- L’impossible preuve, la photo comme empreinte de la réalité. (4)Image et réalité

,  par Hervé BERNARD dit RVB

Certes la photo, de par son caractère indicielle est une preuve, mais de quelle preuve s’agit-il ? Prenons l’exemple de la photo d’une personne menottée, à la sortie du tribunal, avant la proclamation de jugement. La majorité d’entre nous considère que cette photo prouve la culpabilité de cette personne, or, cette photo est la preuve d’un soupçon et à la rigueur un soupçon de preuve. Cependant, ce n’est en aucune manière une preuve de culpabilité. En effet, cette photographie est le résultat d’une attitude : celle de la police qui menotte systématiquement toute personne arrêtée qu’elle soit susceptible ou non d’être dangereuse pour elle-même ou pour la société. Par conséquent, ce qu’il faut remettre en cause : c’est l’équivalence arrestation-culpabilité, le fameux il n’y a pas de fumée sans feu, à moins qu’il ne faille remettre en cause l’équivalence menotte-culpabilité. De fait, une personne arrêtée est simplement soupçonnée et si fumée il y a, il ne s’agit que de celle du soupçon. Ceci pourrait se résumer ainsi :

Menotte = soupçon
Menotte # culpabilité
Ici, ce n’est donc pas l’image qui est coupable, contrairement à l’opinion de Madame Guigou et contrairement à « l’opinion » de la loi sur la présomption d’innocence. Ce qui est en cause, c’est les conclusions que chacun d’entre nous tirons. Cette loi est donc un emplâtre sur une jambe de bois. Certes il plus facile d’édicter une loi que de changer des habitudes et s’il n’y a pas de fumée sans feu, faut-il encore définir correctement la fumée. Certaines de ces fumées ne contiennent quasiment que de la vapeur d’eau, d’autres véhiculent des polluants comme le souffre ou des acides… Enfin, n’oublions que l’une des fumées les plus dangereuses, le nuage radioactif est invisible et donc impossible à photographier. Quant à faire disparaître des menottes sous un nuage de flou, c’est une autre forme d’emplâtre qui a pour seul défaut de rendre les menottes encore plus visibles !

© Hervé Bernard 2009