- Interrogation, affirmation ou énumération ?

,  par Hervé BERNARD dit RVB

- Interrogation, affirmation, énumération

Oser ? Désirer ? Frémir ?
Une fois de plus, la puissance publique nous alerte sur le bon usage de la ponctuation et une fois encore de manière fort involontaire.

Que font ces points d’interrogation sur la façade de ce lieu, temple de l’Opéra, Art qui se veut le parangon de ces trois verbes : « oser, désirer, frémir ». Ils définissent l’art de vivre tel que le chantent tous les auteurs d’opéras. Cependant, il eut mieux valu les utiliser sous forme d’une énumération couronnée par un point d’exclamation. Certes, il est vrai que dans ce monde où le marketing de la moyenne règne en maître, cette affirmation aurait pu être interprétée par quelques fâcheux comme une incitation à la révolte et venant d’un « modèle » institutionnel, « Ça le fait pas ! » comme disent les jeunes d’aujourd’hui. Une autre manière de l’écrire tout aussi efficace aurait pu être celle-ci : « Oser désirer et frémir. »

Le choix de ces points d’interrogation serait-il, une fois de plus, la manifestation du désir de consensus qui sévit, associé ou nom à la peur de choquer ; ce désir de rejoindre la moyenne en prétendant la sortir de cette moyenne alors que ce comportement ne fait qu’affadir. En effet, faire suivre ces trois mots d’un point d’interrogation, c’est quand même une terrifiante manière d’élaguer ces trois verbes destinés à affirmer, chacun à leur manière, une manière de vivre.

La mise en page de ce slogan est à l’aune de cette mièvrerie. En effet, elle laisse entendre que ces trois verbes sont classés dans un ordre chronologique, de valeur ou d’intensité décroissant. Or si, entre ces trois verbes, ordre il y a, c’est celui de l’égalité car ils se complémentent mutuellement.