- Le contrejour est-il condamné à disparaître ?

,  par Hervé BERNARD dit RVB

Actuellement, nous voyons de plus en plus de logiciels ou de fonctionnalités dans les logiciels du monde de la photographie, de la vidéo et du cinéma destinées à atténuer ou à supprimer « l’éclairage à contrejour ». Cette expression contient deux termes : éclairage et contrejour or ; même si le langage courant à une tendance à éliminer le premier terme, il reste essentiel. L’éclairage est le résultat d’une lumière et donc d’une volonté qui renvoie à la question du point de vue, supprimer ce terme en fait un défaut alors que le contrejour est un élément essentiel de l’écriture photographique au sens large. De plus, nous l’oublions souvent, mais le contrejour, même s’il est moins puissant, car notre cerveau a une forte tendance à corriger, est un élément inhérent à la perception humaine.

Le contrejour killer est donc une technique qui, simultanément, supprime un élément essentiel de l’écriture photographique. Autant l’emploi de flash, de réflecteurs et d’une armée de projecteurs est un acte conscient de maîtrise de ce phénomène, autant le contrejour killer est une fois de plus la démonstration de cette tendance à vouloir obtenir un résultat exempt de limites alors qu’il n’existe pas de création artistique sans limite. En effet, c’est notamment la sublimation de ces limites qui est à la base de la création comme nous l’a montré le cinéma allemand de l’entre deux guerres avec un réalisateur comme Fritz Lang. Fritz Lang qui ne serait pas Fritz Lang sans le contrejour tout comme l’œuvre d’Eugène Smith ou de Bill Brandt serait totalement différente sans cet éclairage.

S’il est donc important d’ouvrir le champ des possibles, il est important de voir le prix de cet ouverture afin de faire ce choix en pleine conscience. Finalement, cette amélioration de la technique est-elle une amélioration de l’esthétique et de la sémantique de la photographie ou une transformation totale de l’outil photographique ? A notre sens, elle marque une différence bien plus importante que celle du choix entre le support argentique et le support numérique.

© Hervé Bernard 2009