- Musique et cinéma (1)

,  par Hervé BERNARD dit RVB

« La musique de cinéma constitue un rituel d’entrée. Elle n’est pas tout a fait le film à elle seule, mais elle n’est pas non plus la réalité extérieure au film. […]. La musique ne se contente pas d’accompagner l’image. Avec elle, et derrière elle, elle véhicule une vision alternative du monde et une conception du temps. Fondée sur des préceptes narratifs, sur la mélodie, le langage tonal et le support orchestral, elle convoque et présuppose, le schéma d’un monde ordonné, d’une métaphysique immédiate qui affirme le Sens et postule l’éternité […] elle se concentre au contraire sur l’instant, la suspension du temps, les traces d’évènements. […] Surtout ne pas craindre la rhétorique : elle est pleine de sens. […] […] Les collages de chansons à la Tarantino, Scorsese ou Woody Allen séduisent toujours, qu’ils soient pertinents, originaux ou non. En revanche, la musique orchestrale a mauvaise presse. Les reproches sont régulièrement les mêmes : trop présente, pompière, lourde, appuyée. L’accusation épargne les films sans musique ou aux passages musicaux peu significatifs. La présence musicale irrite. A bien examiner les reproches critiques, on frémit devant les préjugés et les présuppositions logiques qu’ils recèlent « il y a trop de musique dans ce film… »

« La musique est manipulatrice, elle cherche à tirer des larmes… » « Pire : « le cinéaste ne fait pas assez confiance à ses images, il recourt à la musique… » Dans tous ces cas, la musique apparaît comme un artifice, un pis-aller, un moyen extérieur à la nature du cinéma pour enjoliver l’image, lui donner de l’émotion, pour napper le film. On reconnaît bien là toute une pensée dominante allergique à l’expressivité et à lé célébration du sens. […] La musique est dans la nature du cinéma tout comme la composition, le montage, le temps et le mouvement. Comme si la partie musicale d’un film était moins à sa place qu’un éclairage ou un jeu d’acteur marqué. » "Les reproches sont régulièrement les mêmes : trop présente, pompière, lourde, appuyé.’

« A partir de quand une musique devient envahissante, prend-elle trop de place par rapport à l’image ? Si tout est question de dosage, en revanche, la présence musicale parait nécessaire au cinéma, et s’y est imposée au fil des décennies. " »


La musique de film. Pierre Berthomieu. Introduction. Ed Klincksieck 2004