- Image élastique

,  par Hervé BERNARD dit RVB

Nous étions dans une escalade vers la ressemblance. Peut-être repartons nous à nouveau vers la dissemblance avec les images dont le rapport hauteur-largeur est à géométrie variable. A l’époque de la Bible, l’image identique à la réalité n’existe pas. L’eau ou le métal ne sont que de piètre miroir qui ne reflète qu’une image floue. Cette identité entre l’image picturale et la réalité était donc une fiction, à moins d’évoquer la puissance de l’image verbale.

Depuis la Renaissance, nous étions dans une dynamique d’évolution vers une ressemblance entre l’image et la réalité de plus en plus grande. Aujourd’hui, avec l’étalonnage [travail de la couleur du film ou des photos], les images liquides, et des images à la frontière des images fixes ou animées [morphing] nous sommes, à nouveau, dans un mouvement de décroissance de la ressemblance entre l’image picturale et la réalité.

L’étalonnage de l’image qui donne, pour certaines images plusieurs variantes et donc transforme totalement le sens de cette même image ou de cette séquence.

Le morphing d’images, l’art du transformiste qui prend deux images et fabrique les images intermédiaires afin de produire la durée demandée fabrique une image qui non seulement se transforme en une autre image mais s’anime.

Les images liquides, que devient l’image, si une image peut être tour à tour fixe, animée ; rectangulaire, panoramique ou carrée sans perdre aucune de ses propriétés c’est-à-dire sans aucune déformation de son contenu.

La seconde image est issue de la première, pour la fabriquer nous avons utilisé un logiciel d’origine israélienne maintenant inclut dans Photoshop qui fabrique des pixels sans déformer les proportions des objets de l’image originale

Dans toutes ces transformations, l’enjeu, outre l’aspect plus ou moins indiciel d’une photo, n’est pas simplement le respect de la création artistique ou encore celui de la vérité. Il s’agit d’autre chose mais de quoi s’agit-il ? J’ai le sentiment que dans le passage de l’image fixe à l’image animée par l’intermédiaire du morphing ou de l’image carrée à l’image panoramique, on chamboule les fondements de l’image, ses catégories. Auparavant, il y avait une image carrée ou une image rectangulaire, aucune image ne pouvait être simultanément les deux sans une perte due au recadrage. Aujourd’hui avec l’image liquide, une image peut-être les deux à la fois. Les images crées dans le morphing de deux photographies ne sont ni des images de synthèse ni des photographies, elles se situent dans un entre-deux pour l’instant inexploré.

Quant à l’image extraite d’une séquence filmée qui maintenant n’est pas loin d’atteindre la qualité d’une image photographique, elle n’a pourtant pas la même corporéité car elle change de support et par conséquent de format et surtout on ne la regarde plus de la même manière et pendant la même durée.

Est-on simplement entrain de quitter le manichéisme en créant ces entre-deux ou allons-nous ailleurs ? Et dans quel ailleurs ? Nous vivons dans un monde où aucun gain ne peut se faire sans perte. Cette nouvelle image gagne en ubiquité, elle peut-être partout à la fois. Mais où se situe sa perte, où se situe notre perte ?

© Hervé Bernard 2008