- Observation et perception V2

,  par Hervé BERNARD dit RVB

« Quelqu’un qui observe son propre chagrin au moyen de quel sens le fait-il ? Est-ce au moyen d’un sens particulier, d’un sens qui sent le chagrin ? Le sent-il donc différemment quand il l’observe ? Et quel chagrin observe-t-il alors ? Est-ce un chagrin qui n’est là que pendant qu’on observe ?

“Observer” ne produit pas ce que l’on observe. (Ceci est une constatation d’ordre conceptuel.)

Autrement dit : Je “n’observe” pas ce qui existe du seul fait que je l’observe. L’objet de l’observation est quelque chose d’autre. »

« Pour reprendre un exemple du début du chapitre 5 de l’Approche1... , voir une table rectangulaire n’est pas adopter le point de vue unique depuis lequel on obtient une projection perspective rectangulaire du dessus de la table (par opposition aux projections perspectives trapézoïdales qu’on obtient depuis tous les autres points de vue) ; mais c’est se déplacer autour de la table de manière à ce que le rapport constant entre ses proportions, qui sous-tend la variation des projections obtenues depuis différents angles de vue, apparaisse comme l’invariant de cette variation où le flux optique se transforme. On comprend dès lors pour quelle raison cette approche entend évacuer toute complémentation mentale du donné sensoriel par la construction d’une représentation spatiale : celle-ci n’est plus nécessaire dès lors que la voluminosité est directement éprouvée comme invariant immanent aux transformations du flux perceptif, par l’entremise d’un mouvement exploratoire qui constitue l’« absolu »2 écologique, c’est-à-dire le critère incontestable de réalité.

[...]

Le fait qu’une pierre soit un projectile n’implique pas qu’elle ne puisse pas également être d’autres choses. Elle peut être un presse-papiers, un serre-livres, un marteau, ou le plomb d’un pendule. Elle peut être empilée sur un autre rocher pour édifier un tumulus ou un mur de pierre. Ces invites sont toutes cohérentes les unes avec les autres. Les différences qui les séparent ne sont pas nettement établies, et les noms arbitraires dont nous les appelons ne tiennent pas lieu de perception. »

Le deuxième et troisième paragraphe sont extraits d’Approche écologique de la perception visuelle, p 23 et 28
James J Gibson, Éditions Dehors

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