- C’est quoi le problème ?Extraits d’un texte publié par Nathalie Quintane

,  par Hervé BERNARD dit RVB

Extraits

[...] Car l’objet d’art est, non pas « en dehors » mais dans le monde de l’art même, une marchandise. Le monde de l’« art contemporain » dont on parle quand on parle d’« art contemporain » (Koons, Arnault-Pinault, chiffres astronomiques) est cette part du monde tout à fait absorbée à présent par les UHNWI, les ultra-high net worth individuals, les individus à valeur nette hyper-élevée ; bref, les super-riches. Les pièces qu’ils achètent, dans un « mimétisme concurrentiel »1 qui les embarque vers du toujours plus gros, nous ne les verrons pas : elles sont casées dans des ports francs à côté de l’or, de l’argent ou des bouteilles de pinard à 500 000 € l’unité, ou à bord de leurs super-yachts de 100 ou 200 mètres de long qui ne parviennent même plus à rentrer dans des ports de plaisance trop étroits [3]. Que dire de plus de cette affaire de bittes ? Ce n’est pas le monde de l’art qui a fait sécession : c’est celui de ces riches.2.

[...] L’art « en dehors du monde de l’art » n’en est pas moins dans notre monde, et ce monde est néo-libéral.

[...]Tout de même, l’art sans le « monde de l’art » est-il plus libre3 ? Je ne suis pas sûre que ce soit la bonne question. Plutôt : cette « force créatrice » qui se déploie est-elle une « force critique » ? Parce que, en ce moment, c’est quand même un peu de ça dont on a besoin. Aller donner un coup de main aux potes pour une banderole, un tag, une cantine : pas de problème — ça va vous étonner, mais les artistes sont des gens comme les autres ; ils mangent, ils boivent, ils vont en manif, ils ont besoin d’un peu de pognon pour acheter des trucs (pardon, des « fournitures nécessaires et des achats de première nécessité »). Ah, autre chose : Courbet, vous savez là, le peintre, il a participé à la Commune, contribué à démolir la colonne Vendôme, et il a aussi peint L’origine du monde et Un enterrement à Ornans. Aurait-il été plus communard (plus purement communard) s’il n’avait pas peint L’origine du monde et Un enterrement à Ornans ? Après, qu’il y ait des moments où « il faut jeter sa plume sous la table et sortir dans la rue pour faire la révolution », Hölderlin l’avait dit.

L’art qui panse plus qu’il ne pense, pour reprendre cette paronymie à présent éculée, ne fait que changer la « résilience » en capacité d’adaptation et, finalement, en acceptation du statu quo. A tout prendre, je préfèrerais que la sécurité sociale répare les vivants et que l’art leur donne des armes intellectuelles et sensibles pour se révolter en connaissance de cause.

Évoquant Dada, Jean-Pierre Cometti écrit : « De manière générale, ce qui est intéressant, dans l’histoire, n’est pas ce que nous pouvons y trouver qui ramène à des sources, mais ce qui s’y trouve de différent et d’irréductible ».

Nathalie Quintane

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