- Écrire avec les yeux est mon métier.

,  par Hervé BERNARD dit RVB

Écrire avec les yeux est mon métier.
English version and Pictorial creations

Organiser une présentation de l’ensemble d’un travail n’est pas aisé. Les thématiques tout comme les techniques s’entrecroisent. De nombreuses méthodologies de classement sont disponibles : techniques de fabrication, méthodes de fabrication : reportage, photographie posée, nature-morte (…) ; sujets... C’est au passage entamer une réflexion sur le style. Comment caractériser mon style ?

Un sens de la composition, un goût pour le contraste, pour les mélanges et bien souvent pour la multiplication, au point parfois, d’accumuler les couches.

Mon travail se construit autour d’une combinatoire des images et des couches à l’intérieur des images et entre les images. L’intérieur concerne les photomontages mais aussi les images composées d’une combinaison de matières et de photos associées par des opérations entres les couches comme dans La Sainte Famille. Entre les images, concerne le timelapse, les polyptyques et autres combinaisons dans une mise en page comme dans La Sainte Trinité, L’Écume de la Terre ou encore Variations100 ou 10 appeaux à réels sans omettre le film.

Je ne reproduis pas le réel, je le recrée, plonge dans ses racines, anticipe son évolution, je le fais surgir à notre conscience en inventant un monde qui est le nôtre. J’abolis la frontière entre l’image reportage et la création visuelle, pour susciter en nous une nouvelle perception du monde. Je cherche, à donner un sens à ces traces.

Écrire avec les yeux, c ’est à la fois être un “faiseur d’images” mais aussi un faiseur de textes. C’est accepter cette certitude, la caméra est tout sauf une certitude. Cette incertitude affirme la photographie comme une fiction du réel.

Le sujet d’une image n’est pas le sujet et pourtant, c’est le sujet ! Ce qui importe n’est pas ce que l’on regarde mais la manière dont on le regarde. Ainsi, quand on photographie depuis plus de 30 ans le Jardin des Tuileries, celui-ci est-il encore le sujet ? Où ne devient-il qu’un prétexte, un prétexte à quoi ?

Hommage à Lee Frielander / Reward to Lee Frielander

Peut-être à évoquer l’homme comme animal sociable.et donc mettre en image ce « Vivre ensemble » plus que jamais d’actualité. Des thèmes comme « protéger, surveiller, interdire : La Sainte Trinité », « P.P.L. : Piétons, payant, livraison », la vidéo intitulée « Le 4 septembre 2010 » (anniversaire de la Commune de Paris) en sont la démonstration tout comme, à mon sens, la série « Hommage à... », la mise en image de la « La Spirale » de Italo Calvino (nouvelle qui décrit l’invention de la vision par un coquillage ; invention qui conduit à la création de tout le vocabulaire lié à ce sens­)­ appartiennent à ce groupe. À ce propos, je ne peux nier l’influence de Raymond Queneau, Et si c’était vrai ! en est l’illustration, la contrainte est un stimulant sans limite.

Un autre groupe évoquerait les lieux de ce vivre ensemble avec le Jardin des Tuileries, mes images sur la ville dont la série Le miroir du réel ou L’Écume de la Terre (sur le paysage et l’eau, association de triptyques, de photographies panoramiques et de quatre vidéos) ; de même, pour une autre vidéo intitulée Un jour à Paris...

Cependant, certaines images résistent au classement et elles appartiennent à ces deux groupes, ainsi la série sur Médée indubitablement entamée sous l’égide d’un lieu : Le Jardin des Tuileries pour devenir un événement, pour l’instant en gestation, sur le vivre ensemble. Quant à la série Et si c’était vrai ! elle évoque un lieu : une ville inondée mais aussi le vivre ensemble tout comme L’Écume de la Terre, avec le paysage et les traces que nous y laissons voire abandonnons.

Certains diront de mes images, par la quantité revendiquée des variantes et la multiplication des couches qu’elles ont un côté cuisine bourguignonne que je ne renie pas. C’est riche ! parfois les couleurs vibrent un peu trop à leur goût.

Cependant, si à la Renaissance, le sujet fondamental de l’image était la perspective ; aujourd’hui, il se pourrait que le sujet d’une image soit son contenu et la ressemblance. Dans quelle mesure une image “contient”-elle, ressemble-t-elle au réel ?