- Regard sur l’image, la préface par Peter Knapp

,  par Hervé BERNARD dit RVB

Hervé Bernard est créateur, réalisateur, enseignant et connaisseur dans le domaine des images photographiques. La complexité et l’étendue de cet univers sont étudiées dans cet ouvrage à partir d’un constat essentiel qui fonde toute l’analyse de l’auteur : les images, en peinture, en dessin, en vidéographie, et particulièrement en photographie, sont constamment en transformation, voulue ou subie. Elles le sont d’abord au cours de leur conception par leur créateur, elles le sont ensuite tout au long de leur réalisation par le jeu des diverses techniques employées, par la perception visuelle et conceptuelle de la personne qui les regarde et, enfin, par les techniques de diffusion.

Au commencement de ce processus, il y a ce que j’appellerais un choc, un incident ou, même, une vision, bref quelque chose qui frappe le créateur, l’impressionne ou le bouleverse au point de se sentir poussé à exprimer sa réaction. L’artiste aura toujours tendance à relier ce choc d’une manière ou d’une autre à trois phénomènes : la révolte, la vie, la mort. Il aura le choix des moyens techniques pour s’exprimer : le verbe, le son, la couleur, la gestuelle, la forme ou les images en mouvement. Ce choix, le créateur l’aura déjà en lui, parce que cela correspond à une prédisposition psychique ou physiologique qu’on pourrait appeler « le talent ». Cela restera toujours mystérieux.


Hommage à Peter Knapp

L’art contemporain, c’est-à-dire celui qui s’expose, l’art à la mode, s’il en est un, malgré son aspect primaire, décoratif, souvent du déjà-vu, permet des interprétations et des commentaires psycho/socio-sémantiques sans fin : c’est le zéro et l’infini, l’alpha et l’oméga. On peut écrire tout autour, cela ne demande aucune connaissance, aucun savoir, si ce n’est l’utilisation d’un jargon pseudo-sémantique qui suffit.

« L’Art », ce terme comprend tout ce que des créateurs produisent pour extérioriser un émoi ou une pensée : la poésie, la littérature, la musique, les arts plastiques ou visuels – peinture, gravure, sculpture – la danse et le cinéma, sans oublier la photographie. Ici, Hervé Bernard entend par « art », en premier lieu l’art plastique et, si certaines de ses idées peuvent être appliquées à l’ensemble des expressions esthétiques, c’est toujours à ce qui est le plus proche de lui que Hervé Bernard pense « l’image photographique ».

Dans la création, tout au long du processus par lequel l’image va devenir une réalité, l’œuvre encore à venir doit correspondre au caractère de celui qui s’exprime, vu à travers la psychologie, la Weltanschauung (vision du monde) la philosophie même du créateur. C’est lui qui décide de donner une coloration réaliste, optimiste, pathétique, pessimiste, intimiste ou monumentale au choc ressentit. Et il choisit ce que la technique met à sa disposition pour que son travail « colle » à ce qu’il a voulu exprimer. Ce qui n’arrive que très rarement, sinon jamais. On peut affirmer que le créateur, et il le sait, pourra au mieux, dans son travail, s’approcher de ce qu’il croyait avoir à dire, mais qu’il n’y arrivera jamais tout à fait, spécialement en photographie.

Selon Moholy-Nagy « Prendre une photographie, c’est projeter un espace sur une surface plane à l’aide de différentes valeurs de noir, de blanc et de gris. » Mais, qu’est ce que l’espace ? Tenter de répondre à une telle question, c’est déjà montrer en quoi la photographie est indissociable d’autres formes d’expression. Pour expliquer l’espace, il faut tenter d’en comprendre les possibles compositions. Chaque période de l’histoire culturelle de l’homme à sa conception propre de l’espace. Nicéphore Niépce donne, en 1828, à ses premières images le titre de « points de vue »1 et écrit à Daguerre héliogravure, écriture du dieu soleil. Moholy-Nagy s’était défini comme Lichtner (faire et mettre des lumières). Man Ray a choisi le pseudonyme d’homme-rayon. Helmut Newton était flatté quand on l’appelait Meister der Lichtbildkunst ( (maître de l’art de la lumière). Et Roland Barthes s’interroge : « Pourquoi choisir tel objet, tel instant plutôt que tel autre ? »

Hervé Bernard consacre dans ce livre plusieurs chapitres du plus grand intérêt à ces questions. Personnellement, je trouve que toute image qui éveille un intérêt est une création. Lumière, densité, direction, coloration exigent beaucoup de temps et d’expérience. C’est diriger le regard et l’arrêter. Photographier, cadrer, c’est donc, aussi, exclure. Tel est le paradoxe de la photographie. Son insertion dans le réel est à la fois complète et illusoire.

Je partage avec Hervé Bernard une même expérience. Chacun de son côté, un jour par semaine, nous avons enseigné pendant plus de dix ans dans des écoles. On est un professeur à un âge où le travail, la façon de faire pour laquelle on est reconnu, appartient au passé, du moins, pour ce qui est de la forme. On est donc plus un « bon modèle » pour les jeunes générations. Il faut d’abord souligner les événements qui font l’air du temps, puis montrer les diversités des possibilités de création qui en découlent, apprendre aux jeunes étudiants à ordonner les priorités correspondant à leur personnalité, pour que, enfin à travers leur travail ils trouvent leur « moi ».

Nous avons la chance d’être entourés d’étudiants qui ont bien des années de moins que nous, mais dont certains se sont révélés de vrais amis. Hervé Bernard considère cela comme une grâce. En écrivant et illustrant ce livre, il leur rend hommage et souhaite leur être utile en leur donnant des clés du chemin de la création qui est plein d’obstacles. « Passer du quantitatif au qualitatif », « explorer les relations fond/forme », « diversifier les échelles d’appréhension », « conceptualiser et mettre des priorités », autant de mots simples qui exigent cependant, pour être expérimentés, une vigilance extrême, comme le prouve ce grand travail réalisé avec bonheur par Hervé Bernard.

(c) Peter Knapp
Klosters - Cergy-Pontoise

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Exposition de Peter Knapp au Musée Tavet-Delacour, Pontoise

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