n&#233;cessaire jusqu'&#224; trouver les forces et l'&#233;tat qui permettront de l'accomplir et comme il le d&#233;clare aussi, qu'il aime &#224; travailler sur plusieurs toiles en parall&#232;le. Mais l'important ici, c'est la puissance d&#233;terminante des mots de leur sonorit&#233; comme facteur d&#233;terminant dans l'&#233;veil psychique permettant d'accomplir une &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#233;voquons malgr&#233; tout rapidement ce qu'il en dit et ce que l'on peut en lire sur le site de la galerie Gagossian.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh4-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;According to Twombly, the painting should be read, contrary to Western convention, from right to left&#8212;from east to west, that is, like Catullus's solitary return from Asia Minor to Rome, or like Twombly's own journey with his monumental painting from Rome to Lexington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;I think of the painting's movement as falling.&#160;.&#160;.&#160;. It cascades and it exits on the left. The painting is about life's fleetingness. It's a passage.&#8221; &lt;/strong&gt; Cy Twombly&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Read in this way, the painting, a work of three abutting panels, opens at top right with fragments of lines from Rainer Maria Rilke's &#8220;Tenth Duino Elegy&#8221; (1922), in blood red, and set there like a motto&#160;: &#8220;How you gaze / beyond / on bitter duration / the bitter duration / to See an end / ( . . . ) our winter / our dark evergreen / Our dear / duration / Our time.&#8221; The fragment from the second of George Seferis's Three Secret Poems (1966) at the bottom-right edge also evokes death&#160;: &#8220;and yet there on / the other Shore / under the dark gaze / Sun in your eyes / You were there / the other side / the other dawn / the other birth / &amp; yet there you were / in the vast / time / drop by drop.&#8221; To the left, below the painting's center, we read Rilke's verse &#8220;His Mortal heart / presses out / an inexhaustible / wine / wine / wine&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sonnets to Orpheus, 1922&#034; id=&#034;nh4-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; and to the left of that lies a fragment by Archilochus, from the seventh century &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BC&lt;/span&gt;&#160;: &#8220;In the hospitality of War / we left them their dead / as a gift to remember / us by.&#8221; The central canvas shows remnants of phrases that Twombly once considered possible titles for the work&#160;: &#8220;Idleness,&#8221; from the line &#8220;On mists in idleness,&#8221; by the Romantic poet John Keats, as well as &#8220;The Anatomy of Melancholy&#8221; and &#8220;The Aatomia of melancholia,&#8221; references to Robert Burton's&#160;Anatomy of Melancholy&#160;(1621).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;When shown at Gagosian in 1994&#8211;95, the work was simply called&#160;Untitled Painting.&#034; id=&#034;nh4-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To the right we find the concluding lines from Rilke's &#8220;Tenth Duino Elegy&#8221;&#160;: &#8220;and you who have / always thought of / happiness rising / would feel the / emotion / that almost over / whlmes / whenever happines falls,&#8221; as well as the fragment &#8220;(&#160;.&#160;.&#160;.&#160;) of AiR,&#8221; from Rilke's &#8220;An die Musik&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On music, 1918&#034; id=&#034;nh4-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Next to an aimlessly spinning circle of lines, symbolizing the passage from life to death, the word &#8220;[me]mory&#8221; forms the transition from the eruptive cascades of color at the right to the grisaillelike, Cimmerian, left-hand part of the painting.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For Twombly, the pictorial space of his Catullus canvas was &#8220;a loose gravitation comparable to mythology itself which also has no center of gravity.&#8221; At the transition to the work's left-hand panel, floating vertically down through this a perspectival, centerless space, unknown to Western pictorial aesthetics, are verses from Rilke's &#8220;Ninth Duino Elegy&#8221; (1922)&#160;: &#8220;this fleeting world / Which in Someway / Keeps calling to us / Us the most / fleeting of all / Once for each thing / Just once no more / And we too, Just / once / and never again / But to have / Been / this once / completely / even if only / once.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Below come lines from Seferis's &#8220;Automobile&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;c. 1931&#034; id=&#034;nh4-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#160;: &#8220;high &amp; light / how the dizzininess / slipped away / like a fish / in the sea.&#8221; Partly interwoven with these wander erratic inscriptions&#160;: the name of the Greek musician &#8220;orpheus&#8221; and the names of three Egyptian deities, &#8220;Khonsu,&#8221; &#8220;Amun,&#8221; and &#8220;Maat.&#8221; On the left panel itself, verses from Richard Howard's &#8220;1889 Alassio&#8221; (1969) flicker as if stammering&#160;: &#8220;Shining white / AiR / ShiNiNg White AiR trembling in / TReMbling in White / in white light light / reflected in the white / flat sea / flat Sea / La Bella noia.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Between shrill eruptions of color and boats that disappear into a gray nothingness, Twombly's inscriptions span a panorama in some ways similar to a parable, encompassing farewell, affirmation, mourning, and crossing over.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3586 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;76&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/goodbye_catulus_to_the-shores-of-asia-minor_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH680/goodbye_catulus_to_the-shores-of-asia-minor_blog-6c4c2.jpg?1740403932' width='500' height='680' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-3586 '&gt;&lt;strong&gt;Goodbye Catullus to the shores of Asia minor
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3586 '&gt;Cy Twombly, panneau de gauche
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;The prevalent themes, elevated to the status of myth, are Catullus's &#8220;saying goodbye to something and coming back on a boat,&#8221; Orpheus's descent to the underworld, Twombly's own journey on the Nile, and his homecoming to Lexington in 1993. The canvas, fifty-two feet long, which he worked on for over twenty years, for Twombly symbolized a journey through life and toward drifting into death. &#8220;I think of the painting's movement as falling. . . . It cascades and it exits on the left.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The painting is about life's fleetingness. It's a passage. It starts on the right and as you move to the left it just goes out.&#8221;&#160;Untitled (Say Goodbye, Catullus, to the Shores of Asia Minor) is a painted and written trace of life, of our being here, and of our bidding farewell&#8212;for Twombly, &#8220;a passage through everything.&#8221;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3585 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;76&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/goodbye_catulus_detail_panneau-drt_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH673/goodbye_catulus_detail_panneau-drt_blog-7127d.jpg?1740403932' width='500' height='673' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-3585 '&gt;&lt;strong&gt;Goodbye Catullus to the shores of Asia minor
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3585 '&gt;Cy Twombly, panneau de droite
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sans s'attarder plus avant sur ce tableau, on retiendra cependant d'une part ce que &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; indique en disant qu'il faut la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;lire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de droite &#224; gauche et non sans le sens inverse, et d'autre part qu'il consid&#232;re que cette toile parle de la fugacit&#233; de la vie et d'une forme de chute non pas comme celle li&#233;e au p&#233;ch&#233; mais comme un mouvement de passage vers autre chose. Nous y reviendrons d'ici eu lorsque nous &#233;voquerons un autre ensemble de toiles li&#233;es au pharaon S&#233;sotris I&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4- M&#233;ditation sur la ligne&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pas possible ici de d&#233;velopper absolument tous les enjeux et tous le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;th&#232;mes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou &#233;l&#233;ments essentiels jouant un r&#244;le dans les &#339;uvres de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;. Il y a en a un que l'on a d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; et sur lequel il faut imp&#233;rativement revenir qui est la ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit imm&#233;diatement qu'il y a un grand nombre de types de lignes dans ces &#339;uvres. On peut essayer d'en faire une liste sans doute pas exhaustive mais suffisante pour faire appara&#238;tre la richesse de ce qui est &#224; la fois un motif absolument propre &#224; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, et un &#233;l&#233;ment actif dont la fonction est d'incarner, si l'on peut le dire ainsi, la peinture en tant que telle ou plus exactement de montrer &#224; la fois ce qu'il en est de la peinture et ce qu'il en est de ses limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, on l'a bien compris, &#224; l'&#233;vidence &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; n'est pas un peintre comme les autres m&#234;me s'il s'empare des enjeux de la peinture pour les faire exister une fois encore, une fois de plus dans un monde qui semble ne plus vouloir avoir affaire &#224; elle ou alors sous des modalit&#233;s qui en nient la singularit&#233; et la puissance, et ainsi montrer que la peinture peut encore dire quelque chose d'essentiel et ne pas &#234;tre cantonn&#233;e &#224; la fonction d'&#233;l&#233;ment de d&#233;coration insignifiant pour le dire vite qui lui est d&#233;sormais r&#233;serv&#233;e. &#192; l'exception, il est vrai de quelques grands peintres qui parviennent &#224; faire exister la peinture dans une relation tendue, incisive et de non conciliation avec les exigences implicites et explicites qu'il y a aujourd'hui &#224; produire des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;images&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc &#224; la fois constater et partir du principe que les &#339;uvres de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; ne sont pas des images et qu'elles font plus que d'&#233;chapper au pi&#232;ge de l'image, elles retournent contre les images, disons les images techniques, et tout ce qui dans la production d'images apparemment non techniques est n&#233;anmoins sous la coupe de la conception technique des images, la puissance qui de toujours les a port&#233;es. Et pour y parvenir ces &#339;uvres picturales doivent imp&#233;rativement inventer de nouvelles mani&#232;res de peindre. L'enjeu n'a plus rien &#224; voir avec abstraction ou figuration, mais avec &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;modalit&#233; de la soumission au concept&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;possibilit&#233; d'invention &#224; partir du sensible&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#339;uvres de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; viennent travailler le corps de la peinture au sens transhistorique du terme, ou, si l'on pr&#233;f&#232;re travailler au corps la peinture pour lui permettre de trouver une existence et de l'imposer dans un monde qui ne semble plus avoir pour elle aucune consid&#233;ration. On pourrait prolonger ce discours au sujet de la litt&#233;rature, &#233;videmment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;logiciels de plagiat&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; imb&#233;ciles n'existaient pas encore mais d&#233;j&#224; les images techniques avaient quitt&#233; le champ de la seule photographie et de la reproduction sur papier pour envahir les &#233;crans et l'on pouvait parfaitement savoir &#224; quoi s'en tenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme on l'a d&#233;j&#224; aper&#231;u, il utilise certes le geste pour parvenir &#224; ses fins, mais ces gestes sont pour l'essentiel actifs &#224; travers des lignes. On peut donc rep&#233;rer diff&#233;rents types de lignes&#160;:
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la ligne droite trac&#233;e la r&#232;gle et tout ses avatars le quadrillage et toutes les formes g&#233;om&#233;triques, rectangulaires le plus souvent dont on voit alors qu'elle sont soumise &#224; des forces efficaces puisqu'elles peuvent se mettre &#224; se multiplier et &#224; trembler soit dans leurs lignes m&#234;me soit comme ensemble de formes compos&#233;e de lignes qui commencent lentement &#224; ne plus &#234;tre vraiment g&#233;om&#233;triques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, 9 discours on Commodus, p. 90 &#224; 97 et toutes les &#339;uvres, p.132 &#224; 139&#034; id=&#034;nh4-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des lignes qui se d&#233;ploient comme des lignes tronqu&#233;es mais reprises sans fin et qui transforment la toile en une vue de pr&#232;s d'une mer d&#233;mont&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nini's painting, 1971, CCP, p.142-143&#034; id=&#034;nh4-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la ligne qui revient sur elle-m&#234;me avec une faible amplitude et qui forme un sorte de rature&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bacchanalia, 1977, CCP, p152-153&#034; id=&#034;nh4-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la ligne qui s'envole et revient sur elle-m&#234;me mais avec une certaine amplitude et qui peut soit donner naissance &#224; une forme au sens o&#249; au centre de ce mouvement globalement rotatif reste un vide, soit finir par donner naissance &#224; une forme pleine au sens o&#249; les lignes se son m&#234;l&#233;es au point de remplir le vide qui pouvait encore &#234;tre pr&#233;sent lors du commencement du geste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, Couronnement de Sesotris, p.179, ou Fifty days at Illiam&#160;: shield of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des lignes qui sont plut&#244;t des traits et qui servent &#224; former les mots ou &#224; dessiner des formes reconnaissables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, Sans titre (Bolsena&#034; id=&#034;nh4-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; 1969, p.141, Apollo et Venus, 1975, p.146-147, Apollo and the artist, 1975, p.144]]
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des lignes enfin qui semblent pouvoir &#234;tre des lignes d'&#233;criture et qui en fait se d&#233;ploient comme des torsades de plus ou moins grande amplitude traversant toute la largeur de la toile ou de la feuille de papier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, sans titre (Bacchus) 2005, p.198-199&#034; id=&#034;nh4-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3588 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/untitled_bacchus_2008_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH335/untitled_bacchus_2008_blog-c684f.jpg?1740403932' width='500' height='335' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-3588 '&gt;&lt;strong&gt;Bacchus
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3588 '&gt;Cy Twombly
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res lignes sont les plus &#233;nigmatiques puisqu'elles rel&#232;vent &#224; la fois de la ligne, une ligne potentiellement droite mais qui &#233;chappe &#224; l'emprise de la rectitude imm&#233;diatement pour s'enrouler sur elle-m&#234;me. Elle rel&#232;ve aussi de l'&#233;criture, et en effet parfois on peut lire ou deviner des mots dans ces lignes enroul&#233;es, mais c'est une une &#233;criture qui ne parvient pas &#224; former des phrases &#224; int&#233;grer le sens dans son trac&#233;, c'est-&#224;-dire &#224; entrer l&#224; encore dans la dimension du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;concept&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; si l'on s'accorde sur le fait que chaque mot est &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;un concept&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; comme le dit Nietzsche. Une telle ligne semble en proie &#224; une sorte de folie &#224; peine contr&#244;l&#233;e qui r&#233;sonne comme un cri ou qui met en sc&#232;ne une forme d'ivresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le comprend, la ligne est au c&#339;ur de l'enjeu qui traverse l'&#234;tre tout entier du peintre &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, si l'on s'accorde &#224; comprendre l'enjeu qui anime l'acte de peindre comme une lutte sans fin des affects contre les r&#232;gles et les lois du concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas exag&#233;r&#233; de voir dans la ligne droite et les formes g&#233;om&#233;triques, les modalit&#233;s de l'activit&#233; de la rationalit&#233; comme tentative d'&#233;tendre son emprise sur le monde. Et il n'est pas plus exag&#233;r&#233; de voir dans les autres lignes, diff&#233;rentes modalit&#233;s de manifestation des affects, toutes cependant tendues vers ce but &#224; la fois vital inaccessible et n&#233;anmoins partageable ou transmissible fut-ce de mani&#232;re indirecte, de permettre &#224; l'artiste de peindre en relation la plus directe possible avec ce qui ne r&#233;pond pas aux injonctions de la rationalit&#233; et de permettre &#224; qui verra ses toiles d'acc&#233;der aussi &#224; une certaine &#233;motion li&#233;e &#224; ces manifestations du numineux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc s'arr&#234;ter un instant sur ces derni&#232;res, non que les autres ne soient pas int&#233;ressantes et importants, mais on va les revoir encore un peu plus tard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tenons-nous en &#224; l'&#339;uvre intitul&#233;e Sans titre, (Bacchus) 2005, une toile de plus de 3 m sur plus de 4 m. La taille de la toile est importante car elle permet de prendre la mesure de la d&#233;mesure du geste que l'on voit &#224; l'oeuvre. On comprend ce que &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; voulait dire quand il racontait que rester sur l'&#233;chelle &#233;tait fatiguant. Et l'on comprend ais&#233;ment que ces lignes n'ont d&#233;finitivement rien &#224; voir avec des dessins d'enfant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe, ici, c'est que l'on est plong&#233; au c&#339;ur du conflit entre les forces agissant en vue de l'ordre et celles agissant au nom des affects. Il y a outre la couleur rouge et le fond orange pale, &#233;l&#233;ments qui mettent en sc&#232;ne une forme de violence, l'enroulement de chaque ligne sur elle-m&#234;me et le fait qu'elles sont port&#233;es et emport&#233;es par une v&#233;ritable ivresse. Cette ivresse, le titre entre parenth&#232;se vient la renforcer puisqu'il s'agit ici d'&#233;voquer sous son nom latin le grand dieu Dionysos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'il faut comprendre, c'est que ces lignes emport&#233;es par la violence radieuse de l'ivresse contiennent encore des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;traces&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de pr&#233;sence des forces travaillant du c&#244;t&#233; du concept, m&#234;me si ces traces sont r&#233;duites au minimum. En effet, le mot et donc le nom de Bacchus quoique pr&#233;zent est &#224; peine d&#233;chiffrable dans la toile m&#234;me, ce qui laisse entendre que ce sont bien les affects qui l'emportent, ici, dans ce combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le comprend donc, ces lignes, m&#234;me trac&#233;es par une main qui serait celle d'un Bacchus ivre lui-m&#234;me, peuvent &#224; chaque instant devenir ou redevenir, basculer en tout cas, du c&#244;t&#233; des lignes d'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas qu'il faudrait faire attention pour que cela n'arrive pas, car on se demande bien &#224; quoi faire attention, mais il faut &#234;tre attentif &#224; ce qui traverse le corps pensant et sentant. Car c'est l&#224; le travail ou la fonction du peintre lorsqu'il s'appelle &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, veiller &#224; ne pas laisser se refermer sur l'intensit&#233; des affects, qui se d&#233;ploient, la violence du concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peintre, ici, est celui qui sait que telle est sa tache. Et nous avons pris acte de ce que les affects sont ces &#233;l&#233;ments dont on per&#231;oit qu'ils sont en nous la manifestation du numineux ou plus exactement ce qui peut avenir lorsque un &#234;tre, un individu, se retrouve dans la position d'&#234;tre l'interm&#233;diaire, l'interface, le passeur entre monde des dieux et monde des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car &#224; l'&#233;vidence, les dieux, les anciens dieux &#233;videmment, ne sont pas morts. Ils sont simplement r&#233;duits &#224; une silence forc&#233; qui, cependant, peut &#224; chaque instant &#234;tre d&#233;fait par l'activit&#233; d'un homme ayant &#224; la fois compris et accept&#233; qu'ils existaient, et trouv&#233; les moyens de leur redonner en quelque sorte la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;parole&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour clore ce moment, laissons quant &#224; nous la parole &#224; un autre Otto, &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Walter_F._Otto&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Walter Friedrich Otto&lt;/a&gt;, philologue allemand et hell&#233;niste important de la premi&#232;re moiti&#233; du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle qui &#233;crit en des termes quasi deleuzien et proches de la pens&#233;e de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, ceci&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ce qui anime l'homme au plus intime, c'est d'&#234;tre saisi par des puissances &#233;ternelles, qui en tant que divines, sont partout &#224; l'&#339;uvre.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'esprit de la religion grecque ancienne (theophania) Ed. Pocket, p.83&#034; id=&#034;nh4-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5- l'abolition simultan&#233;e des limites du temps&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait &#224; peu pr&#232;s in&#233;vitable que l'esprit curieux et tourn&#233; vers le pass&#233; des civilisations et des dieux d'avant le Christ et m&#234;me de Yahv&#233;, ou ayant exist&#233; en parall&#232;le de ce dernier, se soit int&#233;ress&#233; de pr&#232;s &#224; l'&#201;gypte antique et &#224; certains de ces mythes et de ces dieux. On sait qu'il a voyag&#233; en &#201;gypte et qu'il s'est rendu en particulier &#224; Abydos, un temple &#224; quelques 90km au nord-ouest de Louxor, l&#224; o&#249; se trouve un ensemble fun&#233;raire tout &#224; fait int&#233;ressant puisque d'une part Osiris &#233;tait le dieu officiel de ce lieu et que c'est aussi l&#224; o&#249; des pharaon ont &#233;t&#233; inhum&#233;s comme S&#233;sostris I auquel &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; a consacr&#233; un grande cycle de 10 toiles commenc&#233; dans sa demeure de Bassanno in Teverina mais qu'il ne parvient &#224; terminer, comme cela a &#233;t&#233; souvent le cas dans sa vie, qu'une fois transf&#233;r&#233;es &#224; Lexington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui importe ici comme dans d'autres ensembles comme Fifty days at Iliam&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, p.65 &#224; 74&#034; id=&#034;nh4-49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est la mani&#232;re de traiter l'histoire et les mythes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ici se r&#233;f&#233;rer au texte de Thierry Greub&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, p.99 &#224; 104&#034; id=&#034;nh4-50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui rel&#232;ve avec une grande pertinence ce qui fait le coeur de la d&#233;marche de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, le fait de consid&#233;rer la recherche du pass&#233; ou dans le pass&#233;, fut-il lointain, comme une mani&#232;re d'&#233;veiller l'imagination et de permettre de ne pas devenir l'otage, en tant qu'artiste s'entend, et dans son &#339;uvre, de tous les discours et de toutes les prises de positions qui travaillent finalement &#224; interdire l'acc&#232;s &#224; la puissance d'affect dont ces mondes sont porteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Dans Pan de 1980&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, p. 148-149&#034; id=&#034;nh4-51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Twombly se confronte avec passion &#224; la po&#233;sie bucolique. Dans les sept sc&#232;nes peintes en diff&#233;rents formats, la peur panique provoqu&#233;e par le dieu arcadien protecteur des bergers et des troupeaux, est &#233;voqu&#233;e, dans une sorte de d&#233;cor paysager par l'alternance de bribes de textes et d'&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#233;v&#233;nements&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; gestuels dans une palette d'un rouge &#233;clatant. Un point scriptural surdimensionn&#233; met un terme aux prodigieuses outrances de couleur&#160;: rapport&#233;e par Plutarque, la mort du grand pan &#224; l'&#233;poque de l'empereur Tib&#232;re &#233;teint tout ce qui peut &#234;tre dit -ce qui reste c'est le geste ponctuel de la disparition de la douleur.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, p.104, col.2&#034; id=&#034;nh4-52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le comprend, la disparition des dieux, act&#233;e par l'ultime oracle de Delphes annon&#231;ant sa son propre silence et sa propre disparition (&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Dites au roi&#160;: le vestibule orn&#233; s'est effondr&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; Apollon n'a plus d'abri, ni laurier proph&#233;tique, ni source qui parle, et l'eau bavarde est tarie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;) n'est pas accept&#233;e par ceux qui par leur &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sensibilit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; parviennent non &#224; la conviction mais &#224; l'exp&#233;rimentation que cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mort&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; suppos&#233;e n'est qu'un subterfuge et de la raison et de notre entendement qui &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;complotent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour nous tenir &#233;loign&#233;s des acc&#232;s possibles &#224; ces mondes soi-disant disparus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on va le voir dans un instant &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; est lui parfaitement en phase avec ces dieux dont l'existence lui est famili&#232;re et m&#234;me si aucun acc&#232;s ne semble exister, il sait et c'est sans doute cela le c&#339;ur de sa pratique de peintre, qu'il est possible de les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;joindre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de faire en sorte qu'ils se manifestent et viennent poursuivre leurs conversations avec les hommes et les hommes avec eux. &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; est l'un des rares intercesseurs qui peuplent la terre, &#233;poque apr&#232;s &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui importe le plus, c'est de faire &#233;merger de cette approche quelque chose qui nous permette de nous confronter &#224; la question centrale du sensible, qui est de savoir&#160;: &#224; quoi on est sensible quand on se dit sensible, ou plus philosophiquement, de savoir si le sensible peut nous relier &#224; des ph&#233;nom&#232;nes qui ne rel&#232;vent pas uniquement des aspects mat&#233;riels de l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore de tenter de savoir si le sensible inclut, et si oui comment, les ph&#233;nom&#232;nes qui de l'imagination &#224; la perception de manifestations non li&#233;es &#224; des objets ou des choses mat&#233;riels, rel&#232;vent d'activit&#233;s psychiques connect&#233;es &#224; des dimensions ou des aspects non rationnels de l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut consid&#233;rer que c'est allez bien au-del&#224; de ce que &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; a pu penser et r&#233;aliser. Mais ne pas poser et se poser ces question, c'est rater la chance qui nous est offerte de repenser le sensible et notre relation &#224; ce que nous appelons le sensible et le concept, ou si l'on veut le non ratio&#239;de et le ratio&#239;de pour parler avec Musil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce vers quoi nous conduit &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;, c'est comme le rel&#232;ve avec justesse &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Katharina_Grosse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Katharina Grosse&lt;/a&gt;, &#224; aborder ce que peut signifier ce constat qu'elle pose apr&#232;s avoir d&#233;crit comment elle percevait certaines &#339;uvres de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Quel grondement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Survient alors l'exp&#233;rience abrupte que l'existence ne conna&#238;t pas l'histoire, parce que l'on ne saurait &#233;prouver sa propre existence que dans l'&#233;v&#233;nement qui ne se r&#233;p&#232;te pas.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCT, Katharina Grosse, p.115&#034; id=&#034;nh4-53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques lignes auparavant elle avait rappel&#233; quelque chose que les flusseriens connaissent bien mais qui n'est que trop rarement pris en consid&#233;ration tant on se plait &#224; continuer &#224; gloser sur ce que l'on sait plut&#244;t que de chercher &#224; comprendre ce que l'on ne sait pas encore, une id&#233;e qui dit que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;contrairement au langage et &#224; la musique, l'image peinte ne conna&#238;t pas la succession chronologique et elle n'a donc ni d&#233;but ni fin.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, idem, p112, col.1&#034; id=&#034;nh4-54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons une nouvelle fois toutes les cartes en main pour tenter de dresser un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;portrait&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de l'artiste peintre en visionnaire exp&#233;rimental. Car c'est bien ce que &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; a &#233;t&#233;, un homme capable non d'avoir des visions et de les retranscrire comme on copierait une image vue dans son imagination, mais de cr&#233;er des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;images&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui participent directement de la saisie de cette r&#233;alit&#233; seconde dans laquelle le temps, ce que nous nommons le temps, n'a pas d'existence et dans laquelle des ph&#233;nom&#232;nes paradoxaux deviennent perceptibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il joue le r&#244;le d'une interface entre deux mondes qui, contrairement &#224; ce que l'on pr&#233;tend et donc croit, ne sont ni distincts ni s&#233;par&#233;s. Entrelac&#233;s l'un avec l'autre, seule la faiblesse de notre sensibilit&#233; alli&#233;e &#224; la faiblesse de notre capacit&#233; &#224; d&#233;cider, nous emp&#234;che de percevoir &#224; la fois l'existence du deuxi&#232;me monde, celui des dieux, et de reconna&#238;tre que le premier, si certain d'&#234;tre le seul, l'occulte par ses affirmations suppos&#233;ment rationnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En allant chercher du c&#244;t&#233; du pass&#233; qui ne passe pas, - c'est parce qu'il est peintre qu'il le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sait&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et qui peint sans &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;savoir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; cela n'est pas encore tout &#224; fait assez peintre - &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; parvient &#224; traverser les strates qui recouvrent ce pass&#233; et &#224; atteindre des zones o&#249; les dieux sont encore vivants et &#224; faire des exp&#233;riences aussi infimes qu'essentielles qui leur donnent une fois encore la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;parole&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas mieux pour aborder la fin de cet expos&#233; que de laisser la parole &#224; Thierry Greub en citant quelques lignes de son texte du catalogue du centre Pompidou, intitul&#233; Les antiques de Twombly, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Coronation of Seostris de 2000&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, p.176-185&#034; id=&#034;nh4-55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; conjugue pour finir la c&#233;l&#233;bration de la course du char solaire du pharaon de l'&#201;gypte ancienne, avec des citations de Sappho, d'Alcman, et (dans la sixi&#232;me partie) du po&#232;me &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;now is the drinking&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, compos&#233; en 1996 par la po&#233;tesse am&#233;ricaines Patricia Waters qui parle de la disparition silencieuse des dieux antiques. Il es significatif que chez Twombly le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;the gods&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de Waters soit transform&#233; en un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;they&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; impersonnel. Les dieux antiques sont devenus des &#234;tres anonymes, dont la disparition advient sans que personne ne s'en aper&#231;oive&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;You neither see them going nor hear their silence&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;vous ne voyez ni leur d&#233;part/ ni n'entendez leur /silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche des traces du pass&#233; men&#233;es par Cy Twombly, &#224; laide du geste, du signe et de l'&#233;crit fait na&#238;tre, sous la forme d'un feuilletage s'apparentant &#224; un palimpseste, des antiquit&#233;s aux multiples facettes, dont le r&#233;veil demeure obscurci par une faillite de la m&#233;moire et l'impossibilit&#233; de s'en approcher. Comme sur un site de fouilles arch&#233;ologiques, les fragments livr&#233;s par ces &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sondages des profondeurs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;veillent des r&#233;f&#233;rences concr&#232;tes, cr&#233;ent une r&#233;alit&#233; dot&#233;e d'une formidable puissance d'&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;vocation et d'un large spectre d'associations, mais cette r&#233;alit&#233; reste toujours d'ordre imaginaire, fantasmagorique et fragile. Et c'est certainement &#224; ce foss&#233; que Twombly entendait faire allusion, lorsqu'il d&#233;clarait&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Vous connaissez le vers &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Dis adieu, Catulle, aux rivages d'Asie mineure.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; C'est tellement splendide&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; Justement tout cette partie du monde que j'aime. Le son d'&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Asie mineure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est vraiment comme un surgissement pour moi, comme un fantastique id&#233;al.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, p.104, col2&#034; id=&#034;nh4-56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait l&#224; encore possible de d&#233;velopper de nombreuses id&#233;es et en particulier de remarquer que Thierry Greub ne parvient pas, malgr&#233; l'aveu de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt; que ces mots sont pour lui comme un surgissement, &#224; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;croire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou &#224; se faire &#224; l'id&#233;e que les dieux sont encore &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;vivants&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou peuvent se r&#233;v&#233;ler tels par exemple sous les doigts d'un &#234;tre comme &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;. Mais l'on comprend bien ici comment fonctionnement ensemble un humus no&#233;tique, ici les couches arch&#233;ologiques et une r&#233;v&#233;lation, le surgissement du numineux &#224; travers quelques chose d'aussi t&#233;nu qu'un fragment de vers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous laisserons donc la parole &#224; Bernd Kl&#252;ser qui dans son texte Cy Twombly en vedette,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, p253-258&#034; id=&#034;nh4-57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pr&#233;sente avec une infinie d&#233;licatesse l'&#339;uvre intitul&#233;e sans titre (Ga&#232;te) 1992, et &#233;voque bien cette fois &#224; ravters la barque des si&#232;cles qui servait aux esprits de morts en &#201;gypte antique &#224; faire le grand voyage le conduisant vers l'&#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3578 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/twomb-1989.untitled-gaeta-1-720x955.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH663/twomb-1989.untitled-gaeta-1-720x955-4180a.jpg?1740396178' width='500' height='663' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-3578 '&gt;&lt;strong&gt;Gaeta 1
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3578 '&gt;Cy Twombly
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le tableau est domin&#233; par plusieurs barques de couleur violet fonc&#233;, aux rames tout juste sugg&#233;r&#233;es. Dans la zone sup&#233;rieure laiteuse de la surface d'eau, on devine des lettres, et des chiffres recouverts de peinture blanche. Deux inscriptions en lettre minuscules de couleur rouge dans la zone aquatique au bas du panneau de gauche, se laissent d&#233;chiffrer quand on y regarde de plus pr&#232;s&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Abydos&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Sa&#239;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. ces noms renvoient de fa&#231;on crypt&#233;e au couple de divinit&#233;s &#233;gyptiennes, Isis et Osiris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la 26&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; dynastie, Sa&#239;s est devenue la capitale de l'&#201;gypte, c&#233;l&#232;bre pour son temple d'Isis, avec la statue voil&#233;e de la d&#233;esse. Selon Plutarque, cette effigie portait l'inscription&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;je suis tout ce qui fut,ce qui est, ce qui sera et aucun mortel n'a encore os&#233; soulever mon voile&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Une allusion parmi d'autres connotations, &#224; son immortalit&#233;. La l&#233;gende de son d&#233;voilement par un disciple du temple est un th&#232;me litt&#233;raire que l'on retrouve chez Kant, Schiller, et Novalis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abydos &#233;tait non seulement l'une des importantes n&#233;cropoles de l'&#201;gypte ancienne pour les rois et les hauts fonctionnaires, mais aussi un lieu majeur du culte d'Osiris, l'&#233;poux d'Isis. Son destin &#8211; victime d'un fratricide, il ressuscite &#8211; &#233;tait c&#233;l&#233;br&#233; par des myst&#232;res. En tant que souverain du royaume des morts, Osiris symbolisait le cycle &#233;ternel du devenir, de l'&#234;tre, de la disparition et de la r&#233;surrection. Sur une st&#232;le de pri&#232;re provenant d'Abydos, figure une invocation &#224; Osiris pour un prince d&#233;funt&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Puisse-t-on lui tendre les mains dans la barque solaire d'Osiris voguant vers l'occident. Puisse-t-il manier le gouvernail de la barque de la nuit et les rames de la barque du jour. Puisse-t-il revenir sain et sauf de cette travers&#233;e avec le grand Dieu.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Voil&#224; comment les barques de la nuit et deux petits mots en rouge sur le tableau de Twombly deviennent le point de d&#233;part d'un voyage qui m&#232;ne apr&#232;s la mort, sous l'&#233;gide des dieux, &#224; une nouvelle vie.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CCP, p.255 col 1 et 2&#034; id=&#034;nh4-58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cy Twombly, Ed centre Pompidou, 2017, qui sera not&#233; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; suivi de la page et de la colonne lors des citation &#224; venir&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p.29, col 1 et 2&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ed Fage, 2024, not&#233; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PA&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, le livre est sans pagination&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PA&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le fond est ce qui attend l'intervention active du peintre&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PA&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, John Yau, p.28&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p.26, col.2)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p.26 col 2&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p.26, col.1 et 2&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p.26, col.2&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Wikipedia&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p.25 col.1 et 2&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;the vengeance of Achilles, 1962, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p.10&#167;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fifty days at Iliam, the shield of Achhilles, 1978, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p.115&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p27, col 1&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p.28&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op, cit, Ed Allia, p.50-51&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robert Musil, L'homme sans qualit&#233;s, Ed Gallimard, coll folio, volume &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IV&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p.294&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robert Musil, op. cit., p.215&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p.26, col.2&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CT&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, Ed Fage&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op cit&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Francis Bacon, entretiens avec David Sylverster, Ed Skyra, p.110&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marguerite Duras, Outside, Ed Albin Michel, Entretien avec Francis Bacon, p.265-266&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Journaux, T.I, p.288&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, Katharina Grosse, p.111-112&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;note Wikipedia&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, Nicholas Cullinan, p.84, col 2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Idem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p146-149&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rudolph Otto, op. cit., p.36&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op. cit., p.42&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;84-54 avant notre &#232;re, po&#232;te romain de l'&#233;poque de C&#233;sar qu'il fr&#233;quentera, auteur &#233;l&#233;giaque avant de devenir &#233;pigrammatique inspir&#233; en particulier par l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://gagosian.com/quarterly/2021/11/18/essay-say-goodbye-catullus-shores-asia-minor/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gagosian.com/quarterly/2021/11/18/essay-say-goodbye-catullus-shores-asia-minor/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sonnets to Orpheus, 1922&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;When shown at Gagosian in 1994&#8211;95, the work was simply called&#160;Untitled Painting.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On music, 1918&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;c. 1931&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, 9 discours on Commodus, p. 90 &#224; 97 et toutes les &#339;uvres, p.132 &#224; 139&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nini's painting, 1971, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p.142-143&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bacchanalia, 1977, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p152-153&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, Couronnement de Sesotris, p.179, ou Fifty days at Illiam&#160;: shield of Achille, p.115, etc...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, Sans titre (Bolsena&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, sans titre (Bacchus) 2005, p.198-199&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'esprit de la religion grecque ancienne (theophania) Ed. Pocket, p.83&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p.65 &#224; 74&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p.99 &#224; 104&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p. 148-149&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p.104, col.2&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCT&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, Katharina Grosse, p.115&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, idem, p112, col.1&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p.176-185&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p.104, col2&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p253-258&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CCP&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, p.255 col 1 et 2&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>- Robert Ryman, fonctionnaire du blanc</title>
		<link>https://www.regard-sur-limage.com/Robert-Ryman-fonctionnaire-du-blanc.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.regard-sur-limage.com/Robert-Ryman-fonctionnaire-du-blanc.html</guid>
		<dc:date>2024-11-12T23:13:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; BERNARD dit RVB, Jean-Louis Poitevin, philosophe, critique d'art, romancier</dc:creator>


		<dc:subject>Arendt</dc:subject>
		<dc:subject>Ryman</dc:subject>
		<dc:subject> Catherine Millet</dc:subject>
		<dc:subject>Malevitch</dc:subject>
		<dc:subject>Walter Benjamin</dc:subject>
		<dc:subject>Heidegger</dc:subject>
		<dc:subject>Jean Fr&#233;mon</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Intitul&#233; &lt;i&gt;Faire des dieux&lt;/i&gt;, depuis 3 ans, le s&#233;minaire de Jean-Louis Poitevin change de titre pour devenir &lt;i&gt;Dans l'atelier des dieux&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Louis Poitevin, L'Atelier des dieux, s&#233;minaire &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIX&lt;/span&gt;, 10&#160;d&#233;cembre 2024, Robert Ryman, fonctionnaire du blanc&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/-Faire-des-dieux-.html" rel="directory"&gt;- Faire des dieux&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-arendt,777-+.html" rel="tag"&gt;Arendt&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-Ryman-+.html" rel="tag"&gt;Ryman&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-Catherine-Millet-+.html" rel="tag"&gt; Catherine Millet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-Malevitch-+.html" rel="tag"&gt;Malevitch&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-walter-benjamin-+.html" rel="tag"&gt;Walter Benjamin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-heiddeger-+.html" rel="tag"&gt;Heidegger&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-Jean-Fremon-+.html" rel="tag"&gt;Jean Fr&#233;mon&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir explor&#233; les diff&#233;rentes mani&#232;res dont dieu, les dieux et le dieu ont &#233;t&#233; con&#231;us et pens&#233;s &#224; la crois&#233;e de la philosophie, de la litt&#233;rature et de la th&#233;ologie, il est devenu &#224; la fois &#233;vident et n&#233;cessaire d'aller voir du c&#244;t&#233; de ceux, les cr&#233;ateurs, de formes, de sons, d'images, de textes, d'actions transversales &#224; tous ces champs, dont la fonction majeure est, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d'inventer les dieux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;S&#233;minaire Jean-Louis Poitevin, image et montage Herv&#233; Bernard&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;---------------------------&lt;/center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La lutte entre Concept et Sensible&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Robert Ryman, fonctionnaire du blanc&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;ambule, Le s&#233;minaire change de titre.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Intitul&#233; &lt;i&gt;Faire des dieux&lt;/i&gt;, depuis 3 ans, le s&#233;minaire de Jean-Louis Poitevin change de titre pour devenir &lt;i&gt;Dans l'atelier des dieux&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir explor&#233; les diff&#233;rentes mani&#232;res dont dieu, les dieux et le dieu ont &#233;t&#233; con&#231;us et pens&#233;s &#224; la crois&#233;e de la philosophie, de la litt&#233;rature et de la th&#233;ologie, il est devenu &#224; la fois &#233;vident et n&#233;cessaire d'aller voir du c&#244;t&#233; de ceux, les cr&#233;ateurs, de formes, de sons, d'images, de textes, d'actions transversales &#224; tous ces champs, dont la fonction majeure est, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d'inventer les dieux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dieu n'est concevable qu'ent&#233; sur une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;exp&#233;rience&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; du numineux, quelle qu'en soit la forme et l'intensit&#233;. Il n'a &#233;chapp&#233; &#224; personne que les pratiques cr&#233;atrices ont &#233;t&#233; tir&#233;es depuis plus d'un si&#232;cle du c&#244;t&#233; de la production de formes, textes et images li&#233;s &#224; la rigueur du rationnel et au d&#233;ploiement du concept comme cadre conditionnant les modalit&#233;s de l'exp&#233;rience, installant le sensible dans la position d'un adjuvant parfois consid&#233;r&#233; comme encombrant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, d'autres ont su reconna&#238;tre dans les affects et dans l'univers sensible les forces essentielles permettant le d&#233;ploiement d'une &#339;uvre digne de ce nom. Pour ce faire, ils ont d&#251;, le plus souvent, faire face au mur du concept et accepter de venir se cogner &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'atelier des dieux d&#233;signe ce champ d'exploration dans lequel se joue un combat dont la forme est n&#233;e avec la conscience, champ qu'il est d'autant plus important de revisiter au moment o&#249; le combat s'intensifie entre concept et sensible et o&#249; la conscience, sous nos yeux et en nous, a commenc&#233; de s'effondrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi s'int&#233;resser &#224; Ryman aujourd'hui, alors qu'il ne repr&#233;sente plus qu'une entaille dans l'histoire de l'art de la fin du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et du d&#233;but du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XXI&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;. Alors qu'il pourrait appara&#238;tre qu'il n'a pas tant de choses &#224; nous dire sur notre situation et sur celle de l'art aujourd'hui&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exposition qui a eu lieu &#224; l'Orangerie en est la cause mat&#233;rielle si l'on peut dire de ce 19&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; s&#233;minaire, mais ce sont aussi les quelques textes lus &#224; cette occasion, ceux du catalogue, ceux de la presse, qui ont attir&#233; mon attention sur ce qui m'est imm&#233;diatement apparu comme une erreur manifeste d'interpr&#233;tation globalement partag&#233;e par l'ensemble de ces &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;acteurs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de la critique d'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec des diff&#233;rences non n&#233;gligeables quant &#224; la qualit&#233; et la pr&#233;cisions des analyses, la totalit&#233; de ces textes s'appuie sur un fond commun qui est l'inscription de Ryman dans l'histoire de l'art. Inscription qui implique le recours pour l'approcher &#224; des crit&#232;res consid&#233;r&#233;s comme acceptables et valides aujourd'hui encore par la critique d'art mais aussi par les th&#233;ories esth&#233;tiques ayant permis d'assurer la l&#233;gitimit&#233; de certaines &#339;uvres de ce demi-si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le d&#233;clencheur de mon int&#233;r&#234;t a &#233;t&#233; la parution dans les num&#233;ros d'avril et de mai 2024 d'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ART&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PRESS&lt;/span&gt; de deux textes pour le moins diff&#233;rents sinon oppos&#233;s. Le premier de Catherine Francblin, d&#233;ploie l'ensemble des &#233;l&#233;ments l&#233;gitimement attendus permettant de donner un aper&#231;u de cette &#339;uvre, &#339;uvre qui &#233;tait &#224; ce moment l&#224; accessible &#224; l'Orangerie dans une mise en sc&#232;ne restreinte mais p&#233;dagogiquement pr&#233;cise et compl&#232;te, au sens o&#249; elle permettait de prendre la mesure des enjeux de cette &#339;uvre, l'artiste &#233;tant mort en 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second, le mois suivant, venait de Catherine Millet qui utilisait sa position de fondatrice, directrice et ex-r&#233;dactrice en chef dans la revue pour manifester non pas contre le texte de Catherine Francblin mais contre la dimension manifestement trop &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;p&#233;dagogique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de l'exposition et &#224; travers cela contre la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;fascination&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qu'exer&#231;ait les &#339;uvres de Ryman sur beaucoup de spectateurs et, in fine, pour mettre en question la capacit&#233; de cette &#339;uvre &#224; passer sous les fourches caudines de l'histoire de l'art. Et cela bien qu'elle-m&#234;me ait &#233;crit en 1975 semble-t-il un article sur Ryman (probablement pour en montrer la puissance, il ne m'a pas &#233;t&#233; possible de mette la main dessus).&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/1042794916?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;La lutte entre concept et sensible, Robert Ryman, fonctionnaire du blanc&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;Cependant, outre un certain agacement, c'est plut&#244;t une sorte d'irritation qu'elle met en sc&#232;ne dans son texte, irritation qui m'a sembl&#233; t&#233;moigner du fait qu'elle percevait que Ryman &#233;tait encens&#233; non pas pour de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;bonnes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; raisons mais, plut&#244;t, parce qu'il &#233;tait entr&#233; dans l'histoire de l'art et qu'il &#233;tait donc devenu impossible de porter un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;regard critique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sur son &#339;uvre et sa place dans cette histoire. En d'autres termes parce que l'on ne parvenait pas &#224; proposer une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;lecture&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou si l'on pr&#233;f&#232;re une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;analyse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de cette &#339;uvre qui permette de rem&#233;dier &#224; cette faiblesse d'analyse conduisant &#224; ne pouvoir que r&#233;p&#233;ter les arguments in&#233;vitables par lesquels la gloire de l'homme et de l'&#339;uvre ont &#233;t&#233; rendus possibles depuis un demi-si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'a sembl&#233; qu'il devait &#234;tre possible de proposer une analyse de cette &#339;uvre qui &#224; la fois corresponde &#224; ce que j'avais pu concevoir en la voyant tout en levant certaines ambigu&#239;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient donc de donner, en vrac, quelques indications qui toutes viennent du texte de Catherine Millet et permettront d'entr&#233;e de dresser un premier panorama des enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier et il est essentiel, c'est la forme d'un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;muss es sein&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;Doit-il en &#234;tre ainsi&#160;?&#034;&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; li&#233; &#224; la r&#233;ception des &#339;uvres de Ryman, form&#233; d'un ensemble d'&#233;l&#233;ments accompagnant cette conception de la peinture qui ne parlent que de la peinture qui &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;constituent tout ce &#224; quoi le spectateur doit &#234;tre sensible&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;crit Catherine Millet.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;art press N 521, p.11 2e colonne&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle enfonce le clou un peu plus loin lorsque, apr&#232;s &#234;tre revenue sur les carr&#233;s de Malevitch, elle attaque frontalement l'&#339;uvre de Ryman en &#233;crivant&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;je crois donc que les carr&#233;s blancs de Ryman sont d&#233;sormais les f&#233;tiches de la p&#233;riode la plus &#233;pur&#233;e de l'histoire de la peinture, une id&#233;e qu'on se fait de la p&#233;riode r&#233;volue, d'autant plus fascinante que, dans l'explosion actuelle d'image kitsch, on se fiche pas mal de savoir avec quels crochets celles-ci sont fix&#233;es au mur.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op cit., p.12, 1e colonne&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3547 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;52&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/carre-blanc-sur-fond-blanc_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH499/carre-blanc-sur-fond-blanc_blog-f02a6.jpg?1734565323' width='500' height='499' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-3547 '&gt;&lt;strong&gt;Carr&#233; blanc sur fond blanc, 1918
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3547 '&gt;Kasimir Malevitch
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et elle en termine en notant &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;qu'il lui semble que ce formalisme asc&#233;tique et quand m&#234;me born&#233; a fait son temps.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op cit., p.12, 1e colonne&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai converti cette irritation en interrogation en constatant qu'elle venait d'un constat pr&#233;cis permettant de voir dans l'&#339;uvre de Ryman, une &#339;uvre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;m&#233;ritant sa place dans l'histoire de l'art&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, mais que ce constat s'accompagnait d'une difficult&#233; &#224; prendre en charge les v&#233;ritables &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;raisons&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour lesquelles l'&#339;uvre de Ryman avait &#233;t&#233; et &#233;tait encore adul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc tenter de convertir ce &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;muss es sein&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui suinte dans tous les articles autour de cette exposition en un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;es muss sein&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;Il faut que ce soit&#034;&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; aussi implacable que pr&#233;cis permettant de rep&#233;rer les tenants et les aboutissants de ce travail, travail &#233;tant sans doute le terme le plus adapt&#233; pour &#233;voquer l'&#339;uvre de celui qui sera consid&#233;r&#233; ici comme s'&#233;tant transform&#233; en un personnage aussi banal que grandiose, celui de fonctionnaire du blanc.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie I&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A- Les formes de l'&#233;loge ou qu'est-ce qu'&#233;crire sur l'art&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;a- Mots, phrases, citations, signification, sens et contre-sens ou lire une &#339;uvre entre clich&#233;s et sp&#233;cialisation&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il appara&#238;t que de vouloir se plonger dans l'&#339;uvre de Ryman pour tenter de la comprendre conduit &#224; une confrontation plus sensible peut-&#234;tre que lors qu'il s'agit d'autres &#339;uvres de la m&#234;me &#233;poque, avec les discours qui ont accompagn&#233; cette &#339;uvre. En effet les consid&#233;rations de Ryman lui-m&#234;me, qui quoique peu disert a cependant l&#226;ch&#233; de temps en temps quelques phrases bien senties peuvent servir de panneaux d'orientation pour les &#226;mes voulant venir se perdre dans l'&#339;uvre en cherchant &#224; s'y trouver ou &#224; s'y retrouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que d&#232;s lors que l'on s'attelle &#224; la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;lecture&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'une &#339;uvre, on se trouve pris dans ce jeu d&#233;chirant qui consiste &#224; faire passer des sensations, des &#233;motions, des mots, des discours d'un monde&#160;: celui des images, car un tableau est et reste une image m&#234;me s'il ne comporte aucune &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;repr&#233;sentation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dans celui des mots et inversement, car on n'approche jamais une &#339;uvre sans que notre regard soit d&#233;j&#224; pr&#233;-constitu&#233; m&#234;me si cette constitution du regard se borne &#224; pr&#233;tendre ne pas savoir ne pas exister, au mobile socioculturel qu'on n'aurait pas appris &#224; regarder&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien que cela traduit un argument qui alimente des positions devenues pourtant si st&#233;r&#233;otyp&#233;s qu'on pourrait croire qu'elles n'ont plus court alors qu'il faut bien prendre acte du fait qu'elles servent, certes dans le champ global de la conception de l'art que se fait notre &#233;poque, de remparts permettant de ne pas les mettre en question mais aussi de piliers permettant de justifier la reprise ind&#233;finie de l'antienne&#160;: regard neuf ou vierge versus regard inform&#233; et de connaisseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est &#233;quivalent &#224; l'id&#233;e qu'il existerait un tel regard qui ne soit pas form&#233; &#8211; entendons qui serait &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; vierge - alors qu'aucun regard ne peut exister qui n'a pas absorb&#233; des images, quel que soit le sens que l'on donne &#224; ce terme, de ce qu'on l'on voit dans le monde qui nous entoure &#224; ce que l'on voit sur son t&#233;l&#233;phone, &#224; la t&#233;l&#233; ou ailleurs, &#224; ce que l'on voit ou a vu dans ses r&#234;ves ou croyons voir dans le regard de l'autre ou dans le mouvement d'un chat ou dans le vol d'un rapace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second n'est que l'aveu par ceux qui revendiquent son existence de la n&#233;cessit&#233; o&#249; ils sont de justifier avant de le dire que ce qu'ils vont dire rel&#232;ve d'un savoir, ou au moins de l'accumulation de connaissance, non sans s'empresser de pr&#233;ciser que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;au final&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; comme on dit aujourd'hui, l'approche d'une &#339;uvre d'art est et reste pour l'&#233;ternit&#233; des si&#232;cles &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;subjective&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#160;lors m&#234;me qu'elle fait l'objet, en quelque sorte &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;avant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'&#234;tre regard&#233;e sinon avant d'&#234;tre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;vue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'un jugement. Car non seulement on approche une &#339;uvre port&#233; par tout ce que l'on a vu mais aussi port&#233; par tout ce que l'on a entendu ou lu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Images et mots se m&#234;lent in&#233;vitablement en chacun et le portent lorsqu'il s'avance au devant de ses nouvelles exp&#233;riences, comme celle de regarder des tableaux de Ryman.&lt;/i&gt; Avant d'entrer plus avant dans cette ar&#232;ne, il importe cependant de reconna&#238;tre qu'elle est toujours l'ar&#232;ne globale dans laquelle les autres ar&#232;nes, plus petites, plus sp&#233;cialis&#233;es mais aux fonctions tout aussi essentielles, s'inscrivent. On n'&#233;chappe pas aux clich&#233;s de son &#233;poque et il ne faut en tout cas pas les oublier, c'est-&#224;-dire ne pas consid&#233;rer qu'au pr&#233;texte que l'on serait un sachant ou un visionnaire ils n'existeraient plus et n'auraient aucun effet ni dans la lecture que l'on propose ni dans la r&#233;ception possible de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3556 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/6545070cd2d9c.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH381/6545070cd2d9c-f8fef.jpg?1734599783' width='500' height='381' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3556 '&gt;&#169; Robert Ryman
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;b- Exemples d'embo&#238;tement des phrases&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut donc entrer dans l'ar&#232;ne car une chose s'est produite lors de la pr&#233;paration de ce s&#233;minaire sur Ryman, une sorte de r&#233;v&#233;lation si l'on veut concernant la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;carte mentale&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; des forces auxquelles l'art a &#233;t&#233; soumis entre les ann&#233;es 50 et aujourd'hui. Ce serait un autre sujet que de traiter cette vaste p&#233;riode en d&#233;tail, mais, et c'est en cela que Ryman se r&#233;v&#232;le absolument embl&#233;matique, il est tout &#224; fait possible de d&#233;gager les grandes lignes que ces forces ont d&#233;pos&#233;es sur le paysage de l'art. Artistes, &#339;uvres, textes, entretiens, vid&#233;os etc. forment comme autant de d&#233;limitations de zones s'activant &#224; d&#233;terminer partiellement ce qui est visible, lisible et dicible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; le texte de Catherine Millet dans le art presse 521 de mai 2024. Venons en un instant &#224; celui de Catherine Francblin dans le art press 520 d'avril 2024 et &#224; un texte du scribe &#224; la plume exub&#233;rante qui a, comme par enchantement, occup&#233; la place que j'occupais dans la revue &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TK&lt;/span&gt;-21 &#224; peine l'avais-je quitt&#233;, confirmant la th&#232;se d'Aristote selon laquelle la nature a horreur du vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Francblin, comme ailleurs finalement, ce qui emporte l'adh&#233;sion, c'est le fait que Ryman, dit-on, a ou aurait scrut&#233; ou interrog&#233; aussi bien les fondements du tableau que l'essence de la peinture. Et comment, en effet, ne pas s'accorder &#224; lui reconna&#238;tre cela puisque tant et tant de petits et grands critiques ont &#233;mis des avis &#224; peu pr&#232;s identiques et ce depuis les d&#233;buts de Ryman, comme on le comprend en lisant certains textes anciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, l'enjeu est de tenter de cerner d'un premier trait de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;crayon mental&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; le tableau g&#233;n&#233;ral des arguments faisant autorit&#233; sur l'&#339;uvre de Ryman, m&#234;me si certains peuvent nous para&#238;tre puisque &#233;mis par des personnes diff&#233;rentes, contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors rendons-nous dans le texte de ce Denis Schmitte sorti de nulle part pour occuper la place de philosophe en chef de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TK&lt;/span&gt;-21. Il n'y a l&#224; aucune volont&#233; de pol&#233;mique, juste que le passage cit&#233; est particuli&#232;rement repr&#233;sentatif de ce qui se joue dans l'accumulation des textes cens&#233;es nous &#233;clairer sur l'&#339;uvre de Ryman et dont l'effet est finalement d'aboutir au contraire, &#224; savoir de produire une soupe que seules &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;les petites mains&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (voir &#224; ce sujet le livre de Philippe Pignarre et Isabelle Stengers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La sorcellerie capitaliste, pratiques de d&#233;senvo&#251;tement, ed de la d&#233;couverte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; savent produire, celles qui tournent avec l'&#233;nergie du d&#233;sespoir glorieux la lessiveuse du savoir au moment de l'essorage esp&#233;rant, puisqu'&#233;tant les derni&#232;res venues obtenir un jus digne d'un alambic d'autrefois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; le passage de ce texte intitul&#233;, avec un humour de comptoir, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;un petit coup de blanc&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TK-21 n&#176;151, mars 2024)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Apr&#232;s Malevitch, c'est Ryman qui est devenu le ma&#238;tre du carr&#233;, puisque tous ses tableaux sont r&#233;solument carr&#233;s. Et surtout le blanc prend de plus en plus d'importance avec le temps pour finalement envahir tout l'espace pictural, ou presque. Donc un blanc qui devient de plus en plus carr&#233;, puisque la forme du support donne sa forme &#224; la peinture, le carr&#233; blanc.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui fait une peinture&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la grande interrogation de Ryman, mais ce n'est pas la seule car le choix du blanc est tout sauf anodin. Le blanc symbolise la virginit&#233;, la puret&#233;, la lumi&#232;re, et d'autres choses infiniment plus graves, la mort par exemple. Derri&#232;re la question &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Qu'est-ce qui fait une peinture&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, se cache cette autre question&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Qu'est-ce qui fait la beaut&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et finalement cette autre encore &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Qu'est-ce que l'art&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. A cette derni&#232;re, Ad Reinhardt, l'une des r&#233;f&#233;rences majeures de Robert Ryman, r&#233;pondait&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;L'art n'est pas ce qui n'est pas de l'art&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, jolie formule toute empreinte d'ontologie n&#233;gative, et Ad Reinhardt avait une id&#233;e tr&#232;s pr&#233;cise de ce qui n'&#233;tait pas de l'art, c'est-&#224;-dire une pratique visant &#224; la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;repr&#233;sentation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#224; la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;figuration&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Pour lui, la seule qu&#234;te que doive conduire l'artiste est celle de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'abstraction pure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui est &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la premi&#232;re peinture universelle v&#233;ritablement libre de style, de mani&#233;rismes, de liens et d'entraves&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. La peinture se doit d'&#234;tre asc&#232;se. Il faut r&#233;p&#233;ter et r&#233;p&#233;ter encore le geste, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;peindre et repeindre inlassablement la m&#234;me forme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, travailler toujours sur le m&#234;me format &#224; la m&#234;me composition avec le m&#234;me pigment, sur un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;m&#234;me rythme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;de fa&#231;on &#224; tout fondre dans la dissolution et l'indivisibilit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Et Reinhardt de conclure&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La seule norme en art est l'unit&#233; et la beaut&#233;, la justesse et la puret&#233;, l'abstraction et l'&#233;vanescence&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il savait penser et parler Ad Reinhardt, ce qui &#233;tait tout &#224; fait exceptionnel chez les artistes &#233;tats-uniens plut&#244;t muets de son &#233;poque, ceux d'avant le conceptualisme.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TK-21, n&#176;151&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce passage est assez symptomatique de la mani&#232;re dont se met en place ce que l'on appelle un texte sur l'art ou un texte de critique d'art. Le fait d'avoir pratiqu&#233; ce type d'&#233;criture pendant quarante ans ne me conf&#232;re aucune forme de sup&#233;riorit&#233; ni ne me d&#233;douane de pratiques, d'erreurs et d'errances de type &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;petite main tournant la lessiveuse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour esp&#233;rer en voir sortir un jus acceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe ici, c'est que nous disposons d'une accumulation aussi banale qu'exemplaire de ce qui fait qu'un texte est &#224; la fois une sorte de t&#234;te chercheuse et pour ce faire se d&#233;ploie un peu dans toutes les directions en faisant feu de tout bois, et une errance en qu&#234;te de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;preuves&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; entendons de confirmations de ce qui est &#224; la fois pressenti et parfois &#233;nonc&#233; clairement par celui ou celle qui &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne tend qu'&#224; parvenir &#224; d&#233;montrer ou &#224; croire le faire que ce que l'on a soit entre-aper&#231;u, soit compris ou cru comprendre au sujet de ce dont on parle. La &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pens&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui supporte et propulse la critique d'art vers le ciel de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;v&#233;rit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;par essence&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pourrait-on dire en riant, tautologique, car elle ne vise qu'&#224; produire des &#233;nonc&#233;s du genre le blanc de Ryman est le blanc de Ryman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;structure fondatrice fait quasi principiellement de la critique d'art une pratique all&#233;gorique, pratique qui au fil des d&#233;cennies a comme d&#233;teint sur l'art m&#234;me, conduisant les artistes d'eux-m&#234;mes, en &#233;cho &#224; ce que l'on leur dit dans leurs &#233;coles ou &#224; la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;demande implicite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de ceux qui les soutiennent voire les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;fabriquent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; produire des &#339;uvres sur le mod&#232;le de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pens&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; all&#233;gorique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout l'enjeu est d'y parvenir et pour cela le plus souvent on se perd en cours de route car &#224; force d'accumuler des citations, des allusions, des soi-disantes &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;monstrations&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, on s'&#233;loigne de son objectif premier et on se rattrape aux branches comme on peut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui est ici le plus important, et on le voit &#224; m&#234;me la peau du texte, c'est qu'un texte, une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pens&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de critique d'art est essentiellement compos&#233;e de poncifs, de st&#233;r&#233;otypes et d'&#233;vidences ass&#233;n&#233;s &#224; coup de marteau comme des v&#233;rit&#233;s &#224; propos desquelles tout le monde est &#233;videmment d'accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, le point majeur de cette s&#233;rie de phrases courtes sonnant comme des coups de marteau cognant contre l'inox d'une pens&#233;e Leroy-Merlin c'est l'affirmation consensuelle selon laquelle &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ad Reinhardt avait une id&#233;e tr&#232;s pr&#233;cise de ce qui n'&#233;tait pas de l'art, c'est-&#224;-dire une pratique visant &#224; la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;repr&#233;sentation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#224; la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;figuration&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Pour lui, la seule qu&#234;te que doive conduire l'artiste est celle de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'abstraction pure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui est &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la premi&#232;re peinture universelle v&#233;ritablement libre de style, de mani&#233;rismes, de liens et d'entraves&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait, la citation, a fortiori d'un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;grand artiste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou d'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;grand philosophe&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; permet de conf&#233;rer &#224; son propos une valeur incontestable. Ici il s'agit d'op&#233;rer un glissement conduisant de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pens&#233;e classique au sujet de l'art&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; consid&#233;r&#233;e comme d&#233;pass&#233;e, entendons de la croyance dominante, celle de ceux qui ne savent pas, &#224; la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pens&#233;e nouvelle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, celle qui est capable de prendre en charge un changement de paradigme majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s tout pourquoi pas. Il faut bien avancer et en effet tous ceux qui ont &#233;crit sur Ryman pendant des d&#233;cennies, que pouvaient-ils faire d'autre. Seulement, nous avons nous aussi v&#233;cu non pas un mais au moins deux changements de paradigme depuis ces soixante-dix derni&#232;res ann&#233;es et qu'importe que l'on soit jeune ou moins jeune, il s'agit de les rep&#233;rer, de tenter de les comprendre et en tout cas de les prendre en charge dans une d&#233;monstration en particulier lorsqu'il s'agit de parler d'une &#339;uvre qui a eu une fonction majeure dans un changement de paradigme notoire. Nous y reviendrons s&#251;rement une autre fois mais nous pouvons les nommer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le premier verra un basculement radical de la conception dominante de l'art&lt;/strong&gt; qui actera de la n&#233;cessit&#233; d'un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;retour&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; des formes &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;narratives&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sinon &#224; des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;cits&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; comme formant &#224; la fois le cadre, le sujet et l'objet des &#339;uvres. Ce premier mouvement va s'approprier les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sujets&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; impos&#233;s par l'id&#233;ologie g&#233;n&#233;rale dominante (nature, soin, care, violences, etc...) et en effet tenter d'int&#233;grer les &#233;l&#233;ments narratifs &#224; la cr&#233;ation ou l'inverse d'ailleurs, la cr&#233;ation &#224; des &#233;l&#233;ments narratifs pr&#233;existants, transformant les pratiques artistiques en des formes de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;soins&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; port&#233;s &#224; ce qui dans la soci&#233;t&#233; est &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;malade&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou en difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le second verra un saut qualitatif rendu possible par l'usage de l'ensemble des appareils technologiques&lt;/strong&gt; qui fera de l'art parfois l'antichambre de la recherche et qui d&#233;sormais avec l'arriv&#233;e des &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IA&lt;/span&gt; va produire des infinit&#233;s de mondes parall&#232;les qui nous seront impos&#233;s comme les bases n&#233;cessaires et vitales de toutes nos &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;nouvelles&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; exp&#233;riences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, avec Ryman, nous allons analyser le basculement qui nous a conduit d'une peinture ax&#233;e sur la repr&#233;sentation et &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;donc&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; la figuration, &#224; une peinture bas&#233;e ou cherchant &#224; atteindre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'abstraction pure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#233;tant entendu qu'il sera donn&#233; une d&#233;finition de cette expression emprunt&#233;e &#224; Ad Reinhardt, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la premi&#232;re peinture universelle v&#233;ritablement libre de style, de mani&#233;rismes, de liens et d'entraves&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; la messe est dite et il va &#234;tre possible &#224; qui &#233;crit de broder sans fin &#224; partir de ce qui vaut, sinon pour une d&#233;monstration, du moins pour l'affirmation d'une axiomatique incontestable. L'acceptation de ce nouvel axiome &#233;tant doublement l&#233;gitim&#233; par le nom d'un grand artiste et par les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;valeurs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dont il semble &#234;tre porteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend bien que, dans un article, on ne puisse ni ne doive r&#233;citer tout ce que l'on sait au sujet de l'histoire de l'art et cet &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;saut&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; suffit ici &#224; dessiner un changement de paradigme assez clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simplement, ce saut autorise par la suite le d&#233;ploiement inconsid&#233;r&#233; d'&#233;vidences qui &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;doivent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#234;tre partag&#233;es car &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;si&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; cette peinture est la premi&#232;re peinture universelle etc. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;alors&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; le reste en d&#233;coule. Et ce qui en d&#233;coule, c'est qu'il nous faut croire d&#233;sormais &#224; la v&#233;rit&#233; absolue qu'elle incarne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette v&#233;rit&#233; s'exprime certes par une accumulation d'&#233;clats semblant sortir d'une boule &#224; facette de boite de nuit des ann&#233;es soixante-dix, mais elle s'enlise surtout dans une accumulation de mises en relations avec des ph&#233;nom&#232;nes extra-picturaux dont la peinture est cens&#233;e &#234;tre la m&#233;taphore active, ou l'incarnation transmissible par les sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un floril&#232;ge ne tendra pas &#224; mettre l'auteur au pilori mais &#224; r&#233;v&#233;ler la mani&#232;re dont &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#231;a&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pense quand &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#231;a&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;crit sur l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour n'oublier personne ici, je vous renvoie volontiers dans le style petites mains travaillant &#224; l'essoreuse de la grande machine &#224; laver des concepts li&#233;s &#224; l'art, &#224; un entretien accord&#233; par le grand et l'inimitable Nicolas Bourriaud, &#224; la revue Stream 05&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les intelligences nouvelles, Les presses du r&#233;el, 2021&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui tr&#244;nait, tel un bloc de silence color&#233; &#224; la derni&#232;re &#233;dition du salon de la revue, et dans lequel on a affaire cette fois &#224; ce qu'il faut bien appeler le meilleur du pire de ce que la critique dite d'art &#233;lev&#233;e au niveau de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pens&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; par l'un de ses c&#233;libataires m&#234;me, peut produire. Ceux qui auront la curiosit&#233; de lire ce long texte &#233;prouvant tenteront de se souvenir de la petite tentative de mise au point effectu&#233;e ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Floril&#232;ge de phrases embarquant le lecteur et cens&#233;es le conduire de la v&#233;rit&#233; d&#233;pass&#233;e selon laquelle l'art ne peut ni ne doit plus &#234;tre repr&#233;sentation, - car il y a un ordre et un sens de l'histoire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Qu'on se le dise&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!- mais &#234;tre imp&#233;rativement con&#231;u et pens&#233; comme abstraction d&#233;li&#233;e elle aussi de tout ce qui la relie &#224; la sensation pour devenir abstraite pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le grand acteur, aux c&#244;t&#233;s de l'artiste, c'est la lumi&#232;re&#8230;&lt;/strong&gt; un art procurant des sensations au regardeur-lecteur non pas en fonction de ses propres d&#233;placements mais en fonction des variations de la lumi&#232;re, c'est-&#224;-dire du temps&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3548 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;105&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/robert_ryman_ununtitled_1957_caseine_et_graphite_sur_coton_apprete_coupe-et_detendu_sur_papier_manille.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH570/robert_ryman_ununtitled_1957_caseine_et_graphite_sur_coton_apprete_coupe-et_detendu_sur_papier_manille-c4a15.jpg?1734565323' width='500' height='570' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-3548 '&gt;&lt;strong&gt;Untitled 1957
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3548 '&gt;Robert Ryman, , cas&#233;ine et graphite sur coton appr&#234;t&#233; coup&#233; et d&#233;tendu sur papier manille
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La peinture de Ryman est une peinture exclusive, un absolu, donc&#8230; Une &#339;uvre de Ryman faite de peintures, d'espace et de lumi&#232;re, &#231;a se vit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8230; une &#339;uvre de Ryman doit se concevoir comme un voyage au c&#339;ur de la mati&#232;re, de la mati&#232;re picturale s'entend, et puis aussi de fractions d'espace-temps&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryman en tant que r&#233;v&#233;lateur de la mousse quantique de la peinture&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8230; Ryman proph&#232;te de la non-m&#233;taphysique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il croire les artistes &#8230; non, ni les gens de notre contemporan&#233;it&#233; en g&#233;n&#233;ral ni les artistes et encore moins que les autres commentateurs de tous poils, critiques d'art, philosophes et autres galeristes, surtout quand ils se gargarisent de minimalisme et de peinture monochrome autre dit lorsqu'ils &#233;voquent l'oeuvre de Ryman.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(Denis Schmitte, TK-21, n&#176;151&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un salmigondis de m&#233;taphores qui n'en sont pas, de citations implicites ou explicites, tout cela on conna&#238;t. Mais ici, ce qui appara&#238;t avec une grande &#233;vidence, c'est le fait que les textes &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; un artiste et son &#339;uvre doivent &#234;tre &#233;crits avec une attention tout &#224; fait particuli&#232;re car, outre l'honn&#234;tet&#233; intellectuelle, c'est la valeur &#233;thique de ces textes qui conf&#233;rera aux &#339;uvres dont ils parlent &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;leur puissance et leur gloire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Un flux ininterrompu d'assertions bancales emporte certes le lecteur mais ne le conduit qu'au seuil d'une &#233;motion et d'une connaissance dont il ne parvient plus &#224; savoir s'il l'&#233;prouve et la conna&#238;t&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! La vie &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;en soi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; comme la souris de dix-huit m&#232;tres avec un chapeau sur la t&#234;te, &#231;a n'existe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;c- La relation mot image au c&#339;ur de toute r&#233;flexion sur la peinture&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'int&#233;r&#234;t de l'&#339;uvre de Ryman c'est qu'elle focalise sur elle un mouvement de fond qui se d&#233;ploie &#224; travers l'art depuis Duchamp. Cette vague de fond donne lieu non seulement &#224; une intrication d'un nouveau genre entre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mots&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;image&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, que ce soit un tableau ou une &#339;uvre plastique, mais au retournement de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;relation traditionnelle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; liant peinture et texte h&#233;rit&#233;e du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, le tableau est cens&#233; nous permettre de rejoindre des sensations v&#233;cues et ou transmises par le peintre, sensations &#233;motions ou impressions pouvant &#234;tre communiqu&#233;es sans autre m&#233;diation que l'image ou en tout cas sans que les mots ne soient appel&#233;s &#224; jouer un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que cela n'est pas vrai ou pas juste dans la mesure o&#249; les mots ont toujours &#233;t&#233; l&#224; qui, si l'on s'en tient &#224; la vulgate fluserienne, ont servi aux hommes &#224; d&#233;chirer les images au moyen desquelles ils s'orientaient dans le monde et leur ont permis d'inventer de nouveaux modes d'orientation &#224; la fois sur terre mais aussi bien au-del&#224;, dans ces zones qu'on nomme le cosmos par exemple et pour lesquelles il n'existe que deux moyens de les appr&#233;hender, les math&#233;matiques et la physique autant dire les calculs, et les images produites par les appareils, l'&#339;il humain s'en tenant, mais c'est d&#233;j&#224; le cosmos, &#224; la lune et aux &#233;toiles visibles &#224; l'&#339;il nu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette relation mot-image est cens&#233;e se fonder sur des m&#233;taphores. Pour n'en citer qu'une revenons un court instant sur ces phrases c&#233;l&#232;bres de Talbot, l'autre inventeur, anglais lui, de la photographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son me&#769;moire de 1839, il note ceci&#160;: &lt;i&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le phe&#769;nome&#768;ne photographique que je viens de de&#769;crire brie&#768;vement me semble participer du caracte&#768;re du merveilleux, presque autant qu'aucun autre fait que l'investigation physique ait porte&#769; a&#768; notre connaissance. La plus transitoire des choses, une ombre, l'emble&#768;me proverbial de tout ce qui est e&#769;vanescent et momentane&#769;, peut-e&#770;tre enchai&#770;ne&#769; par les sorts de notre magie naturelle, et peut e&#770;tre fixe&#769;e pour toujours dans la position qu'elle semblai ne devoir occuper qu'un instant.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Some account, in Newhall, essays and images, p.25 in Franc&#807;ois Brunet La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus loin dans le me&#770;me texte, p.28 il e&#769;crira&#160;: &lt;i&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Cet appareil, (la chambre noire) arme&#769; de papier sensible, fut sorti par un apre&#768;s-midi d'e&#769;te&#769; et place&#769; a&#768; environ cent pieds d'un ba&#770;timent favorablement e&#769;claire&#769; par le soleil. Une heure ou deux plus tard j'ouvris la boi&#770;te, et je trouvai, de&#769;peinte sur le papier, une repre&#769;sentation tre&#768;s distincte du ba&#770;timent.../... Pendant l'e&#769;te&#769; 1835 je fis un grand nombre de repre&#769;sentations de ma maison a&#768; la campagne, qui est bien adapte&#769;e a&#768; ce projet a&#768; cause de son architecture ancienne et remarquable. Et je crois que ce ba&#770;timent est le premier qui ait jamais e&#769;te&#769; connu pour avoir dessine&#769; sa propre image&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op cit, p.136&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas le lieu de redire une fois encore ce que j'ai pu dire si souvent, mais remarquons simplement que le recours aux mots est de type m&#233;taphorique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on a affaire l&#224; &#224; une m&#233;taphore, on va voir, avec Ryman et d'autres par la suite, que l'enjeu va se d&#233;placer autour de l'usage de l'all&#233;gorie. Cette question que j'ai souvent &#233;voqu&#233;e, celle de la diff&#233;rence entre all&#233;gorie et m&#233;taphore, diff&#233;rence ou distinction qui est ici n&#233;cessaire et vitale, est ce qui permettre de mettre au jour une structure rarement &#233;voqu&#233;e sous cet angle, unifiant l'art et de la pens&#233;e qui l'accompagne, le porte ou tente de l'expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ici renvoyer &#224; nouveau &#224; ce que dit Hannah Arendt dans son ouvrage sur Walter Benjamin lorsqu'elle distingue de mani&#232;re efficace all&#233;gorie et m&#233;taphore. Je l'ai cit&#233; quelque fois mais il me semble essentiel de le refaire ici, car m&#234;me si ce n'est pas la question de ce jour, cette distinction me semble plus que jamais un moyen de comprendre ce qui s'est produit entre les ann&#233;es 70 et aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;d- Sur l'all&#233;gorie&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il importe un instant de revenir un instant et de citer ce que dit Hannah Arendt dans le petit texte qu'elle a consacre&#769; a&#768; Walter Benjamin. En effet, cette distinction est essentielle pour qui veut mieux comprendre ce dont il est question, en particulier dans l'art du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; sie&#768;cle. Elle constitue un levier heuristique majeur si l'on tente de comprendre les mutations tant socie&#769;tales, mentales que dans le champ de la connaissance, a&#768; partir des relations entre image et texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Si, par exemple - et celui -ci ne serait certainement pas infide&#768;le a&#768; l'esprit de Benjamin - le concept abstrait de Vernunft (raison) est reconduit a&#768; son origine dans le verbe vernehmen (percevoir / entendre), on peut penser qu'un mot de la sphe&#768;re de la super-structure a e&#769;te&#769; restitue&#769;e a&#768; son infrastructure sensible, ou, a&#768; l'inverse, qu'un concept a e&#769;te&#769; transforme&#769; en une me&#769;taphore - a&#768; supposer que &#034;me&#769;taphore&#034; soit entendue au sens originel, non alle&#769;gorique de metapherein (transporter). Car une me&#769;taphore e&#769;tablit un lien qui est perc&#807;u de manie&#768;re sensible dans son imme&#769;diatete&#769; et n'appelle aucune interpre&#769;tation, tandis qu'une alle&#769;gorie proce&#768;de toujours d'une notion abstraite et invente ensuite quelque chose de tangible qui permet de se la repre&#769;senter en quelque sorte a&#768; volonte&#769;. L'alle&#769;gorie doit e&#770;tre pre&#769;alablement explique&#769;e pour pouvoir prendre un sens, il faut trouver une solution a&#768; l'e&#769;nigme qu'elle pre&#769;sente, de sorte que l'interpre&#769;tation souvent laborieuse des figures alle&#769;goriques fait malheureusement toujours songer a&#768; la solution d'une devinette, me&#770;me si cela ne demande pas plus d'inge&#769;niosite&#769; que dans le cas de la repre&#769;sentation alle&#769;gorique de la Mort par un squelette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis Home&#768;re, la me&#769;taphore est, dans le poe&#769;tique, l'e&#769;le&#769;ment proprement transmetteur de connaissances&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par son emploi s'e&#769;tablissent les correspondances entre les choses physiquement les plus lointaines- ainsi, ce passage de L'Iliade ou&#768; aux de&#769;chai&#770;nement de peur et de douleur dans le c&#339;ur des Ache&#769;ens re&#769;pond le de&#769;chai&#770;nement conjugue&#769; des vents du nord et de l'ouest sur les eaux sombre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Iliade, IX, 1-8&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ou cet autre ou&#768; a&#768; l'e&#769;branlement de l'arme&#769;e vers le combat, en vagues presse&#769;es, re&#769;pond le mouvement des lames de la mer qui, pousse&#769;es par le vent, se soule&#768;vent d'abord au large, roulent vers le rivage en vagues presse&#769;es, puis s'en viennent brise&#769;es sur la terre dans un fracas de tonnerre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Iliade, IV, 422-428&#034; id=&#034;nh5-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les me&#769;taphores en ce sens mettent poe&#769;tiquement en &#339;uvre l'unite&#769; du monde. Ce qui est si difficile a&#768; comprendre au sujet de Benjamin est que, sans e&#770;tre poe&#768;te, il pensait poe&#769;tiquement et, par conse&#769;quent, e&#769;tait tenu de conside&#769;rer la me&#769;taphore comme le plus grand don du langage le &#034;transfert&#034; dans la langue nous permet de rendre sensible l'invisible -&#034;une puissante forteresse est notre dieu&#034; - et ainsi d'en rendre possible une expe&#769;rience.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hannah Arendt, Walter Benjamin -1892-1940, Ed. Allia, p. 32-34&#034; id=&#034;nh5-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'inte&#769;resser a&#768; Ryman oblige a&#768; tenter de cerner la fonction certaines &#034;me&#769;diations&#034;, ici des mots, la&#768; des images, ici des appareils, la&#768; des programmes. Mais cela oblige surtout a&#768; voir dans ces m&#233;diations autant des vecteurs de rapprochement que d'e&#769;loignement de ce qui est en jeu dans toute expe&#769;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'enjeu lorsqu'on fait une expe&#769;rience, c'est que ce qui &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;nous arrive&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, se fasse de la mani&#232;re la plus directe possible, qu'elle permette la manifestation en nous, ou a&#768; travers nous, de ce que notre corps, notre esprit, notre a&#770;me, qu'importe, &#233;prouve qu'une entite&#769; plus puissante que nous, nous habite et nous emporte et en me&#770;me nous rapproche de nous me&#770;me, tout en nous rapprochant de ce qui en elle nous d&#233;passe, en nous aspirant &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;en elle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, une exp&#233;rience est quelque chose de complexe &#224; concevoir, &#224; exprimer, &#224; traduire et encore plus &#224; partager. Et m&#234;me si cela n'appara&#238;t qu'au terme de l'accomplissement du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;programme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; rymanien, l'exp&#233;rience, qui semble bannie par le protocole mis en place pour la r&#233;alisation des &#339;uvres, ce protocole va venir faire de l'exp&#233;rience du regard port&#233; sur la toile, sur l'&#339;uvre, le moment conclusif du trajet dont l'&#339;uvre est &#224; la fois le vecteur, l'incarnation et le t&#233;moin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait continuer ainsi &#224; l'infini et broder et broder encore. Les relations images-textes sont au c&#339;ur &#224; la fois de grandes choses et d'errances dans un labyrinthe duquel nous ne parvenons gu&#232;re &#224; sortir. L'&#339;uvre de Ryman les met en sc&#232;ne d'une mani&#232;re effectivement in&#233;dite &#224; son &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;B- Panorama lexical &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;crivant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; l'&#339;uvre de Ryman&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;a - Tentative de synth&#232;se et enjeux autour de la notion de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;synth&#232;se&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce long d&#233;tour ne vaut que s'il permet de pr&#233;ciser comment regarder, voir et lire, c'est-&#224;-dire tenter de comprendre chaque point de vue, celui de l'artiste celui du critique qui reste quoiqu'on en dise important dans la circulation des id&#233;es et la formation des regards et celui du spectateur, toujours unique et toujours emprisonn&#233; dans la synth&#232;se g&#233;n&#233;rale qui occulte la singularit&#233; de chacun sous l'appellation de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le spectateur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou depuis Duchamp &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le regardeur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des enjeux d'une approche ouverte de Ryman, c'est de tenter de faire le point et de d&#233;m&#234;ler un peu cette pelote de significations aussi contradictoires que compl&#233;mentaires et emm&#234;l&#233;es bien qu'apparemment &#233;videntes lorsqu'on les lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc quitter maintenant les journalistes pour nous plonger dans des textes de gens qui savent &#233;crire qui connaissent vraiment l'&#339;uvre de Ryman et auxquels on peut faire cr&#233;dit de ne pas tout m&#233;langer pour un effet de manche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des textes de la qualit&#233; de ceux de Jean Fr&#233;mon ou de tous les auteurs ayant &#233;crit dans le catalogue de l'exposition de l'Orangerie cette ann&#233;e, nous permettent de mieux appr&#233;hender ce qui se joue avec, dans et &#224; partir de l'&#339;uvre de Ryman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, &#224; lire ces diff&#233;rents auteurs on voit appara&#238;tre des constantes, les nombreuses reprises des m&#234;mes citations de l'artiste qui a &#233;t&#233; peu prolixe en explication sur son travail, les notions &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;in&#233;vitables&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, celles dont on ne peut semble-t-il pas faire l'&#233;conomie, et au-del&#224; de ce mat&#233;riau de base essentiel et important les quelques variations, rares finalement, ou les quelques explorations plus avanc&#233;es dans le domaine de l'interpr&#233;tation qui conduiront de l'affirmation d'une mat&#233;rialit&#233; de l'&#339;uvre &#224; des positions plus &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;essentialistes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de type ontologique, les mots de r&#233;el, de pr&#233;sence et d'&#234;tre venant permettre de tenter de rendre compte de ce qui &#224; la fois semble si &#233;vident incontournable et puissant et pourtant insaisissable dans l'&#339;uvre de Ryman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc dans un premier temps faire une sorte de liste des mots ou expressions les plus importants gr&#226;ce auxquels on verra aussi appara&#238;tre l'&#339;uvre m&#234;me si l'on peut dire pour autant quelle peut se d&#233;gager des mots des phrases qui &#224; d&#233;faut de la d&#233;crire, l'&#233;crivent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;b - Synth&#232;se basique, synth&#232;se officielle, synth&#232;se accumulant les v&#233;rit&#233;s-clich&#233;s ou le d&#233;coupage de l'exposition de l'Orangerie.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc le texte que l'on peut trouver sur les d&#233;pliants et le site de l'Orangerie et qui pr&#233;sente l'exposition et les positions essentielles relatives &#224; l'&#339;uvre de Ryman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le regard en acte&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Robert Ryman (1930-2019), peintre am&#233;ricain actif &#224; New York &#224; partir des ann&#233;es 1950, a consacr&#233; l'essentiel de son travail artistique &#224; analyser les fondements de la peinture. Reprenant toile apr&#232;s toile la formule du carr&#233; blanc, choisi pour sa neutralit&#233;, Ryman explore tout ce qui compose mat&#233;riellement un tableau, du support &#224; la surface en passant par l'&#233;clairage ou le syst&#232;me d'accrochage. D'abord vou&#233; &#224; une carri&#232;re de saxophoniste jazz, Ryman occupe pendant presque une d&#233;cennie un emploi de gardien de salle au Museum of Modern Art de New York. Il y d&#233;couvre les ma&#238;tres modernes europ&#233;ens (Claude Monet, Paul C&#233;zanne, Henri Matisse) et les nouvelles r&#233;f&#233;rences am&#233;ricaines (Mark Rothko, Jackson Pollock, Barnett Newman) et d&#233;cide alors de se consacrer uniquement &#224; la peinture.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3549 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/barbett-newman.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L474xH355/barbett-newman-c5b7d.jpg?1734565323' width='474' height='355' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3549 '&gt;Barbet Newman
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Peintre de ce qu'il revendique lui-m&#234;me, non sans provocation, comme une &#339;uvre&#160;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;aliste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, en ce qu'elle ne propose aucune illusion ou symbole, l'artiste poursuit ses exp&#233;rimentations jusqu'aux derni&#232;res ann&#233;es de sa vie. Pouss&#233; par les possibilit&#233;s infinies du m&#233;dium, jouant sans cesse de la variation, Ryman pose sur la peinture un regard toujours en acte. Il convient d&#232;s lors de regarder la peinture de Ryman comme l'artiste nous incite &#224; le faire&#160;: une peinture active, qui convoque tout autant le regard du peintre que celui de ceux &#224; qui il s'adresse (les visiteurs, ou plut&#244;t les regardeurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Surface&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Robert Ryman, se veut, avant tout, peintre. Ses premi&#232;res explorations dans le domaine pictural s'attachent aux modalit&#233;s d'application de la peinture sur un support. Il recherche et &#233;tudie les diff&#233;rents effets provoqu&#233;s par l'&#233;paisseur de la mati&#232;re, les variations de tonalit&#233;s, le travail de la touche. &lt;i&gt;Ces exp&#233;rimentations marquent les &#233;tapes d'une qu&#234;te dont le peintre sait pertinemment qu'elle n'a pas de fin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elles sont pourtant pr&#233;textes &#224; interroger ce qui fait un tableau et sa nature.&lt;/i&gt; L'utilisation du format carr&#233; et de la peinture blanche, mais aussi les principes techniques qui gouvernent la pratique de l'artiste (choix m&#233;thodiques de pinceaux, de brosses, de supports&#8230;), sont pour lui autant de moyens d'atteindre une certaine neutralit&#233;, de fermer la porte &#224; toute forme d'interpr&#233;tation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Ryman &#233;voque son travail,&#160;il insiste sur le processus cr&#233;atif mais le fait d&#233;pendre des seuls aspects les plus pratiques, type de peinture accessible chez le marchand, types de pinceaux disponibles, &#233;paisseur du pinceau ou sp&#233;cificit&#233;s de la toile utilis&#233;e comme support.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Limites&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En s'interrogeant sur les &#233;l&#233;ments constitutifs de la peinture, Ryman s'int&#233;resse &#233;galement &#224; ses limites, qu'elles soient physiques ou conceptuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'attache r&#233;guli&#232;rement &#224; explorer les possibilit&#233;s d'int&#233;gration de ses &#339;uvres &#224; leur environnement direct et joue pour cela de diff&#233;rentes modalit&#233;s de pr&#233;sentation&#160;: toiles non tendues (Adelphi) ou sur ch&#226;ssis (Concert), compositions en plusieurs parties assembl&#233;es (Untitled Triptych), supports en Plexiglas d&#233;voilant en partie le mur (Arrow).&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3550 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;75&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/untitled_33_1963_oil_on_unstretched_sized_linen_canvas.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L330xH400/untitled_33_1963_oil_on_unstretched_sized_linen_canvas-9d640.jpg?1734565323' width='330' height='400' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-3550 '&gt;&lt;strong&gt;Untitled, #33, 1963, oil on unstretched sized linen canvas
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3550 '&gt;&#169; Robert Ryman
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Poussant plus loin encore cette d&#233;marche, &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1970, il s'essaie &#224; rendre visibles les modes d'attaches de ses tableaux, qu'il choisit soigneusement pour leurs propri&#233;t&#233;s intrins&#232;ques. Peu conventionnels, les accroches m&#233;talliques d&#233;bordant de la toile ou les cadres en papier cir&#233; rejoignent la mallette d'outils de l'artiste.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3551 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/untitled_c-1961.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH511/untitled_c-1961-1546d.jpg?1734565323' width='500' height='511' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-3551 '&gt;&lt;strong&gt;Untitled c 1961
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3551 '&gt;&#169; Robert Ryman
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En ne camouflant aucun des aspects d'une peinture, Ryman repense tout ce qui compose un tableau et l'espace dans lequel il s'inscrit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans l'espace&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#339;uvre de Robert Ryman prend une forme plus sculpturale dans les ann&#233;es 1980. Voulant pousser plus loin encore les notions traditionnelles de la peinture, il en vient &#224; la d&#233;ployer dans l'espace (Journal&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; Factor). L'artiste, que la critique avait associ&#233; d&#232;s les ann&#233;es 1970 &#224; l'art minimal, rejoint alors les recherches de ses contemporains Sol LeWitt ou Fred Sandback sur le contexte de visibilit&#233; d'une &#339;uvre&#160;: l'espace qui la re&#231;oit est une condition n&#233;cessaire de son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de son mode d'accrochage, il s'int&#233;resse ainsi &#224; l'int&#233;gration de sa peinture dans son environnement. Certaines de ses &#339;uvres se d&#233;tachent alors largement du mur tout en y restant fix&#233;es, tandis que d'autres sont pr&#233;sent&#233;es &#224; l'horizontale. Il met ainsi en valeur des &#233;l&#233;ments oubli&#233;s de la peinture, comme la tranche du tableau, qu'il travaille au bois ou &#224; l'aluminium pour la rendre plus visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t qu'elle ne ferme les portes, sa peinture se veut ainsi &#339;uvre ouverte, en ce qu'elle interagit avec l'espace qui l'environne, mais aussi par ce qu'elle attend de notre regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lumi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Plut&#244;t que le peintre du blanc, Ryman est peintre de la lumi&#232;re.&lt;/strong&gt; Moment essentiel du processus de cr&#233;ation, son &#233;clairage rend visible l'&#339;uvre, en cr&#233;ant des ombres ou des reflets et en soulignant toutes les variations de la peinture blanche. &lt;strong&gt;Les r&#233;flexions de l'artiste sur la surface et les limites de la peinture trouvent ainsi leur aboutissement dans son travail sur la lumi&#232;re&#160;: c'est elle qui va accrocher la mati&#232;re, r&#233;v&#233;ler ses reliefs ou d&#233;limiter l'ombre d'un support sur le mur.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, pour Ryman, la lumi&#232;re est constitutive d'un tableau au m&#234;me titre que tous les autres &#233;l&#233;ments mat&#233;riels qui entrent dans sa composition&#160;: une &#339;uvre n'est achev&#233;e que si elle est &#233;clair&#233;e. &lt;i&gt;Que ce soit sous un &#233;clairage naturel ou artificiel, une mise en lumi&#232;re douce et uniforme doit mettre &#233;galement en valeur les &#339;uvres et les murs environnants afin d'int&#233;grer pleinement la peinture &#224; son espace.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;pilogue&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s pr&#232;s de soixante ans de carri&#232;re en tant que peintre, Ryman met un terme &#224; son activit&#233; artistique en 2011. Parmi ses derni&#232;res &#339;uvres, il laisse dans l'atelier un ensemble de huit toiles sans titre, aux tonalit&#233;s vertes, oranges, violettes et grises. La couleur, absente depuis ses premi&#232;res exp&#233;rimentations des ann&#233;es 1950, y fait son grand retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point d'orgue de ses recherches inlassables sur les &#233;l&#233;ments premiers de la peinture, ces &#339;uvres ouvrent une nouvelle perspective sur son parcours, mais aussi sur l'histoire de la peinture en g&#233;n&#233;ral. Les perp&#233;tuelles variations d'un tableau &#224; l'autre affirment la peinture comme une discipline vivante, sensible, &#233;minemment prot&#233;iforme, dont les potentialit&#233;s restent, plus que jamais, &#224; explorer. L&#224; se trouve peut-&#234;tre le lien le plus direct entre les s&#233;ries des Cath&#233;drales ou les Nymph&#233;as de Monet et les toiles de Ryman&#160;: une peinture r&#233;sultant d'une approche sensible, qui convoque tout autant le regard du peintre, que celui de ceux &#224; qui il s'adresse &#8211; un regard en acte&#160;:&#160;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Qu'elle soit abstraite ou figurative, c'est &#231;a, la peinture &#8211; c'est ce qu'elle fait&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, confie Ryman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; c-D&#233;cryptage des synth&#232;ses&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, il n'y a apparemment rien &#224; redire. Tout sonne juste du moins tout ce qui est dit ici confirme ou ent&#233;rine ce que l'on sait ou doit savoir sur Ryman et on travail. Pourtant, si l'on s'amuse &#224; reprendre tout point par point, on s'aper&#231;oit que ces id&#233;es sont soit es clich&#233;s, soit des v&#233;rit&#233;s sorties du chapeau d'un prestidigitateur, soit les contre-v&#233;rit&#233;s manifestes ou des affirmations de type tautologique, qui ne font que confirmer ce qui &#233;tait pr&#233;suppos&#233; dans le m&#234;me discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, reprenons ces points, essayons de comprendre ce qu'ils veulent dire au sens de ce qu'ils impliquent quant &#224; la conception d'une &#339;uvre d'art &#224; son fonctionnement et &#224; la relation entre artiste et regardeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;1 la formule du carr&#233; blanc, choisi pour sa neutralit&#233;&#160;:&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui importe ici c'est ce qui semble aller de soi, la neutralit&#233; du carr&#233; et surtout le fait que la neutralit&#233; soit pos&#233;e comme une valeur d&#233;terminante de l'oeuvre et de l'art en g&#233;n&#233;ral ou en tout cas de celui de Ryman et partant de ce qui vaut &#224; cette &#233;poque sinon pour toute cette &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va voir que cette neutralit&#233; est une notion qui rend acceptable ou enclenche mentalement l'acceptation comme allant de soit de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;sensibilisation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de l'oeuvre d'art. On affirme ici qu'un changement de paradigme a eu lieu sans l'expliquer ou le justifier car il semble aller de soi&#160;: l'art n'a plus rien &#224; voir et rien &#231; faire &#224; la sensibilit&#233; ou en tout cas plus rien &#224; voir avec les formes &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;anciennes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de la sensibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque chose s'est perdu ou est consid&#233;r&#233; comme n'ayant plus cours. Et ce fait de n'avoir plus court est consid&#233;r&#233; comme ayant &#233;t&#233; remplac&#233; par autre chose, quelque chose de porteur d'une ou de valeurs nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position consensuelle sur le travail de Ryman ou celle qui est accept&#233;e par l'histoire de l'art est en fait le r&#233;sultat d'une synth&#232;se &#224; la fois historique, th&#233;orique et pratique au sujet de ce qui est et fait art. Et comme on va le voir, cette synth&#232;se est consid&#233;r&#233;e comme implicitement connue et accept&#233;e par tout le monde artistes, critiques et spectateurs, du moins ceux qui voient les &#339;uvres aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;videmment prendre acte du fait que pr&#232;s de 70 ans se sont &#233;coul&#233;s depuis les d&#233;buts de Ryman et que l'on a affaire &#224; des gens qui savent des choses sur l'art. Mais l&#224; n'est pas le probl&#232;me. Ce qui importe, c'est le fait que tout ce qui &#233;chappe &#224; cette emprise est en quelque sorte &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;mon&#233;tis&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et ayant perdu sa valeur ouvre ainsi une place pour que puissent rayonner ces nouvelles &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;valeurs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;2 une &#339;uvre&#160;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;aliste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, en ce qu'elle ne propose aucune illusion ou symbole&#160;:&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes ici dans la droite ligne de l'affirmation de la valeur de la neutralit&#233; comme valeur fondamentale de l'art naissant &#224; l'poque de Ryman et dont il est peut-&#234;tre non pas tant l'un des inventeurs que celui dont l'oeuvre est au plus pr&#232;s du frottement des deux plaques tectoniques qui entrent en collision&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; celle de l'art comme manifestation d'un sujet mettant en sc&#232;ne ses sensations, impressions perceptions et r&#233;flexions que le monde qui l'entoure qu'il soit vu comme li&#233; &#224; la nature, &#224; ce qui n'a pas &#233;t&#233; fait de main d'homme, ou &#224; la culture &#224; tout ce que l'homme a produit, bref de la r&#233;alit&#233; dans sa diversit&#233; int&#233;grale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; celle de l'art comme une pratique &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mettant entre parenth&#232;se l'affectivit&#233;, la subjectivit&#233; et tout ce qui rel&#232;ve de l'expression&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour promouvoir une ou des attitudes visant &#224; faire de l'oeuvre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la chose m&#234;me&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la r&#233;alit&#233;, ici, qui change de signification, de sens et de fonction et c'est le fruit l&#224; encore du m&#234;me processus de synth&#232;se extr&#234;mement &#233;labor&#233; historique et th&#233;orique qui est &#224; l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; est con&#231;ue comme ce qui est en quelque sorte &#224; port&#233;e de main, sous-la-main disait ici et l&#224; Heidegger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; est ici ce sur quoi et avec quoi il est possible d'agir, de produire des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;objets&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ici des tableaux ou autres objets consid&#233;r&#233;s comme des &#339;uvres d'art en suivant un programme, des protocoles et autres inventions &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;th&#233;oriques&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, verbales et donc &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;conceptuelles&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; en un sens g&#233;n&#233;ral et g&#233;n&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce s'oppose &#224; l'art d'avant qui &#233;tait une activit&#233; de la main et de l'oeil, de l'esprit et de l'affectivit&#233;, bref une mani&#232;re de charger une surface ou un morceau de mat&#233;riau des affects divers qui avaient travers&#233;s celui que l'on nomme l'artiste et qu'il tentait d'exprimer pour lui permettre de s'orienter dans ce monde et aussi apr&#232;s coup de partager les exp&#233;riences avec ceux qui allaient avoir acc&#232;s &#224; ses &#339;uvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, l'oeuvre d'art est cens&#233;e participer au voyage m&#234;me et sert d'instrument d'orientation mais ne donne pas de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;ponse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;solution&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souviendra ici des pages lyriques et magnifiques de C&#233;zanne dans le livre intitul&#233; &lt;i&gt;Conversations avec C&#233;zanne paru aux &#233;ditions Macula&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais deux choses doivent attirer notre attention dans cette formulation&#160;:
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le fait que la mat&#233;rialit&#233; brute ou pure de ces oeuvres on ne sait comment la nommer &#233;carterait symbole et illusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Qu'implicitement interroger que ces &#339;uvres rapprocheraient in&#233;vitablement de ce qui &#233;chappe &#224; l'illusion et au symbole, autrement dit &#224; la v&#233;rit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais v&#233;rit&#233; de quoi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? V&#233;rit&#233; sur quoi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Cela reste ici en suspens. On n'explique pas cela dans un flyer d'exposition, mais ailleurs non plus. Cela va de soi pour qui parle de l'oeuvre de Ryman et pour Ryman lui-m&#234;me aussi comme on le verra. Mais cela ne va plus de soi aujourd'hui et cette &#233;vidence aurait pu et d&#251; &#234;tre analys&#233;e depuis bien longtemps et il ne semble pas qu'elle le soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous contraint &#224; prendre acte de ce que le changement de paradigme que met en place le travail de Ryman dans une &#233;poque tout enti&#232;re occup&#233;e &#224; porter ce changement est irr&#233;versible. Il fait non seulement partie de l'histoire, mais il fait histoire et la nouvelle forme de v&#233;rit&#233; dont il est porteur ne peut &#234;tre contre-dite, &#224; son &#233;poque et pour deux ou trois d&#233;cennie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;alit&#233; nouvelle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; concernant l'art, quelque chose qu'on trouve ou retrouve que l'on avait perdu. C'est cela qui est comme pr&#233;suppos&#233; et non dit et qui importe. Ce travail est une qu&#234;te d'un perdu ou d'un quelque chose qui a &#233;t&#233; perdu mais &#224; quoi l'art n'a jamais acc&#233;d&#233;&#160;: ce quelque chose a pour nom le r&#233;el. Ce r&#233;el, ici, est &#224; comprendre comme puissance incontournable de confirmation ou d'affirmation de la l&#233;gitimit&#233; de l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qui nous meut a en quelque sorte &#233;chou&#233; &#224; nous permettre de nous orienter dans le monde, mais les choses qui composent la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;chose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui est &#339;uvre d'art apparaissent ici comme des vecteurs d'une unification mentale et suppos&#233;ment sensible de ce qui fait &#234;tre ce qu'est l'&#234;tre. Le mot n'est jamais prononc&#233; sauf du bout des l&#232;vres par Jean Fr&#233;mon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;3 une peinture active, qui convoque tout autant le regard du peintre que celui de ceux &#224; qui il s'adresse&lt;/strong&gt; (les visiteurs, ou plut&#244;t les regardeurs)&#160;: Cette convocation du regard on le comprend enlisant ces mots est une convocation crois&#233;e qui met l'artiste et le spectateur dans une position absolument &#233;quivalente, -faut-il dire &#233;gale&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?-. En tant que telle elle est cens&#233;e accomplir ce qu'elle &#233;nonce et faire de l'un l'&#233;quivalent ou le double de l'autre ou si l'on veut elle installe l'un, l'artiste au d&#233;but d'un processus et l'autre, le spectateur, au terme du processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d&#233;j&#224; d&#233;voiler un peu de l'analyse de la conception et de la fonction de l'oeuvre de Ryman, mais on peut avancer une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;m&#233;taphore&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; en disant que cette convocation du regard met l'un l'artiste &#224; l'input du processus et l'autre le regardeur &#224; l'output&#160;, &#233;tant entendu ou sous-entendu que ce que le premier produit est ce que l'autre va devoir et pouvoir voir, et que la mani&#232;re dont cela est produit &#233;tant suppos&#233; &#234;tre sans ambigu&#239;t&#233;, ce qui est &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;inscrit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; comme travail, attention et r&#233;flexion dans l'oeuvre, ce dont elle est charg&#233;e et a la charge, sera n&#233;cessairement perceptible et per&#231;u par celui qui regardera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le peintre au sens impressionniste et post impressionniste &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mettait&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de lui-m&#234;me, ou se mettait lui-m&#234;me, dans son tableau, ici, le peintre est celui qui se retire du jeu pour que soit perceptible ce qui &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;avant lui&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; n'&#233;tait pas reconnu comme &#233;tant ou pouvant &#234;tre partie de l'&#339;uvre et encore moins constituer l'oeuvre m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut donc le dire ici pour la premi&#232;re fois, la conception de l'&#339;uvre qu'a Ryman fait de l'art, de la production d'oeuvres d'art, un processus qui s'approche, ressemble voire m&#234;me est identique &#224; celui qui se produit dans le travail lorsqu'on programme guide les pas des ex&#233;cutants qu'ils soient ing&#233;nieurs ou ouvriers. La peinture comme activit&#233; globale ici est con&#231;ue, pratiqu&#233;e, v&#233;cue, r&#233;alis&#233;e comme un appareil que le peintre programme en vue de le faire fonctionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- 4 ces exp&#233;rimentations marquent les &#233;tapes d'une qu&#234;te dont le peintre sait pertinemment qu'elle n'a pas de fin&lt;/strong&gt; et qui sont pourtant pr&#233;textes &#224; interroger ce qui fait un tableau et sa nature&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
ce point est absolument majeur car il renforce l'id&#233;e que ce qui est d&#233;clench&#233; par la conception de l'oeuvre et du travail de l'artiste pour Ryman est une qu&#234;te infinie faite de variations sans fin. Mais ces variations se produisent &#224; deux niveaux&#160;: au niveau concret, technique et au niveau mental. Ces pr&#233;textes &#224; interroger d&#233;crivent une fonction majeure de la r&#233;flexion dans l'art qui est en train de na&#238;tre au d&#233;but des ann&#233;es cinquante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;fl&#233;chir, interroger, questionner pas n'importe quoi mais ce que l'on fait, ce que l'on est en train de faire et comment on le fait &#8211; et cela bien plus ou &#224; la place de se demander pourquoi, dans quel but pour quelle finalit&#233; etc. on le fait- c'est en fait offrir &#224; la conscience, &#224; l'esprit si l'on veut, mais surtout &#224; la conscience, un terrain de jeu infini qui lui permet de continuer &#224; exister sans avoir &#224; se poser d'autre question sur elle-m&#234;me, confort&#233;e qu'elle est dans sa l&#233;gitimit&#233; par le fait qu'elle s'est autoris&#233;e &#224; de continuer &#224; jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, l'art est en train de devenir un jeu mais au sens que Flusser donne &#224; ce terme pas au sens ludique d'un d&#233;lassement ou d'une activit&#233; qui nous mettrait en relation avec les dieux le destin ou le hasard, mais au contraire celui d'une activit&#233; ludique au sens de montage et d&#233;montage de formes au moyen de briques interchangeables, au sens de faire moins un puzzle qu'&#224; celui de faire et d&#233;faire des formes avec des pi&#232;ces de lego.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attention se portera sur certains aspects du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;montage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#339;uvre apr&#232;s &#339;uvre. La rigueur dans les choix des &#233;l&#233;ments convoqu&#233;s et la s&#233;lection dans les quantit&#233;s produites marqueront le degr&#233; ou pas d'exigence de l'artiste relativement &#224; la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;qualit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de ce qu'il va faire ou de ce qu'il va d&#233;cider de garder. Le contenu de l'oeuvre bascule dans le comment et le quoi est aboli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jugement sur ce qui est art, c'est-&#224;-dire sur ce qui fait l'art, c'est-&#224;-dire sur la mani&#232;re dont est faite une &#339;uvre d'art, change l&#224; aussi compl&#232;tement. Il est le r&#233;sultat d'un ensemble de mesures concr&#232;tes et non l'activit&#233; d&#233;cisionnelle et expressive d'un sujet. Le sujet est lui aussi en train de s'effacer de se dissoudre dans l'activit&#233; m&#234;me. Le peintre devient sous nos yeux un joueur, c'est-&#224;-dire, au sens de Flusser toujours, un fonctionnaire puisque ce qu'il fait c'est faire fonctionner la peinture comme ensemble des gestes et des actes qui participent &#224; l'&#233;laboration d'un tableau sans qu'autre chose, du moins c'est ce qui est affirm&#233;, et ce qu'il nous est demand&#233; ou ordonn&#233; de croire, n'entre en jeu que le fait de faire lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe ici, et c'est la la singularit&#233; de la position de Ryman, c'est qu'il a fallu, alors que la fonctionnalit&#233; a certes pris ses marques dans le champ &#233;conomique et social, faire glisser la plaque tectonique art sous la plaque tectonique &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;jeu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; au sens op&#233;rationnel et organisationnel du terme comme forme synth&#233;tique de la relation que la conscience pr&#233;tend avoir avec elle-m&#234;me, avec le monde qui l'entoure et l'individu avec ceux qui l'entourent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque tout a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; fait pourrait-on dire, il reste quelque chose qui n'a pas &#233;t&#233; pris en compte, ce que l'on peut appeler la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mat&#233;rialit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de la peinture. Et c'est ce qui devient &#224; la fois le principe et le but. Comme si les quatre causes aristot&#233;liciennes, cause mat&#233;rielle, cause efficiente, cause formelle, cause finale &#233;taient rassembl&#233;es en une synth&#232;se radicale au point de faire de l'activit&#233; cr&#233;atrice un processus a-signifiant et sur-signifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A-signifiant en ce qu'il n'y a pas de pr&#233;suppos&#233;s affectifs ou mentaux hors de ce qui appara&#238;t comme possible au terme de cette synth&#232;se, synth&#232;se qui en fait est pos&#233;e comme condition a-priori de l'oeuvre donc,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur-signifiant car l'oeuvre qui en r&#233;sulte recueille, rassemble et tente d'unifier ce qu'il est n&#233;cessaire de faire fonctionner pour d&#233;ployer ce qui a &#233;t&#233; synth&#233;tis&#233; lors m&#234;me que pour exister elle doit au contraire d&#233;ployer ce qui a &#233;t&#233; pos&#233; comme synth&#232;se au commencement. Le cadre synth&#233;tique comme cadre g&#233;n&#233;ral de l'activit&#233; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;art&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; se r&#233;v&#232;le incapable de contenir le d&#233;ploiement fut-il simplement technique, mat&#233;riel et artistique des donn&#233;es programmatiques qui le constituent. Quelque chose se produit qui &#233;chappe &#224; l'unification &#224; la fois pr&#233;suppos&#233;e et promise et qui d&#233;borde le contrat implicite contenu dans le programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;5 un processus cr&#233;atif qui souligne les aspects les plus pratiques de son &#339;uvre, comme l'origine marchande de sa peinture&lt;/strong&gt;, l'&#233;paisseur du pinceau ou les sp&#233;cificit&#233;s du support utilis&#233;&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
On revient sur les aspects concrets du travail et l'on s'aper&#231;oit en effet que ce commencement qui est rendu possible par le glissement de la plaque tectonique art comme manifestation expressive d'un sujet sous la plaque art comme r&#233;alisation d'un programme ne permet pas de clore mais au contraire ouvre un autre champ inconnu sous cette forme auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que se joue l'invention de Ryman qui est distincte sous certains aspects quoique finalement tr&#232;s proche de celle des artistes de l'art minimal et conceptuel, m&#234;me si son travail et son approche rel&#232;vent d'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ambiance mentale&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; nouvelle relativement &#224; l'art et &#224; ce qu'il peut et doit &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;faire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou permettre d'accomplir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;6 explorer les possibilit&#233;s d'int&#233;gration de ses &#339;uvres &#224; leur environnement direct&lt;/strong&gt;&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette prise en compte de l'environnement dans tous les sens du terme de la mat&#233;rialit&#233; du mur sur lequel l'&#339;uvre va &#234;tre accroch&#233;e &#224; celle de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'espace&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; du lieu m&#234;me est une nouvelle formule montrant le d&#233;ploiement du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;programme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; implicite en train de devenir explicite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, c'est cela qu'accomplit Ryman &#224; cot&#233; d'autres, mais d'une mani&#232;re peut-&#234;tre plus &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;radicale&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; au sens o&#249; il ne fera pas autre chose qu'appliquer le programme suffisamment riche de possibilit&#233;s pour ne pas &#234;tre &#233;puis&#233; par le travail d'une vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette prise en compte des conditions de la monstration permet d'appr&#233;hender le fait que l'oeuvre en se d&#233;ployant &#224; partir de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;rien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, c'est-&#224;-dire d'elle-m&#234;me comme concentr&#233; d'injonctions ou de d&#233;terminations &#224; parcourir et remplir comme on remplit un programme donc, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;invente&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; son environnement et se d&#233;ploie en fonction des pr&#233;suppos&#233;s contenus dans l'intention de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On efface ou annule la subjectivit&#233; comme source de la cr&#233;ation, mais elle revient &#224; la fois comme ce qui est &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ni&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et comme l'instance qui doit accomplir par sa n&#233;gation m&#234;me le programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience, car c'est bien elle la structure mentale et psychique qui est propuls&#233;e comme prenant la place rempla&#231;ant donc la subjectivit&#233; et ses affects, la conscience comme conscience pure, c'est-&#224;-dire sans affect est ce qui donc est install&#233; vizir &#224; la place du vizir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet s'affine s'&#233;pure, se vide de ce qui le constituait pour ne garder de lui-m&#234;me que sa &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;forme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; c'est-&#224;-dire les m&#233;canismes qui lui permettent de fonctionner et d'exister non plus &#224; l'image &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;de dieu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; mais en fonction des ordres contenus dans le programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; la source de la grande erreur ou du grand mensonge contenus dans cette &#233;poque de l'assomption de la conscience comme forme ultime de la relation homme monde. Il faudrait d'ailleurs dire de le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;non-relation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; homme-monde. Mais c'est une autre histoire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette relation se r&#233;v&#233;lera &#234;tre une relation homme-homme ou plus exactement id&#233;e-id&#233;e ou concept-concept. En tous les cas, il s'agit d'une relation de type tautologique tentant de s'inventer un monde pour se consoler d'avoir abandonn&#233; ce qu'elle a d&#233;clar&#233; nul et non avenu, la subjectivit&#233; comme amas de passions vaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en cela que tiennent le mensonge et l'erreur qui sont contenus dans le fait que l'abolition des affects est une t&#226;che impossible &#224; savoir qu'ils expriment la pr&#233;tention de la conscience absolue &#224; instaurer un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;monde sans histoire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pr&#233;tendant se d&#233;ployer sans ou hors de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus exactement, est pr&#233;suppos&#233; que l'histoire et les histoires en tant que vecteurs des affects, ne sont pas des &#233;l&#233;ments valides pour d&#233;finir ce qu'est l'art, entendons un art dont la puret&#233; de l'id&#233;e en tant qu'id&#233;e se d&#233;ploierait dans le monde comme un nuage indiff&#233;rent le recouvrant de son ombre diaphane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;7 que l'espace qui la re&#231;oit est une condition n&#233;cessaire de son existence&#160;:&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici s'accomplit la pr&#233;dication auto-r&#233;alisatrice en ceci que l'&#233;nonc&#233; suit le programme ou plut&#244;t en d&#233;coule &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;logiquement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prendre en charge quelque chose qui n'est ni un sujet ni un motif mais un programme ou un protocole et le faire au moyen de la seule forme rationnelle de la conscience, comme saisie distanci&#233;e de ce qui existe, voil&#224; un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;geste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; mental qui ne prend place dans la r&#233;alit&#233; que parce qu'il l'invente et la constitue en s'&#233;non&#231;ant et en se pratiquant. La r&#233;alit&#233; n'existe pas hors de l'&#233;nonc&#233; qui dicte et dessine les formes de son existence, existence qui ne se v&#233;rifie que par les gestes accomplissant le programme permettant de v&#233;rifier ce qui a &#233;t&#233; inscrit dans les pr&#233;suppos&#233;s comme &#233;tant un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;fait&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;alit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condition de l'existence de l'oeuvre n'est pas l'espace en tant que tel mais le fait qu'est &#233;nonc&#233; cette n&#233;cessit&#233; comme constituant la r&#233;alit&#233; n&#233;cessaire &#224; l'accomplissement des gestes constituant l'oeuvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art, ici, singuli&#232;rement trouve sa source moins dans la langue que dans le texte, c'est-&#224;-dire dans des &#233;nonc&#233;s, aussi rares soient-ils chez Ryman. Ainsi voit-on s'accomplir le recouvrement de la plaque tectonique subjective affective par la plaque tectonique rationnelle s'auto-produisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;8 qu'une &#339;uvre est ouverte, en ce qu'elle interagit avec l'espace qui l'environne, mais aussi par ce qu'elle attend de notre regard&#160;:&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici se produit un saut &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;quantique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pourrait-on dire pour filer une m&#233;taphore facile et peu efficace, car cette position contient un aveu relatif &#224; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'&#234;tre de l'&#339;uvre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. N'&#233;tant plus directement objet, l'oeuvre tend &#224; devenir processus sans fin. Elle devient ce qui &#233;merge de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;boite noire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ce qui &#233;merge se trouve &#224; l'out-put de cette boite noire qu'est la conscience de l'artiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui &#233;merge a &#233;t&#233; transform&#233; selon les r&#232;gles explicites et implicites du programme con&#231;u par cette conscience m&#234;me. Certes elle est incarn&#233;e par et dans un artiste singulier, mais en tentant de s'extraire de lui-m&#234;me comme subjectivit&#233;, il formule les r&#232;gles d'un devenir possible. Ce devenir possible c'est le programme qu'il &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;invente&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, un programme qui ne concerne pas &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;un&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; tableau, mais l'oeuvre comme processus infini et ind&#233;fini de production d'&#233;l&#233;ments discrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'artiste est celui qui injecte donc dans la boire noire de sa conscience les &#233;l&#233;ments issus du d&#233;pouillement ou de l'abandon des formes de sa subjectivit&#233; de type affectif comme &#233;tant les seuls susceptibles d'&#234;tre trait&#233;s par le programme inclus dans la boite noire qu'est cette conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;misses de la dimension tautologique des &#339;uvres de Ryman, et des autres, tient en ceci que seule une conscience &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;charn&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, d&#233;sincarn&#233;e, sera capable de recevoir et de d&#233;chiffrer les messages, les signes et les signaux &#233;mis par l'&#339;uvre issue de cette boite noire dans laquelle agit le programme d&#233;fini par l'artiste d&#233;sincarn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose importe ici encore, &#224; savoir qu'il ne peut pas ne pas y avoir une finalit&#233;. L&#224; est sinon le probl&#232;me du moins la grande question qu'il faut poser &#224; ces pratiques et &#224; ces artistes qui pr&#233;tendent expulser de leur pratique la vie affective. Ils doivent n&#233;anmoins postuler quelque chose qui n'est ni un fait, ni une donn&#233;e mat&#233;rielle, ni un &#233;l&#233;ment relevant de la seule dimension &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;conceptuelle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mentale&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; cens&#233;e &#234;tre la seule source autoris&#233;e de l'oeuvre. Et cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;chose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, c'est un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;regard&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai montr&#233; il y a bien longtemps dans des textes publi&#233;s dans les tous premiers num&#233;ros de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TK&lt;/span&gt;-21 &#224; partir d'une r&#233;flexion sur les &#339;uvres de Lynne Cohen, l'image, toute image, et les &#339;uvres de Ryman &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sont&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; des images qu'il le veuille on non et que nous le voulions ou non, puisque ce sont des &#233;l&#233;ments qui, attendant un regard, l'appellent donc &#224; venir &#224; elles. Toute image est et fonctionne comme une structure d'appel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3553 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L336xH358/ryman_untitled-1961-6044d.jpg?1734565323' width='336' height='358' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-3553 '&gt;&lt;strong&gt;Untitled 1961
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3553 '&gt;&#169; Robert Ryman
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;9 le peintre du blanc, Ryman est peintre de la lumi&#232;re qui va accrocher la mati&#232;re, r&#233;v&#233;ler ses reliefs ou d&#233;limiter l'ombre d'un support sur le mur et mettre &#233;galement en valeur les &#339;uvres et les murs environnants afin d'int&#233;grer pleinement la peinture &#224; son espace&#160;:&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes donc ici du c&#244;t&#233; de l'out-put d'une oeuvre r&#233;alis&#233;e parmi et avec d'autres venant s'ins&#233;rer dans le long processus infini ou ind&#233;fini qu'est le d&#233;ploiement de l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t que la mise en place de pr&#233;suppos&#233;s de type analytiques sur le fond d'une synth&#232;se qui se veut trans ou post-historique, constituent une plaque tectonique nouvelle permettant de d&#233;finir ce qui est art et ce qui fait art. En indiquant que ce qui fait art est l'application d'un programme bas&#233; sur des id&#233;es ou des concepts, - en tout cas sur des textes qui m&#234;me s'ils se r&#233;duisent &#224; des propositions et ne sont &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;que&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; des phrases, sont programmatiques &#8211; Ryman se voit contraint de prendre en charge tout ce qui rend le tableau possible et donc les conditions de sa monstration. Et la lumi&#232;re n'est pas le moindre de ces &#233;l&#233;ments surtout quand on a choisi pour programme la peinture comme pratique du d&#233;ploiement du blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit bien qu'ici on est en train de quitter la seule mat&#233;rialit&#233; de l'objet pour l'inclure dans des dimensions plus vastes. La finalit&#233; de l'&#339;uvre refait surface ici, au terme du processus. L'&#339;uvre est &#224; nouveau support et m&#233;diation non plus entre deux subjectivit&#233;s mais en vue d'une rencontre entre deux entit&#233;s abstraites que sont le peintre et le spectateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oeuvre en tant qu'image et en tant qu'objet ne peut &#234;tre exclue &#8211; sauf &#224; ne jamais &#234;tre montr&#233;e &#8211; de la rencontre avec le dehors. La tautologie atteint ici sa limite. Elle doit se forclore et abolir la valeur de l'oeuvre ou s'ouvrir et accueillir sinon la possibilit&#233; d'une dimension affective du moins la possibilit&#233; de l'accueil d'une dimension non incluse dans le programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce n'est pas tout &#224; fait cela. Le regardeur est inclus dans le programme. Il en constitue m&#234;me la finalit&#233;. Et c'est l&#224; que quelque chose d'inattendu appara&#238;t. Le regardeur est consid&#233;r&#233; comme non seulement pouvant mais devant faire une exp&#233;rience face &#224; et avec l'&#339;uvre ou au moyen de ses manifestations color&#233;es lumineuses, plastiques, au moyen de sa pr&#233;sence donc. Et acceptant ce pr&#233;requis, faisant cette exp&#233;rience, il entre avec l'eouvre dans une co-pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reviendra sur ce point essentiel car il concentre en lui le paradoxe de toutes les pratiques artistiques minimaliste et conceptuelles qui consiste &#224; faire entrer dans le programme le regardeur en lui &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;interdisant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pourtant de se constituer comme une entit&#233; qui n'aurait pas &#233;t&#233; con&#231;ue dans et par le programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se trouve devant un hiatus qui ne semble jamais interrog&#233; en tant que tel, mais qui est pourtant accept&#233; en tant que tel. Il faudra essayer de comprendre ce qui se joue dans cette conception du regardeur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3554 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/webp/untitled_c._1963-2010.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH506/untitled_c._1963-2010-80714.webp?1734565323' width='500' height='506' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-3554 '&gt;&lt;strong&gt;Untitled c. 1963-2010
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3554 '&gt;&#169; Robert Ryman
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;10 un retour de la couleur dans les derni&#232;res &#339;uvres&#160;:&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut ici &#233;voquer les premi&#232;re &#339;uvres dans lesquelles la couleur joue un r&#244;le certain. Il faut alors se demander&#160;: de quoi la couleur est porteuse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? De quoi elle est le signe ou le symbole&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Quel r&#244;le elle joue dans la peinture de Ryman&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut nier que le couleur soit le nom et la forme si l'on peut dire, en tout cas ce qui dans la peinture fait signe du c&#244;t&#233; de la chair, de la vie, du corps, de toutes les manifestations de l'expression de la subjectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, elle est ce &#224; quoi il faut &#233;chapper si l'on veut produire une &#339;uvre qui soit a-subjective. Et c'est ce qui est mis en &#339;uvre dans les toiles des d&#233;buts de la fin des ann&#233;es cinquante et dont un exemple ouvrait l'exposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces toiles, et quoique Ryman essaye de nous faire accroire, c'est bien d'un effacement qu'il est question ou plut&#244;t un effacement qui est mis en sc&#232;ne montr&#233; et qui sera consid&#233;r&#233; plus tard comme d'une certaine mani&#232;re accompli&#160;: l'effacement de la couleur et de la signature par des zones de blanc de plus en plus larges finissant par recouvrir la totalit&#233; de la surface de la toile.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3555 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/ryman-series-9-white-2004yoyo_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH499/ryman-series-9-white-2004yoyo_blog-c6f63.jpg?1734600875' width='500' height='499' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-3555 '&gt;&lt;strong&gt;Series 9 White 2004
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3555 '&gt;&#169; Robert Ryman
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cela est la base du programme&#160;: mettre l'&#339;uvre hors d'atteinte de l'affectivit&#233;. Et le nom est le signe ultime de cette affectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, on le sait, si Ryman va le faire dispara&#238;tre non sans avoir beaucoup jou&#233; avec lui sur la toile comme signature, et il va le garder au dos de chaque tableau, de chaque tableau peint. Pour les &#339;uvres en mat&#233;riaux industriels, je n'ai rien vu indiquant cela mais en principe oui puisque cela fait partie du processus qu'il applique pour chaque &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit ici qu'il n'est pas si facile de se d&#233;barrasser de celui qui fait l'&#339;uvre quand bien m&#234;me il a pris la posture du fonctionnaire du blanc d&#232;s le d&#233;but de sa carri&#232;re. Et on doit constater que ce &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;retour&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de la couleur dans la derni&#232;re s&#233;rie, dont quelques exemplaires ont &#233;t&#233; montr&#233;s en relation avec des toiles de Monet &#224; la fin de l'exposition de l'Orangerie rend manifeste non pas tant un &#233;chec ou un ratage que ce qui apparaissait auparavant comme le mensonge contenu ans ce type de positions artistiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mensonge suppose que quelqu'un mente. Alors disons que ce qui appara&#238;t, c'est l'impossibilit&#233; m&#234;me qu'il y a &#224; produire une &#339;uvre qui pourrait &#234;tre d&#233;barrass&#233;e de toute forme d'affect ou d'affectivit&#233; voire de subjectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce &#224; quoi on fait face ici, c'est &#224; la question qui n'est &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;JAMAIS&lt;/span&gt; pos&#233;e&#160;: pourquoi a-t-il &#233;t&#233; d&#233;cr&#233;t&#233; apr&#232;s Duchamp, par certains individus et certains courants artistiques, dans les arts plastiques mais aussi dans la litt&#233;rature et le cin&#233;ma, la danse et la musique, que la dimension affective devait &#234;tre mise hors jeu, que le sujet ne devait plus &#234;tre consid&#233;r&#233; comme la source de l'art&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que l'&#234;tre humain se r&#233;v&#232;le capable de produire des programmes de type rationnel et qu'il n'ait trouv&#233; comme moyen d'int&#233;grer cette puissance mentale et &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;cr&#233;atrice&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qu'&#224; en faire le projet auquel il devait lui en tan qu'entit&#233; affective &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SOUMETTRE&lt;/span&gt;&#160;, voil&#224; la v&#233;ritable question que pose d&#233;J&#224; &#224; sa mani&#232;re Ryman. Et qu'importe s'il le fait dans un cadre qui pourtant semble l'exclure, nous avons vu qu'il &#233;tait bien effectif, ce cadre, &#224; travers programme et protocoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'acceptation de cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;dimension psychique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; suppos&#233;e purement rationnelle comme seul cadre l&#233;gitime de l'existence, est la seule question &#224; laquelle tenter de r&#233;pondre permettrait peut-&#234;tre de comprendre ce qui nous arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un petit &#233;l&#233;ment de r&#233;ponse tient en ceci que si l'on s'accorde &#224; voir la conscience comme structure globale des &#234;tres humains &#234;tre l'op&#233;rateur de cette mutation qui semblait alors ne concerner que l'art et encore une petite frange de l'art, alors il est possible de voir dans ce que j'ai appel&#233; la schize, la faille qui vivre au fond et au c&#339;ur de chaque conscience et de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; conscience comme structure psychique g&#233;n&#233;rale, est la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;cause&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de ce mouvement en ce qu'elle est la source d'une angoisse insurmontable parce qu'elle n'est pas appr&#233;hend&#233;e mais seulement &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;per&#231;ue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de mani&#232;re confuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra se demander ce que signifie exp&#233;rience &#224; la fois pour les artistes et pour les regardeurs et si ce recouvrement d'une plaque tectonique par une autre n'entraine pas un changement de signification de ce terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette question qui constitue le v&#233;ritable sujet de ce s&#233;minaire et qui va &#234;tre au coeur des prochains s&#233;minaires et qui prendra la forme d'un double questionnement sur le concept et sur le sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;11 une peinture r&#233;sultant d'une approche sensible, qui convoque tout autant le regard du peintre, que celui de ceux &#224; qui il s'adresse &#8211; un regard en acte&lt;/strong&gt;&#160;:&#160;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Qu'elle soit abstraite ou figurative, c'est &#231;a, la peinture &#8211; c'est ce qu'elle fait&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, confie Ryman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dimension sensible n'est pas absente des &#339;uvres de Ryman, mais c'est l&#224; que se produit le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mensonge&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Elle est pr&#233;sente mais ni&#233;e, pr&#233;sente &#224; travers sa n&#233;gation ou son interdiction comme principielle et son affirmation comme n&#233;cessaire sous la forme de dimension de l'&#233;change des regards ou de la suppos&#233;e exp&#233;rience en laquelle &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;communient&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; l'artiste-fonctionnaire et le regardeur-acteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dire que c'est une peinture pour aveugles si l'on voulait pousser le bouchon jusqu'&#224; le faire couler&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais le bouchon ne coule pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une peinture faite finalement en vue de l'exp&#233;rience que va pouvoir faire le regardeur. Ce travail artistique a donc une finalit&#233; mais l'&#233;nonc&#233; de ce en quoi consisterait cette exp&#233;rience vient buter sur l'&#233;noncer de ce qu'est et est cens&#233;e faire cette peinture. Et ce qu'elle fait, c'est ce qu'elle fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sans doute le point le plus difficile &#224; mettre en mots que cette tautologie principielle dans laquelle l'oeuvre est prise ou qu'elle met en sc&#232;ne et en action ou si l'on veut qu'elle incarne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas tant qu'il ne faille pas &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;croire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ce qu'&#233;nonce Ryman. Ce qui importe, c'est de prendre acte du fait que cette d&#233;finition de la fonction de l'&#339;uvre suppose la connaissance et la reconnaissance par les deux bouts de la chaine, l'in-put artiste et l'out-put regardeur, en fait les exclut l'un et l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un parce qu'il est l'activateur d'une fonctionnement qu'il a certes d&#233;fini mais au service duquel il s'est mis et soumis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre parce qu'il n'a pas connaissance de ces pr&#233;suppos&#233;s et que m&#234;me s'il les a il ne peut pas contr&#244;ler ce qu'il voit et ressent sauf &#224; accepter que ce dont il fait l'exp&#233;rience est une exp&#233;rience non sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction se tient au c&#339;ur m&#234;me de ce qui fait l'exp&#233;rience, parce qu'elle est d&#233;chir&#233;e entre r&#233;alit&#233; concr&#232;te et donc physique et &#233;motionnelle et objectif programmatique devant &#234;tre accept&#233; pour parvenir &#224; une connaissance juste de l'oeuvre et de ses effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou alors, elle n'est surmontable qu'&#224; accepter qu'il n'y ait pas d'&#233;cart entre ce qui est propos&#233; et ce qui est re&#231;u que ce qui est engag&#233; &#224; l'in-put est ce qui est re&#231;u &#224; l'out-put.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit que l'on se trouve exactement dans la m&#234;me situation que l'on a d&#233;j&#224; crois&#233;e au sujet des appareils. Et finalement, ce n'est pas &#233;tonnant si l'on accepte cette proposition de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;lecture&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et d'interpr&#233;tation du travail de Ryman et plus globalement des &#339;uvres minimalistes et conceptuelles, de parvenir &#224; une sorte d'&#233;quivalence entre ce qui se produit dans l'accomplissement du programme pictural, c'est ce que montre l'oeuvre, et ce qui se produit dans l'accomplissement du programme travaillant au c&#339;ur d'un appareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les m&#234;mes conditions globales qui sont mises en action et le r&#233;sultat est en quelque sorte identique ou au moins comparable. Cette mise en relation une relation d'&#233;quivalence suppos&#233;e, on pourrait dire d'&#233;galit&#233; entre artiste et regardeur est simplement l'ultime &#233;tape du programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;demand&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; au regardeur doit &#234;tre &#233;quivalent, &#233;gal, identique, on ne sait bien comment le formuler &#224; ce qu'a con&#231;u, v&#233;cu et r&#233;alis&#233; l'artiste parce que l'artiste se l'est impos&#233; comme un programme rationnel et que ce qui est donc suppos&#233; ici c'est que le partage de donn&#233;es rationnelles ou fond&#233;es sur la raison ou sur la rationalit&#233; sont plus facilement ou plus exactement communicables que celles fond&#233;es sur &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la subjectivit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui elle est pens&#233;e comme incapable de d&#233;terminer quelque chose de commun entre les hommes qui serait partageable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or on se souvient de ce que disait Philippe Qu&#233;au sur la rationalit&#233; suppos&#233;e de ce qui se produit dans la boite noire, pendant le traitement des informations entr&#233;es par l'input et celles qui sortent &#224; l'out-put, qu'il n'y a pas de rationalit&#233; garantie. Il n'y a que notre croyance en cette suppos&#233;e rationalit&#233; infaillible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc on a d&#233;j&#224; approch&#233; cet aspect du probl&#232;me, il reste &#224; tenter de comprendre et l'analyse encore plus d&#233;taill&#233;e de l'oeuvre de Ryman pourra le permettre, m&#234;me si il faudra aussi aller voir du c&#244;t&#233; des minimalistes et des conceptuels purs et durs, de comprendre ce qui s'est pass&#233; et de tenter de dire pourquoi cela a eu lieu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quoi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le fait que des artistes ont d&#233;cr&#233;t&#233; le primat de la rationalit&#233; sur la subjectivit&#233; comme vecteur de la communication entre les hommes&#160;, comme fondement des &#233;changes, comme socles des rencontres et des exp&#233;riences. Bref comment l'art de p&#244;le d'&#233;change par la fascination des regards est devenu p&#244;le d'&#233;changes entre des conscience suppos&#233;es pures et d&#233;sincarn&#233;es lors m&#234;me qu'il est impossible d'ignorer que ce n'est tout simplement pas possible parce que nous sommes des &#234;tres de chair mus par leurs affects&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra donc se demander ce que c'est le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ce qu'elle fait&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de la peinture qui en est &#224; la fois la d&#233;finition, la manifestation et la r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;II&lt;/span&gt; Les quatre temps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(Position de Ryman entre art minimal et art conceptuel)&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ryman n'est pas mentionn&#233; par Ghislain Mollet-Vi&#233;ville dans son livre art minimal art conceptuel. Cela peut surprendre, mais en fait Ryman et un artiste processuel et programmatique comme on l'a vu et donc, m&#234;me si son &#339;uvre se situe dans l'orbe de ces deux mouvements, il n'y a pas de concept &#224; l'oeuvre agissant en amont du travail mais une d&#233;termination, un choix qui est &#224; la fois spontan&#233; ou plus exactement impulsif et r&#233;fl&#233;chi, mais r&#233;fl&#233;chi dans la mesure o&#249; l'oeuvre enti&#232;re se forge comme l'affirmation et la confirmation de ce choix initial et pr&#233;cis&#233;ment la r&#233;fl&#233;chit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;duction au blanc&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, le fait d'avoir ent&#233; son travail &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;dans&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; le blanc ou d'avoir travaill&#233; uniquement &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;avec&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; le blanc a un aspect de restriction des possibles comme vecteur de l'approche de nouvelles possibilit&#233;s li&#233;es &#224; l'art, approche qui n'est pas minimaliste au sens o&#249; elle conserve une dimension &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;expressive&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, ne fut-elle accessible qu'en fin de parcours, au moment de l'exposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ghislain Mollet-Vi&#233;ville est clair sur ce point quand il dit que les artiste minimalistes &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ne proposent pas un art de la r&#233;duction ou de l'aust&#233;rit&#233; stylistique mais plut&#244;t une nouvelle exp&#233;rience artistique d&#233;barrass&#233;e de toute aura expressive attach&#233;e &#224; l'oeuvre picturale illusionniste. C'est en vertu de ce principe &#8211; contrairement &#224; ce qui a pu &#234;tre &#233;crit sur le sujet &#8211; qu'il ne pourra &#234;tre question de peinture dans l'art minimal.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G.M-V, op cit, Ed Skyra, Gen&#232;ve, 1995, p.24&#034; id=&#034;nh5-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tout rapproche Ryman de ces mouvements, conscient de sa place &#224; part et de la singularit&#233; de sa d&#233;marche, il a toujours globalement refus&#233; de les rejoindre dans des expositions de groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa d&#233;marche peut &#234;tre synth&#233;tis&#233;e et comprise comme un mouvement d'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;danse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; quatre temps, temps qui ne suivent pas le d&#233;roul&#233; chronologique de l'oeuvre ni d'ailleurs le d&#233;roul&#233; intellectuel, mais qui les englobent et les font r&#233;sonner dans la logique qui s'est r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre la leur. On pourrait aussi parler ici de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;th&#232;mes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; non pas au sens de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;motifs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sujets&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, mais de questions ou d'enjeux divers qui finalement prennent la place des motifs et des sujets dans la conception ant&#233;rieure de la peinture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier temps ou th&#232;me, est celui du programme, de l'affirmation de l'existence d'un programme bas&#233; sur le blanc, sur une conception du travail fond&#233;e sur l'affirmation de la mat&#233;rialit&#233; de l'oeuvre et sur une conception de la perception bas&#233;e sur l'acceptation de la prise en compte de l'ensemble des &#233;l&#233;ments constitutifs de l'oeuvre comme &#233;tant sa condition de possibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me temps ou th&#232;me, est celui de l'oeuvre ou du travail comme affirmation de faits, comme choix de s'en tenir au comment et et mettre de c&#244;t&#233; le pourquoi, d'exclure donc ce qui rel&#232;ve de la subjectivit&#233; dans sa conception reconnue. Cela s'accompagne et est port&#233; par l'affirmation de l'existence d'un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;el&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dont le blanc, les murs, l'espace, les mat&#233;riaux, etc. ont pour fonction de mettre en sc&#232;ne l'existence comme &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me temps ou th&#232;me est celui de l'image. Refus&#233;e comme &#233;l&#233;ment fond&#233; sur la repr&#233;sentation, les &#339;uvres n'en sont pas moins prises dans le jeu des signes, de la prise en compte des mots comme vecteurs de d&#233;finition de l'oeuvre, de la relation signifiant signifi&#233;, et donc comme images au sens g&#233;n&#233;rique du terme de mise en sc&#232;ne visuelle d'&#233;l&#233;ments concerts. Les tableaux et les &#339;uvres de Ryman sont et restent des images en ce qu'elles sont malgr&#233; lui prise dans le cadre g&#233;n&#233;ral dans lequel les images sont pensables et pens&#233;es et que malgr&#233; ses efforts, elles ne parviennent pas &#224; sortir de ce cadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quatri&#232;me temps ou th&#232;me est celui du retour du refoul&#233; pourrait-on dire ou du retour des questions qui ont &#233;t&#233; balay&#233;e d'entr&#233;e de jeu, celle du sujet, celle de la subjectivit&#233; donc, celle des affects, celle du sensible, celle des formes de la relation artiste &#339;uvres spectateur. C'est aussi le temps qui est port&#233; par l'arriv&#233;e de la lumi&#232;re &#224; la fois comme mat&#233;riau ultime, structure immat&#233;rielle englobante et d&#233;termination intellectuelle et perceptuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien entendre ces &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;temps&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; non comme relevant de la temporalit&#233; au sens habituel mais comme battements de la mesure de la danse infinie qui est celle de la cr&#233;ation chez et pour Ryman. Ils cohabitent, participent de la m&#234;me danse, rythment la composition globale et viennent s'ins&#233;rer appara&#238;tre et dispara&#238;tre et r&#233;appara&#238;tre &#224; divers moments comme des tempi ou des th&#232;mes dans une fugue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;ploiement de l'oeuvre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premier Temps&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est possible de synth&#233;tiser la d&#233;marche de Ryman en montrant comment s'articulent ces quatre temps, ces quatre th&#232;mes et leurs sous-ensembles, c'est-&#224;-dire les divers &#233;l&#233;ments qui les composent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le blanc est le point de d&#233;part au sens o&#249; c'est, raconte Ryman l'&#233;l&#233;ment qu'il &#233;lit lors m&#234;me qu'il a &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;cid&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de se consacrer &#224; la peinture comme &#224; une activit&#233; pratique devant occuper ses journ&#233;es, ses pens&#233;es, sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le blanc est en ce sens un terme &#233;quivalent &#224; celui de programme. Pas de programme sans le blanc, pas de blanc sans programme. Il faut entendre ici par programme un &#233;l&#233;ment existentiel uniquement existentiel qui est &#224; la fois le r&#233;sultat d'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;v&#233;lation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et le fruit d'une r&#233;flexion. Pas de grand moment d'extase mystique, certes non, mais un ensemble d'&#233;l&#233;ments qui s'emboitent rapidement&#160;: mat&#233;riaux, couleur unique, jeu avec les codes de la peinture, choix d'une vie, d'un mode de vie et engagement pratique. Un seul &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;motif&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ici&#160;: faire. Faire &#224; partir et avec le blanc. On comprend que le programme est &#224; la fois contenu in nucleo dans ces &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;choix&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; initiaux et qu'il est le v&#233;ritable enjeu du travail, ce qu'il faut inventer ou plus exactement ce qui va &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;s'inventer&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. La forme transitive importe ici, car elle permet de rendre perceptible l'autonomie du processus par rapport &#224; celui qui le met en branle, le fait que c'est bien un programme et que le peintre se soumet &#224; ce qu'il a initi&#233; et qui va l'inventer lui plus encore qu'il ne l'a invent&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Qu'elle soit abstraite ou figurative, (la peinture) c'est ce qu'elle fait.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; // &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ce que l'on voit est ce que l'on voit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (Stella)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Programme, Blanc, Conception, R&#233;alisation, Perception&#160;: tels sont les principaux &#233;l&#233;ments de ce premier temps, qui est, si l'on veut poursuivre un peu la m&#233;taphore musicale, la basse continue de l'oeuvre entendue ici au sens global de grand &#339;uvre, de travail d'une vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on s'accorde sur cela, on comprend pourquoi Ryman n'est pas conceptuel. Il ne part pas d'un concept d&#233;j&#224; form&#233;, ne cherche pas &#224; faire advenir le concept dans une forme et n'est pas enkyst&#233; dans le langage comme dans sa source ou son origine. Le concept quel qu'il soit rel&#232;ve du langage, des mots, de la phrase, du texte, ou plus exactement, il fait revenir dans le champ global des images et des formes, la dimension par d&#233;finition iconoclaste du langage, des mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas oublier que d'une certaine mani&#232;re chaque mot est un concept, ou si l'on pr&#233;f&#232;re il n'y a pas de mot qui ne soit un concept. On se souviendra une fois encore ici des belles formules de Nietzsche dans Le livre du philosophe, livre portant presqu'exclusivement sur le concept. Ces citations nous permettrons d'ouvrir le chantier de l'ann&#233;e qui va porter sur une analyse de la mani&#232;re dont concept et sensible font l'objet d'une lutte terrible dans l'atelier des dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Tandis que chaque m&#233;taphore de l'intuition est individuelle et sans sa pareille et, de ce fait, sait toujours fuir toute d&#233;nomination, le grand &#233;difice des concepts montre la rigide r&#233;gularit&#233; d'un columbarium romain et exhale dans la logique cette s&#233;v&#233;rit&#233; et cette froideur qui est le propre des math&#233;matiques. Qui sera impr&#233;gn&#233; de cette froideur croira difficilement que le concept, en os et octogonal comme un d&#233; et, comme celui-ci amovible, n'est autre que le r&#233;sidu d'une m&#233;taphore, et que l'illusion de la transposition artistique d'une excitation nerveuse en images, si elle n'est pas la m&#232;re, est pourtant la grand-m&#232;re de tout concept.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le livre du philosophe, Aubier-Flammarion, Traduction Ang&#232;le K. Marietti, p.185&#034; id=&#034;nh5-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette origine du concept comme m&#233;taphore refroidie et calcifi&#233;e tend &#224; montrer que pour reprendre la phrase de Leibniz que Jean Fr&#233;mon cite dans son livre sur Ryman au moment o&#249; il rapproche Ryman de Beckett, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;nihil in intellectu quod non fuerit in sensu, soit, selon la traduction qu'il en donne&#160;: rien n'est pens&#233; qui n'ait &#233;t&#233; senti, v&#233;cu, fait&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paradoxes de Ryman, Ed de l'&#233;choppe, Paris 2018&#034; id=&#034;nh5-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous verrons d'ici peu comment les autres temps de cette danse de l'oeuvre, de la cr&#233;ation si l'on pr&#233;f&#232;re, qui a &#233;t&#233; celle de Ryman vont venir se composer avec ce premier temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques ligne plus t&#244;t, Nietzsche remarquait autre chose au sujet des m&#233;taphores alors qu'il tentait de pr&#233;ciser ce processus par lequel elles devenaient concept en partant cette fis de la question de la v&#233;rit&#233;&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;les v&#233;rit&#233;s sont des illusions dont on a oubli&#233; qu'elles le sont, des m&#233;taphores qui ont &#233;t&#233; us&#233;es et qui ont perdu leur empreinte et qui entrent d&#232;s lors en consid&#233;ration, non plus comme pi&#232;ce de monnaie, mais comme m&#233;tal.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op cit, p.183&#034; id=&#034;nh5-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ne pas entendre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;crit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ici ce qui a pu &#234;tre ou &#233;t&#233; le processus mental par lequel Rayman a op&#233;r&#233;, en anticipant, participant et en partie en suivant les &#233;volutions discursives et r&#233;flexives au sujet de l'art et du statut et de la fonction de la peinture en particulier, cette r&#233;duction de la peinture au m&#233;tal dont elle &#233;tait, dans toutes ses &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pi&#232;ces&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, le support&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; ans cette phrase de Nietzsche quelque chose qui nous permet de prendre la mesure de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;synth&#232;se&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; la fois mentale et psychique op&#233;r&#233;e par Ryman et par d'autres plus ou moins &#224; la m&#234;me p&#233;riode. Il s'agit de la prise en compte de ce processus par lequel l'art a fini par s'&#233;loigner de ce qu'il &#233;tait cens&#233; &#234;tre, un ensemble de manifestations li&#233;es aux affects, au sensible, aux &#233;motions, &#224; l'exaltation, &#224; l'enthousiasme et &#224; tant d'autres &#233;l&#233;ments ou facteurs li&#233;s &#224; la relation que les hommes entretiennent ou entretenaient avec leur environnement et entre eux, lorsque le monde, c'est-&#224;-dire leur monde, ne connaissait pour &#234;tre appr&#233;hend&#233; que peu de m&#233;diations et des m&#233;diations qui &#233;taient devenues si int&#233;gr&#233;es &#224; leur existence qu'ils ne le distinguaient plus comme telles, je veux parler des images et des mots et des images et des mots en tant qu'ils gardaient des liens m&#234;me extr&#234;mement lointains avec le monde concret et sensible dont il ont &#233;t&#233; extraits et dont ils sont issus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryman n'est donc pas parti du concept comme le feront les artistes purement conceptuels, mais du programme. Le travail qui a &#233;t&#233; conduit &#224; partir de lui, avec lui et sur lui, le transformera en un concept &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;incarn&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en effet, l'incarnation, comme on l'a aper&#231;u, reviendra hanter cette &#339;uvre &#224; la fin &#224; la fois dans les derni&#232;res toiles avec le fameux &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;retour de la couleur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; mais surtout avec la prise en compte tardive et manqu&#233;e mais pr&#233;sente et souhait&#233;e de l'exp&#233;rience sensible du regardeur comme moment d'ach&#232;vement vers lequel l'oeuvre tend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'acte de voir chez Ryman &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;relie l'&#339;il &#224; l'instinct et &#224; l'affect autant qu'&#224; l'intellect&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/strong&gt; pourra &#233;crire Robert Storr.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryman n'est donc ni minimaliste puisqu'il fait des images, ni conceptuel puisqu'il met en place un programme dont l'aboutissement sera de permettre de formuler un concept qui n'aura pas lieu d'&#234;tre, l'oeuvre &#233;tant &#224; la fois infinie, inachevable et li&#233;e &#224; la seule existence de l'inventeur du programme et du regardeur des tableaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en cherchant &#224; renverser l'ordre transhistorique de la relation image texte, au moins au sens de Flusser, que Ryman voit &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;appara&#238;tre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; la fois comme un projet, un programme et une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;solution&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; le blanc. Le blanc est un concept qui n'est pas encore concept puisqu'il est en tant que couleur et en tant qu'il servira &#224; la fabrication d'images ou d'&#233;quivalents, une couleur, c'est-&#224;-dire une donn&#233;e mat&#233;rielle et sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Ryman ne va retenir que la dimension mat&#233;rielle du blanc le fait qu'il soit la couleur la plus neutre, commen&#231;ant ainsi &#224; inscrire son travail dans un processus visant &#224; l'expulsion de toute forme de subjectivit&#233; et d'affectivit&#233; tant du processus &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;cr&#233;atif&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que du processus &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;ceptif&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deuxi&#232;me temps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me temps d&#233;coule du premier et l'accompagne comme un second temps dans une danse. Il est assez simple &#224; formuler puisqu'il s'agit l&#224; on pourrait dire &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;simplement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de prendre acte de ce qui d&#233;coule du programme qui s'est impos&#233; et qu'il s'est impos&#233;, fut-ce au d&#233;but de mani&#232;re encore confuse ou implicite, r&#233;duire la peinture &#224; sa mat&#233;rialit&#233;. Simplement, &#233;tant en train d'inventer quelque chose en se donnant pour support un programme, et pas de d&#233;ployer un programme &#224; partir d'un concept, Ryman travaille &#224; la fois &#224; faire dispara&#238;tre les &#233;l&#233;ments li&#233;s &#224; l'affectivit&#233; et au sujet, en gros les couleurs et le nom, la signature qui joue un r&#244;le si important dans les &#339;uvres des d&#233;buts, et &#224; faire appara&#238;tre les &#233;l&#233;ments &#224; les d&#233;ployer comme un monde en devenir ou un monde &#224; explorer et &#224; conqu&#233;rir, les &#233;l&#233;ments composant ce que l'on nomme &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;peinture&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. En tant que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;nom&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, peinture fonctionne plus comme un concept que comme la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;chose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d&#233;sign&#233;e par ce nom, m&#234;me si Ryman entretient volontairement l'ambigu&#239;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici le programme r&#233;v&#232;le ses potentialit&#233;s quasi infinies puisqu'il implique de ne pas retourner en arri&#232;re du c&#244;t&#233; de la subjectivit&#233; et pour &#233;chapper &#224; un tel retour arri&#232;re, il suffit de prendre litt&#233;ralement &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;en charge&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; chacun des &#233;l&#233;ments composant une peinture et de le faire en prenant son temps, en laissant la danse de la d&#233;couverte de d&#233;ployer &#224; son rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi verra-t-on la prise en charge de la toile, des bords du ch&#226;ssis, du cadre, des types de pinceaux, de possibilit&#233;s de recouvrement de la surface qu'ils rendent possible, puis du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;saut&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de la couleur blanche au blanc, et de la toile peinte aux mat&#233;riaux industriels blancs pr&#233;sent&#233;s dans les conditions de la pr&#233;sentation de la peinture, jusqu'&#224; la prise en charge des &#233;l&#233;ments de la monstration, vis et autres &#233;l&#233;ments servant &#224; faire tenir une oeuvre dans l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Il y avait un petit magasin de fournitures d'art au coin de la rue. J'y ai achet&#233; deux cartons entoil&#233;s, un peu de peinture &#224; l'huile &#8211; on n'y trouvait pas d'acrylique &#224; l'&#233;poque- et quelques pinceaux, me disant que j'allais essayer et voir ce qui se passerait. Je voulais voir ce que ferait la peinture, comment fonctionneraient les pinceaux. Ce fut la premi&#232;re &#233;tape. Je me suis amus&#233;. J'ai peint sans avoir rien de sp&#233;cial en t&#234;te. Je d&#233;couvrais simplement la fa&#231;on dont fonctionnait la peinture, les couleurs &#233;paisses, fines, les pinceaux, les surfaces.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace, puis finalement la lumi&#232;re deviendront des &#233;l&#233;ments centraux, une fois les &#233;l&#233;ments mat&#233;riels de la peinture ayant &#233;t&#233; explor&#233;s assez en d&#233;tail, m&#234;me si &#233;videmment espace et lumi&#232;re &#233;taient actifs tr&#232;s vite. Mais leur dimension &#224; la fois conceptuelle et mat&#233;rielle ne prend de l'importance qu'au cours du d&#233;ploiement de l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Comprendre ce que fait la peinture, comment fonctionnent les pinceaux, ce qui se passe quand on r&#233;unit tout &#231;a, comment les couleurs r&#233;agissent entre elles, et la composition.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui va montrer que les tableaux de Ryman ne sont pas des &#339;uvres conceptuelles ou minimales, c'est aussi le fait qu'elles &#233;taient con&#231;ues comme des &#339;uvres rebelles &#224; la duplication dira Jean Fr&#233;mon. Autant dire qu'elles &#233;taient uniques et donc gardaient encore un pied dans le monde d'avant, le monde o&#249; la peinture comme expression subjective pr&#233;tendait offrir avec chaque &#339;uvre une exp&#233;rience &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;unique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajouterai simplement, comme un clin d'&#339;il, que rebelles &#224; la duplication &#224; cause de la grande difficult&#233; &#224; les photographier pour les reproduire, ces &#339;uvres tentent aussi d'&#234;tre rebelles &#224; la duplicit&#233;, c'est-&#224;-dire qu'elles pr&#233;tendent surmonter la faille qui au c&#339;ur de la conscience rend impossible toute attribution d'une v&#233;rit&#233;, en situant la possibilit&#233; du vrai dans la reconnaissance de la dimension mat&#233;rielle &#233;tant l'unique &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;dimension&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de r&#233;f&#233;rence permettant de formuler la possibilit&#233; d'une v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Troisi&#232;me temps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me temps de la danse, de l'invention et de la cr&#233;ation chez Ryman, est celui de l'image. On peut vouloir absolument s'en tenir &#224; la position de l'artiste sur le sujet lorsqu'il signifie qu'il ne fait pas d'images. Ce n'est d'ailleurs pas s'opposer &#224; sa position que de montrer qu'il est pris malgr&#233; tout et malgr&#233; lui dans et par la question des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La question de la peinture n'est jamais&#160;: quoi peindre, mais seulement&#160;: comment peindre. Le comment de la peinture a toujours &#233;t&#233; l'image.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171;&#160;There is never a question of what to paint, but only how to paint. The how (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, il est moins facile d'&#233;luder ou de repousser comme une &#233;vidence le fait que ne faisant pas d'oeuvre figuratives et ne s'int&#233;ressant qu'&#224; la mat&#233;rialit&#233; des &#339;uvres, il ne ferait pas d'images. C'est ici la limite du programme. Il ne peut permettre de croire &#224; qui l'invente ou &#224; qui l'active que tout ce qu'il a pr&#233;vu va se r&#233;aliser parce que cela doit se r&#233;aliser au vu des pr&#233;misses m&#234;me dont le programme est l'actualisation. Ce qui semble marcher pour le blanc et pour la mat&#233;rialit&#233; de la peinture trouve sa limite autour de la question de l'image parce que l'image et le texte ou l'image et les mots ne sont pas expulsables d'un processus de cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Croire que c'est possible est &#224; la fois le signe et l'activation d'un id&#233;alisme surprenant pour qui pr&#233;tend tenir &#224; bout de pinceaux la mat&#233;rialit&#233; m&#234;me de la peinture. On ne peut pas exclure de la peinture le faire image qu'elle est puisqu'on en peut pas exclure de l'homme le fait qu'il fasse image ou que des images se fassent en lui ni qu'il utilisent des mots et des textes pour se construire penser et interpr&#233;ter ce qu'il fait et vit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryman a peut-&#234;tre pens&#233; qu'il &#233;tait aussi simple d'&#233;jecter la question de l'image qu'il l'avait &#233;t&#233; de proposer la mat&#233;rialit&#233; de la peinture comme programme &#224; accomplir. Mais rien de cela n'est envisageable. Il ne va cesser de venir buter sur des question li&#233;es au signe, au mot, au texte m&#234;me dans les formes les plus simples comme par exemple cette &#339;uvre dont parle Jean Fr&#233;mon en ouverture de son ouvrage&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Sur les c&#244;t&#233;s d'une fine plaque carr&#233;e de fibre de verre, Robert Ryman a &#233;crit en lettres majuscules largement espac&#233;es&#160;: Painting without paint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cinq premi&#232;res lettres du mont Painting sont inscrites &#224; l'ext&#233;rieur du c&#244;t&#233; horizontal sup&#233;rieur du carr&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les trois lettre suivantes, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ING&lt;/span&gt;, sont inscrites du haut en bas &#224; l'ext&#233;rieur de la partie sup&#233;rieure du c&#244;t&#233; vertical droit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#8230;.etc. On est libre de lire l'un ou l'autre des six combinaisons suivantes&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Painting without paint / Painting paint without / Without painting paint / Without paint painting / Paint without painting / Paint painting without /&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que nous regardions ensemble ce tableau, dans le silence de l'atelier, Robert Ryman a &#233;nonc&#233; &#224; haute voix, pour moi, ces six possibles lectures.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Fr&#233;mon, Paradoxes de Robert Ryman, ed de l'&#233;choppe, 2018&#034; id=&#034;nh5-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3558 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;42&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/ryman_paintingwithoutpaint2000-26562-1-926x1200_blog.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH648/ryman_paintingwithoutpaint2000-26562-1-926x1200_blog-7596c.jpg?1735505399' width='500' height='648' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-3558 '&gt;&lt;strong&gt;Painting without painting
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3558 '&gt;&#169; Robert Ryman
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux choses sont ici &#224; signaler, l'une que j'ai un peu oubli&#233; de mentionner, le carr&#233; comme forme matricielle des &#339;uvres de Ryman qui renforce la neutralit&#233; comme moyen d'accueillir et de faire exister la mat&#233;rialit&#233;, et l'autre qui est le fait que l'inclusion ou la tentative de faire tableau de ces mots qui font &#224; chaque fois une phrase indique bien que la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;non-image&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est ce &#224; quoi fait face et tente d'int&#233;grer les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;objets&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; visuels que produit Ryman. Et ils ne peuvent &#234;tre compris que comme &#233;tant des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on va cependant au terme de cette analyse ou de ce raisonnement, on parvient alors &#224; l'&#233;quation suivante&#160;: les images produite par Ryman sont des images techniques. On comprend &#233;videmment qu'il n'y a ici aucun jugement de valeur ou aucune tentative de d&#233;pr&#233;cier ce travail et cette &#339;uvre, bien au contraire, il s'agit de bien comprendre &#224; la fois o&#249; elle vient s'inscrire et ce qu'elle mobilise. Fruits d'un processus et d'un programme, ces tableaux sont de facto des images techniques, pas au sens o&#249; il faut un technique pour peindre et bien peindre, mais au sens o&#249; comme toutes les images techniques que sont les photographies et toutes les images produites par les appareils, elles sont les produits des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;calculs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; l'oeuvre dans les programmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on revient un instant sur ces six propositions, on s'aper&#231;oit qu'elle dessinent un carr&#233; qui &#233;voque d'assez pr&#232;s le carr&#233; s&#233;miotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas comp&#233;tent pour en parler. Retenons simplement ce qu'en dit l'article de wikipedia sur le sujet&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le carr&#233; s&#233;miotique consiste &#224; repr&#233;senter les concepts qui sont &#224; la base d'une structure, tel un r&#233;cit ou un message publicitaire, en bin&#244;mes de termes oppos&#233;s et contradictoires du type vrai/faux, non-vrai/non-faux. Cela en fait appara&#238;tre les relations de conjonction et de disjonction, plac&#233;es respectivement au sommet et &#224; la base du carr&#233;, tandis que les c&#244;t&#233;s font appara&#238;tre les rapports de compl&#233;mentarit&#233; et correspondent &#224; la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;deixis&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, celle de gauche &#233;tant positive et celle de droite n&#233;gative.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que cela permet de souligner et m&#234;me plus, de faire exister au c&#339;ur du processus et du programme implicite devenant explicite de l'&#339;uvre de Ryman, c'est que sa conception de l'oeuvre est une tentative de comprendre comment les mots, les concepts, bref les unit&#233;s de signification qui sont ant&#233;rieures aux images techniques mais post&#233;rieures aux images plus anciennes, travaillent au c&#339;ur m&#234;me de ce que l'on pu croire &#234;tre un espace d'expression de libert&#233; subjective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryman essaye de montrer que cela n'existe pas ou n'a pas exist&#233; parce que c'est impossible &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;logiquement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Les formulation verbales reconduisent toutes &#224; une forme de tautologie s'appuyant sur l'acceptation principielle de la mat&#233;rialit&#233;, du fait, ou d'un suppos&#233; r&#233;el comme fondement ind&#233;passable de tout ce qui est, &#233;tant entendu que tout ce qui est, est construit par des mots, des principes des programmes mais que rien d'autre que les faits que la mat&#233;rialit&#233; n'est porteur de signification, aussi &#233;l&#233;mentaire soit-elle et que le reste est vecteur de tromperie, de mensonge et d'angoisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux types de propositions viennent de heurter dans les propos et le travail de Ryman, celles qui disent qu'il fait de la peinture et celles qu'ils disent qu'il entend peintre la peinture. En fait elles se compl&#232;tent et forment moins un carr&#233; s&#233;miotique qu'un cercle tautologique. La seconde proposition &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;peindre la peinture&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que ce soit avec ou sans comme on l'a vu avec les six propositions &#233;voqu&#233;e par Jean Fr&#233;mon, constitue le programme au sens g&#233;n&#233;rique du terme. C'est &#224; la fois l'alpha et l'omega, le commencement et le but, la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais faire de la peinture, c'est la mise en &#339;uvre du programme.&lt;/strong&gt; Une anecdote rapport&#233;e par Jean Fr&#233;mon le montre bien.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#192; la question (audacieuse) de Phyllis Tuchman&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;dans vote esprit, les tableaux Delta s'inscrivaient-ils dans une esth&#233;tique minimaliste, ou s'agissait-il d'une sorte de r&#233;flexion sur Rothko&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Ryman r&#233;pond&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Non, c'est arriv&#233; parce que j'ai employ&#233; une tr&#232;s large brosse de 30 cm. Je l'ai achet&#233;e expr&#232;s. Je suis all&#233; chez un fabricant de pinceaux, et il y avait une tr&#232;s grosse brosse. Gr&#226;ce &#224; elle, je voulais &#233;tirer la peinture &#224; travers la surface tr&#232;s large de delta (270x270cm). J'ai &#233;chou&#233; plusieurs fois au d&#233;but. Finalement, j'ai pu trouver la bonne consistance, et j'ai compris ce que je faisais, avec quelle force pousser le pinceau, le tirer, et quels r&#233;sultats j'obtiendrais en le faisant. C'est &#224; peu pr&#232;s la d&#233;marche &#224; suivre pour commencer. Je n'avais rien d'autre en t&#234;te que le d&#233;sir de faire une peinture.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Fr&#233;mon, op cit, p.50&#034; id=&#034;nh5-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend maintenant que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'espace&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dans lequel se d&#233;ploient et la pens&#233;e de Ryman et son &#339;uvre est celui de la tautologie. Et la tautologie s'accomplit par le comblement de l'&#233;cart qui s&#233;pare une proposition de son accomplissement. Il faut appr&#233;hender ce qui se produit entre ces deux p&#244;les comme le mouvement m&#234;me de l'oeuvre et reconna&#238;tre que la fonction de l'oeuvre, au sens de chaque tableau et du grand &#339;uvre, est de parcourir cet &#233;cart. Ce parcours doit &#234;tre accompli imp&#233;rativement pour que puisse &#234;tre prouv&#233;e qu'aucune d&#233;termination due &#224; des jeux de signification li&#233;s &#224; tel ou tel aspect de la subjectivit&#233; ( affects, sensations etc...) puisse venir s'interposer et emp&#234;cher la reconnaissance de la mat&#233;rialit&#233; des &#233;l&#233;ments comme seul facteur de signification actif dans la mat&#233;rialit&#233; de l'oeuvre. Le but &#233;tant atteint, le travail fournit la confirmation qu'elle est la seule source de signification. La tautologie, que Musil a synth&#233;tis&#233;e dans une phrase tr&#232;s dr&#244;le qui disait que finalement l'herbe verte est vert d'herbe, est la figure fondatrice du type de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pens&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou de cadre dans lequel la pens&#233;e se d&#233;ploie, que mettent en &#339;uvre les programmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais rien de tout cela ne tient v&#233;ritablement sinon comme une mani&#232;re de s'en tenir &#224; ses principes, car il y a in&#233;vitablement &#224; un moment ou &#224; un autre une &#233;preuve de v&#233;rit&#233; qui consiste en la rencontre non tant d'un autre ou de l'autre que de la manifestations d'&#233;l&#233;ments de forces, psychiques ou autres relevant de l'affectivit&#233;, &#233;l&#233;ments ou forces dont l'action vient brouiller l'id&#233;al r&#233;flexif sans reste de la tautologie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quatri&#232;me temps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;monstration &#224; laquelle Ryman consacre finalement son existence est sujette non tant &#224; caution qu'&#224; l'effet de feed-back qui se produit lorsque l'on atteint la limite. Et c'est ce qui se produit lorsque d'une certaine mani&#232;re l'int&#233;gralit&#233; non des possibilit&#233;s factuelles mais du parcours des voies principales ouvertes par le programme ont &#233;t&#233; parcourues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On vient buter sur une sorte de mur invisible que l'on pourrait appeler l'horizon implicite de tout programme. Et l'on fait face au moins sous forme de questions qu'on ne peut plus &#233;luder &#224; la triple dimension non mat&#233;rielle activ&#233;e lorsqu'il y a art et rencontre entre art et spectateur, celle des affects, du sensible et de l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car Ryman n'a pas renonc&#233; &#224; montrer ce qu'il fait, bien au contraire. Il a certes pos&#233; ses exigences et tr&#232;s vite refus&#233; les expositions de groupe avec les artistes d'art minimal et conceptuel, mais il a &#233;t&#233; jusqu'au bout de la d&#233;marche en incluant donc n&#233;cessairement le fait de montrer et la d&#233;termination pr&#233;cise des conditions de la monstration. Qui dit monstration dit prise en compte des espaces d'exposition des conditions d'exposition et donc principalement de la lumi&#232;re et finalement, on pourrait dire en dernier lieu de l'entit&#233; que l'on ne peut pas exclure, le spectateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; que tout bascule ou du moins semble basculer et que la tautologie est confront&#233;e &#224; la faille inh&#233;rente &#224; la conscience. Car avec le spectateur reviennent toutes les questions qui ont &#233;t&#233; comme repouss&#233;es sinon balay&#233;es d'un revers de la main, et qui sont celles de la subjectivit&#233;, de l'&#233;motion, de la sensation, de la perception, tous ces mots, toutes ces notions, toutes ces formes d'activit&#233; psychiques et mentales qui &#233;chappent &#224; une approche purement conceptuelle de l'art ou plus exactement que la forme programmatique ou conceptuelle de l'art a tent&#233; de repousser de rejeter de mette hors jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela revient comme un boomerang. Cela ne semble pas d&#233;router Ryman qui s'int&#233;resse &#224; la question mais il est contraint de le faire au prix d'une triple distorsion en pr&#233;supposant qu'il sait ce qu'il en est du spectateur, de son exp&#233;rience et de sa capacit&#233; de r&#233;ception et d'interpr&#233;tation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en fait pas plus lui que les autres ne peut &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;savoir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ce que vit et pense un spectateur. Il ne peut que le supposer ou faire comme s'il le savait. Et cela s'accomplit en incluant dans le programme le fait qu'il y ait une rencontre n&#233;cessaire de l'oeuvre avec le spectateur. Cela oblige et &#224; pr&#233;parer le terrain de la r&#233;ception des &#339;uvres. Il prend cela en charge&#160;, l'exposition, comme il l'a fait pour tout le reste. L'exposition devient un personnage conceptuel comme le carr&#233; ou le blanc et est pos&#233;e comme une entit&#233; mat&#233;rielle d&#233;li&#233;e de tout affect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi l'on se trouve devant des positions singuli&#232;res comme le montre un usage de termes qui r&#233;v&#232;lent que le mur de l'horizon du programme a &#233;t&#233; atteint puisque ces mots sont porteurs de tout ce qui a &#233;t&#233; rejet&#233;&#160;: la reconnaissance d'une dimension subjective de l'oeuvre dans l'exp&#233;rience du spectateur et le recours &#224; des mots de types &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mystique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, en particulier celui de lumi&#232;re. La lumi&#232;re est affirm&#233;e comme un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;fait&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; mat&#233;riel lors m&#234;me qu'elle est utilis&#233;e comme un &#233;l&#233;ment suppos&#233; vivant et actif permettant d'englober l'exp&#233;rience du spectateur. Mais cela se produit &#224; partir et dans l'enveloppe du programme. La lumi&#232;re est donc &#224; la fois la condition de la cr&#233;ation comme de la monstration de l'oeuvre, et l&#224; on retrouve le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;cercle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; tautologique mais aussi et celle de sa r&#233;ception. Et pour que cette ultime &#233;tape puisse &#234;tre int&#233;gr&#233;e dans le programme, il faut supposer que l'on sait &#224; l'avance ce qu'est un spectateur ou alors comme il le dit ici ou l&#224; et donc le fait aussi, le laisser ce spectateur &#224; l'ext&#233;rieur du programme, ext&#233;riorit&#233; qui est celle d'une libert&#233; &#224; la fois absolue et fondamentalement nulle ou neutre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Facteur &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;th&#233;orique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de l'accomplissement, le spectateur devient le syst&#232;me de fermeture de la boucle tautologique, boucle qui est &#224; la fois pour filer la m&#233;taphore, ce qui referme la valise sur elle-m&#234;me et ce qui reste &#224; l'ext&#233;rieur de la cl&#244;ture. Et l'on peut dire sans m&#234;me avoir &#224; en rire que la boucle est boucl&#233;e, la d&#233;monstration achev&#233;e et l'honneur sauf&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;En parlant de parachever, je ne parle pas d'appropriation. Je parle de pr&#233;senter au monde la peinture d'une mani&#232;re qui rende l'esth&#233;tique claire. La fa&#231;on dont cela est fait rev&#234;t une grande importance&#8230; Pour &#234;tre parachev&#233;e une peinture doit &#234;tre vue correctement.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Puisque dans le r&#233;alisme, la question du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;QUOI&lt;/span&gt; n'interf&#232;re pas, l'observateur est libre de faire l'exp&#233;rience directe de la peinture.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'elle ne soit pas utilis&#233;e comme terme m&#233;taphysique n'emp&#234;che en rien que ce soit cela qui fasse retour avec elle, la lumi&#232;re&#160;: une dimension abstraite comme cadre de l'exercice d'une libert&#233; abstraite. Dot&#233;e d'une puissance maximale d'enveloppement du regardeur dans l'espace de l'exposition et de d&#233;veloppement de ce qui pr&#233;side &#224; la fabrication des tableaux, la lumi&#232;re pens&#233;e par Ryman fonctionne comme le fait la lumi&#232;re pour le d&#233;veloppement d'une image photographique et si il peut sembler que j'exag&#232;re en recourant encore une fois &#224; la comparaison avec l'image technique qu'est l'image photographique, ce n'est pas moi qui ait d&#233;finit la lumi&#232;re dans l'oeuvre de Ryman mais Ryman lui m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Fr&#233;mon est celui qui insiste le plus et le mieux sur la question. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la lumi&#232;re avec laquelle travaille Ryman c'est la chose m&#234;me, la lumi&#232;re r&#233;elle, naturelle ou artificielle, qui sera plus ou moins absorb&#233;e ou r&#233;fl&#233;chie selon que la surface peinte est plus mate ou plus brillante, plus grenue ou lus lisse&#8230; ce n'est pas une lumi&#232;re figur&#233;e ou repr&#233;sent&#233;e ou symbolique, c'est la lumi&#232;re r&#233;elle qui &#233;claire le tableau lui-m&#234;me.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Fr&#233;mon, op. cit., p52-53&#034; id=&#034;nh5-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a &#233;t&#233; repouss&#233; comme ne pouvant pas faire partie du programme implicite de la production d'images peintes qu'il fallait r&#233;v&#233;ler, est quelque chose qui a finalement &#233;t&#233; ni&#233; plus encore que refoul&#233;. Ce qui a &#233;t&#233; ni&#233;, ce sont les affects ou si l'on veut la dimension affective li&#233;e &#224; l'art quel qu'il soit finalement. C'est cette dimension qui fait retour qui r&#233;appara&#238;t mais comme si elle avait &#233;t&#233; pour Ryman effectivement d&#233;livr&#233;e de ses aspects &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;instables et d&#233;rangeants, en termes picturaux ou m&#233;taphysiques. La lumi&#232;re est l'&#233;l&#233;ment &#224; la fois le plus concret, puisqu'il conditionne l'oeuvre de sa fabrication &#224; sa r&#233;ception, et le plus abstrait de tous car le plus symboliquement charg&#233;. La lumi&#232;re est ici le nom de ce qui vient clore cette boucle tautologique dont l'objectif n'&#233;tait autre que de prouver ses pr&#233;misses. Puisqu'il &#233;tait possible de concevoir et de r&#233;aliser des peintures et une peinture qui soient d&#233;livr&#233;es de la subjectivit&#233; il fallait parvenir &#224; montrer, au terme du parcours, que des peintures et la peinture pouvaient exister en &#233;tant &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;livr&#233;es de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CHAIR&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accomplissement de l'oeuvre par le contr&#244;le de la lumi&#232;re vient parachever cette boucle par l'inclusion apparente du spectateur renvoy&#233; &#224; une libert&#233; aussi fictive qu'absolue et ind&#233;termin&#233;e et permettre de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;croire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que tout a bien fonctionn&#233; puisque l'on pose la possibilit&#233; de la r&#233;alisation d'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;exp&#233;rience&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sensible&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; en des termes &#224; la fois picturaux et m&#233;taphysique qui impliquent l'exclusion m&#234;me de la dimension affective comme d&#233;terminante dans l'existence humaine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Blanc et Lumi&#232;re tel est le couple historique invent&#233; par Ryman qui fait pendant &#224; celui form&#233; par les termes de Dessin et Couleur. Ce couple est un couple &#224; la fois post-conceptuel et super-m&#233;taphysique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souviendra ici des derniers vers de &lt;i&gt;B&#233;n&#233;diction&lt;/i&gt;, premier po&#232;me des Fleurs du Mal, premier dans l'ordre des po&#232;mes num&#233;rot&#233;s mais venant apr&#232;s Au lecteur qui ouvre le livre et donne le l&#224; de l'&#339;uvre&#160;: &lt;i&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Mais les bijoux perdus de l'antique Palmyre,/ Les m&#233;taux inconnus, les perles de la mer,/ Par votre main mont&#233;s, ne pourraient pas suffire/ A ce beau diad&#232;me &#233;blouissant et clair /Car il ne sera fait que de pure lumi&#232;re,/ Puis&#233;e au foyer saint des rayons primitifs,/ Et dont les yeux mortels, dans leur splendeur enti&#232;re,/ Ne sont que des miroirs obscurcis et plaintifs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baudelaire peut encore et toujours nous servir de boussole lorsque la question de la relation sensibilit&#233; / concept revient avec une acuit&#233; nouvelle. Car il a per&#231;u la limite m&#234;me de l'encadrement suppos&#233; rationnel dans lequel il serait possible de contenir la vie des hommes lors m&#234;me que, pr&#233;cis&#233;ment rien de cette vie ne parvient &#224; tenir dans ces cadres trop limit&#233;s et trop restreints pour l'immensit&#233;, fusse-t-elle purement imaginale, qui sourd de l'esprit des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Ryman vient-il buter sur la limite que d&#233;couvre la modernit&#233; au moment o&#249; s'inventent et la photographie et le concept h&#233;g&#233;lien. Il voit dans l'usage rationalis&#233; de la lumi&#232;re la possibilit&#233; d'une expiation du p&#233;ch&#233; originel qu'incarnent, c'est le moment de le dire, les affects. Ainsi l'image toujours engonc&#233;e dans la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;logique chr&#233;tienne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que l'on conna&#238;t, l'image trouve ici un aboutissement qui fait que m&#234;me con&#231;ue par un esprit pr&#233;tendant la lib&#233;rer du poids de la chair, il ne parvient qu'&#224; en faire le vecteur d'une mat&#233;rialit&#233; vide ou d'un scintillement perceptuel que seule une vision de type m&#233;taphysique peut permettre de d&#233;finir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affect ici est devenu symbole ou si l'on veut super-concept cherchant &#224; faire exister le monde d'avant l'image technique, un concept a-signifiant et post-historique &#224; la fois, mais qui ne parvient pas &#224; se d&#233;faire de la conception in fine chr&#233;tienne et m&#233;taphysique de l'image contrairement &#224; ce que Ryman a peut-&#234;tre cru.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#034;Doit-il en &#234;tre ainsi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;art press N 521, p.11 2&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; colonne&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op cit., p.12, 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; colonne&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op cit., p.12, 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; colonne&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Il faut que ce soit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La sorcellerie capitaliste, pratiques de d&#233;senvo&#251;tement, ed de la d&#233;couverte 2005-ed poche 2017&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TK&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;-21 n&#176;151, mars 2024)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TK&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;-21, n&#176;151&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les intelligences nouvelles, Les presses du r&#233;el, 2021&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(Denis Schmitte, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TK&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;-21, n&#176;151&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Some account, in Newhall, essays and images, p.25 in Franc&#807;ois Brunet La naissance de l'ide&#769;e de photographie, p.134&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op cit, p.136&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Iliade, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IX&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, 1-8&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Iliade, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IV&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, 422-428&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hannah Arendt, Walter Benjamin -1892-1940, Ed. Allia, p. 32-34&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G.M-V, op cit, Ed Skyra, Gen&#232;ve, 1995, p.24&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le livre du philosophe, Aubier-Flammarion, Traduction Ang&#232;le K. Marietti, p.185&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paradoxes de Ryman, Ed de l'&#233;choppe, Paris 2018&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op cit, p.183&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;There is never a question of what to paint, but only how to paint. The how of painting has always been the image.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Macula 1978&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Fr&#233;mon, Paradoxes de Robert Ryman, ed de l'&#233;choppe, 2018&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Fr&#233;mon, op cit, p.50&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Fr&#233;mon, op. cit., p52-53&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>- Val&#233;rie Knochel Ab&#233;cassis</title>
		<link>https://www.regard-sur-limage.com/Valerie-Knochel-Abecassis-2431.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.regard-sur-limage.com/Valerie-Knochel-Abecassis-2431.html</guid>
		<dc:date>2024-10-06T18:15:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; BERNARD dit RVB, Jean-Louis Poitevin, philosophe, critique d'art, romancier</dc:creator>


		<dc:subject>Val&#233;rie Knochel Ab&#233;cassis</dc:subject>
		<dc:subject>Vincent Mauger</dc:subject>
		<dc:subject>Tadashi Kawamata</dc:subject>
		<dc:subject>Jeanne Suspuglas</dc:subject>

		<description>&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3518 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/arton1195_2k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/arton1195_2k.jpg' width=&#034;2048&#034; height=&#034;1154&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;

-
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/-lieux-d-expositions,32-.html" rel="directory"&gt;Lieux d'expositions&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-Valerie-Knochel-Abecassis-+.html" rel="tag"&gt;Val&#233;rie Knochel Ab&#233;cassis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-vincent-mauger-+.html" rel="tag"&gt;Vincent Mauger&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-Tadashi-Kawamata-1901-+.html" rel="tag"&gt;Tadashi Kawamata&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.regard-sur-limage.com/+-Jeanne-Suspuglas-+.html" rel="tag"&gt;Jeanne Suspuglas&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;Entretien Jean-Louis Poitevin, image et montage Herv&#233; Bernard&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;---------------------------&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La rencontre avec &lt;a href=&#034;https://www.regard-sur-limage.com/Confessions-d-une-enfant-du-siecle.html&#034;&gt;Jeanne Susplugas&lt;/a&gt; initi&#233;e par Max Torregrossa de la galerie Vivoequidem, a &#233;t&#233; l'occasion de la d&#233;couverte d'un lieu rare, un centre d'art li&#233; &#224; une &#233;cole d'architecture, et de sa directrice, Val&#233;rie Knochel Ab&#233;cassis. Cet entretien en trois partie permet &#224; la fois de d&#233;couvrir les missions d'un centre d'art, celle de La Mar&#233;chalerie en particulier et plus globalement de comprendre comment il est possible de penser et de mettre en &#339;uvre de nouvelles relations entre art, architecture et publics.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Missions&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les missions d'un centre d'art sont multiples puisqu'elles peuvent se d&#233;ployer, comme ici &#224; la Mar&#233;chalerie, de la production et la r&#233;alisation d'expositions, &#224; l'&#233;dition de livres, de la m&#233;diation en g&#233;n&#233;ral &#224; des m&#233;diations adapt&#233;es &#224; des publics particuliers et de l'ouverture sur le monde d'une &#233;cole d'architecture &#224; l'engagement concret de ses &#233;tudiants dans ce processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre aspect essentiel tient &#224; la n&#233;cessaire articulation entre les enjeux locaux, li&#233;s &#224; la ville de Versailles o&#249; l'&#233;cole d'architecture et le centre d'art se trouvent, et &#224; ceux qui ont trait au r&#233;seau plus global de l'art contemporain en France.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/247504716?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;La Mar&#233;chalerie, un Centre D'art&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sp&#233;cificit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Centre d'art, la Mar&#233;chalerie occupe une place singuli&#232;re parmi les centres d'art fran&#231;ais. En effet, le centre est sous la tutelle de l'&#233;cole d'architecture dont il est une &#233;manation. Ainsi les m&#233;diateurs des expositions sont-ils tous des &#233;tudiants de cette &#233;cole. C'est aussi un lieu o&#249; la production et l'innovation ont droit de cit&#233; comme le montre le projet en cours avec et autour de la ville de Beyrouth.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;&#233;e en 2004, la Mar&#233;chalerie a pour but d'ouvrir l'&#233;cole d'architecture sur le monde et sur les autres dimensions des pratiques culturelles, l'art mais aussi la philosophie, la litt&#233;rature et la musique. C'est pourquoi des philosophes, des anthropologues et des artistes peuvent se trouver associ&#233;s &#224; des projets de longue haleine.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3512 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;62&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/14-saulnier-gustave_roussi_blog-4f2cd.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH285/14-saulnier-gustave_roussi_blog-4f2cd-580ce.jpg?1728238550' width='500' height='285' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3512 '&gt;&#169; Emmanuel Saulnier, recherche pour l'hopital Gustave Roussy
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lieu&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La Mar&#233;chalerie est aussi un lieu particulier qui n'ob&#233;it en rien &#224; la r&#232;gle dominante du white cube qui sert de mod&#232;le implicite ou explicite en ce qui concernent les lieux d&#233;di&#233;s &#224; l'art. Cette particularit&#233; architecturale et son lien avec l'&#233;cole d'architecture a conduit &#224; faire en sorte que pour chaque projet d'exposition, l'artiste invit&#233; ne montre pas une exposition existante mais con&#231;oive et construise une installation sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la force de ce lieu inattendu que de conduire les artistes &#224; proposer des choses d'eux qu'ils ne montreraient pas n&#233;cessairement ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3511 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;135&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/kawamata-credit_laetitia_tura_blog-db8a4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH334/kawamata-credit_laetitia_tura_blog-db8a4-712f2.jpg?1728238550' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3511 '&gt;&#169; Kawamata, exposition &#224; La Mar&#233;chalerie, vue sur la cour de la Mar&#233;chalerie, &lt;a href=&#034;https://www.regard-sur-limage.com/Tadashi-Kawamata.html&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.regard-sur-limage.com/Tadashi-Kawamata.html&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette porosit&#233; entre pr&#233;gnance architecturale et enjeux artistiques r&#233;sume avec force ce qui est le c&#339;ur m&#234;me de ce centre d'art&#160;: les relations entre art et architecture qui &#224; chaque fois s'incarnent dans les relations concr&#232;tes que chaque artiste d&#233;ploie avec ce lieu comme, le plus souvent, avec l'architecture en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/252706530?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;Le Centre d'Art de la Mar&#233;chalerie, 2/3 Versailles&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art versus architecture&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Lieu d&#233;di&#233; &#224; la production in situ d'&#339;uvres, La Mar&#233;chalerie occupe dans le paysage des centres d'art une place &#224; part. En effet, c'est bien le questionnement du lieu, de l'occupation d'un lieu par des &#339;uvres d'art et plus globalement &#224; la relation entre art et architecture qui constitue le ressort de cette programmation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3517 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;8&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/orta_-clouds_installation_blog-00fb2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH334/orta_-clouds_installation_blog-00fb2-69339.jpg?1728238550' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3517 '&gt;&#169; Orta
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce qui diff&#233;rencie un artiste d'un architecte&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Et y a-t-il une si profonde diff&#233;rence entre les positions et les actes des uns et des autres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Val&#233;rie Knochel Ab&#233;cassis d&#233;ploie ici une argumentation qui tend &#224; distinguer clairement ces deux activit&#233;s cr&#233;atrices en insistant sur les possibilit&#233;s plus grandes que les pratiques artistiques d&#233;ploient dans le mise en place de propos utopiques ou dystopiques. L'enjeu pour la directrice de La Mar&#233;chalerie &#233;tant que chaque exposition parvienne &#224; exprimer une po&#233;sie extr&#234;me, la seule, &#224; ses yeux, capable de nous toucher profond&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3516 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/sfar-videostill2_blog-f446b.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH500/sfar-videostill2_blog-f446b-5d217.jpg?1728238550' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3516 '&gt;&#169; Caroline S&#233;billeau
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un panorama&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Afin de rendre plus efficace sa d&#233;monstration, Val&#233;rie Knochel Ab&#233;cassis revient en d&#233;tail sur l'ensemble de la programmation qu'elle a mise en place depuis la cr&#233;ation du lieu. L'&#233;couter, c'est alors non seulement faire un voyage dans le temps mais un voyage &#224; travers la richesse de la cr&#233;ation, fran&#231;aise en particulier, tant les noms d'artiste qu'elle cite, les expositions qu'elle &#233;voque, et qui ont toutes eu lieu dans cet endroit magique, sont en effet tous porteurs de cette puissance po&#233;tique qu'elle invoque. On le comprend alors, un tel lieu est &#233;videmment le cocon o&#249; peuvent cro&#238;tre des &#339;uvres singuli&#232;res, mais c'est bien parce qu'il est anim&#233; par une personnalit&#233; elle aussi singuli&#232;re et puissante, attentive aux artistes et capable de les aider &#224; offrir le meilleur d'eux-m&#234;me, que ce lieu continue de briller dans le ciel de l'art, actuellement en France.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3515 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;126&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/lm-vincent_mauger-credit_aurelienmole_blog-978af.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH334/lm-vincent_mauger-credit_aurelienmole_blog-978af-30618.jpg?1728238550' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3515 '&gt;&#169; Vincent Mauger, &lt;a href=&#034;https://www.regard-sur-limage.com/2021-Le-festival-International-des-Jardins-de-Chaumont-sur-Loire-V3.html&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.regard-sur-limage.com/2021-Le-festival-International-des-Jardins-de-Chaumont-sur-Loire-V3.html&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Baphomet&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La Mar&#233;chalerie a pr&#233;sent&#233; Le Baphomet, une exposition de Bertrand Lamarche, qui se concentrait sur la figure du Baphomet. Depuis ses d&#233;buts, le travail de Bertrand Lamarche est travers&#233; par un ensemble d'&#233;v&#232;nements et de figures r&#233;currentes diverses, comme la grande berce du Caucase, la skyline nanc&#233;enne, Kate Bush ou la m&#233;t&#233;orologie qui s'incarnent dans un ensemble d'&#339;uvres qui peuvent s'envisager comme des micro-sc&#233;narios.&lt;/p&gt;
&lt;div class='flex my-4 justify-center text-center spip_document_3513 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.regard-sur-limage.com/IMG/jpg/_vb_9259_hd_blog-d72b2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.regard-sur-limage.com/local/cache-vignettes/L500xH334/_vb_9259_hd_blog-d72b2-34cc3.jpg?1728238550' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-3513 '&gt;Le Baphomet
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Idol&#226;tre et androgyne, le Baphomet est une figure mystique et occulte remise en lumi&#232;re par le roman &#233;ponyme de Pierre Klossowki en 1965. D&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; dans certaines &#339;uvres plus anciennes de Bertrand Lamarche comme l'installation La R&#233;plique ou la vid&#233;o Les Souffles, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;le prince des modifications&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; prend ici corps dans un sujet en l&#233;vitation, autour duquel s'articulent des &#339;uvres renvoyant &#224; un principe de transformation et fonctionnant sur les registres du voyage initiatique, du changement d'&#233;chelle et de la mutation.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/246713002?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;Le Centre d'Art de la Mar&#233;chalerie, 3/3&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Enregistr&#233;e lors de l'exposition de Bertrand Lamarche, intitul&#233;e Le Baphomet, Val&#233;rie Knochel Abecassis, la directrice, s'exprimait dans la grande salle de La Mar&#233;chalerie dans l'ambiance rose et sous l'&#233;l&#233;ment flottant qui constituaient le c&#339;ur de ce projet.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force de cet entretien vient de ce que, l'&#233;vocation pr&#233;cise de cette exposition complexe, constitue une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mise en mots&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'&#233;l&#233;ments et d'&#233;v&#233;nements visuels et que cela nous conduit &#224; un acte de pens&#233;e relatif &#224; la relation entre mots et images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous appr&#233;hendons aussi la mani&#232;re dont le travail se fait dans ce centre d'art, la richesse des questionnements qui y trouvent place, la puissance des &#233;vocations qui y naissent et s'y d&#233;veloppent, et la force de ce que l'art contemporain peut v&#233;hiculer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car jamais le visible ne vit en nous sans &#234;tre traduit en mots et jamais les mots ne se d&#233;ploient sans faire germer des images. On peut &#233;prouver toute la tension qui est au c&#339;ur du processus de r&#233;flexion et de cr&#233;ation car, travailler, ici, c'est pour l'artiste accepter de partager un peu de son geste avec le lieu, son architecture, sa situation, et celles et ceux qui le font vivre et ainsi s'ouvrir &#224; un au-del&#224; de l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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