- La pluie fait l’eau

,  par Hervé BERNARD dit RVB

Depuis plus de cinquante ans, nous bétonnons et goudronnons la surface de la terre. Outre la réduction des surfaces agricoles, ce travail incessant n’est pas sans conséquences sur le niveau des nappes phréatiques. En effet, le recouvrement continu de la terre par un revêtement imperméable provoque simultanément une réduction de la surface de collecte des eaux pluviales car ces revêtements transforment un sol plus ou moins perméable en une surface parfaitement imperméable.. Imaginez que l’on revête votre corps sur près de 30 à 40 % de sa surface d’une peinture qui entrave la respiration de votre peau. C’est le début de l’asphyxie, que vos poumons fonctionnent parfaitement ou non…
C’est ce que fait chaque parking, route, usine (…) car ils expédient l’eau collectée à la mer, qu’elle soit épurée ou non ne change rien à la question, cette eau est jetée à la mer. Certes, il est salutaire qu’elle soit épurée mais, c’est un fait, elle n’alimente plus les nappes souterraines.

Photographie (c) Hervé Bernard

Actuellement, on assiste donc à trois phénomènes simultanés : une réduction des précipitations annuelles et une modification de leur périodicité dans les régions tempérées et sahariennes. Réduction renforcée par la diminution de la surface de collecte de chaque nappe phréatique. En effet, pour approvisionner une nappe phréatique, l’eau du ciel doit pénétrer dans la terre même si, parfois, de longs ruissellements sont nécessaires. Ainsi, en France, un mètre-carré de sol collecte environ 1 000 litres d’eau par an. Par conséquent, un toit de 100 m2, de tuiles de préférence –c’est un revêtement neutre– collecte annuellement 100 000 litres d’eau soit la quasi totalité de l’eau non-potable consommée annuellement par une famille de quatre personnes, qui, en réalité, a besoin en moyenne de 125 000 litres d’eau. L’article 64 du code civil précise que l’on a le droit d’utiliser l’eau qui tombe sur notre terrain, quelle chance ! Seulement, l’usage de cette eau est restreint à l’arrosage du jardin, car, en France, il est interdit d’utiliser l’eau de pluie pour le lave-vaisselle, ou la machine à laver le linge contrairement à l’Allemagne et aux pays du Benelux. Cette eau a un autre avantage, elle est non calcaire et très peu minéralisée. L’utiliser supprime simultanément l’anticalcaire dans les machines et réduit donc par la même occasion la consommation de produits chimiques. Réduction qui a un impact sur le volume des marchandises transportées et donc sur notre production des gaz à effet de serre. Impact d’autant plus important que cette modification de notre consommation prolonge dans de fortes proportions la durée de vie de toutes les machines qui chauffent de l’eau –les chauffe eau et chauffage central sont donc inclus– en évitant l’obstruction des tuyaux par le calcaire et en supprimant l’usure prématuré des résistances. Ces chiffres montrent qu’il n’est pas seulement nécessaire de réduire notre consommation mais aussi de changer nos sources d’approvisionnement. Cette réforme de notre consommation est urgente.

De même que l’on a inventé des peintures qui laissent notre peau respirer, de même, nous devons inventer des revêtements qui jouent le même rôle que notre peau : laisser pénétrer et filtrer. Bien entendu, ces constructions outre un rôle important dans la collecte, devront être simultanément des filtres à eau c’est-à-dire, jouer le même rôle que la terre, le sable et les roches. Première étape de cette réforme, rendre immédiatement obligatoire sur les nouvelles constructions, les toitures utilisant des revêtements naturels : tuile ou ardoise ou un revêtement non polluant et donc proscrire les toits goudronnés, imposer l’implantation d’une citerne permettant le stockage de cette eau et concevoir l’alimentation de l’eau de tous les bâtiments en liaison avec cette citerne. Seconde étape, mettre en place, chaque fois que cela est possible, une technologie d’épuration d’eau la plus écologique possible afin de réinjecter l’eau consommée dans le circuit pour évoluer vers une consommation en circuit fermé. Troisième étape, appliquer progressivement ces obligations sur les constructions anciennes. Il n’est bien entendu pas interdit de brûler les étapes et d’appliquer ensemble la première et la seconde étape, on pourrait même y voir une certaine logique notamment pour les industries grande consommatrice d’eau.

Autre recyclage simple, on rend obligatoire l’utilisation de l’eau de pluie collectée par tous les toits des zones industrielles pour le nettoyage de tous les sols de ces usines et centres commerciaux et pour l’arrosage agricole lorsque ces entreprises sont situées dans des zones cultivées.
Il est grand temps de sortir du système binaire. La terre a mis quelques milliards d’années pour mettre au point son système de recyclage, nous avons une centaine d’années pour inventer le nôtre. Recycler une boite métallique de bière ou de boissons sucrés, c’est économiser l’énergie nécessaire au fonctionnement d’un ordinateur portable pendant une journée, c’est à dire l’électricité nécessaire à la transformation de l’alumine en aluminium.

© Hervé BERNARD 2011