- Image et précision V2

,  par Hervé BERNARD dit RVB

- 1 Le dessin, l’art de la synthèse
« Les esprits analytiques ne voient pratiquement que les défauts : plus la lentille est forte, plus imparfait nous apparaît l’objet observé. Le détail est toujours fâcheux. »1

Hooke2 l’un des premiers utilisateurs du microscope, corrobore les propos de F Pesoa quand il affirme que ses dessins de l’œil de la mouche ne représentaient aucune mouche. Pour obtenir ces dessins, il avait dû multiplier les échantillons de mouches observés, mais aussi les points de vue et les oculaires. Le dessin finalement obtenu est un archétype, une fiction, mais, si cette fiction n’a pas la réalité de chacune de ces observations, elle dit paradoxalement la vérité en étant tout à la fois une synthèse, et une simplification.

Dessin d’une mouche par Hooke

Ainsi, pour créer cette mouche, il a fallu éliminer tous les particularismes de chacune des mouches pour décrire les spécificités de l’espèce. Cette globalisation est porteuse de sens. C’est parce qu’il y a globalisation que l’on peut penser l’oeil de la mouche, et cette globalisation interdit à l’image d’être un reflet, le cachet de la réalité, puisqu’elle est une synthèse. Où réside dans cette image le miroir de la réalité ? C’est parce que l’on a écarté des informations qu’elle devient représentative. Là encore, c’est la sélection-réduction de débit qui lui donne du sens. Si Hooke avait repris toutes les particularités de chacune des mouches, aucune taxinomie n’aurait été possible.3

- 2 Le dessin, un art conceptuel
« Le dessin. Quelle trace plus originelle ? Quelle pulsion plus spontanée ? Quel geste plus instinctif ? Mais aussi, quel langage plastique plus conceptuel ? Quelle plus haute expression visuelle de l’entendement humain ? Quelle plus pure synthèse de la pensée et de l’intelligence du monde ?

Jusqu’au 17e siècle, le mot s’écrivait indifféremment dessein ou dessin. Marquée par l’Italie, la théorie de l’art de la Renaissance incluait cette double composante : celle d’idée première de l’œuvre - la prima idea ou la fameuse cosa mentale dont parlait Léonard de Vinci -, et celle de technique autographe, d’expression hautement personnelle et subjective sur laquelle le 19e siècle établira les dogmes de l’originalité et de l’authenticité.

Le dessin est donc en prise directe sur les mouvements du corps comme sur ceux de l’esprit et de l’âme. Aussi proche de l’empreinte que de l’épure. Confident du « jeté » autant que de !’élaboré. Complice du cri et du chuchotement comme de la réflexion la plus subtile et de la méditation la plus éthérée. »

Françoise Jaunin, L’Archipel du dessin, Presses polytechniques et universitaires romandes

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- De la simplification et de la généralisation comme un bienfait V2