- Le mot est image (19)La trahison des migrants

,  par Hervé BERNARD dit RVB

Les migrants, une invention récente
Le verbe « migrer » aurait comme « racine indo-européenne *mei-l*moi1 qui avait pour sens premier celui d’ ‘’ échanger ’’, de ‘’ muter ’’, de ‘’ transformer ’’. Des notions bien éloignées de “notre” migrant.

De là, vint le latin migrare, d’où viennent à leur tour les mots munus, ‘’ charge ’’, ‘’ don ’’ (qui donnera la municipalité) et communis, la ‘’ commune ’’. » Ces mots héritiers de l’étymologie originale sont centrés autour de l’échange et du commun, ils restent bien éloignées du migrant tel qu’il est pensé aujourd’hui. En fait, le mot migrant est entré dans les langues romanes par un emprunt au français médiéval du mot émigrer.

Cependant, le verbe migrer n’est présent dans les dictionnaires qu’à partir du XIXe siècle. Ceci ne signifie pas qu’il n’y a pas de migration auparavant. De la même manière que l’absence du mot sexualité du vocabulaire de la Rome antique ne signifie pas que les romains n’avaient pas de relation sexuel. Par contre, cette apparition implique un changement de point de vue sur la question tout comme l’apparition du mot sexualité l’a fait pour les relations sexuelles.

L’histoire de l’humanité est une longue migration et un long mélange entre des êtres d’origines différentes. Plus ou moins simultanément à l’entrée du verbe migrer dans les dictionnaires, c’est sous Napoléon III que les migrants savoyards sont montrés du doigt et accusés, dans des termes similaires à ceux usités aujourd’hui pour les Polonais, les Tchèques, les Turques… de prendre le travail des nationaux. Désignation d’ailleurs concomitante à l’industrialisation de la France, de là à imaginer que l’apparition du verbe migrer est liée à l’industrialisation.

Et soudainement, toujours dans Étymologies pour survivre au chaos, la trahison succède au migrant et son étymologie, apparaît elle-même comme un discours sur les migrants.

Stationnement interdit
© Hervé Bernard 2017

Quand la trahison se trahit elle-même
« " De nos jours, elle a toujours triste signification et désigne le manque de fidélité à autrui, le fait de duper celui qui accorde sa confiance, un acte indicible ’’.2

Mais " hier ’’ encore, étymologiquement parlant la trahison signifiait ‘’ remettre ’’, ‘’ mettre dans les mains d’autrui ’’. Non dans le sens négatif de gaspiller, de perdre ce qui nous est accordé qu’une seule fois : la confiance. La trahison signifiait simplement ‘’ donner ’’ du verbe (grec) didômi (…). »3

Et notre comportement qui récuse l’entrée des migrants dans notre pays, tout ses migrants qui se mettent dans les mains d’autrui. N’est-ce pas là LA grande trahison ? Il est étrange comme l’évolution de ce mot résume à elle seule la situation de ces migrants. Cependant, ce n’est pas la seule trahison, dans tous les sens de ce mot que nous commettons et qui est résumée par ce mot.

En fait, la trahison fondamentale, c’est celle des fondements de toutes les sociétés humaines comme nous le rappelle Margaret Mead. En effet, quand nous travaillons à saper " tous ensemble’’ les fondements de la protection sociale, version moderne de cette eau que l’on allait chercher, autrefois, quotidiennement à la source pour l’estropié, le boiteux... Ne sommes nous pas entrain de trahir nous aussi ? Et cette trahison, celle de ceux qui se remettent dans les mains d’autrui pourra-t-on l’effacer en disant : « Pardonnez leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font. » Et cette trahison là, nous nous la transmettons depuis une trentaine d’années. Est-ce par tradition ? Car la trahison comme la tradition sont élevées à la même source celle du verbe donner.

On retiendra cependant que le mot trahison a vu son sens basculer à partir de la traduction en latin du texte de l’Évangile parlant du baiser de Judas. C’est à l’occasion de la livraison par Juda du Christ que le verbe prit ce nouveau sens. Paradoxalement, le français a repris le chemin étymologique de la trahison lorsqu’il parle de donner un complice à la police.

Achetez le livre

  • 47.50 € TTC Le livre (France metropolitaine)
  • 45.02 € TTC + 6.98 € de frais de port pour le livre (Suisse et CEE)

- Résidence sur les quais de Seine

Mendicité

[- Le gisant ou la confiance aveugle->art1888)