- Le flou

,  par Hervé BERNARD dit RVB

Dans la peinture figurative de la Renaissance, le flou est essentiellement le flou de l’éloigné, de la distance. Par contre, en photographie, le flou provient alternativement du mouvement, de la mise au point ou encore d’une combinaison de ces flous. Cependant, le flou photographique inclut une nouveauté : le flou du premier plan complétement ignoré de la peinture figurative. Comme si la photo avait inventé l’éloignement proche ou le proche éloigné tel ces membres de la famille que l’on voit peu souvent. Ce flou là serait-il une mise à distance du proche alors que le flou de l’arrière-plan correspondrait à une disparition de l’arrière-plan ?

Par ailleurs, le flou de la peinture occidentale est différent du flou de la peinture chinoise qui lui fait surgir et ouvre sur le monde pour faire apparaître ou disparaître. Pour les peintres chinois, le flou n’est ni le néant ni le confus. La figuration occidentale est dans le hic et nunc, le ici et maintenant c’est pourquoi le flou renvoie au confus, au néant. Dans cette perspective, le flou n’est ni de l’ici, ni du maintenant qui, dans nos cultures, sont liés à la précision du vécu, à l’incisif de l’analyse.

La figuration chinoise tend à peindre une image globale de la montagne c’est-à-dire contenant des chemins, des arbres, de l’eau tout cela dans l’impermanence mais aussi dans la continuité de cette montagne. C’est-à-dire dans la globalité de ces points de vue : de face, de haut, de près ou encore de loin. Le peintre chinois cherche à peindre tous ces aspects sans qu’ils s’excluent alors que le peintre occidental cherche à rendre perceptible toutes les particularités de l’instant mais si ce n’est pas encore l’instant de la photographie, c’est déjà un instant dans ce désir de représenter une scène dans une temporalité limitée et référencée.

- Peinture chinoise vs peinture occidentale : notes