- La Spirale, Italo CalvinoExtraits

,  par Hervé BERNARD dit RVB

Images et mise en page Hervé Bernard, La Spirale de Italo Calvino est extraite de « Cosmicomics récits anciens et nouveaux  », traduction de Jean Thibaudeau.

La Spirale, Italo Calvino

La Spirale, Italo Calvino

La Spirale, Italo Calvino

Analyse de La Spirale de Calvino
Habiter. Quelques notes / Josep Rafanell y Orra / Chimères n°78 / Soigne qui peut (la vie)

Sentir
Dans la Spirale, le récit qui clôt la singulière suite d’histoires de Cosmicomics (1), Italo Calvino nous fait participer au voyage statique d’un mollusque à travers 700 millions d’années. Être informe accroché à son rocher, encore sans coquille, on assiste à la transformation du futur gastéropode faisant advenir la merveilleuse spirale de son enveloppe calcaire colorée. Son point de vue de mollusque se construit à partir du magma de sensations produit par le milieu marin, le va-et-vient des vagues sur cet organisme encore si peu organisé (se limitant à un anus et une bouche, absorbant et expulsant dans un rythme nonchalant le liquide qui transporte des micro- organismes) : « Je n’avais pas de forme, c’est-à-dire que je ne savais pas que j’en avais, ou, si vous voulez, je ne savais pas qu’on pût en avoir une. Je grandissais en somme par tous les côtés, au hasard ».
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2011 - GENÈSE DE LA VISION À PARTIR DE SPIRALE,
Jean-Louis POITEVIN
Texte publié dans TK-21 La Revue, extrait du séminaire Genèse de la Vision
I - Note sur La Spirale

1 - Une conscience transhistorique

Cette nouvelle d’Italo Calvino nous présente l’histoire du vivant sur cinquante millions d’années, c’est-à-dire notre histoire. Le narrateur est un être vivant. Il est vrai qu’il apparaît à certains moments du texte comme un démiurge qui aurait tout inventé, tout créé et qui serait doté à la fois d’une mémoire absolue et d’une perception totale tel un dieu un et multiple à la fois. En fait, il est plutôt l’incarnation singulière d’une conscience en train de se former et qui se remémorerait à partir de son présent actuel l’histoire globale de sa formation. Cette conscience est à la fois individuelle et commune à tous. Elle existe à partir d’un « lieu » englobant tous les lieux possibles, c’est-à-dire d’un corps.

Ce personnage du nom énigmatique de Qfwfq est comme souvent chez Calvino un personnage dont on pourrait dire qu’il est né du texte, des mots, des lettres même et qu’il vit comme texte dans le texte. Mais il est surtout une sorte de métaphore de l’histoire du vivant et de la pensée. C’est à ce titre que nous nous intéresserons à lui et que nous tenterons de comprendre en quoi cette perspective transhistorique peut nous apporter quelque chose dans nos réflexions sur l’image.

En effet, ce texte me paraît fournir l’occasion idéale pour tenter une synthèse de ce qui nous préoccupe ici pour la sixième année, c’est-à-dire tenter de comprendre, à travers le concept d’image, et surtout à travers ses diverses incarnations, à la fois comment les images matérielles existent dans notre réalité et comment elles rétroagissent et influent sur ce qui se passe dans notre psychisme. On pourrait dire qu’il y a deux manières d’approcher la question de l’image.

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