- Variations formelles de l’esperluette

,  par Hervé BERNARD dit RVB

Cet article est extrait du blog d’Éric Rigaud

À l’occasion de mon mémoire de fin d’études à l’Ensad de Paris, j’avais traduit en 2007 le texte allemand de Jan Tschichold décrivant l’évolution de l’esperluette, publié à l’origine en 1953. Je mets ici à disposition des lecteurs cette traduction, bien qu’elle soit imparfaite, à laquelle j’ai ajouté quelques précisions (composées en italique). Le texte original est écrit d’un seul tenant, mais je l’ai ici découpé en périodes historiques et la collection d’esperluettes faite par Tschichold (nomenclature en chiffres) se trouve enrichie de trouvailles personnelles (nomenclature en lettres).

&, lu « ET », vient du latin et signifie « et ». Les nombreuses formes de ce signe sont des ligatures d’un genre bien particulier. L’esperluette est la fusion intime de caractères par laquelle soit la partie d’une lettre se prolonge dans la partie d’une autre lettre, soit les deux parties se fondent en un seul morceau.

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Éric Rigaud

1. Époque romaine : avant 400

L’histoire de l’esperluette est presque aussi vieille que celle de l’écriture romaine. Certes on ne trouve pas d’esperluette dans les inscriptions archaïques des romains ni dans leurs écritures majuscules monumentales. Mais à partir de 79 ap. J.-C., on rencontre, dans les graffiti muraux, des inscriptions rapidement gravées de la ligature « et » que l’on peut considérer comme l’ancêtre du clan des esperluettes. Dans la figure 1, il s’agit juste de la barre médiane du E qui vient rencontrer le trait vertical du T, mais déjà la figure 2, datée de 131 ap. J.-C., extraite d’une cursive romaine archaïque et abrégée d’un trait seulement, est une esperluette qui correspond pleinement à notre définition de ce signe. La barre médiane du E représente en même temps la barre transversale du T. Ces deux premières figures restent très simples. La figure 3, du milieu du IVe siècle ap. J.-C. et tirée d’une cursive romaine plus récente, est pleine d’élan. Extraite du même type d’écriture, la figure 4 présente une variante du T qui annonce la forme onciale ronde plus tardive. La figure 5 est la même forme, mais tracée à une vitesse très rapide.

Les exemples 1 à A3 d’esperluettes de l’époque romaine présentés ici appartiennent au type de la cursive romaine, écriture rapide employée pour les documents de la vie courante, où les lettres sont liées et de hauteurs inégales. Elle dérive de la capitale monumentale vers le IIe ou IIIe siècle av. J.-C. ; les formes se sont assouplies, transformant les angles droits en courbes. Les figures 1 et 2 appartiennent au type primitif qui présente un aspect capitalisé, tandis que les figures 3, A1, 4 et 5 représentent la véritable cursive minuscule du IVe siècle. À la même époque, on trouve également la capitale quadrata et l’écriture rustica, mais de par leur caractère posé, les ligatures y sont moins évidentes et restent plus sages, comme dans les exemples A4 et A5.

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Éric Rigaud