- Art et christianisme

,  par Hervé BERNARD dit RVB

« Il est une chose, cependant, à quoi l’on a moins souvent réfléchi : en quoi le paradoxe de l’« intemporel » dans l’avènement et l’évolution du christianisme a-t-il modifié les conditions de la créativité occidentale ? Le paradoxe est, simplement et insondablement, le ministère et la promesse de Jésus à un certain moment de l’histoire. Pourquoi à cette date ? Pourquoi pas avant ni après ? La Passion, la Résurrection et la promesse sotériologique qu’elles impliquent (celle du salut) partagent le temps humain, c’est-à-dire l’espoir. Elles assignent aussi une fin au temps, une eschatologie finie qui est celle de l’apocalypse et de l’entrée de l’âme humaine dans une éternité authentique. Aucun paramètre du temporel n’en ressort indemne.

Vierge à l’enfant — Hommage à Jacques Monory

Pourquoi se donner la peine de produire de l’art et des artefacts quand notre monde approche de la fin - espérance centrale du christianisme primitif ? Pourquoi, alors même que l’imminence du Second Avènement s’éloigne, consacrer du temps et de l’énergie à la mimesis quand le salut individuel et collectif dépend de l’imitatio, des efforts pour suivre le Christ et les saints sur la voie de la béatitude ? Longtemps après que leur contexte historique et théologique a disparu, ces questions, eschatologiques et « puritaines », conservent leur·résonance dans notre expérience de l’art. Plus importants encore sont les effets de l’analogie positive. »

Grammaire de la création Georges Steiner