- Du dessin et de la couleur

,  par Hervé BERNARD dit RVB

« C’est le dessin qui donne forme aux êtres ; c’est la couleur qui leur donne vie. Voilà le souffle divin qui les anime. Il n’y a que les maîtres dans l’art qui soient bons juges du dessin, tout le monde peut juger de la couleur. On ne manque pas d’excellents dessinateurs ; il y a peu de grands coloristes. Il en est de même en littérature : cent froids logiciens pour un grand orateur ; dix grands orateurs pour un poète sublime. [...]
Quel est donc, pour moi le vrai, le grand coloriste ?

C’est celui qui a pris le ton de la nature et des objets bien éclairés, et qui a su accorder son tableau.  »
Diderot, Essais sur la Peinture 1766

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Tentative de l’impossible,
Magritte, 1928

« Bien que le mélange des couleurs l’une avec l’autre soit d’une étendue presque infinie, je ne laisserai pas pour cela d’en toucher ici légèrement quelque chose. Établissant premièrement un certain nombre de couleurs simples pour servir de fondement, et avec chacune d’elles, mêlant chacune des autres un e à une, puis deux à deux, puis trois à trois ; poursuivant ainsi jusques au mélange entier de toutes les couleurs ensemble ; puis je recommencerai à mêler ces couleurs deux à deux, et trois à trois, et puis quatre à quatre, continuant ainsi jusqu’à la fin ; sur ces deux couleurs on en mettra trois [...] or, j’appelle couleurs simples, celles qui ne sont point composées, et ne peuvent être faites ni supplées par aucun mélange des autres couleurs. Le noir et blanc ne sont point comptées entre les couleurs l’un représentant les ténèbres, et l’autre le jour ; c’est-à-dire, l’un étant une simple privation de lumière, et l’autre la lumière même, ou primitive ou dérivée. Je ne laisserai cependant pas d’en parler, parce que dans la peinture il n’y a rien de plus nécessaire et qui soit plus d’usage, toute la peinture n’étant qu’un effet et une composition des ombres et des lumières, c’est-à-dire de clair et d’obscur.

Après le noir et blanc vient l’azur, puis le vert ou le tanné, ou l’ocre de terre d’ombre, après le pourpre ou le rouge, qui font en tout huit couleurs ; comme il n’y en a pas d’avantage dans la nature, je vais parler de leur mélange. Soient premièrement mêlées ensemble le noir et le blanc, puis le noir et le jaune, et le noir et le rouge, ensuite le jaune et le noir, et le jaune et le rouge.

[...]
Un corps qui renvoie la lumière sur un autre corps ne lui communique pas sa couleur telle qu’il a lui-même ; mais il se fait un mélange de plusieurs couleurs, s’il en a plusieurs qui soient portées par des reflets dans un même endroit.

[...]
La teinte de l’ombre, de quelque couleur que ce soit, participe toujours à la couleur de son objet, et cela plus ou moins, selon qu’il est ou plus proche ou plus éloigné de l’ombre, et à proportion aussi de ce qu’il y a plus ou moins de lumière.

[...]
L’ombre du blanc éclairée par le soleil et par l’air, a sa teinte tirant sur le bleu, et cela vient de ce que le blanc de soi n’est pas proprement une couleur, mais le sujet des autres couleurs.  »
Léonard de Vinci