Accueil > Regard sur l’image : le livre > Regard sur l’image : compléments, précisions et mises à jour > Petite histoire de la photographie sous le prisme du photomontage et de la (...)

- Petite histoire de la photographie sous le prisme du photomontage et de la retouche V2

Voir au bas de l’articles le montage vidéo réalisé à partir d’extraits de la série de DVD de la collection PHOTO édité en 2013 par Arte Video pourrait être un commentaire de ce texte extrait de Regard sur l’image (2011 éditions regards & impressions, 2011 p 304).

Via di levare ou via di porre ?
« Comme nous le rappellent les photos de Oscar Gustaf Rejlander, Les Deux Vies, (1857) ou, encore, de Henry Peach Robinson, Dernier Soupir (1858), le masque et le contre-masque, technique de photomontage, le temps de pause tout comme la profondeur de champ, appartiennent à la photographie et au cinéma dès leur naissance et les définissent. Chacun de ces moyens est un outil du montage photographique au sens de construction. Le temps de pause et la profondeur de champ font apparaître ou disparaître des éléments de la réalité et ils sont donc, à leur façon, une forme de masque. D’une certaine manière, on peut dire qu’il n’est de photographie que si elle est montage. En effet, la photographie procède par via di levare, c’est-à-dire en retranchant grâce au cadrage d’une part, à la sous-exposition/surexposition, à la mise au point et la vitesse de l’obturateur, d’autre part. Et par via di porre, c’est-à-dire en ajoutant par le cadrage, le diaphragme et l’exposition (plusieurs tirs d’un feu d’artifice apparaîtront comme simultanés grâce à un long temps de pause) qui, comme nous l’avons dit, avec la construction graphique participent de la mise en scène. Là où la photographie s’oppose à la fois à la peinture et à la sculpture, c’est parce que ce qui procède du via di levare procède simultanément du via di pore. En effet, les disparitions dans le flou, dues à la faible profondeur de champ, à un long temps de pause ajoutent un isolement du sujet tandis que la sous-exposition ou la surexposition feront apparaître – disparaître – des masses sombres, claires ou de couleurs. Ces retraits ajoutent, tout comme ces ajouts retranchent, simultanément. La forme surgit de la profondeur de champ de même que de l’absence de profondeur de champ, c’est-à-dire que du « sans forme », surgit la forme. »


Oscar Rejlander

The Sleep
« On voit tout mais on ne sait pas où on est […]. Le plus troublant c’est l’accumulation de tout ces détails sur un même plan. Voir tout cela en même temps n’est possible qu’en rêve. »

Je ne peux m’empêcher de rapprocher ces propos extraits de la vidéo à propos de The Sleep (1858) de Henry Peach Robinson de ceux d’une tribu amazonienne à propos des films et de la photographie  : « Nous percevons la totalité des plans d’un film comme une continuité narrative malgré l’ellipse nécessaire à la création cinématographique. Nécessaire à la narration mais aussi moyen de réduire l’effet de miroir de l’image animée. En effet, ces ruptures nous rappellent, si nous en prenons conscience, que nous ne sommes pas dans le monde réel. Comme le montrent les commentaires de la tribu Huni Kuin, cette continuité du montage cinématographique est culturelle. Pour eux, les changements de plan intervenant à la fin d’une séquence sont impossibles. “ Ce n’est pas possible dans le réel. Ce n’est possible que dans les rêves ou dans les visions de nishi pae. […] Ça va et ça vient comme dans les visions… ” À leur sens, les images projetées ne renvoient pas au réel mais au monde des rêves nocturnes ou des visions sous l’emprise de la drogue. Car ils perçoivent le montage cinématographique comme une rupture de continuité, ce qu’il est en réalité. Dans leur culture, l’ellipse narrative appartient au monde du rêve, de la drogue, et non de la narration. » Regard sur l’image p 149


© Beate Gütschow

Image réaliste vs image inventive ou inventée
À la visualisation de ces extraits, nous pouvons aussi faire une remarque d’un autre ordre. Notre conception de l’image et encore plus celle de la photographie, comme celle du cinéma, est grosso-modo séparée en deux : une image réaliste et une image inventive ou inventée. Ce qui est remarquable, c’est de constater que ces deux conceptions traversent elles aussi le photomontage. Comme le montre ce montage vidéo, ces deux séparations sont, au XIXe siècle, nationales. En effet, la première correspond à la vision française tandis que la seconde correspond à la vision anglaise. Cependant, cette distinction est-elle simplement due au génie nationale ou à d’autres éléments ? Hormis le génie nationale, l’élément fort constituant de ces deux nationalités est bien entendu l’élément religieux.

En effet, l’anglicanisme, en ce qui concerne la question de l’image, s’est essentiellement appuyé sur le calvinisme (voir les articles de ce blog cités ci-dessous) tandis que la France, là aussi, est restée la fille aînée de l’église … catholique.

Enfin, c’est un petit complément aux pages 46, 191, 192 de Regard sur l’image à travers Beate Gütschow, Édouard Denis Baldus, Henry Peach Robinson, Oscar Rejlander, Metropolis, Paul Citroen, Moholy Nagy.

- La photographie existe-t-elle en dehors du photomontage ?
Montage Hervé Bernard

Ont notamment collaboré au coffret Photo édité par Arte Editions : Alain Nahum, Juliette Garcia, Quentin Bajac, Stan Neumann et Luciano Rigolini

Voir aussi
- Les Ambassadeurs ou « Maintenant e(s)t à l’heure de notre mort. »
- Les Protestants et l’image
- Rembrandt : Ecce Homo !

Les débuts du montage cinématographique, en anglais

Achetez le livre

  • 47.50 € TTC Le livre (France metropolitaine)
  • 45.02 € TTC + 6.98 € de frais de port pour le livre (Suisse et CEE)

Autres exemples de photomontages précurseurs


1865, photo originale du général Sherman.


1865, photo du général Sherman, le général F.P Blair a été ajouté sur la droite.


1860, photo du président Lincoln.


Les deux photos utilisées pour réaliser le portrait du président Lincoln publié ci-dessus.

Addendum
Interview de Stan Neumann par Jean-Louis Poitevin, montage Hervé Bernard

La sortie sur Arte d’une série de 12 films de 26 mn sur les grands courants de la photographie de ses origines à nos jours constitue une occasion unique de se plonger à la fois dans l’histoire de la photographie et d’approfondir une réflexion nécessaire sur la fonction et le statut des images aujourd’hui.

Stan Neumann directeur artistique de la série et réalisateur de 7 des 12 films de la série « Photographies » a accepté de répondre à nos questions à la fois sur cet ensemble de films et sur des aspects plus généraux concernant les images. Nous présentons ici la première des deux parties dont est composé cet entretien.

Interview de Stan Neumann Première partie

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom