- De la disparition de la photographie

,  par Hervé BERNARD dit RVB

« Si Philippe s’ingéniait à critiquer les clichés véhiculés par la mode, il n’épargnait aucun autre aspect de l’art photographique qui, selon lui, n’avait plus lieu d’être. Après un siècle de profusion d’images, journalistiques et publicitaires, excitantes ou subversives, accusatrices ou décoratives, mensongères ou criantes de vérité, toutes d’un esthétisme parfait, plus aucune n’avait le pouvoir de charmer, d’informer, de choquer ou même de faire rêver l’homme de la rue - qui parvenait fort bien à constituer sa propre iconographie avec un appareil à trois sous. La photo dite professionnelle n’avait aujourd’hui pour seules vocations que d’emballer une marchandise ou de voler l’intimité d’autrui. Dans les deux cas Mia était concernée, tantôt prestataire, tantôt victime et Philippe se chargeait de lui rappeler, histoire de réduire ses valeurs à bien peu. »
Homo Erectus, roman, Tonino Benacquista, Nrf, Gallimard, p 203