- Joel Meyerrowitz et Robert Frank

,  par Hervé BERNARD dit RVB

« En 1962 me voici directeur artistique d’une petite agence de publicité new-yorkaise - directeur artistique débutant, en vérité et pas du tout fixé sur ce que je voulais faire ou être. Un jour, mon patron, Harry Gordon. m’ a envoyé à Manhattan regarder un photographe faire les prises de vue destinées à la plaquette que j’étais en train de concevoir. Il s’agissait de très jeunes filles qui s’adonnaient à diverses activités après l’école : devoirs du soir, ou jeux de toute sorte. Le photographe était Robert Frank. À l’époque je ne savais absolument pas qui c’était mais, en quelques minutes, je me suis rendu compte que je n’avais encore jamais vu personne bouger ou utiliser un appareil photo de cette manière. Je l’ai observé pendant toute la séance et, chaque fois que j’entendais le déclic du Leica, je voyais cet instant atteindre à un sommet d’évidence absolue !

J ’étais ébahi. J’avais déjà assisté à des séances de prises de vue mais je n’avais jamais rien vécu de tel. Avant même d’être de retour à l’agence, j’étais devenu quelqu’un d’autre. Harry m’a demandé comment s’était déroulée la séance ; j’ai répondu que je démissionnais. « c’était donc si mauvais que ça ? - Non, c’était génial, je ne savais pas qu ’on pouvait bouger et photographier en même temps ! »
Tout ce que je voulais, c’était être dans les rues de New York. Harry m’a prêté son appareil. J’ai chargé une pellicule couleur sans me poser de question. Et je suis sorti. »
Joel Meyerrowitz à propos de Robert Frank