- Frankenstein, une image retournée V2

,  par Hervé BERNARD dit RVB

Contrairement à l’image que l’on s’en fait, Frankenstein n’est pas le monstre, c’est le nom du créateur du monstre ; le monstre est sans nom. Il est au sens propre innommable, car il est impossible de lui donner un nom. Par ailleurs, comme nous le rappelle Le Petit Prince, donner un nom, c’est déjà apprivoiser. Cependant, c’est par cette amalgame entre le créateur et la créature qu’il devient nommable.

Quelle belle inversion ! Par un curieux phénomène de retournement, son créateur lui a donné son nom1. Est-ce à dire qu’il (Frankeinstein, le créateur) l’a créé à son image ?

Mais dans cette histoire, qui est le monstre ? Frankenstein, n’est-il pas lui-même un monstre en créant un être rejeté par tous ? Condamné à une solitude inimaginable. Et cette monstruosité là, n’est-elle pas pire que la monstruosité physique ?

La créature de Frankenstein est un être hybride, mi-homme mi-monstre. En tant qu’hybride, dans l’état actuel de nos expériences, c’est un être instable biologiquement et psychologiquement. Cette instabilité, en fait un être susceptible, à tout moment, de se retourner, notamment, contre son créateur envers qui il n’a même pas la reconnaissance du ventre.

Doit-on en déduire que l’homme créé par Dieu et2 à son image est lui aussi un être hybride : mi-homme mi-Dieu et donc tout aussi instable que Frankenstein et, par conséquent, lui aussi capable de se retourner contre son créateur. Selon l’Ancien Testament il a démontré, à maintes reprises, cette capacité de retournement. Quant à cette instabilité, et comme le montre l’Histoire, elle est sans faille. La première de ces capacités lui a valu d’être chassé du Paradis, de voir les Tables de la Loi brisée par Moïse, de crucifier le Christ... Toujours selon les Saintes Écritures.

L’hybride est une catégorie qui désigne des objets ou des être dont les origines sont multiples. Or, nous avons un point commun avec Frankenstein, comme nous venons de le voir, nous sommes tous des hybrides puisque créé à l’image de Dieu et pourtant nullement divin.

Serait-ce aussi parce que la multiplicité de nos origines culturelles nous effraie que nous avons si souvent la volonté de nous conforter à cette image dictée —ici de la dictée à la dictature, la limite est ténue— par la société, pour tenter d’effacer notre « monstruosité » alors qu’elle n’est qu’une différence condamnée par la société. L’utilisation du botox et des implants ne serait-elle alors que l’une des manifestations d’un désir de fusion avec cette image dictée. Ce recours à ces artifices nous permettrait, croyons nous, d’échapper à cette “ monstruosité ”. Malheureusement, ce désir fusionnel de tous nous ressembler n’est que l’avers de la pièce de monnaie “ Frankesntein ”. Car on nous vend là de la fausse monnaie. L’histoire de Frankenstein serait-elle un prêche contre la différence et pour la norme ? Curieusement, ce mythe fut créé au XIXe siècle. Et si, il y a bien un siècle qui, parallèlement à la production de masse, rejeta la différence, c’est bien ce siècle là.

En nous conformant à cette image qui, elle, est nullement divine, nous gommons nos différences et par la même occasion, tous, nous nous ressemblons de plus en plus : jeune et vieux, homme et femme, blanc-noir et jaune (…) Et moins il y a de différences plus nous nous ressemblons et plus notre illusion de fraternité s’accroît, comme si la fraternité résidait dans la ressemblance. Cette illusion de fraternité nous laissant alors croire que nous nous écartons du modèle Frankeinstein, en d’autres termes du Diable, pour nous rapprocher du modèle divin.

Oscar Pistorius est le premier humain hybride qui ait demandé à courir avec les gens normaux. Demande récusée par le Comité Olympique, non par commisération pour son handicap, mais parce que sa prothèse l’avantageait.

L’hybride serait-il la chimère et le Centaure contemporain ? En 2008, en France, il y avait déjà 1,5 million de personnes qui circulaient avec au moins une hanche artificielle et sans carte d’invalidité. Le corps de ces humains serait-il alors leur nouvel avatar ou l’avatar ultime ? Ces prothèses, tout comme les prothèses auditives parmi tant d’autres, en font-elles des hommes augmentés ou déjà partiellement des robots ?

© Hervé Bernard 2008-2016

Sur la thématique de l’avatar et du portrait.

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