- Vraie ou fausse photographie ? Image et réalité (3)À propos de l’instant décisif

,  par Hervé BERNARD dit RVB , 1 commentaire

La question de la vraie ou de la fausse photographie, par vraie ou fausse les critiques entendent ici photographie de reportage par opposition à photographie mise en scène est une question récurrente de l’histoire de la photographie. Certains estimant que la photographie de reportage serait la seule à pouvoir prétendre à la véracité.

Tel la marée ou le marronnier pour reprendre une métaphore journalistique, ce débat récurrent se trouve régulièrement alimenté par la découverte que l’une des photographies de tel ou tel photographe ne serait pas une vraie photographie : elle aurait été posée et non saisie au vol.

Ce débat a notamment été rejoué pour un certain nombre de photographies de Doisneau. Plus récemment, dans un article publié par le Time (article de Geoff Pingree, correspondant à Madrid – 25 juillet, article qui lui-même fait référence à un article de Ernest Alos dans le magazine catalan : El Periodico), il a été remis au goût du jour pour la photographie du soldat républicain espagnol faite par Capa Nous parlons bien entendu de la fameuse photographie du soldat républicain cueilli en plein vol par une balle et reprise comme illustration récurrente de la guerre d’Espagne,
Il existe même un monument au mort en Espagne qui l’a gravé sur son fronton (Carboneras, Andalousie, d’ailleurs sans aucune mention de l’image originale).

Est-il réellement important que cette photo ait été prise lors d’un entrainement ou pendant le combat ? N’est-il pas plus important que cette photo face symbole ? En effet, selon l’auteur de cet article, il est impossible de retrouver l’évènement relaté par cette photographie ce qui ne signifie pas qu’elle n’a pas été prise lors de la mort d’un soldat tué par un tireur solitaire embusqué. De plus, si cette image a une telle force symbolique, c’est justement parce qu’elle n’est pas situable géographiquement, elle pourrait tout aussi bien illustrer la mort d’un résistant français ou italien au début de la seconde guerre mondiale ou encore celle d’un résistant grec. À notre sens, que cette photographie soit une mise en scène ne retire rien à son efficacité.


© Pierre Moscowitch

Irait-on reprocher à Stendhal d’avoir inventé Fabrice del Dongo ou Julien Sorel ? Ou encore à Zola d’avoir inventé les paysans de son livre La Terre ou encore les mineurs de Germinal ? Photographier, tout comme écrire, c’est faire naître, émerger quelque chose, c’est cela la création. Peu importe la méthode tant qu’elle ne nuit pas à l’autre et jusqu’à preuve du contraire, Capa n’a pas fait exécuter un milicien pour réaliser cette photographie. D’autre part, s’il existe un document nous remémore ce combat, c’est bien cette photographie dont on peut dire qu’elle a largement contribué à maintenir le souvenir de cette guerre.

Concernant cette photographie, il y a quelque chose d’au moins aussi important. Selon les sources, sa légende est : soldat républicain ou mercenaire républicain voir mercenaire espagnol. Pour ceux qui méconnaissent l’histoire, ces différences de légende font varier complètement le sens de cette image. Dans le premier cas, c’est un homme qui se bat par devoir ou par conviction, dans le second cas, c’est un homme qui se bat, certes, sur le front républicain mais pour un salaire quant à la troisième version, elle concerne aussi bien un combattant républicain qu’un combattant fasciste. Cette dérive du sens est au moins aussi importante que l’actuel questionnement sur cette photographie de Capa. Pour ma part, adolescent, la première fois que j’ai vu cette photographie, faute de bonnes informations, j’étais incapable de savoir à quel camps appartenait ce combattant.

- L’instant décisif

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